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Une source froide pour écrire des histoires : Les registres de comptes des La Rochefoucauld au XVIIIe siècle

Jean-Charles Daumy

 


Résumé : Souvent exploités, rarement mis en valeur, les livres de comptes de la haute noblesse constituent une source historique riche et protéiforme, ouvrant de multiples pistes de recherches. Ceux de la famille de La Rochefoucauld au XVIIIe siècle en sont un exemple tout à fait remarquable. Emanant des deux branches principales de la Maison, ils autorisent une approche à la fois historique et méthodologique. En effet, les différentes politiques archivistiques mises en œuvre au fil des siècles ont dispersé ces précieux documents dans différents dépôts privés et départementaux et leur redécouverte ne peut se faire qu’en déterminant les domaines qui furent les sièges symboliques et économiques de la famille. La personnalité du comptable importe aussi car un éventuel manque de compétence entrainait un défaut de construction des registres compensé par un amoncellement de factures, de quittances et de mémoires qui permettent à l’historien de reconstruire de manière plus fine les différentes orientations des recettes et des dépenses et, dans le cas des La Rochefoucauld, de mieux comprendre les manifestations domaniales d’une pensée sociale éclairée.

Mots-clés : Comptes – Haute noblesse – Méthodologie – Gestion domaniale – Pensée sociale


Né le 1er novembre 1992, ATER en histoire moderne à l’Université Bordeaux-Montaigne sous la direction de Michel Figeac et agrégé d’histoire, Jean-Charles Daumy travaille sur les représentations sociales et les réflexions socio-économiques de la famille de La Rochefoucauld au XVIIIe siècle. Il est notamment l’auteur d’une biographie du duc de La Rochefoucauld-Liancourt parue en 2019 : François XII de La Rochefoucauld-Liancourt. L’imaginaire nobiliaire dans la vie quotidienne d’un grand seigneur éclairé, de la fin du siècle des Lumière à la Restauration.

jeancharlesdaumy@hotmail.fr


Introduction

« Nous soussigné, dame Louise-Elisabeth de La Rochefoucauld, duchesse d’Enville et de La Roche Guyon, ayant donné pouvoir spécial à Monsieur Perreau de vérifier, apurer et arrêter les comptes de M. Ermenault, ci-devant notre régisseur à La Roche Guyon, et notamment celui de l’année 1786 et partie de 1787 ; promettant avoir pour agréable tout ce qui sera fait par ledit sieur procureur constitué à La Roche-Guyon »[1]

À la fin de l’année 1787, la duchesse d’Enville, Louise-Elisabeth de La Rochefoucauld, mène une poursuite judiciaire, contre Louis Ermenault, régisseur et receveur de sa terre principale, le duché de La Roche-Guyon, de 1779 à 1786. Elle mandate en septembre 1787 un homme de confiance, qui devient son procureur et qui est chargé de vérifier, d’examiner et finalement d’éplucher les comptes du domaine tenus par Ermenault. La procédure est exceptionnelle et tout à fait originale : elle signale l’intérêt que les maîtres des lieux pouvaient porter à la gestion économique de leurs terres dont la dispersion géographique empêchait toute gestion directe sur place. L’ubiquité nobiliaire, théorisée par Roger Baury[2], passait par le choix plus ou moins éclairé d’un fidèle, le plus souvent du cru, qui occupait le poste de régisseur, permettant au duc d’exercer un mode de faire-valoir direct par l’intermédiaire de cet homme qui réalisait sur place les vues du propriétaire. Les ducs plaçaient donc une confiance considérable dans leurs agents gestionnaires qui avaient pour obligation, portée dans leur contrat, de rendre des comptes annuels récapitulant les recettes et dépenses à la fois de la vie courante du château et des différentes cultures voire proto-industries installées sur le territoire domanial. Rendus annuellement pour chaque domaine, ces comptes, assemblés en registres et particulièrement complexes, constituent une source historique monumentale qui peut parfois susciter, même chez un public des plus avertis, un sentiment de désespoir. Leur vocation économique et leur aspect répétitif en font une source considérée comme « froide » dans le sens où elle revêt une apparence purement numérique et abstraite. Ils sont pourtant une source incontournable pour tout historien qui veut approcher la haute noblesse aux XVIIe et XVIIIe siècles. La plupart des études du second ordre passe par la fouille de ces monuments archivistiques. Au-delà de l’analyse globale des comptes, de la balance des finances et des observations que l’on peut en tirer sur la gestion économique des biens de la haute noblesse, ces registres permettent des approches multiples et autorisent l’historien à investiguer plusieurs champs de recherche au sein desquels il peut débusquer des éléments d’histoire des idées ou encore d’histoire des mentalités.

En effet, les registres de comptes, globalement, peuvent faire l’objet de deux types d’approches méthodologiques qui permettent d’écrire différents types d’histoire selon l’angle adopté. La première grande approche est celle d’une histoire économique des familles curiales et terriennes[3]. Par la succession des années et des récapitulations comptables, il est possible d’observer les fluctuations économiques sur un temps plus ou moins long, d’apprécier la corrélation ou non des deux courbes, celle des dépenses et celle des recettes. L’observation des comptes permet de tirer des conclusions sur le mode général de gestion économique des vieilles familles terriennes. Les mécanismes de cette gestion reposent en grande partie sur le prestige social des propriétaires et sur la nécessité d’assurer un train de vie élitaire. Ce dernier est assuré par les revenus des domaines et par des emprunts réalisés auprès de particuliers et remboursés sous forme de rentes perpétuelles ou viagères. Un second type d’approche repose sur une analyse plus fine de ces comptes et des articles de recettes ou de dépenses. Dans ce cas de figure, il s’agit moins d’observer les modalités de la gestion que de chercher minutieusement dans les registres les articles de dépenses qui permettent de reconstituer l’imaginaire social de la haute noblesse. Il n’est plus question ici d’apprécier de grandes évolutions purement économiques mais de détricoter les comptes jusqu’au moindre détail afin de lever le voile sur certains aspects des systèmes de pensée aristocratiques. Le comptable, quand il réalisait ses registres avec sérieux, distribuait les différents articles en chapitres. Ces derniers correspondaient à un élément nécessitant en particulier un mouvement d’argent : par exemple les revenus des fermes du duché de La Roche Guyon, ou les dépenses engendrées par le paiement des gages aux agents du duché. À l’intérieur de ces chapitres étaient indiqués les dates des débits et parfois leur objet plus ou moins précisé. L’analyse peut alors prendre les chemins de l’histoire sociale, de l’histoire des idées, de l’histoire du genre ou encore de l’histoire de la culture matérielle et de l’histoire des techniques. L’aspect visuel des registres, s’il peut sembler superflu pour ce type d’approche, est pourtant une caractéristique décisive. Habituellement, les comptes sont organisés en registres reliés et parfois brochés, avec une couverture rigide recouverte de cuir, le plus souvent ils sont reliés sous forme de cahiers portant en titre « Comptes de l’année… ». Mais il arrive qu’au gré des cartons d’archives apparaissent des comptes non reliés et constitués d’une agrégation monumentale de papiers dans laquelle s’enchevêtrent des nuées de quittances, de factures et de mémoires de travaux. Cet enchevêtrement est le signe d’un défaut de saine gestion de la part du comptable. En revanche, l’historien y trouve son compte car ce désordre originel fourmille d’informations beaucoup plus précises qui permettent une entrée facilitée au cœur des stratégies de gestion aristocratiques. Lorsque les comptes sont bien gérés, la multitude de ces documents originels (factures, quittances, mémoires) fait l’objet d’un classement parallèle qui a parfois été, au gré des politiques archivistiques familiales, mis de côté ou plus simplement supprimé par souci de clarté ou de place. L’incompétence du comptable et ses abus supposés, qui sont le plus grave délit reproché à Louis Ermenault entre 1779 et 1786, deviennent donc les alliés de l’historien. L’étude de ces documents, précieux et rarement totalement complets, s’inscrit donc dans un champ historiographique ouvert sur plusieurs pistes. De l’histoire socio économique de la haute noblesse, elle-même constituée d’une multitude de branches, à l’histoire des formes des écrits comptables, cette réflexion sur un type de source historique particulier peut aussi bien s’apparenter aux analyses socio-économiques de Jean-François Labourdette ou de Jean Duma qu’aux études sur les formes et les mécaniques de la Revue d’histoire des comptabilités. Cette histoire d’un type de source croise ici celle de la maison de La Rochefoucauld, dont les orientations idéologiques, tout à fait dignes de constituer en elles-mêmes un objet d’étude, constituent le cœur de la réflexion qui structure ma thèse de doctorat et ont donné lieu à des publications récentes[4] mais ciblant certains points en particulier et qui méritent d’être mis en relief dans une étude globale de la famille au XVIIIe siècle. En somme, les livres de comptes de la haute noblesse ne doivent pas être considérés uniquement comme des sources froides, mais comme des portes ouvertes sur le fonctionnement du monde aristocratique jusque dans ses détails les plus intimes et intellectuels. C’est cette réflexion qu’il convient de développer pour mieux les connaitre et les approcher plus efficacement.

Noyés au milieu d’un archipel archivistique scindé entre fonds privés et fonds nationaux et départementaux, les registres de comptes permettent ainsi de multiples approches qui peuvent être mises en corrélation avec l’état matériel de ce type de source et surtout avec la rigueur plus ou moins observée par le comptable dans l’exercice de son art. La personnalité même d’un homme peut alors influencer le travail du chercheur des décennies voire des siècles plus tard, en rendant très visibles les différentes inflexions, ruptures ou évolutions dans la ventilation des dépenses qui trahissent le système de pensée de ces élites nobiliaires.

Des archives aristocratiques et comptables dispersées

Le fonds privé des La Rochefoucauld, une collection muséifiée

Les siècles et les administrations domaniales des grandes familles aristocratiques ont construit des couches d’archives monumentales qui prenaient pleinement part à la renommée et au prestige de la Maison. Les domaines produisaient des masses de papiers de natures diverses, de même que les activités parisiennes et versaillaises des La Rochefoucauld. Il n’y a donc pas un fonds familial mais des fonds pour une même famille, répartis selon les domaines où étaient produits les papiers. Aujourd’hui, alors que la famille de La Rochefoucauld fait partie de la haute noblesse subsistante, elle met en avant son ancrage territorial charentais en son château éponyme. Cette vitrine à la fois familiale et touristique est associée étroitement à la présence en son sein d’un fonds d’archives privé composé de 240 cartons. Ce fonds est une reconstitution faite à partir de pièces tirées des différents grands fonds domaniaux, une collection muséifiée qui participe de la reconstruction touristique d’un cadre de vie nobiliaire.

Cinq grands fonds composent cette collection qui présente un véritable intérêt historique : Montmirail, Liancourt/Estissac, La Roche Guyon, Charente, et le fonds Edmée de La Rochefoucauld[5] .

Figure 1. Le mur d’archives du château de La Rochefoucauld, riche de 240 cartons classés en cinq grands fonds.

L’une des plus grandes originalités de ce fonds, si ce n’est la plus importante, réside dans la multiplicité des lieux de production des pièces d’archives et dans son histoire générale. En effet, les papiers ne proviennent pas, pour leur très large majorité, du château de La Rochefoucauld dont le propre fonds d’archives a disparu dans la tourmente révolutionnaire. La grande majorité des archives a été produite dans les multiples domaines de la famille dont Verteuil dans l’actuel département de la Charente, La Roche-Guyon dans le département du Val d’Oise, Liancourt dans le département de l’Oise, et Montmirail en Seine-et-Marne[6]. Initialement, ces pièces se trouvaient dans les châteaux de ces différents domaines, mais se sont retrouvées à La Rochefoucauld après un long processus, par le biais de mariages, de partages, ou encore d’héritages. C’est ainsi que le trésor du château de Verteuil, qui fut la demeure privilégiée des ducs de La Rochefoucauld au XVIIe siècle, a été déplacé au château de La Roche-Guyon qui fut quant à lui le siège des ducs du XVIIIe siècle : Alexandre (1690-1761) et Louis Alexandre (1743-1792).Avec l’émergence, après la mort en 1761 du duc Alexandre sans hoir mâle, de la branche de La Rochefoucauld de Roye puis de Liancourt[7], un grand fonds d’archives s’est constitué au château de Liancourt dans l’Oise, comme l’atteste l’inventaire des « papiers » trouvé dans l’inventaire après décès du duc de La Rochefoucauld Liancourt[8] (1747-1827). Plusieurs catalogues d’archives à l’instar de l’inventaire des « titres et papiers de Monsieur de Liancourt mis dans leur ordre de dépendance et de rapport tels qu’ils existent dans les cartons[9] », daté de 1803 et abritant les papiers domaniaux, la succession du duc d’Estissac et les comptes de Liancourt, se trouvent aujourd’hui dans les archives du château de La Rochefoucauld et montrent que le château de François XII a été le réceptacle de la mémoire écrite de la famille. Le dépôt constitué a été transporté, avec le trésor de Liancourt, au château de Montmirail au XIXe siècle. Au fil des siècles, la famille a épuré scrupuleusement ses archives en conservant les actes notariés importants pour leur histoire, les grands inventaires après décès, les inventaires de bibliothèques et états des lieux des hôtels parisiens, les registres de comptes, les papiers produits par les pouvoirs successifs, que ce soit la monarchie, le Directoire ou l’Empire, ainsi que les correspondances d’affaires. Le critère d’utilité entre bien en compte dans la construction des archives qui prennent ici l’aspect du cœur du lignage tel qu’on pouvait le trouver dans les cabinets des châteaux du XVIIIe siècle, c’est-à-dire les actes précieux, les livres de compte et de raison, ainsi que les documents professionnels [10]. À La Rochefoucauld, ces derniers sont représentés par les livres de comptes généraux du couple formé par le duc et la duchesse de Liancourt (Félicité-Sophie de Lannion). Les autres grands registres comptables sont dispersés dans les archives départementales des territoires sur lesquels se trouvaient leurs domaines principaux.

Les comptes domaniaux dans les fonds départementaux

La politique archivistique familiale s’organisait selon la hiérarchie, établie par l’importance économique, sociale et sentimentale, accordée par les membres de la maison à leurs différents ensembles fonciers. La Roche-Guyon (Val d’Oise) et Liancourt (Oise) sont les deux pôles organisateurs de l’administration domaniale générale, c’est dans ces deux châteaux que les archives sont stockées et régulièrement aérées et classées[11] tout au long du XVIIIe siècle. Certains documents, considérés comme précieux ou particulièrement représentatifs du prestige, de l’éclat ou de l’imaginaire que l’on s’est fait de cette famille, ont été conservés par les descendants qui les ont réinstallés dans le berceau familial à La Rochefoucauld. Mais la très large majorité de ces papiers peut aujourd’hui être retrouvée, presque dans l’organisation originelle dans laquelle ils ont été déposés, aux archives départementales du Val d’Oise à Cergy-Pontoise et de l’Oise à Beauvais. Ces dépôts sont classés dans la série J, celle des archives privées que les services des archives départementales décrivent d’ailleurs comme des « documents entrés par voie extraordinaire », c’est-à-dire qu’il s’agit de dons, plus ou moins consentis, ayant pour objectif de rendre ces papiers publics, de les ouvrir au regard des chercheurs, et surtout, pour la famille, de se délester d’un trésor dont les exigences de la conservation sont souvent coûteuses et rebutantes. C’est en particulier le cas du chartrier de La Roche-Guyon. En 1964, à la mort de Gilbert de La Rochefoucauld, duc de La Roche-Guyon, s’ouvre sur une succession rendue difficile par une indivision des biens. Une partie des héritiers se tourne alors vers les archives départementales des Yvelines pour réclamer une procédure de conservation du chartrier dont la dégradation était accélérée par des infiltrations d’eau de pluie. En mars 1970, un expert conclut que les archives sont en grand danger de destruction[12], il est alors nommé séquestre et a mandat pour mettre en œuvre toute négociation pouvant sauver les archives. Plusieurs projets de dons volontaires ayant échoué et la dégradation s’aggravant, l’ordonnance de séquestre est mise en œuvre en 1973 et une partie du chartrier intègre les archives départementales en 1975, tandis que le reste y est déposé en 1988 après l’accord d’Alfred de La Rochefoucauld avec la société Transurba qui venait d’acquérir un ensemble de meubles du château parmi lesquels les armoires à archives dont certaines étaient encore pleines. Le chartrier a été ouvert, nettoyé, séché, restauré et réorganisé sous les cotes 10 J 1 à 10 J 2018, il constitue un fonds cohérent de 103 mètres linéaires qui couvre une vaste période qui court du XIIIe au XXe siècle. De son côté, le chartrier de Liancourt (1327-1907) est bien plus réduit puisqu’il ne couvre que 12 mètres linéaires et comprend 209 articles, et a été acheté par les archives départementales de l’Oise à la Société Archéologique et Historique de Clermont (Oise) en 1950[13], alors que le domaine de Liancourt n’appartenait plus aux descendants et que le château éponyme avait été rasé. C’est un fonds qui comprend surtout des documents personnels et relatifs aux fonctions du duc de La Rochefoucauld-Liancourt (1747-1827) et de ses fils, mais aussi des comptes domaniaux de Liancourt, Halluin et des biens bretons de cette branche de la famille. À ce titre, ce chartrier de Liancourt, coté 6 J 1 à 6 J 209, est parfaitement complémentaire du fonds Liancourt du dépôt privé de La Rochefoucauld où l’on trouve d’autres registres de comptes, mais ceux-ci sont généraux et non propres au seul domaine de Liancourt où le duc centralisait ses activités agronomiques, philanthropiques et industrielles.

Pour une histoire économique d’une grande famille

Participer à l’élaboration d’une typologie des comportements économiques

Les comptes sont, pour une première approche, un observatoire excellent pour apprécier l’évolution générale des comportements économiques d’une famille dont l’assise repose sur la possession d’une multitude de fiefs constitués à chaque fois de centaines d’hectares de terres labourables, de vignes et de bois. La proportion des rentes et des emprunts dans les revenus est éloquente pour comprendre à quel niveau de la hiérarchie de la haute noblesse foncière se situe, par exemple, une unité conjugale. Ces systèmes de crédit, d’emprunts, sont d’autant plus incontournables qu’ils sont bien connus et constituent une part non négligeable du fonctionnement des sociabilités aristocratiques[14]. La stratégie de l’emprunt peut être vue comme le moyen d’un type particulier de sociabilité, la sociabilité de l’argent qui révèle un peu du rayonnement, de l’influence et des liens sociaux du gentilhomme. Le système des « liens de fidélité » est typique des sociétés d’ordres[15] et les relations sociales de Liancourt, qui s’observent dans les comptes mais également dans les actes de fondations de rentes perpétuelles ou viagères, à travers le prétexte de l’argent semblent être au cœur de deux appareils différents. Pour assurer leur train de vie, le duc et la duchesse de Liancourt, dont les comptes ont été analysés pour les dernières décennies du XVIIIe siècle[16], empruntent des sommes parfois considérables et remboursent leurs dettes par des versements qui se font généralement de façon semestrielle dans le cas du remboursement par rente perpétuelle ou viagère. Un premier système se dessine, qui semble devoir être un réseau horizontal et endogamique, composé de représentants du même rang social. De façon générale, pour la noblesse, deux grands types de sociabilités existent, le lien de clientèle et le lien amical[17]. Le réseau horizontal qui transparaît dans les archives du duc de Liancourt se rapproche fortement de la deuxième catégorie, d’abord de par sa typicité sociale, puis par le caractère moins formel ou plus indépendant du lien unissant les deux personnes. De grands noms de la noblesse se dressent sur le papier et décrivent deux veines financières nobiliaires. D’abord la veine familiale représentée en grande partie par la vicomtesse de Pons, Pulcherie Eléonore de Lannion, sœur de la duchesse de Liancourt, mais aussi en 1782 par le cardinal Dominique de La Rochefoucauld, archevêque de Rouen[18]. Puis une artère socio-financière plus large, qui englobe un plus grand nombre de personnes, à la fois donatrices et créancières, et dont les noms résonnent dans le paysage nobiliaire français. La toile tissée par le réseau lie les grands comme Paul Etienne Auguste de Beauvilliers, duc de Saint-Aignan, le duc Louis Antoine de Gontaut-Biron, Madame de Caumont La Force, le duc Armand Joseph de Béthune-Chârost, le Prince de Chalais Hélie-Charles de Talleyrand-Périgord, ou encore la vicomtesse de Sarsfield[19]. L’emploi de la rente et de l’emprunt apparaît de façon systématique dans les comptes. Dès lors, l’emprunt et la rente, deviennent un revenu à part entière. Ils semblent être perçus comme un moyen de subvenir aux besoins ou aux dépenses, mais également comme une entrée de fonds normale pour un grand gentilhomme. Si l’on considère que la haute noblesse a pour caractéristique de faire des dépenses somptuaires pour assurer son train de vie et son « paraître » nobles, il faut aussi accepter le fait que cette élite aristocratique puisse vivre au-dessus de ses moyens. La nécessité de dépenser pour faire preuve aux autres ou à soi-même de sa noblesse, de son rang social, impose de disposer d’un capital important et constant et c’est bien là l’intérêt des emprunts et rentes qui fournissent des liquidités immédiates[20]. Les comptes du duc de Liancourt montrent que cette stratégie occupe énormément de place, aussi bien dans les recettes sous la forme de l’emprunt, que dans les dépenses sous la forme de la rente perpétuelle ou du remboursement par billet à souscrire.

De manière plus globale, si l’on analyse d’un côté les recettes et de l’autre les dépenses de l’ensemble des domaines et actifs du couple ducal pour la période, le recours massif et systématique à l’emprunt semble participer de la gestion et de l’équilibre des comptes.

Figure 2. Courbes comparées des recettes et des dépenses du duc de Liancourt de 1775 à 1785.

En effet, la juxtaposition des courbes est révélatrice. Le graphique des recettes et dépenses du duc de Liancourt est riche d’enseignements, il permet en premier lieu d’observer l’évolution générale des revenus du couple qui oscillent entre 358 588 livres en 1775 et 139 752 livres en 1785[21]. Ces oscillations révèlent un fonctionnement par pics qui correspondent aux années où la recette est particulièrement forte. Les années de très fortes recettes sont aussi celles qui ont vu le duc et la duchesse réaliser des emprunts massifs. Globalement, il apparaît que le revenu annuel de Liancourt se compose de deux grandes entrées, d’un côté les rentes et emprunts qui représentent 47,5% du revenu annuel et de l’autre les domaines dont le revenu moyen correspond à 51,6% par an. Les deux participent chacun quasiment pour moitié du total annuel. C’est là un constat qui marque une différence sensible avec les revenus des La Trémoille dont les entrées provenant des biens fonciers représentent 83,7% du total de la recette de 1779[22].

Trois grands moments reflètent parfaitement cette stratégie de politique d’emprunts massifs cycliques, d’abord les années 1775-1776, puis 1778 et enfin 1782-1783. Ces trois moments soulignent la nécessité d’emprunter afin de consolider un capital qui est ensuite redistribué les années suivantes dans tous les postes de dépenses et qui est renfloué régulièrement. Il faut ajouter que si le couple Liancourt recourt à des emprunts aussi importants, c’est pour assurer un train de vie équivalent celui de la branche aînée de la famille La Rochefoucauld, qui est, dans son cas, à la tête de domaines bien plus vastes qui lui fournissent des revenus substantiels et lui permettent de se passer d’emprunts aussi massifs. Il est donc possible de voir ici un fonctionnement économique qui repose sur des entrées d’argent massives et ponctuelles assurées par les emprunts et pour compenser les manques des revenus domaniaux. Ces derniers sont toutefois renforcés entre 1780 et 1783, années au cours desquelles se concluent les ventes des bois de Bretagne au roi pour plus de 300 000 livres et qui sont encore abordées par l’intendant général du couple dans la correspondance qu’il entretient avec le duc en 1785[23].

La courbe des recettes décrit une courbe descendante à partir de 1782 et cela se maintient jusqu’en 1785. Néanmoins, le couple bénéficie d’une fortune supplémentaire et nouvelle grâce à la succession du duc d’Estissac dont Liancourt devient le « donataire universel » par acte du 22 mai 1784 et suite à la renonciation de sa sœur et de son beau-frère, le prince et la princesse de Montmorency-Robecq[24]. La succession du duc d’Estissac profite largement à son fils et notamment en ce qui concerne les grandes charges honorifiques. Jean-Pierre Labatut a montré qu’elles sont des sources de revenus considérables pour les ducs-pairs du royaume, à l’instar du duc de Beauvilliers dont les rémunérations pour son office de premier gentilhomme de la chambre, pour son ministère et pour son rôle de commandeur des ordres royaux s’élèvent à 86 000 livres annuelles[25]. À partir de 1783, le duc de Liancourt reçoit en moyenne 30 000 livres d’émoluments pour le grand office de la garde-robe et 5 000 livres pour le gouvernement de Bapaume[26]. Cette charge est d’autant plus avantageuse qu’il l’obtient de son père après y avoir été adjoint par celui ci et avec accord du roi en 1768 à titre de grand maître en survivance[27]. Plus largement, l’héritage du duc d’Estissac représente un apport financier considérable qui peut expliquer la baisse continue des emprunts à partir de 1782.

L’autre grand aspect qui ressort de la juxtaposition des courbes de la recette et de la dépense, c’est le resserrement et la proximité des deux courbes qui montrent une véritable gestion financière visant une sorte d’équilibre déficitaire. Les comptes font montre d’un déficit systématique mais néanmoins contrôlé et qui, surtout, reste globalement acceptable car ne représentant pas plus de 10% des revenus en moyenne[28] (à l’exception de l’année 1784 qui constitue une anomalie). La dépense excède toujours la recette dans une proportion qui demeure acceptable tout au long de la période, avec une moyenne de 9,47%. Cet endettement n’est pas choquant, il est au contraire plutôt habituel comme l’a expliqué Jean-Pierre Labatut pour les ducs-pairs de France du XVIIe siècle[29]. Dans le cas du duc de Liancourt, la perte annuelle reste du domaine de l’acceptable.

Figure 3. Evolution du déficit en livres et en pourcentage des
revenus de 1775 à 1785.

Le tableau de l’évolution de la dette, qui se transmet d’année en année, montre qu’elle augmente de façon croissante quand on s’éloigne des moments d’emprunts. Le recours aux emprunts permet de réguler les déficits annuels, de les limiter tout en fondant des rentes et en prévoyant des remboursements par billets ce qui crée une dette passive bien plus ennuyeuse à long terme. Ainsi en 1792, la dette passive engendrée par ce système s’élève à 508 860 livres pour les seules rentes créées et constituées par le duc de Liancourt[30]. Si l’on y ajoute la dette passive héritée des rentes fondées par le duc d’Estissac, la somme devient vertigineuse et atteint 1 546 212 livres en 1789. Toutefois, tant qu’aucun événement ne vient perturber le système, qui repose essentiellement sur les hiérarchies sociales de l’Ancien Régime et sur le prestige et le crédit de la haute noblesse, les sommes sont empruntées et sont remises de manière très étalée. La mécanique est bien rodée, le duc dépense, reçoit ses revenus, emprunte pour se permettre de dépenser plus, échelonne ses remboursements de façon à ce que la dette ne dépasse pas un seuil critique qui pourrait le forcer à vendre des biens comme ce fut le cas en 1685 pour le duc de Chaulnes, Charles d’Albert, forcé de vendre pour 1 511 000 livres de terres[31].

La situation est inversée pour la plupart des aristocrates des deuxième et troisième niveaux de fortune élaborés par Jean Duma. Plus la fortune est importante, plus les revenus sont grands et plus le risque d’endettement diminue. À ce titre, les comptes de la branche aînée des La Rochefoucauld, organisée autour des figures d’autorité que sont le duc Alexandre (1690-1762), sa fille la duchesse d’Enville (1716-1797) et son petit-fils le duc Louis-Alexandre (1743-1792), opposent un contraste saisissant. Dans les années 1740, les recettes s’élèvent en moyenne à 330 000 livres pour le duc Alexandre, tandis que ses dépenses sont limitées à 280 000 livres[32]. La balance positive des comptes s’établit donc à 50 000 livres en moyenne, et monte jusqu’à 100 000 livres lorsque le duc bénéficie des entrées d’argent de l’héritage des marquis de Longueval : la recette s’élève alors à plus de 700 000 livres en 1737, et la dépense à plus de 600 000 livres car il faut éteindre les dettes contractées par les Longueval. À un échelon encore supérieur le cas des Bourbon-Penthièvre est intéressant car leurs comptes sont très largement excédentaires[33]. Leur patrimoine foncier et leurs charges leur assurent des revenus plus que confortables leur évitant de devoir s’endetter. En 1781, ils perçoivent 4 055 526 livres tandis que leurs dépenses s’élèvent à 3 575 180 livres. Le niveau de revenu est tel qu’il dépasse le besoin en argent destiné à la dépense. Les comptes de la lignée issue des bâtards de Louis XIV affichent une stabilité remarquable et marquée par l’excédent. Les comptes du duc de Liancourt, quant à eux, sont symboliques de la gestion financière d’un grand gentilhomme aux revenus importants mais devant recourir à une politique d’emprunts pour assurer à la fois leur stabilité et son propre train de vie aristocratique. Une stratégie fondée, finalement, sur un équilibre incertain et dont le fonctionnement est assuré par la réalité sociale du pays, par la société d’ordres et ses réseaux, le moindre grain de sable venant enrayer la machine serait synonyme de chute du système et de redoutables soucis financiers.

Les richesses de la terre

Dans la somme historiographique Faire de l’histoire moderne, dirigée par Nicolas Le Roux, Elie Haddad s’attaque à la question de la nouveauté historiographique autour des problématiques nobiliaires. Si les aspects sociaux sont très présents dans les travaux qu’il cite, les dynamiques économiques attachées aux domaines nobiliaires semblent être encore un champ à mettre en avant[34]. En effet, derrière les analyses purement économiques des comptes se cachent les portes des études socio-économiques qui permettent d’écrire l’histoire idéologique mouvante de la haute noblesse au temps des Lumières. Mais avant cela, l’observation pragmatique des registres s’impose. Plusieurs types de livres de comptes étaient réalisés pour assurer au chef de famille la bonne connaissance des finances de chacun de ses ensembles domaniaux et de sa maison. Dans sa thèse sur la maison de La Trémoille au XVIIIe siècle, Jean-François Labourdette a largement investi les livres de comptes, les érigeant en source pivot, à partir de laquelle il a étendu ses analyses en les croisant avec les correspondances d’intendance des ducs de La Trémoille[35]. Ses travaux constituent une expérience très poussée, si ce n’est la plus aboutie en termes d’analyse économique de la haute noblesse. Chez les La Trémoille comme chez les La Rochefoucauld ou chez les Bourbon-Penthièvre étudiés par Jean Duma, chaque domaine a à sa tête un régisseur, quand il est placé en régie directe, ou un fermier lorsque le seigneur-propriétaire fait appel au système de la ferme. Chaque année, le régisseur ou le fermier présente un livre de comptes dont le corps est organisé en deux grandes parties : les recettes et les dépenses. Chacune de ces deux parties est subdivisée en différents chapitres qui sont en réalité les différentes orientations économiques du domaine. Approuvés par le duc, ces livres sont généralement conservés dans le chartrier domanial, ou dans le fonds personnel du duc quand il s’agit du domaine de préférence et d’excellence sur lequel s’établit le noyau familial. C’est le cas par exemple du duc de La Rochefoucauld Liancourt qui a fait du duché de Liancourt son point d’attache privilégié, véritable laboratoire agronomique et industriel et dont les comptes sont aujourd’hui dans le fonds privé du château de La Rochefoucauld car ils étaient intégrés aux papiers personnels de l’aristocrate. Le fonds du domaine de Liancourt a été étroitement lié, dans l’organisation archivistique, à la personne de François XII de La Rochefoucauld Liancourt. Au-delà de cela, les comptes généraux de la Maison nobiliaire se retrouvent généralement dans le fonds du domaine principal. Ainsi, le chartrier de La Roche-Guyon, centralité domaniale des ducs de La Rochefoucauld au XVIIIe siècle, abrite les comptes généraux de la branche aînée de la famille.

Ces divers livres de comptes permettent d’établir un premier constat qui est aujourd’hui un lieu commun de la haute noblesse d’épée : son assise économique repose en grande partie sur le revenu de ses biens fonciers[36]. Les comptes généraux, qu’il s’agisse ce ceux de la branche aînée ou de ceux de la branche d’Estissac-Liancourt, montrent bien à quel point les revenus domaniaux, les revenus de la terre, sont au cœur de la puissance économique nobiliaire. Plus de 50% des bénéfices viennent des différentes exploitations de la terre : ce sont en majorité les rentrées d’argent des fermes, dans les domaines éloignés, qui renflouent la caisse centrale parisienne. Le reste des recettes, 41% chez le duc de Liancourt, correspond à des recettes extraordinaires dont au moins la moitié sont des emprunts réalisés auprès de nobles du même rang, ou de représentants de la noblesse de robe, voire de la haute bourgeoisie, ce qui dessine les réseaux de l’argent de la haute noblesse ancienne[37].

Dans le flot des revenus des fermes et des droits seigneuriaux, l’article de recette le plus éclatant est celui des bois. Le dépouillement des articles souligne la relation très particulière et privilégiée que la haute noblesse entretient avec le bois, l’arbre et la forêt. En 1743, à La Roche-Guyon, année la plus faible en ce qui concerne les coupes forestières, les revenus de ces dernières représentent tout de même 7% du total. Cette proportion s’élève à 24% en 1750, 36.5% en 1788 et culmine à 42.5% en 1764. Plus que tout autre fruit, le bois est intimement attaché à l’imaginaire nobiliaire. Dans son histoire de l’Arbre en Occident, Andrée Corvol a bien entrevu la place centrale des forêts dans les patrimoines nobiliaires et dans leur système de représentation, surtout au XVIIIe siècle alors que certaines de ces familles entament une évolution idéologique et sociale. L’étude plus poussée des comptes révèle les politiques de plantation et de création forestière. Dans le duché de La Roche-Guyon, la forêt de Moisson est une création du duc Alexandre de La Rochefoucauld (1690-1761). Les années 1720 à 1740 sont consacrées à des achats massifs, il s’agit ici de plusieurs dizaines de milliers de plants par an[38], de pousses de différentes essences qui composent un tableau forestier diversifié que l’on peut encore admirer dans cette forêt de plusieurs centaines d’hectares. La diversité des essences qui coexistent les unes avec les autres crée un peuplement multiple que l’on pourrait presque concevoir comme une retranscription dans le paysage naturel de la tolérance et de réflexions philosophiques de la noblesse « éclairée ». Nous souhaiterions ici sortir la relation noblesse-forêt des sentiers habituels de l’histoire économique. Certes, le bois représente un poste de revenus considérable, mais l’aspect économique n’exclut en rien la symbolique vivace qui entoure l’arbre et la forêt, toujours étroitement liés à la vie quotidienne de l’homme. La forêt nourrit, la forêt chauffe, la forêt crée de l’emploi, la forêt participe à l’effort patriotique maritime auquel les La Rochefoucauld prennent pleinement part en ce second XVIIIe siècle[39]. Cette approche forestière trahit l’adhésion des La Rochefoucauld à un idéal patriotique selon l’acception du XVIIIe siècle du terme. Les La Rochefoucauld entendent par patriotisme tout ce qui peut contribuer à faire progresser la société, tant du point de vue des connaissances et de l’éducation que du confort de vie. Serait donc patriotique tout ce qui vise à prendre en compte le corps social et son bien-être : la recherche du bien public et de l’intérêt général. À ce titre, la gestion forestière apparait bien chez eux comme un objet patriotique. Les diverses essences participent à la bonne tenue de la forêt tout entière, comme les différentes catégories sociales doivent contribuer au bien commun, à la croissance tant économique que sociale, du corps social dans son intégralité[40].

De la bienheureuse incompétence du régisseur Ermenault

À la fois régisseur et comptable : les spécificités du service éco-domanial de la haute noblesse

Au-delà de l’aspect général des comptes, qui livre son lot d’informations quant à la gestion globale de l’argent par une famille aristocratique dont l’assise économique est foncière, la personnalité même de celui qui les tient apporte un prisme par lequel appréhender et analyser les différents articles portés principalement dans les chapitres de dépense. Il faut d’abord bien spécifier la nature de cette fonction de régisseur, que ce terme générique ne reflète que partiellement. La nécessité impérieuse d’administrer à la fois les terres et leurs comptes impose de dissocier le rôle de régisseur, qui implique la gouvernance des opérations agricoles et commerciales du domaine, et celui de receveur/comptable qui gère les finances du duché. À l’échelle du duché, les deux rôles sont réunis dans les mains d’une même personne :le régisseur et receveur du domaine. En revanche, à l’échelle de la maison, de la gestion globale des biens fonds, les deux rôles sont assurés par deux personnes différentes : l’intendant général qui est à la tête des différents régisseurs-receveurs domaniaux, et le caissier qui assure la gestion globale des finances de la famille. La fonction de régisseur prend plus d’importance concrète dans les domaines éloignés où l’influence directe du seigneur propriétaire est si lointaine qu’elle ne passe justement que par les registres de comptes et les quelques instructions transmises par les correspondances[41]. À l’inverse, dans les domaines principaux ou proches de Paris et Versailles où les La Rochefoucauld ont leur assise sociale et aristocratique (fonction de grand-maître de la Garde-robe du roi, titre de duc et pair de France, présence attendue à la cour), le régisseur est en fait un agent qui ne fait qu’exécuter les vues agraires, sociales et parfois industrielles de ses employeurs. Quand l’influence du duc, ou de la duchesse, est si grande, seule ne reste que la fonction de comptable qui demeure l’apanage du receveur. Chez les La Rochefoucauld, qu’il s’agisse d’Alexandre, de la duchesse d’Enville ou de Louis-Alexandre, tous laissent au comptable sa marge de manœuvre personnelle pour la tenue des comptes. Seule est obligatoire la présentation tous les ans d’un livre de comptes avec une récapitulation des recettes, des dépenses et l’indication de la balance et de l’avance due par le comptable. La personnalité de ces agents domaniaux est en elle même intéressante car ils doivent obligatoirement être des personnes de confiance. Attachés à la famille, ils en sont la plupart du temps des protégés depuis des générations, comme l’a remarqué Jean-François Labourdette chez les La Trémoille[42]. Ce sont des locaux, issus de familles de la bourgeoisie du pays ou des descendants de grands fermiers qui ont consacré une ascension sociale permise par leur proximité avec les seigneurs-propriétaires en investissant le monde des affaires ou de la justice. Un point intéressant et fondamental réside dans le choix des intendants généraux de Maison : chez le duc de Liancourt, Jacques Asseline est avocat en parlement ; chez le duc Alexandre, Mésangeau et Moullé sont également des hommes de loi. Les régisseurs des domaines, s’ils ne sont pas des avocats comme les intendants, ont toutefois des connaissances étendues en matière de loi puisqu’ils sont souvent aussi détenteurs d’un office seigneurial : procureur fiscal, lieutenant de justice en particulier. Il y a donc une véritable politique administrative de la part des ducs qui choisissent leurs hommes pour leur fidélité, leurs capacités et éventuellement pour la stabilité qui pourrait être permise par leur longévité en poste. Mathieu Gouttard, régisseur de La Roche-Guyon, en est l’exemple parfait puisqu’il rend les comptes successivement pour ce duché à la duchesse douairière de La Rochefoucauld, Marie-Charlotte Le Tellier, au duc Alexandre, puis à la duchesse d’Enville : il reste donc 40 ans en poste de 1729 à 1769. Sa mort instaure une période d’instabilité comptable, trois personnages lui succèdent. Leurs « mandats » sont marqués par leur brièveté : cinq ans pour Louis-Nicolas Charpentier, deux ans pour Jean-Charles Journé et sept ans pour Louis Ermenault dont la chute est précipitée par la duchesse d’Enville elle-même.

La surveillance seigneuriale. Débusquer l’incompétence comptable

Les régisseurs des terres provinciales, plus que ceux des domaines sur lesquels l’autorité seigneuriale s’exerce de manière directe et régulière tout au long de l’année, sont choisis en partie pour leurs compétences de gestionnaires et de comptables. La distance des propriétaires explique l’instauration d’une surveillance qui passe d’abord par la vérification des comptes par le duc ou la duchesse avec l’appui et l’expertise de l’intendant général et du caissier principal (François chez les Liancourt, de La Place chez le duc Alexandre). Cette surveillance peut parfois s’exprimer de façon éclatante jusque dans les domaines d’excellence où vivent pourtant régulièrement les La Rochefoucauld. C’est le cas du duché de La Roche-Guyon où la mort du régisseur Gouttard en 1769 entraîne une instabilité à la tête du domaine[43]. Charpentier et Journé, qui lui succèdent, meurent rapidement en exercice, puis Louis Ermenault, révèle rapidement une incompétence manifeste qui aboutit en 1787 à une enquête dans ses papiers de gestion. Dès le mois de mai 1787, la duchesse d’Enville mandate sur place, depuis Paris, le sieur Perreau pour effectuer des vacations dans les archives d’Ermenault et vérifier la tenue des comptes[44]. Cette première vérification est due à l’alarme de la duchesse, étonnée de voir arriver pour subir son examen des comptes dont la tenue se dégrade à mesure que les années passent. En effet, pour l’historien, avant même d’avoir pris connaissance de l’affaire Ermenault que les archivistes qui ont classé le fonds ont jugé suffisamment éloquente pour en faire un dossier à part entière, l’aspect visuel des comptes change radicalement avec l’arrivée du nouveau régisseur-comptable. Aux beaux livres de comptes de Matthieu Gouttard succèdent des amas informes et volumineux constitués par les masses de quittances et de mémoires de travaux qui n’apparaissent normalement pas dans les livres de comptes. Les livres reliés apparaissent encore, mais sont extrêmement lacunaires et pour tenter de reconstituer les recettes et les dépenses, il faut plonger dans les pièces de comptes, documents secondaires qui servent de sources au comptable pour faire ses bilans. Là, étant donné le manque et l’anarchie qui caractérisent le travail de Louis Ermenault, les La Rochefoucauld ont été contraints de maintenir dans leurs archives des milliers de petites pièces qui pour les années de bonne gestion, ont le plus souvent été écartées du chartrier. Alertée par les premières observations du sieur Perreau en mai 1787, la duchesse d’Enville porte l’affaire au cours de l’été devant le président-lieutenant général et particulier du bailliage royal de Magny qui ordonne à ses hommes d’investir la maison, appartenant à la duchesse, occupée par Ermenault qui refuse de rendre à la propriétaire les titres et documents qui relèvent de sa gestion :

« Disant que le sieur Ermenault, ci-devant régisseur du duché de La Roche-Guyon et de la Tour au Begue sise à Chaumont en Vexin, révoqué par la suppliante, lui a, pour clôturer les comptes qu’il lui doit de sa régie, communiqué un registre journal qui est absolument informe et sans ordre de dates et où il n’a porté en dépense à chaque mois qu’un total sans détails journaliers, les recettes et dépenses sur ce compte ne s’accordant nullement avec celles du compte qu’il a présenté pour les années 1786 et partie de 1787, en sorte qu’il y a lieu de présumer que ce registre est inexact et fait même d’après coup. Tous les anciens journaux de dépenses pendant les années antérieures de sa gestion qui a commencé vers le mois d’août 1778 sont restés entre ses mains et il refuse de les remettre au de les communiquer à la suppliante. Cependant, elle a le plus grand intérêt d’en empêcher la soustraction et le divertissement[45] […] »

La requête de la duchesse obtient donc de la part du président de la justice du bailliage un soutien et une réponse rapide pour débusquer et apposer les scellés sur les papiers retenus chez Ermenault. L’affaire va donc plus loin qu’une simple négligence dans les comptes. Sa mauvaise gestion lui est reprochée, certes, et surtout son défaut d’honnêteté et d’honneur dans sa chute qui le pousse à se retrancher dans une maison de fonction qui appartient au domaine et qui doit être mise à disposition du nouveau régisseur. L’enquête permet également de découvrir des ventes de bois non répertoriés en coupes réglées et relevant de la futaie réservée au bon vouloir seigneurial[46]. Cette atteinte aux biens forestiers est perçue comme une fourberie criminelle et une infidélité inavouable. Il s’agit donc bien d’un cas particulier qui remet en cause la personnalité même du régisseur et son attachement pour la Maison à laquelle il est attaché. Au-delà encore, s’il est possible, de son « peu de capacité », le bailliage lui reproche des abus et notamment ses ventes présumées de bois qui n’étaient pas en coupe réglée. Les raisons de sa révocation sont donc multiples de par ses manquements aux trois qualités qui doivent être celles du régisseur : capacité, honnêteté et fidélité.

Les voies de la pensée sociale éclairée

L’incompétence coupable du régisseur Ermenault, si elle fut pour lui l’origine d’ennuis judiciaires, revêt pour le chercheur les atours de l’ouverture facilitée vers d’autres champs de recherche. En effet, si les comptes peuvent de prime abord passer pour une source froide et déshumanisée, le désordre créateur qui caractérise les registres du régisseur révoqué trace de multiples pistes qui vont bien au-delà des considérations économiques qui ont été développées ci-dessus. Pour cacher son absence d’organisation, Ermenault a multiplié les chapitres de dépenses en accumulant les quittances et listes de biens et produits achetés ou vendus. Deux exemples de ces domaines de dépenses ressortent particulièrement du lot et donnent à voir des dépenses qui apparaissaient déjà bien avant son arrivée aux affaires, mais dont la quantité et la multiplicité des pièces relatives qu’il a laissées pour former ses comptes désordonnés permet une analyse plus fine. Le premier de ces articles de dépenses est celui qui est appelé « Charités de Madame », ou « Aumônes de Madame », qui sont les dépenses charitables de la duchesse d’Enville dans le duché de La Roche-Guyon. Cette charité seigneuriale est un phénomène classique que l’on retrouve dans presque toutes les grandes familles qui pratiquent cette aide salutaire[47], généralement aux portes du château. Dans le cas de la duchesse d’Enville, sa philanthropie et sa recherche de la lutte contre la pauvreté et la mendicité sont connues[48], mais il faut signaler qu’elles s’inscrivent dans une succession partie de son père, le duc Alexandre dont les réflexions conservées au château de La Rochefoucauld laissent entrevoir cette pensée socio-économique et patriotique propre aux Lumières et qui vise le bien public[49]. Ce qui est surprenant dans le cas de la duchesse d’Enville, c’est la multiplicité des produits fournis, non pas à quelques mendiants des paroisses du duché, mais à plus d’une centaine d’indigents connus par l’élaboration de listes pour chaque paroisse. Par l’intermédiaire des gestionnaires des pauvres, il y en a un dans chacune des paroisses, elle distribue du pain, de la viande, du vin, du coton, de la laine, du chanvre, du bois de chauffage. Ces produits sont destinés à la subsistance quotidienne, ils sont fournis largement et tout au long de l’année. De manière encore plus intéressante, la duchesse d’Enville institutionnalise dans son domaine un système qui pare à toutes les possibles catastrophes pouvant menacer ses sujets-protégés. Ses comptes abritent ainsi des centaines de quittances et autres mémoires de travaux pour réparation de maisons endommagées par le vent, la grêle, mais aussi des frais de travaux agricoles dans les terres ou vignes des paysans infirmes ou qui ne seraient plus en mesure de travailler eux-mêmes leurs biens. De la même manière, la duchesse prend en charge les frais d’apprentissage de certains enfants pauvres du duché et les place auprès de maîtres où ils peuvent apprendre un métier les mettant à l’abri du besoin, c’est toute l’idéologie qui anime la fondation de l’Ecole des Enfants de l’Armée, devenue Ecole des Arts et Métiers sous l’Empire, par le duc de Liancourt en 1780[50]. La duchesse assure aussi l’inhumation des pauvres des bourgades du domaine seigneurial. En d’autres termes, il serait presque possible de voir ici se mettre en place, sous l’égide de la duchesse d’Enville, dans le cadre des mécanismes de clientèle et de prestige social de l’Ancien Régime, une forme de soutien organisé et multiple précurseur de la sécurité sociale. À la charité chrétienne pratiquée à la porte du château succède une philanthropie chrétienne mise en pratique par un système organisé à l’échelle du duché et qui englobe tous les types de besoins que peuvent ressentir les pauvres des 17 paroisses du duché.

Un autre article de dépenses, classé de manière très intéressante dans les « charités de Madame », réside dans tout ce qui concerne l’élevage des vers à soie. La duchesse et son fils Louis-Alexandre, semblent avoir un intérêt pour cette pratique, la sériciculture, qui se manifeste encore une fois par le recours à des femmes, le plus souvent pauvres et locales, qui sont rémunérées pour « l’éducation des vers à soie », c’est-à-dire le nourrissage constant de ces insectes avec un seul type de végétal : la feuille de mûriers blancs. Une fois établi ce fait, une replongée dans les comptes plus anciens, à partir des années 1740, a montré que le duc Alexandre avait lui-même commencé, en 1741 exactement, à acheter et faire planter le long des allées du domaine des mûriers blancs[51]. Ces plantations massives, de 200 à 1000 arbres, sont le premier indice d’un intérêt philosophique et social proto-industriel qui remonte en réalité au duc Alexandre et qui a été récupéré par sa fille et son petit-fils. Les pièces de comptes laissées par Ermenault permettent de dessiner précisément les contours de cette pratique, des journées d’hommes employées à tailler les mûriers et au ramassage des feuilles, au tirage de la soie sur les cocons par les femmes et jusqu’à la construction en 1787, dans la ferme de la Vacherie, en face du château de La Roche Guyon, d’un bâtiment prévu pour accueillir « la manufacture de soie[52]». D’une longueur d’environ 40 mètres de long, comportant deux étages, ce bâtiment témoigne du nouvel élan que le duc Louis-Alexandre, puisque c’est lui qui commande la construction, a voulu donner à cette proto industrie domaniale. Soulignons à quel point il serait réducteur d’évoquer la duchesse d’Enville sans la replacer dans le système familial dont elle est la figure pivot puisque c’est elle qui a hérité des réflexions modernes de son père et qui les a inculquées à son fils le duc Louis-Alexandre de La Rochefoucauld et à son neveu le duc de Liancourt. Par son amitié avec Turgot[53], elle a permis aux deux cousins de se doter d’une solide formation intellectuelle qui les a intégrés au mouvement physiocratique. Cette relation avec l’intendant de Limoges puis contrôleur général des Finances est d’ailleurs révélatrice de la façon dont les La Rochefoucauld créent à ce moment-là leur réflexion socio-économique globale. Turgot est érigé en modèle dans les correspondances de la duchesse et de Louis Alexandre[54], c’est de lui qu’ils tirent leurs idées avant de les assimiler et de les mettre en œuvre dans leurs domaines. Ce n’est pas dans le cadre d’un salon réglé, comme l’a analysé Antoine Lilti[55], que la duchesse, son fils et son neveu, développaient leurs idées et les confrontaient à celles de leurs brillants interlocuteurs, mais dans le cadre de vastes réseaux multidirectionnels fondés sur des rencontres ponctuelles et surtout sur des correspondances suivies et riches. La terre, ultime et suprême richesse est au centre de leurs actions domaniales et de leurs entreprises proto-industrielles, on le voit ici avec la sériciculture qui permet de conjuguer les idées physiocratiques, l’intérêt pour les activités préindustrielles et la recherche du bien public par la création d’emplois et la lutte contre la pauvreté. À nouveau, les habitants du duché sont pleinement intégrés au volontarisme manufacturier des La Rochefoucauld qui, par ce biais, créent des emplois et luttent contre ce qu’ils considèrent comme la racine de la précarité : l’absence d’emploi due à un manque de formation professionnelle.

Conclusion

Loin de n’être que d’interminables listes de chiffres obscurs, les livres de comptes de la haute noblesse, et en particulier ici de la famille de La Rochefoucauld, sont des portes ouvertes sur une multitude de directions historiographiques. Souvent exploités mais laissés en arrière plan, il était important de leur rendre leurs lettres de noblesse en les ramenant sur le devant de la scène. Dispersés dans des dépôts d’archives très différents, tant du point de vue institutionnel que du point de vue géographique, ils permettent une histoire diversifiée de la haute noblesse. En passant d’abord par une approche purement économique et sociale, l’historien peut reconstruire les stratégies économiques familiales, observer le poids des revenus de la terre, qui indiquent la plupart du temps la capacité pour le noyau familial à subvenir à ses besoins sans avoir à recourir à des emprunts qui ne font que perpétuer le déficit tout en le maintenant dans des proportions tolérables. En explorant plus en avant les comptes, en requérant le secours des liasses annexes de pièces de comptes et en capitalisant sur l’incompétence d’un régisseur malheureux, il peut également entrevoir des dynamiques, des inflexions, des ruptures intellectuelles et idéologiques qui sont, dans le cas de la seconde moitié du XVIIIe siècle, liées à des phénomènes de mutations idéologiques aussi nombreuses et variées que les ramifications des Lumières[56]. Ils permettent de toucher du doigt les orientations de ces élites sociales dont certaines, comme les La Rochefoucauld, participaient, plus ou moins consciemment, à l’élaboration de réflexions socio économiques réformatrices. Au-delà de ces aspects qui sont au cœur de notre thèse de doctorat, l’étude des comptes est aussi un puissant soutien à l’histoire de la culture matérielle, en particulier aux histoires de l’alimentation et des habitudes vestimentaires.


[1]Archives départementales du Val d’Oise [désormais ADVO], Chartrier de La Roche-Guyon, 10 J 542, dossier de l’affaire Louis Ermenault.

[2]Roger BAURY, « L’ubiquité nobiliaire aux XVIIe et XVIIIe siècles », in Marie BOISSON, Michel FIGEAC, Josette PONTET (dir.), La noblesse de la fin du XVIe au début du XXe siècle, un modèle social ?, tome I, Anglet, Atlantica, 2002, p. 133.

[3]Voir à ce sujet les grandes études socio-économiques domaniales menées par Jean DUMA, Les Bourbon-Penthièvre (1678-1793) : une nébuleuse aristocratique au XVIIIe siècle, Paris, Publications de la Sorbonne, 1995 ; Marguerite FIGEAC-MONTHUS, Les Lur Saluces d’Yquem de la fin du XVIIIe siècle au milieu du XIXe siècle, Bordeaux, FHSO Mollat, 2000 ; Jean-François LABOURDETTE, La Maison de La Trémoille au XVIIIe siècle, Paris, Honoré Champion, 2021 ; ou encore François-Charles MOUGEL, « La fortune des princes de Bourbon-Conti : revenus et gestion, 1655-1791 », in Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine, tome XVIII, 1971, p. 30-49, mais aussi sur le duché de La Roche-Guyon, Michel HAMARD, La  famille La Rochefoucauld et le duché-pairie de La Roche-Guyon au XVIIIe siècle, Paris, L’Harmattan, 2008.

[4]Voir à ce propos Michèle CROGIEZ-LABARTHE, Correspondance de la duchesse d’Enville, Montreuil, Les éditions de l’œil, 2016 ; Jean-Charles DAUMY, François XII de La Rochefoucauld-Liancourt. L’imaginaire nobiliaire dans la vie quotidienne d’un grand seigneur éclairé, Paris, Editions de l’Epargne, 2019 ; Gilles de LA ROCHEFOUCAULD, Louis-Alexandre de La Rochefoucauld ou la Révolution vertueuse, Paris, Clément Juglar, 2019 ; Daniel VAUGELADE, Le salon physiocratique des La Rochefoucauld animé par Louise-Elisabeth de La Rochefoucauld, duchesse d’Enville (1716 1797), Paris, Publibook, 2007.

[5]Sur l’organisation du fonds d’archives du château de La Rochefoucauld, voir Marie VALLÉE, Le fonds Liancourt aux archives du château de La Rochefoucauld, Paris, Editions de l’Epargne, 2006.

[6]Concernant l’histoire du fonds privé voir Jean-Charles DAUMY, « Les archives privées du château de la Rochefoucauld ou le destin d’une famille au travers de ses papiers », in Caroline LE MAO (dir.), Revue historique de Bordeaux et du département de la Gironde, Archives, manuscrits et imprimés : confection, diffusion, conservation, Bordeaux, n°24, 2018, p. 14-27.

[7]Alexandre duc de La Rochefoucauld (1690-1761) a obtenu de Louis XV en 1732 de pouvoir faire transiter le duché-pairie de La Rochefoucauld par sa fille aînée jusqu’à son petit-fils Louis-Alexandre (1743-1792), tandis qu’en 1758 il cédait sa charge de grand maître de la Garde-robe du roi à son second gendre le duc d’Estissac (1691-1783), époux de sa fille cadette Marie. Il créait de fait une branche principale collatérale en séparant le titre ducal de la charge la plus prestigieuse de la Maison.

[8]AP Château de La Rochefoucauld, Fonds Liancourt, carton F5b, Inventaire des « papiers » présents au château de Liancourt, 1827.

[9]AP Château de La Rochefoucauld, Fonds Liancourt, carton E7c, Inventaires d’archives, Papiers de M. le duc de Liancourt, 1803.

[10]Michel FIGEAC, Châteaux et vie quotidienne de la noblesse. De la Renaissance à la douceur des Lumières, Paris, Armand Colin, 2006, p. 245.

[11]Les livres de comptes établis par le régisseur Louis Ermenault (1779 1786) permettent de signaler les travaux menés dans la salle des archives.

[12]Description du chartrier de La Roche-Guyon, Geneviève DAUFRESNE, Marie-Hélène PELTIER, Patrick LAPALU, Chartrier de La Roche-Guyon, Cergy-Pontoise, 2011, révisé en 2019.

[13]Description du chartrier de Liancourt, Christophe LEBLANC, Vincent WEBER, Chartrier de Liancourt, Beauvais, 2013, révisé en 2020.

[14]Voir Katia BÉGUIN, Les Princes de Condé, Rebelles, courtisans et mécènes dans la France du Grand Siècle, Seyssel, Champ Vallon, 1999, p. 278.

[15]Michel FIGEAC, Les noblesses en France. Du XVIe siècle au milieu du XIXe siècle, Paris, Armand Colin, 2013, p. 44-45.

[16]Jean-Charles DAUMY, François XII de La Rochefoucauld-Liancourt, op. cit., p. 44-57.

[17]Michel FIGEAC, op. cit., p. 45-50.

[18]AP Château de La Rochefoucauld, Fonds Liancourt, Carton E10c, Comptes que rend Jacques Asseline au duc et à la duchesse de Liancourt, 1782, non paginé.

[19]AP Château de La Rochefoucauld, Fonds Liancourt, carton E10c, Comptes que rend Jacques Asseline au duc et à la duchesse de Liancourt, 1775-1785, non paginé. Les noms de ces grands aristocrates n’apparaissent pas de cette façon dans les comptes, mais d’une manière simplifiée, dans la marge « duc de Gontaut », « duc de Chârost », « duc de Beauvilliers », par exemples.

[20]Natacha COQUERY, L’hôtel aristocratique. Le marché du luxe à Paris au XVIIIe siècle, Paris, Publications de la Sorbonne, 1998, p. 214.

[21]AP Château de La Rochefoucauld, Fonds Liancourt, carton E10c, Comptes que ren Monsieur Jacques Asseline, avocat, à Monseigneur le duc et à Madame la duchesse de Liancourt, 1785, non paginé.

[22]Jean-François LABOURDETTE, « Fortune et administration des biens des La Trémoille […] », art. cit, p. 166.

[23]Archives départementales de l’Oise, Chartrier de Liancourt, 6J28, Correspondances de l’intendant général Jacques Asseline avec le duc de Liancourt à propos des ventes des bois de bretagne, 1782-1785.

[24]AP Château de La Rochefoucauld, Fonds Liancourt, Carton F5a, Résumé de la succession du duc d’Estissac avec dates des actes, non paginé.

[25]Jean-Pierre LABATUT, Les ducs et pairs de France au XVIIe siècle : étude sociale, Paris, PUF, 1972, p. 271.

[26]AP Château de La Rochefoucauld, Fonds Liancourt, Carton E10b, Comptes des biens de la succession du duc d’Estissac, non paginés.

[27]Sur le duc de Liancourt et la Garde-Robe du roi, voir Jean-Charles DAUMY, « Les parures du monarque : le duc de Liancourt et le grand office de la Garde-Robe sous Louis XV et Louis XVI », in Versalia. Revue de la Société des Amis de Versailles, n°25, 2022, p. 115-128.

[28]Michel FIGEAC, op. cit., p. 201.

[29]Jean-Pierre LABATUT, op.cit., p. 269.

[30]AP Château de La Rochefoucauld, Fonds Liancourt, carton E10c, « Tableau des rentes perpétuelles des successions de Madame la duchesse et de Monsieur le duc d’Estissac », 25 septembre 1789, non paginé.

[31]Jean-Pierre LABATUT, op. cit., p. 269.

[32]ADVO, Chartrier de La Roche-Guyon, 10 J 637, Comptes de la Maison de La Rochefoucauld rendus par Sébastien de La Place, 1737.

[33]Jean DUMA, op. cit., p. 91-92.

[34]Elie HADDAD, « L’histoire de la noblesse. Quelques perspectives récentes », in Nicolas LE ROUX (dir.), Faire de l’histoire moderne, Paris, Classiques Garnier, 2020, p. 65-94.

[35]Jean-François LABOURDETTE, op.cit., p. 225-261 sur l’administration des biens fonciers, par exemple. Voir aussi, Jean-François Labourdette, « Fortune et administration des biens des La Trémoille au XVIIIe siècle », in Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, tome 82, numéro 2, 1975, p. 163-177, p. 166.

[36]Michel FIGEAC, Les noblesses en France, op.cit., p. 198-199.

[37]Jean-Charles DAUMY, op.cit., p. 50-52.

[38]ADVO, Chartrier de La Roche-Guyon, 10 J 640, Comptes de la maison de La Rochefoucauld rendus par Sébastien de La Place, 1740.

[39]Archives nationales, T//575/2, État des terres de l’Ariège. Ce document contient un long passage sur la forêt de Bélesta de laquelle le duc tire des sapins propres à alimenter la Marine. ADVO, Chartrier de La Roche-Guyon, 10J534, l’état des bois de la forêt de Boixe en Angoumois précise qu’ils contiennent de « beaux chênes propres pour la Marine royale principalement ».

[40]Voir les premières ébauches de cette interprétation chez Andrée CORVOL, L’arbre en Occident, Paris, Fayard, 2009, p. 231.

[41]Jean-François LABOURDETTE, op. cit., p. 241.

[42]Ibid, p. 229.

[43]Les années 1729 à 1769 sont marquées par la grande régularité des comptes, tant visuelle qu’organisationnelle. Tout au long de la période Gouttard se succèdent les mêmes chapitres de recettes et de dépenses, avec des récapitulations claires et toujours justifiées. Les comptes sont reliés et brochés.

[44]ADVO, Chartrier de La Roche-Guyon, 10 J 542, dossier de l’affaire Louis Ermenault.

[45]ADVO, Chartrier de La Roche-Guyon, 10 J 542, dossier de l’affaire Louis Ermenault.

[46]ADVO, Chartrier de La Roche-Guyon, 10 J 542, dossier de l’affaire Ermenault, récapitulatif de la procédure judiciaire par le président lieutenant général du bailliage de Magny, décembre 1787.

[47]Voir Jean-François LABOURDETTE, op. cit., p. 429-434 ; ainsi que Yukako SORA, La charité et les élites bordelaises. 1750-1830, Bordeaux, Fédération Historique du Sud Ouest, 2019, l’historienne a bien mis en avant la mutation idéologique de la conception et de la pratique de la charité à l’œuvre dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, passant d’une charité chrétienne voyant dans le pauvre un alter Christus, à une philanthropie militante et pensée d’un point de vue national et patriotique.

[48]Daniel VAUGELADE, Tricentenaire de la duchesse d’Enville, Montreuil, Editions de l’œil, 2020.

[49]AP Château de La Rochefoucauld, Fonds La Roche-Guyon, carton E9a, Réflexions, notes et maximes d’Alexandre de La Rochefoucauld.

[50]Jean-Charles DAUMY, op. cit., p. 165-179.

[51]ADVO, Chartrier de La Roche-Guyon, 10 J 337, comptes du duché de La Roche-Guyon pour l’année 1740-1741.

[52]ADVO, Chartrier de La Roche-Guyon, 10 J 541, mémoire et plan de construction d’un bâtiment à la ferme de la Vacherie pour servir de manufacture de soie, 1786-1787.

[53]La correspondance entre Turgot et la duchesse d’Enville a été éditée en 1976, Josep RUWET (dir.), Lettres de Turgot à la duchesse d’Enville (1764-74 et 1777-80), Edition critique préparée par les étudiants en histoire de l’Université catholique de Louvain, Louvain/Leiden, 1976.

[54]Archives municipales de Mantes-la-Jolie, Fonds Clerc de Landresse, lettre de Richard Price au duc Louis Alexandre de La Rochefoucauld, 6 juillet 1790.

[55]Antoine LILTI, Le monde des salons. Sociabilité et mondanité à Paris au XVIIIe siècle, Paris, Fayard, 2005.

[56]Sur la diversité des « Lumières » et leur existence non pas comme mouvement philosophique univoque mais comme nouvel élan de réflexions utiles à tous aussi bien philosophiques que sociales, économiques ou politiques, voir Antoine LILTI, L’héritage des Lumières. Ambivalences de la modernité, Paris, Seuil, Gallimard, 2019, p. 21.

 

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Moines et pouvoir seigneurial : la justification de la domination des monastères dans le Pays de Vaud à la veille de la Réforme (vers 1450-1550)

Ian Novotny

 


Doctorant en histoire médiévale à l’Université de Lausanne (UNIL), Ian Novotny est l’auteur d’un mémoire publié en 2023 dans la collection des Cahiers lausannois d’histoire médiévale (CLHM), intitulé Des chapons à l’eau bénite : vie quotidienne et alimentation des moines de Payerne à la fin du Moyen Age (XIVe-XVIe siècles). Sa thèse de doctorat, actuellement en cours, porte sur la vie interne et la fonction sociale des grands monastères du Pays de Vaud (Suisse occidentale) à la fin du Moyen Age et à la veille de la Réforme protestante (milieu du XVe-début du XVIe siècle). Le présent article s’inscrit dans le cadre de cette recherche.


Introduction

Grands seigneurs fonciers, les monastères furent confrontés, aux derniers siècles du Moyen Âge, aux défis induits par les mutations sociales et économiques qui traversaient l’Europe occidentale. Dès le XIIIe siècle, les revenus des établissements monastiques s’affaiblirent parallèlement à l’augmentation des coûts d’exploitation des domaines ruraux et à la monétarisation croissante des échanges, liée en particulier à l’essor de l’économie urbaine. La peste, la crise démographique et les guerres qui dévastèrent l’Occident aux XIVe et XVe siècles portèrent un coup supplémentaire à l’assise matérielle des communautés monastiques. À l’instar des autres seigneurs ecclésiastiques, les monastères réagirent notamment en essayant de renforcer les liens de dépendance avec les populations rurales soumises à leur seigneurie[1].

Ce phénomène fut particulièrement marqué à la fin de la période médiévale dans le Pays de Vaud, région intégrée au duché de Savoie en tant qu’apanage des cadets de la famille, et située dans l’actuelle Suisse romande. En effet, les grands monastères vaudois de tradition bénédictine (les bénédictins, les clunisiens, les cisterciens et les chartreux) ainsi qu’augustinienne (les prémontrés) n’avaient pas pris part au « mouvement d’affranchissement » entrepris par les seigneurs laïcs durant la première moitié du XIVe siècle[2]. L’effort mené par certains établissements pour fixer les paysans à la terre eut pour conséquence la préservation, jusqu’au début du XVIe siècle, de poches de servitude. Celles-ci se caractérisaient par la présence d’hommes soumis à la taille à merci, un prélèvement seigneurial qui s’effectuait théoriquement de manière arbitraire[3]. Surtout, dans la plupart des seigneuries monastiques du Pays de Vaud, les paysans étaient soumis à un régime particulièrement dur de mainmorte, une prérogative qui permettait au seigneur de récupérer tout ou une partie des biens meubles et immeubles de l’un de ses dépendants décédé sans laisser de descendance directe. Pourtant, la reconnaissance de la condition de mainmortables – étendue également aux affranchis durant les XIVe-XVe siècles[4] –, voire de celle de taillables, ne fut pas toujours obtenue aisément par les monastères vaudois et ceux-ci durent parfois faire face à une opposition ouverte de la part des paysans.

Les préambules des registres de reconnaissances des biens monastiques

Dans ce contexte d’affermissement des rapports seigneuriaux, abbé et prieurs confièrent à des notaires la levée et la mise par écrit des reconnaissances de leurs biens tenus par chaque dépendant, ainsi que les redevances que ce dernier devait à son seigneur[5]. Le renouvellement de ces levées de reconnaissances avait lieu environ tous les 30 ans et aboutissait à la composition d’un d’un liber recognitionum, un registre spécifique appelé également « terrier » dans le domaine de la diplomatique[6]. La possession d’une copie écrite de l’ensemble des reconnaissances devait garantir aux monastères la perception de leurs revenus fonciers et leur permettait de réaffirmer leur domination sur la terre et sur les hommes. Pour chaque nouveau registre, les notaires – ou commissaires – étaient également chargés par les seigneurs de rédiger un préambule, appelé aussi prologue[7], qui devait justifier l’établissement et la fixation par écrit des reconnaissances au moyen de « considérations juridiques, religieuses, morales ou simplement de convenance[8] ».

Largement négligée par l’historiographie récente sur l’évolution des seigneuries ecclésiastiques[9] et le rôle de l’écrit dans l’administration seigneuriale[10], l’analyse des prologues des terriers nous paraît toutefois fondamentale pour l’étude des relations entre les monastères et les habitants des régions rurales aux derniers siècles de la période médiévale. Cet article, dont le contenu s’insère dans une plus large recherche en cours sur la fonction sociale et religieuse des établissements vaudois à la fin du Moyen Âge[11], se propose donc d’étudier le discours des préambules des registres de reconnaissances établis pour les biens des monastères du Pays de Vaud entre le milieu des XVe et XVIe siècles, lorsque le dernier couvent vaudois fut supprimé à la suite de la conquête bernoise de 1536[12]. Il s’agira d’identifier les procédés rhétoriques employés par les commissaires et de montrer de quelle manière ils permettent de justifier la composition des registres de reconnaissances. Une attention particulière sera portée à l’emploi de citations bibliques ou d’œuvres théologiques et philosophiques. Enfin , l’article mettra en évidence les liens entre, d’un côté, la composition de ces préambules justificatifs, et de l’autre, la contestation de la domination seigneuriale des monastères par les communautés rurales.

Présentation du corpus documentaire

Pour la période qui s’étend du début du XVe siècle au milieu du XVIe siècle, la plus grande partie des terriers conservés aux Archives cantonales vaudoises (ACV)[13] relatifs aux monastères du Pays de Vaud ne sont pas accompagnés de préambules – ceux-ci ayant de toute évidence été perdus après la suppression des monastères en 1536-1555 – ou débutent par des paragraphes introductifs peu développés, présentant essentiellement le contenu du registre, l’ensemble des localités visitées par le commissaire, ainsi que le commanditaire de la levée des reconnaissances et le notaire chargé de cette tâche.

Toutefois, un certain nombre de terriers (14 parmi les plus de 260 consultés, tous rédigés entre la fin des années 1440 et le début des années 1550) sont introduits par des préambules qui présentent aussi, en plus des éléments mentionnés ci-dessus, un discours justificatif rhétorique développé en plusieurs lignes[14]. Ce sont précisément ces parties (représentant une proportion variable par rapport au reste du préambule) qui seront au centre de l’analyse.

Rédigés en latin (à l’exception notable d’un seul), ces textes proviennent des terriers établis pour sept monastères appartenant à quatre ordres différents, à savoir les bénédictins, les clunisiens, les cisterciens et les prémontrés (cf. annexe 10).  Bien que présentant une certaine hétérogénéité, les préambules ont pu être classés au sein de quatre ensembles (A, B, C et D) constitués à partir de deux critères principaux : la similarité – et parfois même l’identité – lexicale, ainsi que le recours à des citations directes ou indirectes provenant du texte biblique ou d’autorités intellectuelles médiévales. Les annexes 1 à 10 présentent l’édition des dix prologues (les plus représentatifs de chaque ensemble de textes) sur lesquels s’appuiera l’analyse des procédés rhétoriques employés par les notaires afin de justifier la levée des reconnaissances.

Ensemble A 

Ce premier ensemble rassemble deux préambules rédigés à presque un siècle de distance. Le plus ancien de ces documents est extrait du terrier Ff 448 établi entre 1456 et 1459 par le chapelain et notaire d’Yverdon, Jean Viveys, pour les fiefs vaudois de l’abbaye cistercienne de Montheron (cf. annexe 1)[15]. Ces reconnaissances furent levées pendant le priorat de Jean Besson (1454-1486), qui procéda durant les mêmes années à l’affranchissement de taillables situés dans des localités proches de celles visitées par Jean Viveys pour la réalisation de ce registre[16]. Le deuxième texte est tiré du seul recueil du corpus rédigé en français, le Fc 155, composé en 1551 par deux notaires de Gruyère, Claude David et Jacques de Myensiez, pour les biens du petit prieuré clunisien de Rougemont (cf. annexe 2)[17] . Rédigé sous le priorat de Pierre de Gruyère (1538-1555), dernier supérieur de Rougemont et oncle de Michel, dernier comte de Gruyère, ce terrier s’inscrit dans une série d’au moins trois levées de reconnaissances effectuées pour Rougemont entre 1460 – peu après que les paysans du couvent furent affranchis de la mainmorte – et 1553 – deux ans avant la faillite du comté de Gruyère et son partage entre Berne et Fribourg[18].

Ensemble B 

L’ensemble B n’est constitué que d’un seul texte, classé à part en raison de sa spécificité (cf. annexe 3)[19]. Il s’agit du prologue inséré au début de la grosse (la copie définitive du registre) Fi 16 datant de 1460. Rédigé sous la direction du notaire de Cossonay, Jean Challet, ce registre rassemble les reconnaissances des biens liés au prieuré de Bassins, une dépendance de Payerne dont l’abbé était alors le commendataire Jean-Louis de Savoie (1451-1482). La condition des habitants des lieux visités n’était pas homogène : tandis que la majorité était composée de libres, ceux de Bassins étaient soumis à un régime de taille à merci[20].

 

Préambule du registre de reconnaissances du prieuré de Bassins ACV Fi 16, 1460, f. 1r-1v. (cf. annexe 3 pour l’édition du texte).

Ensemble C

Le troisième groupe de textes rassemble quant à lui six préambules. Parmi ceux-là, deux sont tirés de terriers rédigés pour l’abbaye cistercienne de Bonmont : l’un, datable au 28 décembre 1447[21], se trouve dans le registre Fi 243, rédigé sous l’abbatiat de Jean de Bourg (1447 ?-1473), et est relatif aux fiefs situés dans le Pays de Vaud occidental, dans le Genevois et dans l’Ain[22]; l’autre, daté du 28 juillet 1485, provient du recueil Fi 244, qui concerne les biens de l’abbaye localisés à Chéserex et à Gingins, et a été établi durant l’abbatiat d’Aymon de Divonne (1483-1536). Un troisième préambule, daté du 23 mai 1509, se trouve dans le registre fragmentaire Fg 364, rédigé pour le monastère bénédictin de Cossonay sous le priorat de Pierre Dullit (1481-1514), et est relatif aux fiefs situés au centre du Pays de Vaud[23]. Deux autres textes sont tirés de terriers payernois relatifs aux biens de la dépendance déjà mentionnée de Bassins, à savoir les registres Fi 199 – rédigé sous l’abbatiat de Jean-Amédée Bonivard (1507-1514) et dont le préambule date du 13 mars 1508[24] – et Fi 41 – établi sous Jean de La Forest (1514-1536) et introduit par un prologue daté du 10 février 1532[25]. Le dernier texte, daté du 1er décembre 1521, provient d’un autre terrier payernois (le Fk 517) qui concerne les revenus de l’église d’une autre dépendance : le prieuré de Baulmes.

Ensemble D

Parmi les cinq textes qui ont été regroupés dans le dernier ensemble, deux proviennent des archives de l’important prieuré clunisien de Romainmôtier. Le premier se trouve au début du registre Fj 137 (cf. annexe 5), qui rassemble principalement des reconnaissances levées dans la terre du monastère entre 1497 et 1499[26] (les années auxquelles nous pouvons faire remonter le prologue), suivies d’une copie du plaid général de 1266 datant de 1499, ainsi que de documents d’époque bernoise datant des années 1530-1540. Le deuxième texte est tiré du recueil Fj 6 (cf. annexe 6), établi en 1499 et relatif aux fiefs franc-comtois (remontant parfois au XIIIe siècle) de l’église et du prieuré de Romainmôtier[27].Commandités par l’abbé Michel de Savoie (1491-1521), ces deux registres furent réalisés respectivement sous la direction de Jean Mayor et d’Aymonet Pollens. Bien connu par l’historiographie vaudoise, ce dernier fut particulièrement actif dans la recherche et la copie de documents qui permettaient de légitimer les « prétentions juridiques » de l’établissement clunisien[28] .

De leur côté, les registres de l’abbaye prémontrée du Lac de Joux ont fourni trois textes rédigés après l’union du monastère jurassien avec Romainmôtier en 1514, sous l’abbatiat du commendataire Claude d’Estavayer (1519-1532). Deux de ces préambules – signés eux aussi par Mayor et Pollens – sont datés du 28 décembre 1520 et sont placés en têtes des deux grosses Fj 8 et Fj 9 relatives aux fiefs ruraux de l’abbaye situés dans le Pays de Vaud occidental (cf. annexes 7 et 8)[29]. Enfin, le dernier prologue, sans doute le plus original du corpus, est l’œuvre du seul Jean Mayor – se présentant ici en tant que clerc (clericum) – et se rattache au registre Fj 64, qui rassemble des documents divers (cf. annexe 9). Il s’agit avant tout de copies d’actes confirmant les droits temporels de l’abbaye : des copies d’accords avec l’abbaye de Saint-Claude et des confirmations de droits épiscopales, pontificales et impériales remontant au XIIe siècle, ainsi que des copies d’accords obtenus avec les taillables du Lieu à la suite du conflit avec l’abbaye, qui se termina à la fin du XVe siècle[30].Le reste du registre contient des reconnaissances de fiefs vaudois (dont ceux du Lieu) datant de 1526[31] – année à laquelle nous pouvons dater la rédaction du préambule –, suivies d’autres actes qui ne sont pas annoncés dans le prologue et qui ont probablement été ajoutés plus tardivement dans le registre[32].

L’écrit comme garant de l’ordre social

Les discours des prologues analysés présentent une caractéristique commune : l’exaltation de la capacité de l’écrit à fixer et à garantir la transmission de la mémoire des choses humaines, à savoir l’ordre juridique sur lequel était fondé l’ordre social (et donc la dépendance des paysans par rapport à leurs seigneurs). Néanmoins, les procédés rhétoriques mis en œuvre par les commissaires pour justifier la levée des reconnaissances varient selon les terriers et révèlent une certaine créativité de la part des notaires.

Ensemble A. La fiabilité de l’écrit pour assurer la mémoire des décisions passées

Les prologues tirés des terriers Ff 448 de 1456-1459 (cf. annexe 1) et Fc 155 de 1551(cf. annexe 2) débutent par une mise en garde contre les dangers qui guettent la mémoire des hommes, qu’il s’agisse de la « fourberie » et de la « prolixité » du siècle (mondi dolus aut temporum prolixitas[33] ) ou de la négligence due aux occupations mondaines, à savoir les negoces, empeschemens et affayres aulxquels l’homme est implicqué journellement[34]. Le recours à l’écrit, placé sous l’autorité des anciens dans le préambule de Rougemont, est présenté comme la seule manière d’assurer non seulement la transmission de la mémoire du passé aux générations suivantes (au posteres qui doisvent après venir et absens[35]) mais également leur adhésion aux décisions prises par les générations précédentes (memoria in posteros dirigantur et facilior de eisdem quociens reddatur probacio[36]). Particulièrement notable est l’insistance du préambule de 1551 sur le caractère d’authenticité et de fiabilité (des instruments auctentiques et fideles lettres… permanentes et durantes a tousjours[37]) que doivent posséder les documents écrits afin de remplir la fonction souhaitée.

Or, comme l’indique l’étude menée par François Menant sur les chartes de franchises siennoises du XIIIe siècle et celle de Joseph Morsel sur les chartes des territoires d’Empire aux XIIe-XIIIe siècles[38], la présentation de l’écrit comme l’instrument permettant de contrer les défaillances de la mémoire des hommes était plutôt fréquente dans les prologues des actes officiels médiévaux. Toutefois, l’intérêt des deux textes de l’ensemble A nous paraît résider paradoxalement dans leur caractère redondant. Ainsi, l’emploi répété d’éléments conventionnels suggère une véritable inquiétude de la part des commanditaires des registres quant à la bonne garde du contenu des actes rassemblés par les commissaires.

Ensemble B. L’ordre divin menacé par le vice de l’oubli

Une tonalité bien plus dramatique ressort de la lecture du préambule inséré au début du terrier payernois Fi 16 datant de 1460 (cf. annexe 3). Le prologue commence par rappeler les origines de la « fragilité humaine » (ab exordio fragilitatis humane)[39]. Les défaillances de la mémoire sont ainsi rassemblées sous le « vice de l’oubli » (oblivionis vicio) qui habite la nature déchue des êtres humains, héritée de celle d’Adam et Ève après la chute (prothoparentis nostri contaminata condicio), entraînant les pécheurs à la transgression, et donc à la punition de l’Enfer (divine dampnacionis eterne). Avec une grande emphase rhétorique et multipliant les formules, le préambule se poursuit avec l’évocation de l’instabilité et des conflits qui dérivent de l’état déchu des humains (repulularent recisa, suscitarent sopita, sepulta resurgerent). Ce sombre tableau continue avec une allusion à la menace que constituent ces tensions pour la transmission de la mémoire aux générations suivantes (modernis lucida obcura redderentur futuris). Le préambule rappelle enfin le choix de l’écriture pris dans le passé par des personnes « avisées » (prudentium) afin d’assurer la « préservation stable » (stabili preservacione) des « discours des parties » (sermones parcium) c’est-à-dire vraisemblablement du seigneur et des tenanciers mentionnés dans le registre.

À la différence des textes de l’ensemble A, le prologue du terrier payernois ne se contente pas d’insister sur l’utilité de l’écrit pour contrer la faiblesse de la mémoire humaine et de garantir sa transmission au fil des générations. Le début du préambule établit en effet un lien entre le « vice de l’oubli » et le risque de la damnation éternelle. Or, la peine de l’Enfer encourue par la postérité des « premiers parents » de l’humanité ne peut s’expliquer qu’en la faisant correspondre à une transgression de la volonté divine. Faisant obstacle aux défaillances de la mémoire, l’écrit est par conséquent élevé au rang d’instrument permettant de garantir le respect du dessein de Dieu et de l’ordre social dans lequel celui-ci se manifeste.

Ensemble C. La mission providentielle des spécialistes de l’écrit

Les six textes du troisième ensemble s’inscrivent dans une tonalité semblable à celle du préambule précédent. Nous avons choisi de nous concentrer sur un extrait du prologue contenu dans le terrier de Bonmont Fi 244, rédigé par les notaires Nicod Brassier et Gabriel Barilliet (cf. annexe 4). Le discours du préambule s’articule autour de deux axes. Premièrement, après l’habituel rappel de l’incapacité de la mémoire à garantir la perpétuité du souvenir des actes passés entre humains (res enim geste inter terrigenos), le texte met en exergue l’intervention providentielle de l’écrit, instrument confié à des spécialistes (personas auctenticas et publicas) par Dieu lui-même (stellifero orbis tocius Conditore). Deuxièmement, le préambule évoque la menace qui pèse sur l’ordre du monde, et cela en raison des dangers qui guettent « les possessions et les droits temporels » (substancias temporales acque dominia) des « dirigeants des peuples » (populorum rectores). Cas unique dans l’ensemble du corpus, parmi ces derniers sont aussi mentionnés les seigneurs ecclésiastiques : évêques, abbés et prieurs (episcopi, abbates, priores).

À la différence des sources précédentes, ce texte met explicitement en avant le rôle joué par une élite de spécialistes dans la conservation de la mémoire des actes juridiques. Au vu du contexte documentaire, il est aisé de les reconnaître dans les figures des notaires chargés de composer le registre. Leur monopole de l’écrit se trouve par ailleurs reconduit à une origine divine. Menacé dans ses fondements, l’ordre du monde, qui s’incarne dans la stabilité des possessions seigneuriales, est soutenu par l’action de ces spécialistes. Ainsi, par l’évocation d’une préoccupation divine pour l’ordre temporel, le préambule en vient à justifier l’existence de deux élites : celle des notaires et celles des seigneurs.

Plusieurs éléments suggèrent l’insertion de ce type de préambules dans le contexte régional de la fin du Moyen Âge. Les archives d’une autre grande abbaye romande, celle des chanoines augustins de Saint-Maurice d’Agaune, conservent en effet un document présentant un texte identique à ceux rassemblés dans l’ensemble C. Il s’agit du prologue du terrier rédigé en 1508 par le notaire Jean Défago pour les biens de la sacristie du monastère valaisan[40]. L’hypothèse d’une typologie régionale de ce type de préambules est suggérée aussi par la mention du même commissaire et secrétaire ducal de la cour de Savoie, Gabriel Barilliet, de Gingins, dans la moitié des textes de ce troisième ensemble[41], auquel nous pourrions associer le notaire Jacques Gibert, lui aussi originaire de Gingins[42].

Ensemble D. Le don divin de l’intellect et le « remède des lettres »

Quant au dernier ensemble, celui-ci regroupe certainement les cinq textes les plus créatifs du corpus. Leur originalité se situe certainement dans l’emploi fréquent – et libre – de citations tirées des Ancien et Nouveau Testaments, et dans les renvois explicites à deux auteurs fondamentaux pour la culture médiévale, à savoir le philosophe grec du IVe siècle Aristote, et surtout le père de l’encyclopédisme médiéval, Isidore de Séville, évêque et père de l’Église des VIe-VIIe siècles.

Les références à l’Ancien Testament : Salomon et l’Ecclésiaste

Dans quatre de ces préambules intervient la double référence au roi Salomon et au livre biblique que l’on considérait, au Moyen Âge, être l’une de ses œuvres : l’Ecclésiaste (ce dernier est encore cité dans un cinquième prologue). Figure ambiguë de l’Ancien Testament mais récompensée par Dieu avec le don de la sagesse, Salomon fut l’un des modèles du roi sage pour de nombreux princes chrétiens médiévaux[43].Les notaires Jean Mayor et Aymonet Pollens le mentionnent le plus souvent au début des préambules : ils le présentent comme bénéficiant de « l’esprit de prophétie » (spiritu prophecie fultus, cf. annexe 5), « savant et premier parmi les sages » (doctus prudentiumque precipuus Salomon et sapiens sapientium rerum, cf. annexes 7 et 8) et « roi de la paix » (rex pacis, cf. annexe 7). Ces qualificatifs viennent appuyer l’autorité de la citation de l’Ecclésiaste sur la succession des générations humaines opposées à la stabilité du monde :  generatio preterit geneatio advenit, terra autem in eternum stat (cf. annexes 5 à 8)[44].Un autre proverbe, plus célèbre, évoquant la corruptibilité ou « vanité » du siècle[45] est aussi indirectement cité dans les préambules des registres Fj 137 (de vanitate seculi, cf. annexe 5) et Fj 64 (ea que celi ambitu continentur vanitati subiacent et corrupcioni, cf. annexe 9).

Les références au Nouveau Testament : les épîtres de Paul et de Jacques

Pour ce qui est des références néotestamentaires, celles-ci apparaissent seulement dans les préambules des terriers du Lac de Joux Fj 8 et Fj 64. Dans le premier, le chapitre 15 de l’épître de Paul aux Romains est explicitement cité et immédiatement suivi d’une citation modifiée du verset 15,4 dans lequel est évoquée la nécessité de préserver dans la « pensée des hommes » tout ce qui avait été écrit pour leur édification : Romanorum 15 astruat quecumque scripta ad nostrarum fore doctrinam scripta hoc etiam mentis hominum abesse non debet (cf. annexe 7). Ce passage de l’épître a été habilement exploité par Jean Mayor et Aymonet Pollens pour le mettre au service de leur discours. Alors que, dans sa lettre, Paul mettait en avant l’utilité du recours aux Saintes Écritures pour nourrir l’espérance des chrétiens, dans le contexte du préambule son affirmation ne nous paraît prendre sens que si renvoyée plus généralement aux écrits laissés par les hommes durant les siècles et dont la préservation devait être garantie[46].

C’est toutefois dans le prologue du registre Fj 64 rédigé pour l’abbaye du Lac de Joux en 1526 qu’apparaît l’emploi de citations bibliques le plus audacieux (cf. annexe 9). Après avoir rappelé avec l’Ecclésiaste la « vanité » et la « corruption » des choses du monde, le texte oppose à ces dernières la perfection de Dieu, « premier semeur des choses » (rerum sator primus), ainsi que la puissance créatrice et ordonnatrice de sa Parole, par laquelle il aurait disposé les facultés propres à chaque créature « selon proportion » :  Qui eus encium virtutis Sue Verbo cuncta creavit ex nichillo, vires rebus imposuit et naturas secundum proporcionem disposuit.

C’est ensuite que le rédacteur attribue à Paul l’affirmation que le Verbe créateur aurait attribué aux êtres humains une « âme rationnelle » afin que ceux-ci soient « les prémices de toutes ses créatures » : Insuper hominum genus anima dotavit rationali, ut essemus prout ait Paulus inicium aliquod totius Sue creature. Or, si dans le verset originel – tiré en réalité de l’épître de Jacques (1, 18) – le titre de « prémices » est de manière plus vraisemblable attribué aux fidèles qui adhèrent à l’Évangile et annoncent ainsi la « nouvelle création » inaugurée par la résurrection de Jésus, au sein du préambule celui-ci est associé à la possession et donc, implicitement, à l’usage des facultés rationnelles par les hommes[47].Le préambule poursuit ultérieurement son discours sur l’intelligence humaine par une citation libre du verset 1, 20 de l’épître aux Romains par lequel l’apôtre des Gentils soutenait la possibilité, pour les païens, de connaître Dieu et ses « perfections invisibles » par l’observation et l’étude de la création, attribuant cette capacité de pénétration des « œuvres » divines aux facultés de l’intellect[48] : Quamvis enim immensitatis fontem summum nequeamus actingere invisibiliter, tamen eiusdem a creatura mundi per ea que facta sunt intellecta a nobis conspiciuntur (cf. annexe 9).

Cette conception – qui fait de l’âme rationnelle des hommes l’attribut premier de leur nature, qui les rapproche de la divinité – a caractérisé l’anthropologie développée par les principaux penseurs chrétiens antiques et médiévaux[49]. Toutefois, malgré son aspect traditionnel du point de vue de la culture médiévale, et en particulier universitaire, cette célébration de l’esprit humain étonne lorsqu’elle est replacée dans son contexte documentaire : un registre de reconnaissances de biens fonciers.

Suivi d’une louange au Créateur, cet éloge de la rationalité aboutit à l’évocation du « remède des lettres » et de l’instrument des copistes, le « stylet », permettant la transmission de la mémoire des actions passées aux générations présentes : Et priorum gesta oculis prensencium opponantur ; licterarum videlicet stilum adhibuit medelam (cf. annexe 9).

Le recours à deux grandes autorités de la culture médiévale : Aristote et Isidore de Séville

L’autorité de la Bible n’est pas la seule sur laquelle se sont appuyés les commissaires Mayor et Pollens pour développer leur discours au sein des préambules. Dans le terrier Fj 6 rédigé pour les biens de Romainmôtier (cf. annexe 6), Aymonet Pollens mentionne explicitement Aristote et le deuxième livre de son De generatione et corruptione, un traité de physique dans lequel le philosophe avait en particulier discuté la transformation des éléments constitutifs des étants corruptibles (animaux, plantes, minéraux etc.). Toutefois, le notaire se contente de résumer son propos en reprenant le titre de son traité : generatio et corruptio perpetuantur. Peu commenté par les auteurs scolastiques, ce traité gagna de l’importance aux XVIe-XVIIe siècle et fut même repris dans une perspective politique par le philosophe et juriste français Jean Bodin (1530-1596)[50]. Ainsi, malgré l’emploi parcimonieux qu’en fait Aymonet Pollens, la mention de ce traité révèle l’insertion – peut-être seulement marginale – du notariat vaudois dans les tendances culturelles de son temps.

Néanmoins, beaucoup plus important a été l’emploi par le clerc Jean Mayor des Étymologies d’Isidore de Séville, une œuvre encore largement présente dans la culture intellectuelle du bas Moyen Âge[51]. Mayor cite à deux reprises le chapitre 3, 1 du livre I (dédié à la grammaire) de l’œuvre d’Isidore[52] –, une première fois dans le préambule du terrier de Romainmôtier Fj 137, et une deuxième (légèrement modifiée) dans le prologue du registre du Lac de Joux Fj 64 (cf. annexes 5 et 9). La citation vient souligner encore une fois la faculté qu’ont les « lettres » de transmettre le discours des « absents » : « lictere sunt indices vocum et signa verborum, quibus tanta vis est, ut dicta nobis absencium sine voce loquantur ».

Placée à la fin de la partie rhétorique du préambule du Fj 64 (cf. annexe 9, f. 1r), la deuxième citation d’Isidore fait référence au chapitre 1, 31 du livre XV des Étymologies, consacré à l’architecture et à la topographie[53]. Cette citation indirecte évoque l’invention et l’emploi du papier (cartarum exortus viminum) pour la réalisation de documents écrits dans la ville égyptienne de Memphis. En rappelant l’origine et l’utilisation de l’écrit par l’ancienne et savante civilisation des Égyptiens, le préambule en parachève donc la célébration.

Ainsi, à l’instar des autres préambules analysés, les prologues de l’ensemble D convergent vers un seul objectif : faire l’éloge de l’écrit et de sa capacité à contrer les défaillances de la mémoire humaine. En déployant les références à l’Ecclésiaste, les auteurs ont souligné l’impermanence et l’instabilité auxquelles sont soumises les choses humaines, c’est-à-dire l’ordre juridique et social. De plus, ce constat a été appuyé sur la mention de figures d’autorité bibliques et philosophiques, tel que Salomon, roi sage par excellence, ainsi qu’Aristote. Nourri vraisemblablement d’une culture plus typiquement cléricale que celle d’Aymonet Pollens – révélée par son usage de la Bible et des Étymologies –, Jean Mayor s’est permis de développer davantage son apologie de l’écrit en le liant à l’usage de l’intellect, don fait aux hommes par le Créateur. De cette manière, le commissaire légitimait non seulement le « remède de l’écriture », mais en venait aussi à justifier sa fonction et celle de sa catégorie sociale, celle des notaires.

La contestation paysanne de la domination seigneuriale des monastères

Relativement tardive, la composition de ces préambules nous impose de nous interroger sur la nature des relations entre les moines et leurs paysans. Plusieurs exemples indiquent en effet que le travail des commissaires se fit dans un contexte de tensions, voire de conflits ouverts avec les tenanciers. Les heurts avaient surtout pour objet la contestation de la condition de mainmortables que les religieux essayaient d’imposer au plus grand nombre d’individus possibles parmi les habitants de leurs terres. Ayant lieu en particulier au XVe siècle, cet effort de généralisation de la mainmorte concernait aussi d’autres régions des Alpes occidentales et se concrétisait par la rédaction de nouveaux terriers dans lesquels était inscrite la nouvelle condition des tenanciers[54].Ainsi à Rougemont, en 1457, le conflit arbitré par le comte François de Gruyère vit l’affrontement du prieur clunisien et de ses hommes, ces derniers refusant de se reconnaître comme mainmortables. Comme l’explique bien Nicolas Carrier, la raison de l’opposition était claire : le prieur, souhaitant que ses paysans déclarent tenir ses biens sub conditione manus mortue et serve conditionis, assimilait mainmorte et servitude, ce qui plaçait les habitants de Rougemont dans une situation jugée honteuse par rapport à celles de habitants libres du village voisin d’Oex[55] .

Bien que n’ayant pas abouti à un conflit ouvert, une situation similaire était celle des habitants de la terre de Romainmôtier. En effet, bien qu’à la différence des habitants de Rougemont, les hommes de Romainmôtier étaient théoriquement considérés comme « libres », ils étaient dans la pratique soumis à une forte dépendance de leur seigneur, ne pouvant ni quitter la seigneurie, ni « jurer bourg, cité, ville ou château » sans l’accord du prieur[56] .Or, comme l’indique Danielle Anex-Cabanis, il s’agissait là d’obligations typiques du servage en place au XIIIe et XIVe siècles[57].Cet assujettissement imposé à des libres par un régime de mainmorte stricte était de toute évidence guidé par le souci du prieuré de maintenir la mainmise sur sa terre. Une telle condition diminuait fortement les capacités juridiques des tenanciers – puisqu’elle les empêchait de laisser un héritage – et nuisait ainsi grandement à leur possibilité de trouver une conjointe[58]. Devenu ainsi équivalent à la condition des taillables – tenus pour socialement inférieurs[59] –, l’état de mainmortables ne pouvait qu’être vécu comme vexatoire et ignominieux par les habitants de Romainmôtier, comme en témoignent aussi bien Aymonet Pollens dans son mémoire sur la condition des hommes du prieuré[60], que les poursuites pour injures menées par ces derniers bien après la conquête bernoise, entre 1562 et 1582[61].

Sans aller jusqu’à la révolte, la lutte des tenanciers contre la tutelle monastique, comme l’a bien montré Vincent Corriol, pouvait prendre des formes « passives » qui se concrétisaient par des actes de désobéissance, voire de chantage[62] . À Baulmes, au début du XVe siècle, la plupart des habitants étaient libres, malgré l’existence de quelques taillables. Pourtant, au début du XVIe siècle, les hommes de prieuré dépendant de Payerne ne consentirent plus à l’obligation de se faire inhumer dans le cimetière de l’église paroissiale – l’une des dernières contraintes imposée par leur condition de dépendants – et « menacèrent de quitter la localité »[63], jouant peut-être aussi sur la concurrence entre seigneuries. Ils obtinrent gain de cause en 1516, la même année de l’affranchissement des derniers taillables de Baulmes[64]. Vraisemblablement soucieux d’assurer la stabilité de ses possessions, l’abbé payernois Jean de La Forest fit lever, cinq ans après, de nouvelles reconnaissances, rassemblées dans le terrier Fk 517 et introduites par un préambule évoquant les menaces qui guettaient les biens temporels des seigneurs et l’ordre du monde tout entier (cf. ensemble C).

Ailleurs, la contestation prit des formes plus violentes, comme l’illustre l’exemple de l’abbaye du Lac de Joux. Décidé à maintenir les habitants du Lieu sous un régime de taillabilité, en 1488 l’abbé Jean de Tornafol fut attaqué physiquement par ses dépendants[65] . Or, si ces derniers sortirent perdants du bras de fer avec le supérieur prémontré, soutenu par le conseil de Savoie, la rédaction d’un nouveau terrier en 1526 pour les reconnaissances des biens du Lieu indique peut-être que la mainmise de l’abbaye sur ses terres et sur ses hommes continuait à être menacée. De plus, le préambule du terrier Fj 9 de 1520 relatif aux fiefs vaudois de l’établissement déclarait explicitement que les droits et les biens de l’abbé s’étaient « effondrés » – proprium est ruinata (cf. annexe 8).

C’est par conséquent dans un contexte de remise en cause ouverte ou passive par les paysans de la tutelle monastique que les abbés et les prieurs du Pays de Vaud firent rédiger des terriers accompagnés d’un préambule justifiant la fixation par l’écrit des reconnaissances des biens des monastères et donc leur domination sur leurs dépendants et sur leurs terres.

Conclusion

L’examen des préambules commandités par les supérieurs des grands monastères vaudois entre le milieu des XVe et XVIe siècles a révélé un discours visant à légitimer les instruments de la domination seigneuriale et la fonction remplie spécifiquement par les commissaires. Cette légitimation se fondait le plus souvent sur l’exaltation de la permanence de l’écrit. Plusieurs notaires ont joint cette justification à la nécessité de garantir la stabilité d’un ordre social d’origine divine. D’autres, enfin, ont fondé leur défense des actes écrits sur l’autorité du texte biblique, d’Aristote ou d’Isidore de Séville. Si la fonction des préambules a pu être mise en évidence, la part respective des rôles joués par les commissaires et par les supérieurs des établissements dans le choix du contenu justificatif reste incertaine. Nous pouvons néanmoins supposer qu’une certaine liberté était accordée par les abbés et les prieurs aux notaires chargés de composer les registres de reconnaissances.

L’analyse a également mis en lumière les liens entre l’élaboration des préambules et les relations conflictuelles entre moines et paysans. Confrontés à la contestation d’un régime assimilable au servage, les supérieurs des établissement monastiques réagirent en réaffirmant leurs droits sur leurs possessions et leurs tenanciers. De surcroît, dès le premier quart du XVIe siècle, de nouvelles menaces virent inquiéter la pérennité du pouvoir temporel des monastères vaudois. En effet, en 1525, la guerre des Paysans allemands, influencée par des courants radicaux de la Réforme opposés aux privilèges des élites laïques et ecclésiastiques, s’étendit jusqu’aux régions alémaniques. Des couvents furent même pris d’assaut et l’autorité du prince-abbé de Saint-Gall fut contestée[66].

Quel que fut l’écho de ces bouleversements chez les religieux vaudois, ces derniers durent aussi faire face dès la fin des années 1520 à la prédication des réformateurs Farel et Viret et, même si les ministres calvinistes – à l’instar de Luther – ne contestaient pas le pouvoir des seigneurs, la nouvelle confession ne pouvait admettre l’existence d’une élite à la fois spirituelle et temporelle de chrétiens, incarnée par les moines et les frères mendiants. Ce fut Berne qui se chargea de concrétiser cette doctrine, en décrétant par le second édit de Réformation du 24 décembre 1536 la suppression du clergé catholique et de la vie régulière dans le Pays de Vaud[67].


Annexes

Annexe 1 : ACV, Ff 448, Extrait du préambule des reconnaissances des fiefs vaudois de Montheron, 1456-1459, f. 1r

In nomine Domini amen. Rerum mater experiencia prudenter edocuit actus et actiones hominum, scripturam conmicti custodie, ne exsufflare possit mondi dolus aut temporum prolixitas. Ymo itaque humana fragilitate actenta illas innovare decrevit et ea que per modernorum presenciam peraguntur licterarum testimonio conmendari, ut confectarum paginarum sermo et memoria in posteros dirigantur et facilior de eisdem quociens reddatur probacio […].

Annexe 2 : ACV, Fc 155, Extrait du préambule des reconnaissances des biens du territoire de Rougemont, 1551, f. 0r-0va

Proesme. A tous ceulx qui cis presentes verront, liront et ourront lyre. La grace et paix de Dieu le Père, par son seul filz Jesu Crist nostre seigneur, avecq la communication du Sainct Espryt soit donnée, amen. Et pource que la memoyre des hommes est labile, aussi[68] scavoir tout sans riens point oblier est chose plus divine que humayne, a rayson des negoces, empeschemens et affayres aulxquels l’homme est implicqué journellement. Pour laquelle chose les anciens, par meure deliberacion et providence, ont decreté, estably et ordonné que les actes et contractz faictz entre les humains soyent redigés et mys par escript affin que le bon tesmognage des instrumens auctenticques et fideles lettres ont aye tousjours memoyre de telz actes et contractz, et ce que la fragilité de humayne memoyre ne peult longuement retenir et en aurir souvenance, sinon par escriptures autenticques, permanentes et durantes / a tousjours, mais non seulement aux modernes et presens, mais aux posteres qui doisvent après venir et absens […].

Annexe 3 : ACV, Fi 16, Préambule d’une grosse relative aux biens du territoire de Bassins, 1460, f. 1r-1v

Ihesus Maria. In nomine Domini, amen. Ab exordio fragilitatis humane, prothoparentis nostri contaminata condicio, jam oblivionis vicio circundata, in periculum tocius posteritatis sequute formam, Pro dolor! induit transgressoris in penam, incidens divine dampnacionis eterne. Cum igitur memorie virtutis insidians effrenus lapsavit per mondum et varia jam forent propter hoc scandala subsequuta repulularent recisa, suscitarent sopita, sepulta resurgerent et modernis lucida obscura redderentur futuris, adversus oblivionis dispendium de scripture suffragio prudentum cautela providit ut gestorum / ordine non corrupto sermones parcium dirigentur in posteros, et infuso ymagina virtutis effectu quo gesta fuere velud presencia futuris lucida stabili preservacione paterent. Ea propter ad eternam rei geste memoria sequitur extenta recognicionum feudorum, homagiorum, censuum, reddituum, usagiorum et aliorum serviciorum spectantum et pertinencium illustri ac reverendissimo in Christo patre et domino domino Johanni Ludovico de Sabaudia, apostolice Sedis prothonotario, commendatorioque et administratori abbatie et monasterii Paterniaci, Cluniancensis ordinis et membrorum eiusdem ad causam prioratus sui Bassini, Gebennensis dyocesis et membrorum eiusdem, per me Johannem Challeti de Cossonay, notarium auctoritate imperiali publicum, curiarumque illustrissimi principio domini nostri Sabaudie ducis, Ballmatus unandi et castellaniarum eiusdem juratum ab eodem reverendissimo in Christo patre commendatorio specialiter deputatum. Incepta et finita vigere commissionis de ipsis extenta michi factis diebus et annis inferius descriptis.

Annexe 4 : ACV, Fi 244, Préambule des reconnaissances des biens de Bonmont situés à Chéserex et à Gingins, 28.7.1485, f. 1r

[…] Quoniam memoria humani generis labilis est et oblivionis naufragio est subjecta, res enim geste inter terrigenos per discursus lapsa temporum possent ex labilitate predicta deperiri nec possent ad vetustatem debitam devenire, nisi per personas auctenticas et publicas opitulante stellifero orbis tocius Conditore tenaciter scripturarum custodire debite fuerint commendate. Ex qua causa, multa scandalla, lites, iurgia, rumores pariter et querele possent nasci et oriri venturis temporibus in seculo, domini namque magnates, nobiles, episcopi, abbates, priores et alii populorum rectores possent eorum substancias temporales acque dominia periclitanter perdere, ex quibus sequeretur tocius mondi latitudinem perturbari. Igitur prefati dominus abbas et religiosi, predicta sua extentas recogniciones et patrimonium dicti sui monasterii, debite ad rei geste memoriam in futurum habendam voluerint in formam publicam redigi per nos jam dictos commissarios […].

Annexe 5 : ACV, Fj 137, Préambule des reconnaissances et du Plaid
général de la Terre de Romainmôtier, 1497-1499, f. 0va-0vb

Quia sicut adeo spiritu prophecie fultus Salomon precipuus in suis proverbys de vanitate seculi[69], differens infert pro in hoc seculo[70] nulla repetitur constancia. Sed ut oculenter apparet, ea que aperitis cum omni industria et probitate aguntur successu die cunvergunt in oblivionem et confusionem, cum eciam ille adeo doctus superius nominatus Salomon, rex pacis, Ecclesiaste primo de corrupcione dictans : « generacio preterit generacio advenit, terra autem in eternum stat »[71]. Qua de causa prudentum cum cautela decrevit ea licterarum elementis eternari. Quam ut ayt Ysidorus libro primo capitulo tercio : « littere autem sunt indices rerum, signa verborum, quibus tanta vis est, ut nobis dicta absencium sine voce loquuntur[72]. » Expedit ergo diucius reminisci perpetuus et mors et oblivionis infectio quibus humana natura subjacet huius objecti elise reddantur et que per nos nunc aguntur posteriorum oculis infuturum reminiscantur et[73] appareant. Hac de causa nobiles burgenses et incole huius opidi et ville Romanimonasterii, in hoc volumine jura eorum informaciones documenta et recognitiones, tam ville quam confratriarum suarum Sancti Spiritus, Nicolai et eligi stipulari et signari jusserunt per providum virum Johannem Maioris notarium de Romanimonasterii et certos alios ut infra, a die quod de presente volumine fiat de eorum rebus et bonis unum corpus.

Annexe 6 : ACV, Fj 6, Extrait du préambule des reconnaissances
des biens de l’église de Romainmôtier situés en Franche-Comté,
1499, f. 3r

Sicut successu temporis homines oriuntur et inde ad terram corpora unde orta sunt recadunt, quo fit ut, nisi cauthela adhibita fuisset, ipsorum gesta etiam haberentur caute provisum est a maioribus nostris, quorum doctrina fulti sumus ut quod placeret servari vel diutus reminisci litterarum elementis eternaretur, nequeunt homines semper vivere. Sed ut ait ille peritorum supremus et egregius concionator Ecclesiastes : « generatio preterit generatio advenit, terra autem in eternum stat.»[74] Quod postea sentiens phillozophus Aristoteles secundo De generatione ait quod generatio et corruptio perpetuantur[75]. Hac occasione motus reverendus dominus Michael de Sabaudia, Sedis postolice prothonotarius et commendatarius perpetuus prioratus Romanimonasterii, pro se et conventu, eiusdem recognitiones jurium et bonorum que ipsa ecclesia Romanimonasterii habet in villis de Bannans, Sancta Columba, Vaul et Chantagrue voluit renovari per notarios subscriptos.

Annexe 7 : ACV, Fj 8, Extrait du préambule d’une grosse concernant des fiefs vaudois du Lac de Joux, 28.12.1520, f. 0vc

Cum ille nec tantum beatus sed ut pote ad celum raptus de Dei arcanis imbutus, Romanorum 15 astruat quecumque scripta ad nostrarum fore doctrinam scripta hoc etiam mentis hominum abesse non debet[76] , quod ille adeo doctus prudentiumque precipuus Salomon, rex pacis, interpretatus Ecclesiaste intercetera de corruptione dictans, erupit quod : « generatio preterit generatio advenit, terra autem ineternum stat[77] . » Prudentium enim cauthela decrevit ea que per nos aguntur posterorum oculis infuturum inservatur, licterarum elementis eternari quorum ad communem utillitatem expedit reminisci, quathenus et mors et oblivionis infectio quibus humana fragillitas subjacet huius objecti medio elise reddantur. Hac ratione motus, reverendus in Christo prior dominus Glaudius de Staviaco, Bellicensis episcopus. abbatiarum Altecombe et Lacus Juriensis commendatarius et dominus perpetuus, cui proprium est ruinata, restaurare tam in edifficiis quam titulis beneficiorum suorum, prout satis gesta sua multum apparent voluit, jura et predia census et reddictus dicte sue abbatie Lacus Juriensis restaurare, hanc presentem extentam villagiorum in hoc volumine descriptorum et etiam aliorum ad dictam abbatiam Lacus Juriensis pertinentis in certis aliis libris descriptorum jussit per juratos subscriptos stipulari […].

Annexe 8 : ACV, Fj 9, Extrait du préambule d’une grosse concernant des fiefs vaudois du Lac de Joux, 28.12.1520, f. 0r-0v

Non abdere cautum est ab antiquis ea licterarum elementis annotari que ad communem utillitatem neccessaria veniunt. Eum ille precipuus sapiens sapientium rerum Salomon cum Ecclesiastes jam diu est, eruperit quod : « generatio preterit generatio advenit, terra autem ineternum stat. »[78] Unde seniorium cautela advenit quod ea que presencialiter aguntur licteris commendari, ut ad posteros transseat cognitio preteritorum et que mos et oblivio adnullare conantur licterarum pratica adjuventur. Ac ratione motus, reverendus in Christo pater dominus et dominus Glaudius de Staviaco, Bellicensis episcopus, abbaciarum Altecombe et Lacus Juriensis commendatarius et dominus perpetuus, cui proprium est ruinata, restaurare tam edifficiis quam titulis bonorum benefictiorum suorum prout satis gesta sua multum apparent, volens jura predia census et reddictus dicte sue abbacie Lacus Juriensis renovari et restaurare, extentam presentem villagiorum in hoc parvo lumine descriptorum et eciam aliorum ad dictam abbaciam Lacus Juriensis pertinentis in certis aliis libris descriptorum jussit, per juratum subscriptum cuius commissionis tenor talis est.

Annexe 9 : ACV, Fj 64, Préambule d’un recueil composite (reconnaissances des habitants du Lieu de 1526, copies d’actes du XIIe siècle etc.), 1526, f. 1r-1v

Non ignoranter prudens ille et inter alios peritissimus Salomon Ecclesiastes primo ait quod ea que celi ambitu continentur vanitati  subiacent et corrupcioni[79] . Non enim comperitur quid quem perfectum nisi ille rerum sator primus. Qui eus encium virtutis Sue Verbo cuncta creavit ex nichillo, vires rebus imposuit et naturas secundum proporcionem disposuit. Insuper hominum genus anima dotavit rationali, ut essemus prout ait Paulus[80] inicium aliquod totius Sue creature. Quamvis enim immensitatis fontem summum nequeamus actingere invisibiliter, tamen eiusdem a creatura mundi per ea que facta sunt intellecta a nobis conspiciuntur[81] . Laus ergo Cristi Deo qui hominis firmavit nativitatez et deffective eius nature salubrem qua incorporata foveatur. Et priorum gesta oculis presencium opponantur ; licterarum videlicet stilum adhibuit medelam. Sane ut ait Ysidorus : « lictere sunt indices vocum[82] et signa verborum, quibus tanta vis est, ut dicta nobis absencium sine voce loquantur. »[83] Harum igitur suffragio usus in Memphi civitate Egipti, secundum eundem Ysidorum, cartarum exortus viminum[84] utilitati, inde succurrit nam quod ratum homines esse volunt cartis et in manibus statutus commendant. Et quia aliquando transferuntur et sepe translate dantur oblivioni, caute ydeo in uno volumine texi, ceperunt ut si forte ex universitate aliquid frustrari contingat corpus tamen integrum semper remaneat. Ea ideo motus racione, reverendus in Christo pater, dominus Glaudius de Staviaco, Dei et appostolice Sedis gracia Bellicensis episcopus et dominus abbaciarum Altecombe, Lacus Juriensis ac prioratus Romanimonasterii commendatarius, et dominus perpetuus Lausannensis dyocesis, in presenti volumine voluit et stipulando rogavit notari per me Johannem Maioris clericum de Romanomonasterio, auctoritatibus appostolica et imperiali notarium publicum et curiarum officialatus Lausanne et Ballmatus unandi juratum, recogniciones hominum de Loco et rerum suarum acque censuum et onerum annualium per ipsos debitorum dicte abbacie. Et quia nuper inter ipsum abbatem et dictos homines de Loco, occasione dictorum onerum orta fuit differendos et postea extitit medio tractatu sopita, ideo tractatus ipse ymo ad edifficacionem huiusmodi negocii jura antica dicte abbatie in quibus de dote de immunitate dicte abbatie tractatur in presenti volumine preponuntur. Et est sciendum quod recogniciones, quae sunt abbreviate per etc., debent extendi secundum tenorem et per clausulas prime recognicionis. Prout actestor ego ipse Johannes Maioris teste signo meo hic apposito. Idem Johannes Maioris[85]   commissarius. 

Annexe 10 : Principaux établissements religieux romands au bas Moyen Âge

Carte tirée de : Ernst TREMP, « Les réseaux monastiques » in Jean-Daniel MOREROD, Jean-Pierre FELBER, Agostino PARAVICINI BAGLIANI et Véronique PASCHE (dir.), Les pays romands au Moyen Âge, Lausanne, Payot, 1997, p. 157.


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Morard Nicolas, « La dépendance des ruraux » in Morerod Jean-Daniel, Felber Jean-Pierre, Paravicini Bagliani Agostino et Pasche Véronique (dir.), Les pays romands au Moyen Âge, Lausanne, Payot, 1997, p. 315-331.

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Novotny Ian, Des chapons à l’eau bénite : alimentation et vie quotidienne des moines de Payerne à la fin du Moyen Âge (XIVe-XVIe siècles), Lausanne, CLHM (n°60), 2023.

Pahud Alexandre, Le couvent de Romainmôtier du début de l’époque clunisienne à la fin du XIIe siècle : étude archivistique, diplomatique et historique, suivie de l’édition du chartrier, Lausanne, Société d’histoire de la Suisse romande, 2018 (MDR, t. 16, 4e série)

Parisse Michel, « Préambules de chartes » in Jacqueline HAMESSE (éd.), Les prologues médiévaux : actes du Colloque international organisé par l’Academia Belgica et l’École française de Rome avec le concours de la F.I.D.E.M. (Rome, 26-28 mars 1998), Turnhout, Brepols, 2000 (Textes et études du Moyen Âge, 15), p. 141-169.

Poudret Jean-François avec la collab. de Valazza Tricarico Marie-Ange, Coutumes et coutumiers : histoire comparative des droits des pays romands du XIIIe à la fin du XVIe siècle. Partie II : Les personnes, Berne, Staempfli, 1998.


[1] Vincent Corriol, « Le temporel ecclésiastique et sa gestion à l’heure de la monétarisation de l’économie » in Marie-Madeleine de Cevins, Jean-Michel Matz, Structures et dynamiques religieuses dans les sociétés de l’Occident latin (1179-1449), Rennes, PUR, 2010, p. 464-465.

[2] Danielle Anex-Cabanis, Le servage au Pays de Vaud (XIIIe-XVIe siècle), Lausanne, Bibliothèque historique vaudoise, 1973 (Bibliothèque historique vaudoise, 47), p. 313-315.

[3] Jean-François Poudret avec la collab. de Marie-Ange Valazza Tricarico, Coutumes et coutumiers : histoire comparative des droits des pays romands du XIIIe à la fin du XVIe siècle. Partie II : Les personnes, Berne, Staempfli, 1998, p. 420, 559.

[4] Nicolas Carrier, Les usages de la servitude : seigneurs et paysans dans le royaume de Bourgogne (IVe-XVe siècle), Paris, PUPS, 2012, p. 322.

[5] Maria Milagros Cárcel Ortí (éd.), Vocabulaire international de la diplomatique, Valencia, Universitat de València, 1994, p. 113.

[6] Ibid., p. 114.

[7] D’après Michel Parisse, « on peut aussi appeler ‘‘prologues’’ ces textes liminaires, qu’il convient de distinguer nettement de ce qui suit aussitôt et qui est souvent une présentation des circonstances d’établissement de l’acte […] ». Cf. Michel Parisse, « Préambules de chartes » in Jacqueline Hamesse (éd.), Les prologues médiévaux : actes du Colloque international organisé par l’Academia Belgica et l’École française de Rome avec le concours de la F.I.D.E.M. (Rome, 26-28 mars 1998), Turnhout, Brepols, 2000 (Textes et études du Moyen Âge, 15), p. 141.

[8] Maria Milagros Cárcel Ortí (éd.), Vocabulaire international de la diplomatique, op. cit., p. 56-57.

[9] Cf. notamment Didier Méhu, Paix et communautés autour de l’abbaye de Cluny (Xe-XVe siècle), Lyon, PUL, 2001 ; Vincent Corriol, Les serfs de Saint-Claude : étude sur la condition servile au Moyen Âge, Rennes, PUR, 2010.

[10] Cf. Monique Bourin, Pascual Martínez Sopena (éd.), Pour une anthropologie du prélèvement seigneurial dans les campagnes médiévales (XIe-XIVe siècles) : les mots, les temps et les lieux, Colloque tenu à Jaca du 5 au 9 juin 2002, Paris, Publications de la Sorbonne, 2007 ; Harmony Dewez, Lucie Tryoen (dir.), Administrer par l’écrit au Moyen Âge (XIIe-XVe siècle), Paris, Éditions de la Sorbonne, 2019 (LAMOP, 6).

[11] Ma thèse de doctorat en cours, réalisée à l’Université de Lausanne (UNIL) sous la direction du Prof. Bernard Andenmatten, s’intitule Vie conventuelle et fonction sociale des monastères vaudois à la fin du Moyen Âge (XVe-XVIe siècles).

[12] Il s’agit du prieuré clunisien de Rougemont, supprimé en 1555.

[13] Chavannes-près-Renens (Canton de Vaud, Suisse), ACV, section F, Terriers, fonds : Fb, Généralités sur les terriers pour le Pays de Vaud ; Fc, Gouvernement d’Aigle et Gessenay ; Fd, Hôpital de Villeneuve ; Fe-Fee, Baillage de Vevey et Chillon ; Fg, Bailliage de Morges ; Ff, Bailliage de Lausanne ; Fh, Bailliage d’Aubonne ; Fi, Bailliage de Nyon et Bonmont ; Fj, Bailliage de Romainmôtier ; Fk, Bailliage d’Yverdon ; Fm, Gouvernement de Payerne ; Fn, Bailliage de Moudon ; Fo, Bailliage d’Oron ; Fp, Bailliage d’Echallens ; Fq, Bailliage de Grandson ; Fr, Canton de Fribourg ; Ft, Cantons de Berne et Neuchâtel ; Fu, Cantons de Genève, départements de l’Ain et de la Haute-Savoie.

[14] L’indication des feuillets ou des pages des registres mentionnés ne concerne que les parties des préambules étudiés dans le cadre de cet article.

[15] Il s’agit des fiefs situés à Cugy, Morrens, Bretigny-sur-Morrens, Bottens, Poliez-Pittet, Poliez-le-Grand, Boussens, Oulens-sous-Échallens, Assens, Les Chavannes-près-Échallens, Échallens, Éclépens, Villars-Sainte-Croix, Villars-le-Terroir, la grange du Buron (Villars-le-Terroir) et Vuarrens.

[16] Jean Besson procéda à l’affranchissement des taillables de Froideville en 1456 ainsi que d’une partie des habitants de Boulens en 1457 et 1461. Cf. Isabelle Bissegger-Garin, « Montheron », in Patrick Braun et Cécile Sommer-Ramer (éd.), Die Zisterzienser und Zisterzienserinnen, die reformierten Bernhardinerinnen, die Trappisten und Trappistinnen und die Wilhelmiten in der Schweiz, Berne, Franck Verlag, 1982 (Helvetia Sacra III/3/1), p. 336-337.

[17] Il s’agit des fiefs situés à Les Allamans (Rougemont), Le Vanel (Rougemont) et La Condémine (Rougemont).

[18]  Pierre-Yves Favez, « Rougemont », in Hans-Jörg Gilomen (éd.), Die Cluniazenser in der Schweiz, Bâle; Francfort-sur-le-Main, Verlag Helbing & Lichtenhahn, 1991 (Helvetia Sacra III/2), p. 614-616, 640-641.

[19] Signalons néanmoins que son contenu est reproduit de manière identique dans le prologue du registre ACV. Fi 245, rédigé en 1490 et rassemblant les reconnaissances des biens de l’église de Gingins. Bien que cette dernière fût placée dans le territoire de l’abbaye de Bonmont et que son abbé, Aymon de Divonne, fût lié à la famille noble de Gingins (branche collatérale des Divonne), elle ne figure pas parmi les églises soumises au patronat de l’abbaye à la fin du XVe siècle. Cf. Kathrin Utz-Tremp, « Bonmont », in Patrick Braun et Cécile Sommer-Ramer (éd.), Die Zisterzienser und Zisterzienserinnen, op. cit., p. 87-127.

[20] Germain Hausmann, « Bassins », in Hans-Jörg Gilomen (éd.), Die Cluniazenser in der Schweiz, op. cit., p. 462-463. Cette grosse rassemble les reconnaissances levées à Trélex, Begnins, Vich, Marsins (Vich), Volota (Le Vaud), Le Vaud, Luins, Bassins et Marchissy.

[21] La date de rédaction de ce préambule n’est pas indiquée, mais elle a été estimée à partir des dates des reconnaissances qui suivent le prologue.

[22] Il s’agit des fiefs localisés à Chéserex, Gingins, Duillier, La Rippe, Collex (Collex-Bossy, Genève), Saint-Jean de Gonville (Ain), Cessy (Ain), Vésenex (Ain), Chavannes-de-Bogis, Grange-de-Bogis (Bogis-Bossey), Tutegny (Ain), Céligny, Versoix, Divonne (Ain), Crassier et Chavannes-des-Bois.

[23] Il s’agit des fiefs de Cossonay, La Chaux, Allens (Cossonay), Sullens, Dizy, Chavannes-le-Veyron, Senarclens, Aclens, Vullierens, Lonay, Penthaz, Penthalaz, Lussery, Crissier, Perroy et Daillens.

[24] Le registre Fi 199 contient les reconnaissances levées à Burtigny, Begnins, Gland, Nyon, Gingins, Givrins, Genolier, Volota (Le Vaud), Le Vaud, Bassins, Luins, Trélex, Vich, Clarens (Vich) et Marchissy.

[25] Le registre Fi 41 rassemble les reconnaissances levées à Trélex, Gingins, Givrins, Vich, Begnins, Burtigny, Marchissy, Luins, Vaux-sur-Morges, Le Vaud et Bassins.

[26] Les reconnaissances de 1497-1499 furent levées à Romainmôtier, Croy, Bofflens, Arnex, Bretonnières, Premier, Vaulion, Envy, Juriens, La Praz et Mont-la-Ville.

[27] Il s’agit des fiefs localisés à Bannens, Chantegrue, Sainte-Colombre et Vauz.

[28] Alexandre Pahud, Le couvent de Romainmôtier du début de l’époque clunisienne à la fin du XIIe siècle : étude archivistique, diplomatique et historique, suivie de l’édition du chartrier, Lausanne, Société d’histoire de la Suisse romande, 2018 (MDR, t. 16, 4e série), p. 25-26. Pollens composa également un mémoire – datant probablement de 1497 et analysé par Jean-François Poudret – sur la condition des habitants de la Poté de Romainmôtier, auquel il ajouta un préambule détaillant l’histoire du monastère et de ses droits temporels, édité par Frédéric de Charrière. Cf. « Notice du Commissaire Aymonnet Pollens sur le Monastère de Romainmotier » in Frédéric de Charrière (éd.), Recherches sur le couvent de Romainmôtier et ses possessions, Lausanne, M. Ducloux, 1841 (MDR, t. 3, 1e partie), LXXIII, p. 807-810. Pour le mémoire de Pollens, cf. BCUL, Miscellanea, F 991, p. 60-73 ; Jean-François Poudret, « La condition personnelle des habitants de la Terre de Romainmôtier : remarques à propos d’un mémoire du commissaire Pollens », in Jean-Daniel Morerod (dir.), Romainmôtier : histoire de l’abbaye, Lausanne, Bibliothèque historique vaudoise, 2001 (Bibliothèque historique vaudoise, 120), p. 195-203.

[29] Le registre Fj 8 rassemble les reconnaissances des fiefs de Cuarnens, Chavannes-le-Veyron, Villars-Bozon (L’Isle), Pampigny, Cottens, Ballens, Mollens, Montricher, L’Isle, La Coudre (L’Isle), Mont-la-Ville, La Praz et Moiry. De son côté, le Fj 9 concerne les fiefs d’Orbe, Orny, Saint-Didier (Pompaples), Pompaples, Rances, Chavornay, Épendes, Suchy, Échallens, Polier-le-Grand, Bioley-Orjulaz, Oulens-sous-Échallens, Éclagnens, Penthéréaz, Villars-le-Terroir, Goumoëns-la-Ville et Bettens.

[30] Les confirmations des droits du Lac de Joux contenues dans le Fj 64 ont été éditées par Claire Martinet dans L’abbaye prémontrée du Lac de Joux : des origines au XIVe siècle, Lausanne, UNIL, Fac. des lettres, Sect. d’histoire, 1994 (CLHM, 12).

[31] Les reconnaissances contenues dans le Fj 64 ont été levées à L’Abbaye, Le Lieu, Les Charbonnières (Le Lieu), Vaulion, Juriens, Romainmôtier et La Praz.

[32] Il s’agit notamment d’abergements réalisés par Claude d’Estavayer en 1531 ou encore d’autres reconnaissances obtenues des habitants du Lieu et datant de la première moitié du XVe siècle.

[33] ACV, Ff 448, f. 1f.

[34] ACV, Fc 155, f. 0r-0va.

[35] ACV, Ff 155, f. 0r-0va.

[36] ACV, Ff 448, 1f.

[37] ACV, Ff 155, f. 0r-0va.

[38] Rappelons à ce titre un extrait du prologue d’une charte de franchise édictée par l’abbé de Marmoutier (Alsace) en 1144 : memorie et firmitatis gratia, quia labilis est hominum memoria et sine litteris and omnia facilis irrepit oblivio… Cf. Johann Daniel Schöpflin (éd.), Alsatia Aevi Merovingici, Carolingici, Saxonici, Salici, Suevici Diplomatica, Mannheim, 1772, t. 1, p.230, cité par Joseph Morsel, « À la recherche des préambules des chartes de franchises dans l’Empire » et François Menant, « Pourquoi les chartes de franchises italiennes n’ont-elles pas de préambule ? » in Monique Bourin, Pascual Martínez Sopena (éd.),  Pour une anthropologie du prélèvement seigneurial, op. cit., p. 292-293 et 268-269.

[39] Moins commun que les autres pièces du corpus, le préambule payernois trouve un écho dans le début du prologue des coutumes de Merville (Normandie), daté de 1307 : Quoniam transgressio divini precepti primo parenti et posteris omnibus natis suis ad malum pocius quam ad bonum induxerat pravitatem… Cf. Célestin Douais, « La coutume de Merville 1307-1359 », Nouvelle revue historique de droit français et étranger, 15 (1891), p. 578, cité par Mireille Mousnier, « Seigneurs en quête d’universitas dans la France méridionale » in Monique Bourin, Pascual Martínez Sopena (éd.), Pour une anthropologie du prélèvement seigneurial, op. cit., p. 226.

[40] Arch. Abbaye Saint-Maurice, REC 0/0/428, fol. 1r. Cf. Bernard Andenmatten, et al., Écrire et conserver, Saint-Maurice, Fondation des Archives historiques de l’Abbaye de Saint-Maurice ; Lausanne, Université de Lausanne, Fac. des Lettres, Section d’histoire, p. 58-59.

[41]ACV, Fg 364 ; Fi 199 ; Fi 244.

[42] ACV, Fi 243.

[43] Jean-Patrice Boudet, « Le modèle du roi sage aux XIIIe et XIVe siècles : Salomon, Alphonse X et Charles V », Revue historique, 110/3 (2008), p. 545-566. Sur l’importance de la figure de Salomon dans la culture intellectuelle médiévale, cf. également Jean-Patrice Boudet, et al. (dir.), Le roi Salomon au Moyen Âge : savoirs et représentations, Turnhout, Brepols, 2022.

[44] Ecc 1, 4, d’après la Vulgate. Cf. Biblia Sacra : iuxta vulgata versionem : editio minor, Stuttgart, Deutsche Bibelgesellschaft, 1984, p. 986.

[45] Eccl 1, 2, d’après la Vulgate : vanitas vanitatum dixit Ecclesiastes, vanitas vanitatum omnia vanitas. Cf. ibid., p. 986.

[46] Rm 15, 4, d’après la Vulgate : quaecumque enim scripta sunt ad nostram doctrinam scripta sunt, ut per patientiam et consolationem scripturarum spem habeamus. Cf. ibid., p. 1766.

[47] Jc 1, 18, d’après la Vulgate : voluntarie genuit nos verbo veritatis, ut simus initium aliquod creaturae eius. Cf. ibid., p. 1859.

[48] Rm 1, 20, d’après la Vulgate : invisibilia enim ipsius a creatura mundi, per ea quae facta sunt intellecta conspiciuntur… Cf. ibid., p. 1750.

[49] Cela concerne aussi bien les Pères de l’Église des IIIe-Ve siècles que les intellectuels des XIIIe-XVe siècles. Sur la centralité du rôle attribué à l’intellect humain dans l’accomplissement de la vie chrétienne par les penseurs et les mystiques du bas Moyen Âge, cf. en particulier Alain de Libera, La mystique rhénane : d’Albert le Grand à Maître Eckhart, Paris, Seuil, 1994.

[50] Joëlle Ducos, Violaine Giacomotto-Chiara (dir.), Lire Aristote au Moyen Âge et à la Renaissance : réception du traité Sur la génération et la corruption, Paris, Honoré Champion, 2011 (Colloques, congrès et conférences sur le Moyen Âge, 10).

[51] Jacques Elfassi et Bernard Ribémont, « La réception d’Isidore de Séville durant le Moyen Âge tardif (XIIe-XVe s.) », Cahiers de recherches médiévales, 16 (2008), p. 1-5.

[52] Isidore de Séville, Etymologies. Livre I, établi et trad. par Olga Spevak, Paris, Les Belles Lettres, 2020, p. 7

[53] Isidore de Séville, Etymologies. Livre XV, ibid., p. 15, 17 : Memphin ciuitatem Aegypti edificauit Epaphus Iovuis filius, cum in secunda Aegypto regnaret. Haec est urbs ubi charta nascitur, ubi etiam optimi mathematici fuerunt.

[54] De nouveaux terriers furent composés par exemple à Saint-Gingolph, dans le Chablais, en 1436. Cf. Nicolas Carrier, Les usages de la servitude, op. cit., p. 328.

[55] « Prononciation de François Ier, comte de Gruyère, entre le prieur de Rougemont, d’une part, et la communauté de ce lieu, d’autre part, au sujet de la mainmorte et d’autres points. 1456 (1457), janvier 3 », in Monuments de l’histoire du comté de Gruyère et d’autres fiefs de la maison souveraine de ce nom, éd. par J. J. Hisely et J. Gremaud, Lausanne, Bridel, 1867-1869, vol. 2 (MDR, 1e série, t. 23), n°226, p. 56-59. Cf. également Nicolas Carrier, ibid., p. 331-332.

[56] Danielle Anex-Cabanis, Le servage au Pays de Vaud, op. cit.,  p. 318-320.

[57] Ibid., p. 320.

[58] Ibid., p. 331, 355.

[59] Ibid., p. 369.

[60] BCUL, Miscellanea, F 991, p. 63.

[61] Jean-François Poudret, « La condition personnelle des habitants de la Terre de Romainmôtier » in Jean-Daniel Morerod (dir.), Romainmôtier, op. cit., p. 202-203.

[62] Vincent Corriol, « Désobéissance, fraude, contestation : luttes passives et formes dissimulées de la résistance dans la paysannerie médiévale » in Contester au Moyen Âge : de la désobéissance à la révolte, XLIXe Congrès de la SHMESP (Rennes 2018), Paris, Éditions de la Sorbonne, 2019, p. 315-329.

[63] Germain Hausmann, « Baulmes », in Hans-Jörg Gilomen (éd.), Die Cluniazenser in der Schweiz, op. cit., p. 473.

[64] Ibid., p. 486.

[65] Bernard Andenmatten, « Lac de Joux » in Brigitte Degler-Spengler (éd.), Die Prämonstratenser und Prämonstratenserinnen in der Schweiz, Bâle, Schwabe & Co, 2002 (Helvetia Sacra IV/3), p. 465, 490-491.

[66] Hans von Rütte, « Guerre des Paysans (1525) », trad. par Pierre-G. Martin in Dictionnaire historique de la Suisse, mis en ligne le 3.2.2016. URL : https://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/016525/2016-02-03/

[67]Karine Crousaz, « Berne réforme bon gré mal gré » in Olivier Meuwly (dir.), Histoire vaudoise, Lausanne, BHV, Gollion, Infolio, 2015, p. 259.

[68] Fc 155 aussi aussi.

[69] Référence à Ecc 1, 2, d’après la Vulgate : vanitas vanitatum dixit Ecclesiastes, vanitas vanitatum omnia vanitas. Cf. Biblia Sacra, p. 986.

[70] Mot biffé : ibi.

[71] Ecc 1, 4.

[72] Citation du livre I (chap. 3, 1) des Étymologies d’Isidore de Séville. Cf. Isidore de Séville, Étymologies. Livre I : La grammaire, établi, trad. et comm. par Olga SPEVAK, p. 7. L’édition de Spevak employe le subjonctif loquantur, à la place de l’indicatif loquuntur utilisé ici.

[73] Fj 137 et et.

[74] Ecc 1, 4.

[75] Référence au deuxième livre du traité de physique d’Aristote De generatione et corruptione. Cf. Aristote, De la génération et la corruption, établi et trad. par Marwan RASHED, Paris, Les belles lettres, 2005.

[76] Référence au début de Rm 15, 4, d’après la Vulgate : quaecumque enim scripta sunt ad nostram doctrinam scripta sunt, ut per patientiam et consolationem scripturarum spem habeamus. Cf. Biblia Sacra, p. 1766.

[77] Ecc 1, 4.

[78] Ecc 1, 4.

[79] Référence à Ecc 1, 2, d’après la Vulgate : vanitas vanitatum dixit Ecclesiastes, vanitas vanitatum omnia vanitas. Cf. Biblia Sacra, p. 986.

[80] Citation de Jc 1, 18, d’après la Vulgate : voluntarie genuit nos verbo veritatis, ut simus initium aliquod creaturae eius. Cf. Biblia Sacra, p. 1859.

[81] Référence à Rom 1, 20, d’après la Vulgate : invisibilia enim ipsius a creatura mundi per ea quae facta sunt intellecta conspiciuntur sempiterna quoque eius virtus et divinitas. Cf. Biblia Sacra, p. 1750.

[82] Fj 64 vocunt. Il s’agit probablement d’une erreur de copie entre les étapes de finalisation du registre.

[83] Citation modifiée du livre I (chap. 3, 1) des Étymologies d’Isidore de Séville : Litterae autem sunt indices rerum, signa verborum, quibus tanta vis est, ut nobis dicta absentium sine voce loquantur. Cf. Isidore de Séville, Etymologies. Livre I, établi et trad. par Olga SPEVAK, op. cit., p. 7.

[84] Référence au livre XV (chap. 1, 31) des Étymologies d’Isidore de Séville : Memphin ciuitatem Aegypti edificauit Epaphus Iovuis filius, cum in secunda Aegypto regnaret. Haec est urbs ubi charta nascitur, ubi etiam optimi mathematici fuerunt. Cf. Isidore de Séville, Étymologies. Livre XV, établi et trad. par Olga SPEVAK, op. cit., p. 15, 17.

[85] Paraphe.

 

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Éditorial n°17

Après une période de transition, Circé. Histoire, savoirs, sociétés revient en cette année 2024 pour un dix-septième numéro. Nous nous félicitons de l’interdisciplinarité de ce numéro, comme des précédents, ayant à cœur d’ancrer notre revue dans le champ des sciences sociales. Dans cette livraison, les autrices et les auteurs mettent à l’honneur une diversité de thématiques qui fait la richesse de la revue Circé. En premier lieu, l’étude de Séverine Dupuis sur la franc-maçonnerie à Paris au XVIIIe siècle. Son travail articule la construction des sociabilités maçonniques au sein d’une société urbaine à une période d’effervescence socio-politique liée à l’activité des Lumières.

Ce numéro touche également à des objets beaucoup plus matériels. Le travail d’Aude Lazaro se penche sur la fortification des lieux de culte dans la vallée du Var. Le croisement de données archéologiques et documentaires sur un large panel permet de proposer des éléments statistiques sur les interactions entre castrum, castellum et ecclesia. S’agit-il de lieux de culte fortifiés ? De fortifications où sont installés des espaces cultuels ? Quelle est la place de l’habitat ? Ce travail s’inscrit directement dans le renouvellement historiographique en cours sur l’Église grégorienne, le rendant d’autant plus stimulant.

L’article d’Aude Lazaro n’est pas le seul à traiter des rapports de pouvoir au sein de l’Ecclesia. Ian Novotny s’intéresse justement à la domination seigneuriale des monastères dans le Pays de Vaud à la veille de la Réforme. La permanence scripturaire et son authentification par des professionnels de l’écrit tels que les notaires apparaissent comme les bases solides de cette domination. L’étude de Ian Novotny permet aussi de montrer que cette domination ne se fait pas sans interaction entre moines et paysans dans une période particulièrement tendue pour l’Ecclesia. La question de l’écrit et du poids de l’archive est aussi au cœur de l’article de Jean-Charles Daumy. En miroir de celui de Ian Novotny, Jean-Charles Daumy travaille sur des archives privées, celles des La Rochefoucault et plus particulièrement sur celles concernant leur comptabilité.

Nous remercions vivement les auteurs et autrices de cette livraison 2024 ainsi que les chercheurs et les chercheuses qui ont pris le temps de lire et relire ces contributions. Enfin, nous proposons régulièrement un appel à contribution pour ceux et celles qui souhaiteraient proposer et partager leurs travaux récents. Nous avons hâte de vous lire et de vous retrouver dans les pages de notre revue.

Le comité éditorial de Circé. Histoire, Savoirs, Sociétés

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Portrait d’Anne Lehoërff, historienne et archéologue spécialiste d’archéométallurgie

Anne Lehoërff est historienne et archéologue, spécialisée en archéométallurgie. Professeur des universités à CY Cergy Paris Université, elle occupe la chaire Inex « Archéologie et Patrimoine » depuis le 1er septembre 2021. Elle s’intéresse plus particulièrement à la Protohistoire européenne, à l’artisanat, aux échanges, à l’histoire de l’archéologie. Elle préside également le Conseil national de la recherche archéologique.

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Éditorial n°16

 

Pour ce seizième numéro et le premier de l’année 2022, Circé a eu le plaisir de s’entretenir avec une archéologue, Anne Lehoërff – une première pour notre revue très attachée à l’histoire écrite malgré sa volonté constante de s’ouvrir à l’ensemble des sciences sociales. Cette spécialiste en archéométallurgie se présente d’ailleurs avant tout comme une historienne, fidèle à la définition généreuse et englobante de l’histoire qu’elle développe dans nos pages. À son image, de nombreux auteurs de ce présent numéro ne craignent pas de franchir les barrières disciplinaires. C’est le cas Maxime Bray dont l’article allie presque naturellement histoire de l’art, histoire et droit, ou encore de Marie Davidoux qui voit dans la littérature un moyen d’aborder des problématiques historiographiques. Un signe encourageant à l’heure où l’interdisciplinarité est sur toutes les lèvres !

Anne Lehoërff nous dit encore que, pour mettre en œuvre l’ambitieuse science de l’homme qu’elle appelle de ses vœux, « [t]out doit être mobilisé, toutes les sources, tous les possibles. ». Ces mots définissent à merveille les différentes varia que ce numéro rassemble. Trois articles explorent ainsi des corpus pas ou peu connus afin de reprendre, à nouveaux frais, des questionnements plus traditionnels. Christine Petrazoller aborde le sujet très classique de la stasis grecque, en s’appuyant sur le corpus épigraphique de l’époque hellénistique, largement délaissée au profit de l’époque suivante, et en offre une synthèse utile. Si la notion d’authenticité en art fait déjà l’objet d’une dense historiographie pour l’époque moderne, Maxime Bray étend la chronologie établie en mettant en lumière un unicum : un rapport d’expertise daté de la fin du XVIIe siècle. Enfin, Marie Davidoux revient sur le si structurant développement de l’historiographie française au XIXe siècle en étudiant plusieurs romans, plus ou moins célèbres, qui mettent en scène la révolution de 1848.

Mais les jeunes chercheurs qui publient dans ce numéro ne renoncent pas pour autant à s’attaquer à des corpus bien plus établis. Nous pensons à Fantine Beauvieu qui se penche sur les films d’animation de Walt Disney, sans doute l’un des produits culturels à destination des enfants les plus populaires au monde, par le prisme inattendu du travail et de la crise de 2008. De son côté, Marie-Elisabeth Jacquet renouvelle l’étude des archives de la Bastille, exploitées par nuls autres qu’Arlette Fage et Michel Foucault, à la lumière du « tournant archivistique ».

(Re)découvertes documentaires, audaces de questionnements et des méthodes caractérisent bien ce numéro et, plus largement, une jeune recherche qui travaille avec énergie à enrichir le champ des savoirs du passé, et dont Circé se veut l’écho. Nous adressons donc tous nos remerciements aux contributeurs de ce beau programme, en particulier les auteurs et autrices de cette livraison, ainsi que les chercheurs qui ont pris le temps de relire leur travail. Enfin, afin de poursuivre sur cette ambitieuse lancée, nous publions un appel régulier à communication à destination de toutes celles et ceux qui souhaiteraient partager leurs résultats de mémoire de Master et de thèse et étoffer, peut-être bientôt, nos pages !

Le comité de rédaction de Circé. Histoire, Savoirs, Sociétés

 

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