Ma recherche sur les couleurs du corps dans le manuscrit enluminé des Xe-XIIe siècles s’articule essentiellement autour de la couleur du nu et de son rapport avec la couleur du vêtement qui le recouvre. Le statut iconographique d’un personnage, que ce statut soit symbolique, social, religieux, moral ou purement formel et “plastique”, pourrait-il déterminer le choix de la couleur du corps ?… À ce sujet, le manuscrit qui fera l’objet de cette présentation, le Missel de Troyes, 1 originaire de la région de Champagne et datant du milieu du XIe siècle, est un témoignage extrêmement intéressant pour éclairer mon questionnement. L’ouvrage ne comporte que deux peintures, caractérisées toutes les deux par une palette réduite. Pourtant, la mise en couleur des personnages, le degré subtil de saturation de certaines nuances en fonction de la place qu’elles occupent dans l’image, et le système iconographique et chromatique qui y est mis en lumière ouvre des perspectives aux nombreuses questions et hypothèses que je pose sur la couleur du corps dans l’image médiévale.
1 Paris, B.N.F., Latin 818, Parchemin, 256 feuillets, 32,5 x 23 cm.
La matière de Bretagne a souvent été présentée comme le lieu d’émergence d’un roman indépendant de l’historiographie, entre la fin du XIIe siècle et le début du XIIIe. Elle devient synonyme de mensonge pour bien des auteurs du Moyen Âge. Cela signifie-t-il pour autant que la matière de Bretagne puisse être considérée comme un marqueur fictionnel évident ? Nous voudrions montrer que l’assimilation entre matière de Bretagne, fabula, et conte plaisant, qui existe dès le Moyen Âge, n’est pas la seule position possible face à la matière de Bretagne : il existe une matière de Bretagne historique, contenue dans les chroniques, de Wace à Jean de Wavrin. Or, le premier topos de tout écrit historique médiéval est la quête d’une vérité de fait, qui semble s’opposer à l’utilisation traditionnelle de la matière de Bretagne. Quelle sélection les historiens font-ils dans la matière de Bretagne ? Par quels procédés insistent-ils sur la véracité d’une matière ailleurs considérée comme mensonge ?Continuer la lecture de Ni vaine ni plaisante ? La matière de Bretagne et les chroniqueurs→
Résumé Point de référence sur la question turque, Paolo Giovio se montra toujours très bien informé sur son époque et fin connaisseur de l’Histoire. Cependant, prétendre reconstituer ses sources relève de la gageure car il se montra d’une discrétion presque obsessionnelle sur l’origine de ses informations, livrant à ses lecteurs toujours le minimum qu’il pouvait. Pourtant, l’examen attentif de ses ouvrages et de sa correspondance révèle des pistes permettant de reconstituer dans une certaine mesure ses cercles relationnels. C’est par cette étude pratiquement épistémologique de son œuvre que l’on peut mettre au jour les constituants de son univers et pénétrer dans les arcanes de l’historiographie du XVIe siècle !Continuer la lecture de Les arcanes de l’historiographie au XVIème siècle, maïeutique de l’œuvre de Paolo Giovio?→
Le rôle des anciens combattants parmi les mouvements patriotiques qui mobilisent, pendant la guerre d’indépendance algérienne, la population européenne contre l’indépendance, le FLN et les gouvernants accusés de « brader » l’Algérie, est déjà souligné par des acteurs de ces événements. Face à la multiplicité de mouvements ultras, ces dernières présentent, en effet, un caractère original : structure antérieures à 1954, elles multiplient les manifestations de 1955 à 1962. Ce sont donc les organisations qui possèdent la plus grande longévité pendant cette période. La mobilisation d’anciens combattants soulève plusieurs interrogations. Qui sont les vétérans qui participent à ces mouvements? Quel écho ceux-ci obtiennent-il dans le milieu associatif ancien combattant ? Enfin comment ces groupements évoluent-ils face à l’évolution de la crise algérienne pour devenir des acteurs de la vie politique algéroise ?Continuer la lecture de Le milieu ancien combattant d’Alger face à la guerre d’indépendance algérienne→
C’est sans doute dans les phénomènes, marginaux certes, mais qui font beaucoup parler d’eux, comme la délinquance juvénile, que l’on perçoit le mieux la façon dont une société construit ses discours et ses codes. En l’occurrence, ce qui est dit de la délinquance juvénile montre très bien, en creux, l’archétype idéal de la jeune fille et les injonctions sexuées. C’est en ce sens que le système judiciaire et pénal peut aussi être analysé au prisme du genre, dans la mesure où s’y loge l’expression intense des normes genrées. Cet article analyse la délinquance juvénile féminine durant l’après-Deuxième Guerre mondiale et au cœur des « Trente Glorieuses » : les statistiques des tribunaux pour enfants, les faits eux-mêmes et les interprétations fournies par psychologues, psychiatres et éducateurs permettent de saisir non pas seulement le traitement réservé aux jeunes délinquantes et aux adolescentes « en danger », mais bien des valeurs socio-culturelles et des codes sexués. Le traitement judiciaire des jeunes filles « déviantes » dessine des valeurs professionnelles, morales et sexuelles, notamment une représentation de ce que doit être une jeune fille et de ce qu’elle doit devenir : bonne épouse, bonne ménagère et bonne mère.Continuer la lecture de Double morale. Rôles sexués et stigmates de genre au mitan des « Trente Glorieuses »→