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Les Américains dans les cités d’artistes de Montparnasse (1945-1965) : une nouvelle bohème ? L’exemple des artistes américains à l’impasse Ronsin

Elisa Capdevilla

Résumé

Après-guerre, les artistes américains renouent avec une tradition de formation parisienne. En dépit de l’essor de New York, la tentation demeure : jusqu’au milieu des années 1960, plusieurs s’installent à Paris avec le désir d’y commencer ou d’y relancer leur carrière. Les articles de presse et les témoignages corroborent cette puissance du mythe américain de Paris et l’investissement par ces artistes d’une tradition bohème incarnée par la ville.
L’article suivant s’intéresse à un lieu précis, l’impasse Ronsin, dont l’histoire reflète l’évolution des relations artistiques transatlantiques dans ces décennies de guerre froide. Aux jeunes Américains venus se former en France succèdent, au tournant des années 1950-1960, des artistes plus confirmés pour qui Paris représente une étape dans une stratégie d’internationalisation. L’examen de leur passage à l’impasse Ronsin invite à relativiser l’idée d’un déclin parisien dans les années d’après-guerre.

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Editorial n°7

Selon la nouvelle formule visant à vous proposer un numéro thématique par an, Circé. Histoires, Cultures, Sociétés revient ce semestre au principe des varia qui est au fondement de son identité. Dans ce septième numéro, Circé donne aussi la parole, au côté des enseignants chercheurs, aux jeunes chercheurs: titulaires d’un master de recherche, doctorants et docteurs. Ensemble, ils nous proposent un tour d’horizon des nouvelles pratiques de l’histoire en France et à l’étranger. C’est autour de la figure tutélaire d’Arlette Farge que se sont réunies le temps d’un numéro ces nouvelles voix de l’histoire, analysant et interprétant à sa suite les multiples sources à leur disposition. Comme souvent dans nos varia, la diversité des sources témoigne de la richesse des approches, sans que les fractures chronologiques apparentes n’empêchent de tracer des ponts entre les périodes.

Arlette Farge revient sur plusieurs des sources les plus riches qu’elle a exploitées et qui lui ont dévoilé la vie des humbles, des sans voix, des absents de l’histoire. Historienne infatigable, elle nous livre ici un portrait sensible où tous les chercheurs, débutants comme confirmés, trouveront des paroles stimulantes.

A travers la question de la couleur chère à Michel Pastoureau, Marie Aschehoug-Clauteaux renouvelle l’approche des sources iconographiques présentes dans les manuscrits médiévaux. Passant de l’iconographie au texte, les écrits littéraires et historiques et leurs métamorphoses à travers le temps occupent Emilie Glanowski en histoire ancienne qui analyse la construction de la figure de Bucéphale et Pierre Courroux en histoire médiévale qui interroge la compréhension de la matière arthurienne entre le XIIe et le XVe siècle. De l’écrit public à l’écrit privé, Emmanuelle Pujeau explore la posture d’un ecclésiastique italien du XVIe siècle dans ses livres et dans ses lettres pour comprendre la question turque à travers l’étude des échanges dans un réseau d’intellectuels. Sources privilégiées de l’histoire contemporaine, les archives de presse sont exploitées par Samuel André-Bercovici pour explorer le milieu des associations d’anciens combattants au coeur de la guerre d’Algérie. Les archives judiciaires reçoivent l’attention de Ludivine Bantigny qui met en lumière la construction du “mauvais genre” et le discours normatif de la justice sur la place des jeunes femmes dans les Trente Glorieuses. Pour refermer ce numéro, la question de la source est mise à l’épreuve de la contrefaçon: Olivier Ihl analyse pour nous un « faux », le supposé premier portrait de Napoléon Bonaparte.

A ce parcours intellectuel des sources historiques s’ajoute une déambulation géographique : de la Grèce à l’Italie, de la Grande-Bretagne à la France, le voyage en Europe s’autorisant un détour en Afrique du Nord.
Et puisque Circé est également attachée à se faire l’écho des traditions disciplinaires à l’étranger, nous avons le plaisir d’accueillir dans ce numéro Diego Améndolla Spinola, qui, depuis son Mexique natal, se livre à un exercice d’histoire conceptuelle, déconstruisant la notion aujourd’hui trop souvent prise pour argent comptant de féodalisme.

Une remarque frappe ainsi à la lecture de tous ses articles : c’est sous le signe de la déconstruction des sources que semble se réunir une partie de l’histoire actuelle. Une prise de distance critique vis-à-vis des objets historiques parcourt un grand nombre des contributions : le personnage de Bucéphale est analysé comme construction littéraire et politique, le concept de féodalisme à la lumière des enjeux politiques et sociaux qui l’ont vu naître, le discours de l’autorité judiciaire sur la délinquance au regard des questions de normes et de genres à l’oeuvre dans la société d’après-guerre, la couleur n’est plus une donnée brute mais un choix pensé et à penser. A la manière dont les chroniqueurs médiévaux ont réfléchi à la figure du roi Arthur, interrogeant la frontière entre matière historique et matière romanesque, la jeune histoire questionne et décortique ses sources, les envisageant en elles-mêmes comme constructions de l’histoire. Olivier Ihl, quant à lui, en retraçant la construction d’un faux portrait de Napoléon Bonaparte, parle à son propos d’une œuvre de « contrefiction ».

En attendant le numéro 8, qui vous proposera à nouveau un dossier thématique dont nous tairons pour l’instant l’objet, nous vous souhaitons de très riches heures de visionnage, de lecture et de réflexion.

Le comité de rédaction de Circé

Le culte d’Ammon à Athènes (Ve – IIIe siècle avant J.-C.) : chronique d’une intégration avortée ?

Elodie Matricon-Thomas

Résumé

La cité athénienne a accueilli de nombreux cultes étrangers au fil des siècles. Or, Ammon occupe une place particulière parmi eux, en raison de la chronologie originale de son intégration, rythmée en trois étapes. Après un premier temps au cours duquel les Athéniens prennent contact avec Ammon dans son sanctuaire de Siwah (Ve siècle avant J.-C.), le dieu est ensuite introduit sur le territoire de la cité athénienne, où il reçoit un culte public (durant le deuxième quart du IVe siècle avant J.-C.). Au tournant des IVe – IIIe siècles avant J.-C., celui-ci disparaît au moment même où se développe un culte associatif privé au Pirée, attesté jusqu’à la fin du IIIe siècle. Cette disparition prématurée, signe de l’échec de l’intégration du dieu, pose question.
Plusieurs éléments de réponse peuvent être avancés : l’absence de substrat ethnique, l’incapacité d’Ammon à assumer les nouvelles fonctions que lui ont attribué les Athéniens et enfin, un contexte politique devenu défavorable. Continuer la lecture de Le culte d’Ammon à Athènes (Ve – IIIe siècle avant J.-C.) : chronique d’une intégration avortée ?

Bucéphale, compagnon d’exception d’Alexandre : la construction d’un mythe

Emilie Glanowski

Résumé

Cet article, tiré d’un mémoire de Master 2, est consacré à l’exploration de l’image de Bucéphale. Dans un premier temps, il s’agit de tenter de restituer l’image du Bucéphale tel qu’il aurait pu exister. Puis, par l’analyse des différentes symboliques qui lui sont attachées dans les sources sur l’histoire d’Alexandre, ainsi que de ses multiples évolutions au cours du temps, il est possible d’analyser la construction d’un mythe servant la figure du jeune roi macédonien. Le couple Bucéphale-Alexandre constitue en effet une exception pour l’Antiquité. Plus qu’une simple monture, Bucéphale est un personnage à part entière et s’impose comme une figure centrale de l’épopée de son maître. Continuer la lecture de Bucéphale, compagnon d’exception d’Alexandre : la construction d’un mythe