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L’implication de la grand-mère dans les stratégies successorales : l’exemple de la reine Clotilde face à ses fils Childebert et Clotaire

Manon Raynal

 


RésuméLes périodes de minorité royale sont souvent révélatrices des tensions auxquelles la famille et plus largement la société sont confrontées. Le conflit opposant la reine Clotilde, veuve de Clovis à ses deux fils Childebert et Clotaire le démontre bien. La mort de son troisième fils Clodomir en 524 amène une grande instabilité dans le royaume. Sa part de la Francie devrait revenir à ses trois garçons mineurs dont la charge est attribuée à leur grand-mère. Or cela déplaît fortement aux oncles qui entreprennent un stratagème pour les éliminer afin de récupérer leur héritage. L’étude de cette dissension est l’occasion de revenir sur les dynamiques reliant les membres de la famille entre eux et survenant à la suite du décès du père tout en tenant compte du contexte particulier de la famille royale mérovingienne.  L’accent est aussi mis sur le rôle joué par Clotilde en tant que souveraine, mère et grand-mère de princes et sa capacité d’actions dans ce cadre conflictuel.

Mots-clés : Clotilde, Tutelle, Minorité, Mérovingiens, Francs, Succession.


Doctorante sous la direction de la Professeure Sylvie Joye, j’étudie la tutelle exercée sur la femme en Occident durant l’Antiquité tardive et le haut Moyen Âge (IVe-VIIIe siècle). Mes recherches concernent l’histoire du droit et l’histoire sociale (étude de la famille, des femmes et du genre). Titulaire d’un master Mondes Anciens et Médiévaux – histoire et archéologie, je suis rattachée au laboratoire SAMA à l’Université de Lorraine et depuis septembre 2023, je suis aussi boursière AMI de l’Institut franco-allemand de Sciences Historiques et Sociales de Francfort-sur-le-Main.

Autrice de « Deux femmes fortes à la tête de l’Austrasie : les gouvernances de Brunehaut et de Plectrude », Le Pays lorrain, vol. 104, mars 2023, p. 37-41.

manon.raynal@univ-lorraine.fr


Introduction

Les périodes de minorité des héritiers au trône sont généralement révélatrices des tensions et des crises auxquelles la famille et la société sont confrontées. Le conflit opposant Clotilde, épouse et veuve de Clovis († 511) à ses deux fils Childebert et Clotaire le démontre bien. La mort de son troisième enfant Clodomir lors de la guerre franco-burgonde en 524 amène une grande instabilité dans le royaume franc. Laissant trois garçons mineurs, c’est leur grand-mère Clotilde qui en obtient la garde. Quelques années plus tard, alors que la reine souhaite élever ses petits-fils à la royauté, leurs oncles Childebert et Clotaire entreprennent un stratagème pour les éliminer dans le but de récupérer l’héritage de leur frère.

L’étude de cette dissension est l’occasion de revenir sur les dynamiques reliant les membres de la famille mérovingienne entre eux dans un contexte de succession royale dont les règles ne sont pas encore clairement établies. L’accent est mis sur le rôle joué par Clotilde en tant que souveraine, mère et grand-mère de princes et sa capacité d’actions dans ce cadre conflictuel.

La dispute est détaillée dans la chronique de l’évêque Grégoire de Tours, les Decem libri historiarum (DLH)[1], rédigée dans la seconde moitié du vie siècle puis a été reprise dans deux chroniques plus tardives, celle de Frédégaire[2] et le Liber historiae Francorum (LHF)[3] – respectivement du viie et du viiie siècle – qui s’inspirent toutes deux des écrits du premier chroniqueur, rendant leur fiabilité plus douteuse.

 Avant d’étudier les soins prodigués par Clotilde et le stratagème mis en place par ses fils, il convient de revenir sur l’implication de la reine dans la guerre franco-burgonde afin de déterminer quelle était sa situation au moment des discussions autour de la succession de Clodomir.

L’implication de Clotilde dans la guerre franco-burgonde

Au décès de Clovis en 511, le royaume des Francs est divisé entre ses quatre fils : Thierry, fils d’une première relation[4], et les trois enfants de Clotilde, Clodomir, Childebert et Clotaire. L’aîné, Thierry, est déjà un adulte d’une vingtaine d’années et a pu démontrer sa valeur au côté de son père. En effet, ce dernier l’envoie en Auvergne après la bataille de Vouillé en 507 pour conquérir la région[5]. Il est donc déjà associé au pouvoir du vivant de son père et est capable de conduire sa propre armée. Grégoire de Tours nous apprend aussi que Thierry a un fils Théodebert, décrit comme étant « beau et capable »[6], ce qui laisserait entendre qu’il serait déjà à un âge où il pouvait exercer certaines fonctions.

Généalogie 1 – La dynastie mérovingienne

©Manon Raynal

Les trois fils de Clotilde sont encore jeunes à la mort de leur père. Il est difficile d’établir avec certitude leur âge car il est à mettre en corrélation avec la date du mariage de la princesse burgonde avec Clovis, soit 492-3 ou 502. Emmanuelle Santinelli résume bien ce débat dans son article consacré à la souveraine avec un tableau récapitulatif des différentes possibilités[7]. Dans le cas d’une union précoce, les garçons seraient âgés entre neuf ans pour le plus jeune Clotaire et 17 ans pour Clodomir. Si le mariage a lieu en 502, tous les enfants seraient prépubères allant de trois à six ans.  Ian N. Wood propose un entre-deux, considérant que l’aîné n’aurait que 14 ans[8]. Plus les enfants sont jeunes, plus la situation est précaire pour eux, pour le royaume mais aussi pour Clotilde.

Nous ne détenons que peu d’informations sur la période entre la mort de Clovis et la guerre franco-burgonde et sur le devenir des enfants de Clotilde. Ce manque tendrait à retenir l’option du jeune âge des princes à la mort de leur père. Les années 510 ont probablement été consacrées à l’apprentissage de leurs futures tâches en tant que souverains. La reine a dû jouer un rôle important auprès de ses fils et a dû s’impliquer dans leur éducation[9]. Cela expliquerait le lien qu’elle conserve avec eux à leur majorité, une fois établis dans leur royaume respectif et pourquoi elle les réunit pour combattre les rois burgondes.

Déterminer la position de Clotilde au moment du décès de Clodomir est important pour comprendre si cela a pu influer sur le fait qu’elle obtienne la garde des garçons. La requête qu’elle formule à ses fils pourrait constituer un indice. Grégoire de Tours, écrivant plusieurs décennies après les faits, rapporte qu’au début des années 520, soit plus de dix ans après la mort de Clovis, la reine aurait réuni Clodomir, Childebert et Clotaire et leur aurait demandé de venger la mort de ses parents en attaquant leurs cousins burgondes Sigismond et Godomar, tous deux fils du roi Gondebaud. Dans le but de récupérer leur part du royaume, celui-ci aurait évincé les parents de Clotilde, en égorgeant son frère Hilpéric et en noyant son épouse. Alors que Clotilde est restée auprès de son oncle, sa sœur Chroma est exilée dans un monastère dont la localisation nous est inconnue[10].

Généalogie 2 – La dynastie burgonde

 ©Manon Raynal

Plusieurs chercheurs ont remis en doute l’existence de ce motif vindicatif[11]. Sachant que l’assassinat de ses parents s’est déroulé plusieurs décennies auparavant, ces historiens trouvent étrange que la reine attende aussi longtemps. Dans sa chronique, Frédégaire avance que le mariage de Clotilde avec Clovis serait un premier pas vers sa vengeance contre son oncle[12]. De plus, Clovis a soutenu Godégisel, un des frères de Gondebaud, pour défaire ce dernier car il n’avait pas respecté plusieurs promesses. Cette attaque aurait pu être l’occasion de venger l’assassinat de ses beaux-parents[13]. Écrivant au viie siècle, les paroles de Frédégaire sont à prendre avec précaution d’autant qu’il se contredit en présentant aussi la guerre franco-burgonde de 523 comme une vengeance des Francs, reprenant la justification de Grégoire de Tours.

L’argument principal contre une vengeance de Clotilde provient d’une lettre d’Avit de Vienne adressée au roi Gondebaud. L’évêque évoque la tristesse du souverain après la perte de ses frères[14]. La lettre s’adressant directement au roi, il paraît peu probable qu’Avit insiste sur le deuil de Gondebaud s’il a assassiné ses frères[15]. De plus, les sources révèlent un renforcement des liens entre les souverains francs et burgondes durant les années 510 et au début des années 520. Ainsi, deux rois francs épousent des princesses burgondes : Thierry s’unit à Suavegothe, fille de Sigismond[16] et Clodomir à Gontheuc qui pourrait être la petite-fille de Godégisel[17]. Or le mariage est créateur d’alliance et peut représenter un gage de paix[18]. Clotilde contribue à la nomination de trois compatriotes burgondes à la tête de l’évêché de Tours entre 519 et 522 : Théodore, Procule et Dinifius[19]. La reine entretient aussi de bonnes relations avec Sigismond qui lui offre les reliques d’Apollinaire à son retour d’un pèlerinage à Rome[20]. Si Clotilde prévoyait de sévir contre ses cousins burgondes, il n’y aurait eu aucun intérêt à renouveler leurs liens par ces gestes.

Une autre possibilité soutenue notamment par Maurice Chaume et Justin Favrod serait que ce n’est pas Clotilde mais Gontheuc qui serait à l’initiative de cette vengeance[21]. En effet, cette dernière serait la petite-fille de Godégisel et la fille d’Hilpéric, tous deux tués par Gondebaud[22]. Grégoire de Tours aurait ainsi transposé volontairement à Clotilde une histoire qui concernerait Gontheuc ou confondu leurs deux histoires au vu de leur similitude, le père des deux femmes se prénommant tous deux Hilpéric. Clodomir est le premier à s’opposer aux Burgondes, le fait que ce soit pour venger sa belle-famille pourrait aller dans ce sens. Cependant, comme nous l’avons précédemment évoqué, la lettre d’Avit de Vienne nie les meurtres des princes burgondes par Gondebaud[23]. L’argument vindicatif est donc à oublier.

Les chroniqueurs présentent plusieurs fois l’attaque de royaumes voisins par les Mérovingiens comme une réparation d’un affront envers des parents. Clovis exécute son parent Ragnacaire, roi de Cambrai en partie à cause de son comportement débauché qui discrédite sa famille[24]. Thierry justifie également de cette manière l’assaut contre les Thuringiens[25]. Le motif vindicatif fait donc partie de la propagande mérovingienne exposée par Grégoire de Tours pour expliquer la volonté des rois d’accroître leur pouvoir et d’étendre le territoire franc. L’originalité de la guerre franco-burgonde est qu’elle est à l’initiative d’une femme et non d’un roi franc. L’entièreté du passage est construite pour accentuer l’opposition entre les familles mérovingienne et burgonde[26]. Pour l’auteur, Clotilde, en tant que mère de la dynastie mérovingienne, est toute aussi légitime que ses fils à répondre par la violence à un affront commis envers sa famille. Cet épisode s’inscrit dans le discours de l’évêque qui veut légitimer l’autorité des Francs face à ses congénères barbares, la justification réparatrice ne représente ici qu’un prétexte.

Comme le souligne Stephen D. White, attaquer le royaume burgonde renvoie surtout à des intérêts politiques[27]. Les années 510 correspondent à une période faste pour les Burgondes avec l’élaboration du Liber Constitutionum et la convocation du concile d’Épaone en 517. Le règne de Sigismond commence en 516 sous de bons auspices : le royaume est apaisé aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Cependant, les choix du souverain entraînent sa chute en 524 et contribuent à l’effondrement du royaume burgonde.

Parmi ces causes[28], sont inclues des dissensions intrafamiliales survenues après son remariage. Sigismond était marié à Ostrogotho, fille du roi ostrogothique Théodoric le Grand, qui décède avant 516[29]. Le roi épouse ensuite une servante de la défunte dont le nom nous est inconnu. D’après Grégoire de Tours, Sigéric, fils des premières noces, a une altercation avec sa belle-mère qui avait osé porter les vêtements de sa défunte mère. Il n’est pas rare que des tensions apparaissent entre les enfants du premier lit et la marâtre[30]. Cet exemple va dans ce sens : la nouvelle épouse convainc Sigismond de tuer son fils et insiste sur la menace qu’il représente en tant qu’héritier du royaume burgonde mais aussi ostrogothique. Face à la possibilité d’un complot, le roi burgonde ordonne l’assassinat de Sigéric. Regrettant son geste, Sigismond part faire pénitence dans le monastère qu’il a fondé à Agaune mais trop tard, le mal est fait[31]. La famille royale est affaiblie et Sigismond est désavoué par le peuple et l’Église. À cela, s’ajoute la menace de représailles de la part de Théodoric pour la mort de son héritier. Il s’agit d’un moment propice pour attaquer les Burgondes et les Francs l’ont bien compris.

Que la guerre contre les Burgondes ne soit qu’un prétexte à la vengeance ou non, Clotilde semble être bien insérée dans la sphère politique au côté de ses fils notamment par le maintien de relations avec son royaume d’origine. La première attaque franque contre les Burgondes est un succès pour Clodomir qui réussit à capturer Sigismond et sa famille avant de les tuer[32]. Le second assaut contre Gondemar en 524 ne se déroule pas de la même manière, entraînant le décès du Franc et un risque d’instabilité au sein de la famille mérovingienne.

La prise en charge des enfants de Clodomir par Clotilde

Clodomir laisse trois fils mineurs, prénommés Théodoald, Gonthaire et Clodoald, qui, à cause de leur jeune âge, sont incapables de succéder à leur père dans l’immédiat. Les périodes de minorité des princes sont souvent le témoin de crise au sein de la famille royale. Le manque d’une autorité forte met à jour des instabilités notamment des rivalités et permet d’observer les rouages du gouvernement. C’est l’occasion aussi de révéler certains acteurs comme les femmes, reines et veuves.

Grégoire de Tours nous décrit la réaction de la famille royale après la mort de Clodomir. Son frère cadet Clotaire épouse la nouvelle veuve Gontheuc et Clotilde prend la charge des trois garçons. Cette décision peut paraître surprenante. Alors que Gontheuc est vivante tout comme les oncles, pourquoi est-ce à la grand-mère que revient la tutelle des fils de Clodomir ? D’ailleurs, quelques années plus tard, les fils de Clotilde ne voient pas d’un bon œil les soins prodigués par leur mère qui envisage d’élever les garçons sur le trône. Clotaire et Childebert décident de tuer leurs neveux dans le but de récupérer et de se partager l’héritage de leur défunt frère[33].

Le système de succession mérovingien n’est pas encore clairement défini et pouvait être sujet à des modifications. À la mort de Clovis, le royaume est divisé entre ses quatre fils. Si nous suivons la même logique, le territoire de Clodomir devrait revenir à ses trois garçons mais il est possible d’envisager d’autres possibilités comme l’application de la tanistrie, c’est-à-dire le partage entre des parents du défunt – généralement les frères – ou l’instauration d’une primogéniture, laissant le fils aîné succéder seul à son père[34]. La minorité des garçons laissait le temps de réfléchir à la question de l’héritage de Clodomir comme ils étaient dans l’incapacité de gouverner par eux-mêmes.

L’union de Clotaire avec Gontheuc était peut-être dans le but de récupérer la garde des garçons et par ce biais, de gérer les terres de son frère. En tant que cadet, Clotaire risquait d’être désavantagé dans le partage des biens de Clodomir. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’évêque de Tours avance que le Franc s’est empressé d’épouser la veuve : « Sans aucun délai, Clotaire s’unit en mariage à l’épouse de son frère, nommée Gontheuc. Et les jours de deuil finis, la reine Clotilde prit et garda auprès d’elle ses fils »[35].  L’auteur critique de manière détournée Clotaire et Gontheuc qui ne respectent pas le temps de deuil réglementaire au contraire de Clotilde qui a attendu quelques jours avant de prendre soin des garçons. Le délai de viduité n’est pas renseigné dans les sources franques mais dans les autres royaumes, cela pouvait aller de 30 jours à un an[36]. Cette union est d’autant plus condamnable, car léviratique, c’est-à-dire entre un homme et l’épouse de son défunt frère, ce qui est proscrit par la loi salique[37] mais aussi par le droit canonique[38].

Ses noces avec Gontheuc n’ont pas permis à Clotaire de s’occuper de ses neveux et du royaume de Clodomir. Une explication, donnée par Emmanuelle Santinelli, serait que Gontheuc ne soit pas la mère des garçons[39]. En effet, celle-ci est uniquement présentée par Grégoire de Tours et les chroniqueurs postérieurs en tant qu’épouse de Clodomir[40]. N’étant pas la mère des garçons, la veuve ne dispose donc d’aucun droit sur eux et ne peut pas assumer leur tutelle. Cela laisserait entendre que Clodomir aurait eu, en plus de Gontheuc, au moins une autre épouse. Les Mérovingiens pratiquant la polygynie, le souverain pouvait entretenir des relations avec plusieurs femmes sur une longue durée et de manière simultanée[41]. Le statut social de la femme importe peu : le roi peut s’unir à qui il souhaite et déclarer comme sien tout enfant[42]. Le mariage avec des membres de l’aristocratie ou des princesses de royaumes voisins apporte évidemment des avantages que des femmes modestes ne possèdent pas mais les exemples de Frédégonde ou de Bathilde démontrent que des servantes peuvent accéder à la royauté[43].

La non-mention d’autres femmes au côté de Clodomir peut s’expliquer par leur origine modeste. Gontheuc est évoquée parce que Clotaire s’est uni à elle. En tant que princesse burgonde présumée, elle représente un parti intéressant. En l’épousant, le roi franc renforce son pouvoir vis-à-vis de ses frères dans un contexte concurrentiel et dans la prévision d’une revendication du territoire de Clodomir. Cette union lui permet également de bénéficier du réseau d’alliance que Gontheuc a certainement construit au sein des royaumes franc et burgonde. Clotaire n’est pas le seul à employer le lévirat de manière stratégique. Après la mort de Charibert en 567, son épouse Théodechilde, sans enfant, s’offre à Gontran, frère dudit défunt, en lui proposant en contrepartie l’héritage de Charibert. Le roi l’épouse, récupère le trésor de son frère avant d’envoyer la femme dans un monastère dont elle ne sortira jamais[44]. De manière générale, s’unir à une veuve est un moyen pour s’enrichir et accroître sa position[45]. Clotaire tente d’utiliser une seconde fois ce potentiel en épousant Vuldetrade après le décès de Théodebald, petit-fils de Thierry, en 555 mais les évêques condamnent son geste, le forçant à abandonner la veuve[46].

L’évincement de Gontheuc et de Clotaire n’explique pas pourquoi Childebert ou Thierry n’assument pas la tutelle. Thierry n’ayant pas la même mère que les autres rois, cela peut constituer un motif d’exclusion même si la distinction entre les enfants des différents lits n’est pas encore un critère essentiel au haut Moyen Âge[47]. Rien dans la loi salique ne permet de confirmer un empêchement des oncles à s’occuper de leurs neveux et nièces mineures. C’est très souvent au plus proche parent masculin que revient le devoir de protéger les membres de la famille les plus à risque.

La chronique tourangelle met justement en avant le rôle de Gontran, l’un des fils de Clotaire qui règne de 561 à 592 sur la Burgondie. Ses deux frères, Sigebert et Chilpéric, étant décédés et laissant des fils jeunes, Gontran représente la seule figure royale sur laquelle les épouses des défunts peuvent s’appuyer pour légitimer leur position et celle de leur fils[48]. Frédégonde, veuve de Chilpéric, lui demande de se rendre à Paris pour remettre à son fils Clotaire ii les terres de son père, marquant son ascension sur le trône[49]. Les auteurs ajoutent que Gontran aurait également adopté son autre neveu Childebert ii, fils de Sigebert et de Brunehaut, faisant de lui son successeur sur le territoire burgonde[50]. Le traité d’Andelot de 588 entre Gontran et Childebert ii renforce leurs liens en stipulant qu’après le décès de l’un d’entre eux, le survivant sera chargé de prendre soin de la famille de l’autre[51]. Si aucune prédisposition n’empêche la prise en charge de neveux par des oncles, l’écartement de Childebert et de Clotaire est d’autant plus intrigant.

Lorsque la tutelle est évoquée, il est nécessaire de distinguer les soins prodigués aux enfants et l’autorité juridique détenue sur eux. La formulation de l’évêque de Tours ne nous permet pas de déterminer le statut exact de Clotilde. Le fait que la grand-mère s’occupe des enfants à Paris et non à Tours, cité importante du territoire de Clodomir et dans laquelle la reine est censée résider selon l’auteur, pourrait être significatif. Il aurait été logique qu’elle élève les garçons dans une ville se trouvant au cœur du royaume du défunt afin de s’occuper également de la gouvernance. Comme Grégoire ajoute que la reine séjourne occasionnellement à Paris, il a pu exagérer la présence de la reine à Tours à cause des liens étroits qu’elle y entretient.

Par opposition, Paris se situe dans le royaume dirigé par Childebert[52]et détient un certain prestige en tant siège du pouvoir de Clovis et lieu de son repos éternel[53]. Sous les petits-fils du roi fondateur, Paris devient la capitale commune des Francs[54] mais il est difficile de déterminer si cela était déjà le cas sous la génération précédente. La ville pourrait donc être uniquement la capitale du royaume de Childebert. Le fait que les enfants de Clodomir se trouvent sur ses terres pourrait signifier que l’oncle soit le tuteur des garçons. En tant qu’aîné des fils de Clotilde, il serait le plus à même de détenir cette fonction. Le souverain ne s’est peut-être pas impliqué personnellement dans l’éducation de ses neveux mais en tant que tuteur officiel, il a pu détenir un droit de regard sur eux. C’est justement quand sa mère envisage de les élever sur le trône que Childebert s’inquiète et met en place un stratagème avec son frère pour remettre en cause le dessein de Clotilde.

L’autorité de Clotilde sur ses petits-fils

En tant que princesse burgonde et reine franque, Clotilde dispose d’un pouvoir important qui a pu légitimer le fait qu’elle s’occupe de ses petits-fils. Sa puissance repose tout d’abord sur un patrimoine qu’elle utilise pour se créer un réseau de fidèles et met au service de la religion. Grégoire de Tours évoque sa pratique de l’aumône et ses donations à l’Église[55]. La reine confie notamment au prêtre Anastase des terres près de Clermont que l’évêque Cautin aurait cherché à récupérer[56]. Nous savons également qu’elle a participé à la fondation d’établissements religieux dont la basilique des Saints Apôtres[57].

De même, Clotilde a contribué à la nomination de plusieurs compatriotes burgondes à la tête de l’évêché de Tours : Théodore et Procule qui ont officié de manière simultanée de 519 à 521 et leur successeur, Dinifius l’année suivante[58]. L’auteur de la Vita Genovefae serait aussi un clerc burgonde, installé à Tours avant de partir à Paris pour servir la reine[59]. Au vie siècle, la majorité des évêques sont désignés par le roi et non de manière canonique, faisant des clercs des sortes d’officiers royaux[60]. Le fait que la reine puisse instituer le détenteur d’une charge épiscopale témoigne donc de son autorité et de son influence[61].

Avant la guerre franco-burgonde, Clotilde détient un pouvoir important qui s’appuie sur un patrimoine généreux et un réseau étendu. Il faut ajouter à cela sa longue expérience dans la gestion du royaume au côté de son époux et durant la minorité de ses fils. Pendant près d’une trentaine d’années, elle a su démontrer ses capacités en tant que mère et souveraine, la rendant tout à fait légitime à occuper à nouveau ce rôle pour les enfants de Clodomir. Une partie de ses relations étant originaire de Burgondie, les dissensions entre les deux royaumes ont pu entacher son pouvoir. S’impliquer auprès de ses petits-fils est donc un moyen pour la reine d’assurer sa position à la cour.

Aucune information n’est fournie dans les sources sur la teneur des soins prodigués aux garçons. Cela comprend la satisfaction des besoins primaires. Grégoire de Tours écrit que Clotilde leur fournit à boire et à manger : dato pueris esu putuque[62]. Comme elle envisageait d’installer les princes sur le trône de leur père, nous pouvons en déduire que la reine a dû leur fournir l’éducation adéquate à la gouvernance du royaume. L’évêque ne mentionne d’ailleurs pas le devenir immédiat des terres de Clodomir dont la gestion a pu être déléguée aux oncles, ce qui expliquerait d’autant plus leur inquiétude face au projet de Clotilde.

La reine n’est pas seule à se charger des garçons mais est secondée par du personnel. Lorsque les enfants sont envoyés auprès de leurs oncles, ils sont accompagnés de leurs pueri et nutritores, soient leurs serviteurs et nourriciers[63]. Ces derniers sont supposés être des dignitaires chargés de l’apprentissage militaire et de la formation à l’exercice du pouvoir des princes[64]. Ces hommes apparaissent plusieurs fois dans les textes. Frédégonde demande aux nutritores de Clotaire ii de faire venir Gontran pour qu’il assiste comme parrain au baptême de son neveu, ce qui revenait à reconnaître son appartenance à la famille mérovingienne et donc son droit à succéder à son père Chilpéric[65]. Le fils de Brunehaut a connu au moins deux nutritores Gogo[66] et Wandelen. À la suite du décès de ce dernier, la reine empêche la nomination d’un nouveau conseiller pour pouvoir s’occuper elle-même de Childebert[67]. La présence de ces hommes n’empêche pas les mères de s’impliquer auprès de leur fils comme en témoignent ces exemples mais le cas de Brunehaut révèle la puissance que peuvent détenir ces nutritores jusqu’à pousser la souveraine à ne plus faire appel à eux.

Il est difficile de déterminer si ce sont ce genre de conseillers qui accompagnent les fils de Clodomir. L’évêque de Tours distingue tout d’abord les nutritores des pueri avant de ne mentionner que les seconds. Étant donné que Clotilde envoie les garçons dans le but de leur élévation sur le trône, des aristocrates pouvaient les suivre pour témoigner du bon déroulement de la cérémonie. Nous ne détenons pas d’informations précises sur les rituels de la royauté. Clovis, Sigebert et Gundovald sont devenus rois après avoir été soulevés par leurs hommes sur un bouclier mais d’autres pratiques sont possibles comme l’intronisation[68]. Le fait que Clotilde ne participe pas à l’élévation est étrange mais l’aspect militaire de la cérémonie pourrait expliquer l’absence des femmes.

Grégoire de Tours ajoute que les pueri et les nutritores sont assassinés par Childebert et Clotaire. Si nous considérons les nourriciers comme des nobles, tuer des Grands aurait pu amener un soulèvement de la famille et des alliés des défunts. Or cela n’est pas précisé dans la chronique. La fuite rapide de Clotaire loin de Paris et celle de Childebert qui décide de se rendre dans les faubourgs pour s’éloigner du cœur du pouvoir pourraient être interprétées comme un moyen d’échapper à des représailles de la part des factions aristocratiques[69]. Mais si cela avait été le cas, il y a de grandes chances que l’évêque le mentionne dans son texte.

Clotilde face à l’ultimatum de ses fils Childebert et Clotaire

Après plusieurs années sans soucis, les soins prodigués par Clotilde finissent par inquiéter Childebert qui requiert Clotaire pour décider du sort des garçons. Grégoire de Tours explique que les frères agissent par jalousie de l’affection que leur mère apporte à leurs neveux. Nira Pancer a mis en avant que l’invidua peut à la fois renvoyer à un sentiment de possessivité, ici à l’égard de leur mère Clotilde, mais aussi à la crainte que l’héritage de Clodomir ne leur échappe[70] :

« Alors que la reine Clotilde demeurait à Paris, Childebert, voyant que sa mère aimait d’une affection incomparable les fils de Clodomir, dont nous avons parlé plus haut, guidé par l’envie et redoutant que, par la faveur de la reine, ils ne soient mis à la tête du royaume, envoya secrètement une lettre à son frère le roi Clotaire, lui disant : “ Notre mère garde avec elle les fils de notre frère et souhaite leur donner le royaume ; tu dois promptement venir à Paris, et ayant tenu ensemble conseil, il faut décider ce qu’il doit être fait d’eux, s’ils devraient avoir les cheveux coupés comme le reste du peuple ou si les ayant assurément tués, le royaume de notre frère soit divisé équitablement entre nous ” ». [71]

Comme cela fut déjà le cas après le décès de Clovis, la question du devenir du territoire détenu par Clodomir est problématique. La division du royaume entre les princes héritiers n’est pas encore une pratique totalement instaurée, la dynastie mérovingienne n’en étant qu’à ses prémices. Le système peut donc connaître des variations jusqu’à advenir à la forme finale que nous connaissons[72]. Clotaire et Childebert pouvaient légitimement envisager de récupérer le royaume de leur frère, peut-être le géraient-ils déjà du temps de la minorité des garçons.

Cependant, comme Clotilde entend doter ses petits-fils du royaume de leur père, ils craignent que ce territoire ne leur échappe. Ian N. Wood a avancé que la succession des quatre fils de Clovis et non uniquement de l’aîné, Thierry, aurait pu être un tour de force de Clotilde[73]. L’inquiétude de Childebert et de Clotaire pourrait être liée à la peur que leur mère emploie à nouveau la même méthode. La majorité des garçons approchant, ils devaient agir vite avant que l’héritage de Clodomir ne leur échappe. L’assassinat des enfants est à replacer dans le contexte compétitif de la famille mérovingienne[74]. Il est plus facile d’évincer de jeunes princes que des rois dont l’autorité est affirmée et disposant d’une armée capable de répondre à une offense.

La description de la mort des garçons met encore une fois en avant l’influence de Clotilde. Childebert et Clotaire n’utilisent pas une attaque frontale mais font appel à la ruse pour évincer leurs neveux. Ils prétendent vouloir élever les garçons sur le trône de leur père et demandent à Clotilde de leur envoyer les enfants dans ce but. Cela montre que malgré la puissance de leur mère, ce sont quand même eux, des figures royales masculines, qui peuvent légitimer l’accession au trône. De la même manière, Frédégonde avait fait appel à Gontran pour assurer la protection de son fils Clotaire ii et confirmer que celui-ci avait bien été engendré par Clotaire[75].

Selon Grégoire de Tours, Clotilde s’empresse d’obtempérer, folle de joie mais en retour, les souverains lui offrent un ultimatum : l’épée ou les ciseaux soit la mort ou la tonsure marquant la fin de leurs prétentions au trône. Clotilde, trahie, choisit la mort car il est impensable pour elle qu’ils ne succèdent pas à leur père. Cette décision de la reine peut sembler surprenante. Elle, qui les aimait tant, comment peut-elle préférer que ses petits-fils meurent au lieu de devenir religieux ? La réponse à cela serait l’honneur. Comme le présente l’évêque, il est inconcevable que des princes deviennent des clercs. La mort apparaît préférable à la déchéance[76].  Clotaire exécute sa demande et tue deux des garçons. Childebert revient sur sa décision et tente d’empêcher Clotaire mais sans succès. Le troisième fils, Clodoald, réussit à s’enfuir et consacre sa vie à Dieu[77].

Le discours de Grégoire de Tours et la manière dont il décrit le comportement de Clotilde dans ce passage sont si particuliers qu’il convient de s’y attarder. Alors que l’épouse de Clovis est présentée comme une femme pieuse, cet extrait dénote complètement et n’est pas celui que l’on pourrait attendre de ce genre de femme. Cet écart laisse à penser qu’il pourrait être le plus représentatif de Clotilde ou témoigne de ce qu’on attend d’une reine[78]. Cet épisode diffère tellement de la caritas chrétienne qu’il n’est pas mentionné par Frédégaire ou la Vita Chrotildis, qui est rédigée à la fin du ixe siècle, imputant l’assassinat des garçons uniquement à leurs oncles[79].

L’omniprésence des émotions démontre combien Grégoire de Tours est gêné par la réaction de Clotilde. L’auteur nous présente une souveraine terrifiée puis en colère face à cette trahison. Elle finit par prendre sa décision dans la hâte, ne sachant plus ce qu’elle dit sous le coup de la douleur. Arcadius, l’envoyé des frères, part aussitôt, sans attendre la confirmation de la reine, et Childebert et Clotaire appliquent la demande de leur mère.

« Mais terrifiée par ce message et ressentant une profonde colère, surtout après avoir vu l’épée dégainée et les ciseaux, anticipant son amertume, ne sachant ce qu’elle disait dans sa propre douleur, elle soutint imprudemment : “ Il est préférable pour moi, s’ils ne sont pas élevés sur le trône, de les voir morts que tondus.” Mais lui [Arcadius], s’émerveillant peu de sa douleur, et ne cherchant pas à examiner de manière approfondie ce qu’il adviendrait par la suite, vint promptement, annonçant et disant : “ Terminez avec la faveur de la reine l’entreprise que vous avez commencée ; car elle souhaite que vous accomplissiez votre projet”. » [80]

Le chroniqueur essaie de dédouaner Clotilde en insistant sur ses émotions et la pression qu’elle subit conduisant à sa réponse rapide qu’il considère non raisonnée[81]. Barbara H. Rosenwein a montré que Grégoire de Tours employait davantage de vocabulaire émotionnel lors des scènes de vengeance et de conflits familiaux. Cela permet de mettre en avant le sentiment d’appartenance familiale et de cohésion qui sont attendus entre les membres d’une même famille. L’exacerbation des émotions est souvent celles des victimes, comme c’est ici le cas de Clotilde bien que décisionnaire de la mort de ses petits-fils[82].

Le Liber Historiae Francorum, qui reprend ce passage un siècle et demi plus tard, met également en avant la douleur et l’amertume de la reine qui est mise au pied du mur. Cependant, il le modifie en ajoutant les lamentations de Clotilde et attribue la responsabilité du meurtre au messager Arcadius[83]. L’expression de vives émotions est un moyen pour les chroniqueurs de détourner la responsabilité de la reine dans un acte totalement inacceptable pour une parente et une femme pieuse.

Après cet évènement, la reine n’intervient plus vraiment dans la sphère politique. Childebert et Clotaire se partagent le royaume de leur frère tandis que Clotilde mène une vie pieuse faite de prières et d’aumônes. Elle réapparaît brièvement lors du conflit opposant Childebert et Théodebert à Clotaire[84]. Cependant, son rôle est très différent, en second plan, assigné à des prières devant la tombe de saint Martin. Le décès de ses petits-fils marque son éloignement de la vie politique voire sa mise à l’écart de la cour. Grégoire de Tours nous présente cela comme une volonté personnelle de la reine de se consacrer à Dieu mais peut-être a-t-elle été forcée ou en tout cas encouragée à se retirer après l’échec de l’installation des enfants de Clodomir sur le trône.

La reine a perdu l’un de ses atouts majeurs pour maintenir sa place à la cour. Ses fils adultes, confirmés dans leur autorité, n’ont plus besoin d’écouter les conseils de leur mère surtout après la perpétration de leur méfait qui a gravement entaché leur relation. Le réseau personnel de Clotilde n’est plus suffisant et ne peut rivaliser avec celui des rois. Le mieux pour elle est de faire appel à ses relations parmi les clercs tourangeaux pour l’accueillir en leur sein et mener une vie pieuse. L’absence d’enfants est un des motifs courants de l’écartement des femmes de la vie politique. Théodechilde a essayé de garder sa position en épousant le frère de son mari, Gontran mais cela n’a pas fonctionné, puisque celui-ci l’expédie peu après dans un couvent[85]. L’envoi au monastère est une pratique dont plusieurs reines ont fait les frais. Brunehaut a été exilée dans le monastère de Rouen après la mort de Sigebert en 575[86]. À la fin du viie siècle, Bathilde finit également, une fois son fils majeur, par se retirer dans le monastère qu’elle a fondé à Chelles, peut-être poussée par ses opposants politiques[87].

Conclusion

Revenir sur cet épisode de l’histoire mérovingienne permet de mettre en lumière une nouvelle image de Clotilde généralement présentée dans les sources comme une reine modèle mettant de côté le fait qu’il s’agit d’un personnage politique qui se trouve au cœur de stratégies dont elle est l’une des actrices et instigatrices. C’est une reine qui utilise son influence par le biais de son patrimoine et de son réseau pour accomplir ses ambitions. Son atout le plus important reste néanmoins sa famille, ici ses fils et petits-fils qui peuvent exécuter ses volontés et ainsi lui permettre de maintenir voire d’étendre son autorité.

Ce conflit est révélateur du rôle des membres féminins de la famille royale qui éclot durant les périodes de minorités des héritiers ou en tout cas de princes peu avertis. Cependant, une fois que les souverains deviennent adultes, acquièrent de l’expérience dans l’exercice du pouvoir et ont su démontrer leur valeur, les mères peuvent représenter un obstacle pour l’affirmation de leur autorité et être progressivement mises à l’écart de la sphère politique.

Prendre en charge ses petits-enfants après le décès de leur père est un moyen pour Clotilde de maintenir sa place au sein des cours franques. Dans un milieu où la compétition est exacerbée, le fait que le système de succession royale ne soit pas clairement établi est utilisé comme un avantage pour asseoir son autorité. En voyant la majorité de leurs neveux approcher et combien leur mère les choie, Childebert et Clotaire s’inquiètent et y perçoivent un risque pour leur pouvoir. Ce conflit révèle des dynamiques au sein de la famille royale où les intérêts politiques de chacun font fluctuer les alliances et prennent le pas sur les liens du sang. Clotilde et les fils de Clodomir sont les victimes de l’ambition de Childebert et Clotaire. Le pouvoir de la reine étant remis en cause par ses propres enfants, la souveraine préfère préserver son honneur et celui de ses petits-fils afin d’éviter de faire effondrer tout ce qu’elle a construit avec Clovis.


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[1] DLH, éd. Bruno Krusch, MGH, SRM I, 1, Hanovre, 1951, III, 6 ; 18.

[2] Frédégaire, Chronique, éd. Bruno Krusch, MGH, SRM II, Hanovre, 1888, III, 33 ; 36 ; 38.

[3] LHF, éd. Bruno Krusch, MGH, SRM II, Hanovre, 1888, 20 ; 21 ; 24.

[4] Il est difficile de déterminer la nature de la relation qu’entretient Clovis avec la mère de Thierry. Grégoire de Tours évoque une concubina (DLH, II, 28) mais elle pourrait aussi être une princesse rhénane. Geneviève Bührer-Thierry et Charles Mériaux, La France avant la France (481-888), Paris, Belin, 2014 (2e éd.), p. 138.

[5] DLH, II, 37.

[6] Id., III, 1 : « elegantem atque utilem ».

[7] Emmanuelle Santinelli, « Aux côtés de Clovis : la reine Clothilde (472/480-544/548) », Autour du règne de Clovis. Les grands dans l’Europe du haut Moyen Âge. Histoire et archéologie, Louvain, Association française d’archéologie mérovingienne, 2020, p. 76‑90, p. 80.

[8] Ian N. Wood, « Kings, kingdoms and consent », Early Medieval Kingship, Leeds, University of Leeds, 1977, p. 6-29, p. 6.

[9] Sylvie Joye, « Enfance heureuse, enfance périlleuse dans la Gaule mérovingienne », L’infanzia nell’alto medioevo, Spolète, Fondazione Centro Italiano di Studi dull’alto Medioevo, 2021, p. 791‑817, p. 803‑806 ; Isabelle Réal, Vies de saints et vie de famille. Représentation et système de parenté dans le royaume mérovingien (481-751) d’après les sources hagiographiques, Turnhout, Brepols, 2001, p. 412‑430 ; Emmanuelle Santinelli, Des femmes éplorées ? Les veuves dans la société aristocratique du haut Moyen Âge, Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2003, p. 217‑220.

[10] DLH, II, 28.

[11] Dick Harrison, The Age of Abbesses and Queens. Gender and Political Culture in Early Medieval Europe, Lund, Nordic Academic Press, 1998, p. 80-82 ; Emmanuelle Santinelli, « Entre Burgondes et Francs : Clotilde, princesse burgonde, reine des Francs (472/480-544/548) », Les royaumes de Bourgogne jusque 1032, à travers la culture et la religion, Turnhout, Brepols, 2018, p. 197‑218, p. 208-210 ; Stephen D. White, « Clotild’s revenge : Politics, Kinship, and Ideology in the Merovingian Blood Feud », Portraits of Medieval and Renaissance Living. Essays in Memory of David Herlihy, University of Michigan, University of Michigan Press, 1996, p. 107‑130 ; Ian N. Wood, The Merovingian Kingdoms (450-751), Harlow, Longman, 1994, p. 43.

[12] Frédégaire, Chronique, III, 33.

[13] Id., III, 19.

[14] Avit de Vienne, Ep., V.

[15] Ian N. Wood, The Merovingian Kingdoms, p. 43.

[16] DLH, III, 5.

[17] Maurice Chaume, « Francs et Burgondes au cours du vie siècle », Recherches d’histoire chrétienne et médiévale, Dijon, Académie des Arts, Sciences et Belles Lettres, 1947, p. 147-162, p. 156 ; Justin Favrod, Histoire politique du royaume burgonde (443-534), Lausanne, Bibliothèque historique vaudoise, 1997, p. 430-438.

[18] Régine Le Jan, Famille et pouvoir dans le monde franc (viie-xe siècle). Essai d’anthropologie sociale, Paris, Publications de la Sorbonne, 1995, p. 83‑87.

[19] DLH, X, 31.

[20] Justin Favrod, Les Burgondes. Un royaumé oublié au cœur de l’Europe, Lausanne, Presses polytechniques et universitaires romandes, 2011 (4e éd.), p. 95.

[21] Maurice Chaume, « Francs et Burgondes », p. 147-162 ; Justin Favrod, Les Burgondes, p. 113-114.

[22] DLH, II, 33.

[23] Avit de Vienne, Ep., V.

[24] DLH, II, 42.

[25] Id., III, VII.

[26] Régine Le Jan, Amis ou ennemis? Émotions, relations, identités au Moyen Âge, Paris, Éditions du Seuil, 2024, p. 124-125 ; Barbara H. Rosenwein, « Les émotions de la vengeance », La vengeance (400-1200), Rome, École Française de Rome, 2006, p. 237‑257p. 243-245.

[27] Stephen D. White, « Clotild’s revenge », p. 111.

[28] Pour une description de l’instabilité causée par Sigismond, voir Justin Favrod, « Les erreurs de Sigismond de 516 à 524 après J.-C. », Les Burgondes, p. 105-119.

[29] Id., p. 113-114.

[30] Sylvie Joye, « Gagner un gendre, perdre des fils ? Désaccords familiaux sur le choix d’un allié au haut Moyen Âge », La famille déchirée : luttes intestines dans la parenté médiévale, Turnhout, Brepols, 2010, p. 79‑94, p. 81‑83.

[31] DLH, III, 5.

[32] DLH, III, 6.

[33] Id., III, 18.

[34] Ian N. Wood, The Merovingian Kingdoms, p. 50.

[35] DLH, III, 6 : « Nec moratus Chlothacharius uxorem germani sui Guntheucam nomine sibi in matrimonio sociavit. Filios quoque eius Chrodichildis regina, exactis diebus luctus, secum recipit ac tenuit […] ».

[36] Emmanuelle Santinelli, Des femmes éplorées ?, p. 110-113.

[37] Pactus Legis Salicae, XIII, 11.

[38] Orléans (511), c. 18 ; Épaone (517), c. 30.

[39] Emmanuelle Santinelli, Des femmes éplorées ?, p. 346.

[40] DLH, III, 6 : « uxorem germani sui Guntheucam nomine sibi » ; Frédégaire, Chronique, III, 36 : « uxorem Chlodemeris nomen Guntiucham » ; LHF, 21 : « uxorem fratris sui ».

[41] Justine Cudorge, Structure et enjeux des systèmes polygyniques dans la société franque : la place des femmes dans le palais mérovingien, thèse de doctorat soutenue à Reims, le 20 novembre 2023 ; Emmanuelle Santinelli-Foltz, Couples et conjugalités au haut Moyen Âge, Turnhout, Brepols, 2022, p. 76-90.

[42] Grégoire de Tours le dit lui-même. DLH, V, 20 : « Il ignorait qu’on appelle fils de roi ceux qui ont été procréés par des rois sans tenir compte désormais de la famille des femmes ».

[43] Dick Harrison, The Age of Abbesses and Queens ; Janet L. Nelson, « Queens as Jezebels : The careers of Brunhild and Balthild in Merovingian History », Studies in Church History : Subsidia,  1, 1978, p. 31‑77.

[44] DLH, IV, 26.

[45] Emmanuelle Santinelli, Des femmes éplorées ?, p. 263‑270.

[46] DLH, IV, 9.

[47] Justine Audebrand, Frères et sœurs dans l’Europe du haut Moyen Âge (vers 650 – vers 1000), Turnhout, Brepols, 2023, p. 67-73.

[48] Childebert ii est le fils de Brunehaut et de Sigebert et règne en Austrasie de 575 à 596. Clotaire II, fils de Frédégonde et Chilpéric, dirige la Neustrie de 584 à 613 avant de gouverner toute la Francie jusqu’en 629.

[49] DLH, VII, 5 ; Frédégaire, Chronique, V, 3.

[50] DLH, VII, 33 ; Frédégaire, Chronique, III, 78.

[51] DLH, IX, 20.

[52] DLH, III, 18 : « Dum autem Chrodigildis regina Parisius moraretur, videns Childeberthus, quod mater sua filius Chlodomeris, quos supra memoravimus, unico affectu diligeret, […] ». Alors que la reine Clotilde demeurait à Paris, Childebert voyant que sa mère aimait d’une affection incomparable les fils de Clodomir, dont nous avons parlé plus haut, […].

[53] Id., II, 38 ; 43.

[54] Id., VI, 27 ; VII, 6.

[55] Id., II, 29 ; III, 18.

[56] Id., IV, 12.

[57] Id., II, 43.

[58] DLH, X, 31.

[59] Martin Heinzelmann et Joseph-Claude Poulin, Les vies anciennes de sainte Geneviève de Paris. Études critiques, Paris, Honoré Champion, 1986, p. 51-57 ; Florence Bret et Marie-Céline Isaïa, Vie de Sainte Geneviève, Paris, Éditions du Cerf, « Sources chrétiennes », SC 610, 2020.

[60] Ian N. Wood, The Merovingian Kingdoms, p. 78-79.

[61] DLH, II, 43.

[62] Id., III, 18.

[63] Id., III, 18 ; LHF, 24.

[64] Sylvie Joye, « Enfance heureuse », p. 806‑808 ; Régine Le Jan, Famille et pouvoir, p. 342 ; Isabelle Réal, Vies de saints, p. 425‑427 ; Emmanuelle Santinelli, Des femmes éplorées ?, p. 218-219.

[65] DLH, VIII, 9.

[66] Id., V, 46.

[67] Id., VIII, 22.

[68] Régine Le Jan, « La sacralité de la royauté mérovingienne », Annales. Histoire, Sciences sociales, Édition de l’EHESS, 6, 2003, p. 1217-1241, p. 1221-1226.

[69] DLH, III, 18 : « Quibus interfectis, Chlothacharius, ascensis equitibus, abscessit, parvi pendens de interfectione nepotum; sed et Childeberthus in suburbana concessit ». Après les avoir tués, Clotaire, monté sur son cheval, s’en alla, se préoccupant peu du meurtre de ses neveux ; de même que Childebert s’éloigna dans les faubourgs.

[70] Nira Pancer, « La vengeance féminine revisitée. Le cas de Grégoire de Tours », La vengeance (400-1200), Rome, École Française de Rome, 2006, p. 307‑324, p. 312‑313.

[71] DLH, III, 18 : « Dum autem Chrodigildis regina Parisius moraretur, videns Childeberthus, quod mater sua filius Chlodomeris, quos supra memoravimus, unico affectu diligeret, invidia ductus ac metuens, ne favente regine admitterentur in regno, misit clam ad fratrem suum Chlothacharium regem, dicens: “Mater nostra filius fratris nostri secum retinet et vult eos regno donari; debes velociter adesse Parisius, et habito communi consilio, pertractare oportet, quid de his fieri debeat, utrum incisa caesariae ut reliqua plebs habeantur, an certe his interfectis regnum germani nostri inter nosmet ipsus aequalitate habita dividatur” ».

[72] Ian N. Wood, The Merovingian Kingdoms, p. 55-64.

[73] Id., p. 50.

[74] Régine Le Jan, Amis ou ennemis ?, p. 221.

[75] DLH, VII, 5 ; VIII, 9 ; Frédégaire, Chronique, V, 3.

[76] Régine LE JAN, Amis ou ennemis ?, p. 125 ; Nira Pancer, Sans peur et sans vergogne. De l’honneur et des femmes aux premiers temps mérovingiens, Paris, Albin Michel, 2001, p. 244‑246.

[77] DLH, III, 18 ; Frédégaire, Chronique, III, 38 ; LHF, 24.

[78] Dick Harrison, The Age of Abbesses and Queens, p. 81-85.

[79] Frédégaire, Chronique, III, 38 ; Vita Chrotildis, 10.

[80] DLH, III, 18 : « At illa exterrita nuntio et nimium felle commota, praecipue cum gladium cerneret evaginatum ac forcipem, amaritudinem praeventa, ignorans in ipso dolore quid diceret, ait simpliciter : “Satius mihi enim est, si ad regnum non ereguntur, mortuos eos videre quam tonsu”. At ille parum admirans dolorem eius, nec scrutans, quid deinceps plenius pertractaret, venit celeriter, nuntians ac dicens : “Favente regina opus coeptum perficite; ipsa enim vult explere consilium vestrum” ».

[81] Erin T. Dailey, Queens, Consorts, Concubines: Gregory of Tours and Women of the Merovingian Elite, Leiden/Boston, Brill, 2015, p. 40 ; Nira Pancer, Sans peur et sans vergogne, p. 245.

[82] Barbara H. Rosenwein, « Les émotions de la vengeance », p. 245-248.

[83] LHF, 24 : « Illa vero pre nimio dolore et amaritudine cordis cum lacrimis ait : “Satis undique me angustiae conpremunt. Si regnare non debent, quid mihi eos enutrisse fuit? Eis melius est mori quam tundere” ». At ille renunciavit eis, falsum dicens : « Sic dicit regina, mallet eos occidere quam totundere ». Alors, prise d’une grande douleur et le cœur plein d’amertume, elle s’écria en larmes : « C’en est assez ! L’angoisse me saisit de toutes parts ! S’ils ne doivent pas régner, à quoi bon les avoir élevés ? Il serait mieux pour eux de mourir que d’être tondus ». Et lui [Arcadius] revint vers eux, et leur répondit fielleusement : « Ainsi parla la reine : mieux vaut les tuer que les tondre ». Traduction de Stéphane Lebecq, La geste des rois des Francs, Paris, Les Belles Lettres, 2015, p. 81.

[84] DLH, III, 28.

[85] Id., IV, 26.

[86] Id., V, 1.

[87] Janet L. Nelson, « Queens as Jezebels, p. 70-72.

 

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« Protect these two brothers with your hand » Flavius Stilicho : dynasty, configurations and reconfigurations of kinship in the midst of political crises.

Gaëlle Herbeth

 


Abstract : Although the assassination of Flavius Stilicho, generalissimo of the Roman armies, on August 22nd, 408, is a well-known event, the many facets of this important figure’s status mean that there are still a few grey areas surrounding him. The death of Theodosius I in 395 left his two sons and heirs, Flavius Honorius and Flavius Arcadius, orphans. The youth of the two Augusti forced their father to choose a tutelary figure for them. Stilicho was entrusted with important and prestigious military activities. Moreover, he was a fully-fledged member of the imperial family. The example of Stilicho and his tragic fate should enable us to reassess the relationship between kinship and power in the late Empire, and to reconsider the various forms and designations of kinship.

Key Words : Late Antiquity, Flavius Stilicho, commendatio, Theodosian dynasty, patriciate. 


Gaëlle Herbeth was born on 30 October 1992. After completing a master’s degree at the École normale supérieure in Lyon, she obtained the agrégation in geography in 2016. A secondary school teacher from 2016 to 2020, she also completed a master’s degree in ancient history at the Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. She was a funded PhD student from 2020 to 2023 at the Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne and has been working as a non-tenured teaching and research fellow (ATER) at the same university since September 2023. Her thesis, supervised by Prof. François Chausson is entitled « Patriciens et patrices de la fin du IIIe siècle de notre ère à l’époque de Justinien Ier : du statut aristocratique à la dignité aulique ».

Gaëlle HERBETH, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne – UMR 8210 ANHIMA

gaelle.herbeth@gmail.com


« Protect these two brothers with your hand »[1]

Flavius Stilicho: dynasty, configurations and reconfigurations of kinship in the midst of political crises.

 

Introduction

On August 22nd, 408, Flavius Stilicho, generalissimo of the Roman armies, was assassinated[2]. Soon after, his son Eucherius met the same fate. The suppression of influential individuals, seen as conspirators for power, was quite usual[3]. Yet, Stilicho’s assassination must lead to a deeper analysis of a peculiar example of conflict and violence inside a family. The attack of such a prominent figure must be an occasion to reconsider some definitions and concepts of parenthood, as well as the diverse forms of kinship in the particular context of the instabilities and political transformations of Late Antiquity.

Stilicho’s various links to the imperial family as well as his guardianship on Honorius – and Arcadius? –, which would have been entrusted to him by Theodosius I, have been widely discussed and challenged, but may be a place to start. A special case of familial conflict, constituting a real government matter in the West and in the whole Empire because of the respective status of each protagonist, can be analysed through these different forms of connections. Stilicho’s figure has been prominently studied by scholars[4], and the forms of parenthood inside the Theodosian dynasty, more specifically Stilicho’s triple link with the family, have been the object of numerous essays, in more or less extensive analysis[5]. The case of Stilicho must be an occasion to reconsider the diverse forms of parenthood in the particular context of the instabilities and political transformations of Late Antiquity. By reassessing the different forms of kinship within the Theodosian family, both in literature and in epigraphy, we will also analyse how the sources and their authors refer to Stilicho. The question of kinship and paternity, particularly relevant in his case, should lead to a consideration of the notion of parricide, which will be included more broadly in the problem of family conflicts and political crises on an Empire-wide scale. The aim of this paper is therefore to consider the family conflict between Stilicho and Honorius from the point of view of Stilicho’s actual family ties, but also from the point of view of the diverse ways he is referred to in several late texts.

 

Stilicho’s links to the Theodosians and the problem of imperial guardianship.

The son of a romanized Vandal and of an unknown Roman woman, Stilicho has gradually risen through the ranks of the military from 383 until he was promoted as magister utriusque militiae in 392-393[6]. An embassy to Persia in 383-384 might have been the first notable step in his career[7], which led him to marry Serena, the adoptive daughter of the emperor Theodosius I[8], but it could constitute only a single reason among others. This union must have been indeed determined by other, more obscure, criteria. On the one hand, the uncertainties about Stilicho’s early career could lead us to think that he was no noble, and thus, he would have married up[9]. On the other hand, it is also very plausible to think that Stilicho must have been close to the imperial family even before his first assignments. R. W. Mathisen rightly showed that ambassadors who were sent to foreign kingdoms or empires were often, if not mostly, men of high status, with important offices, so that the prestige of the embassy could be perceived by the other party[10]. Stilicho was most probably, in some unclear way yet, an important character in the Eastern part of the Empire even before the two aforementioned events. His father was a Vandal who served as a cavalry officer during the reign of Valens. Networks within the Valentinian court had been likely set up by or around his father, including him and Stilicho in an Eastern aristocracy of service, which in turn could explain why Stilicho was given his first positions and why he married Serena[11]. A love marriage with Serena could also have enabled Stilicho to build up a circle by taking advantage of his wife’s status, which does not invalidate the possible existence of a network built up by Stilicho’s father in the past[12]. In fact, their union allowed the Theodosian dynasty to continue for a time, their first daughter Maria marrying Honorius in 398. Following Maria’s death, Stilicho wed their second daughter Thermantia to the same Augustus in 408, which was clearly part of a strengthening of the relationship with the dynasty and more particularly with Honorius[13].

The death of Theodosius in 395 orphaned his two sons and heirs to the Empire, Flavius Honorius and Flavius Arcadius. A few decades earlier, the Tetrarchy, followed by the reigns of the Constantinian dynasty and the beginning of the Valentinian era, had already established a more or less complete division of imperial power, so that the vast territories of the Empire could be managed in the best possible way. Collegial power, far from being new, became a rule under several princes of the Valentinian dynasty[14]. However, in most studies about Late antique historiography, 395 has traditionally been seen as the year of a genuine partitio imperii between the East, attributed to Arcadius, aged 18, and the West, given over to the care of Honorius, aged 11, although they had already been Augusti since 383 and 393 respectively. Honorius’ age raised the question of the existence of a child emperor, leading to « a necessary rethinking of the imperial function »[15]. Moreover, the uncertainty of the situation in which Theodosius may have entrusted the guardianship to Stilicho and the importance of the powers now in his hands led two authors, Claudian and Ambrose of Milan, to attribute to Stilicho a guardianship not only over Honorius, but also over Arcadius.

Claudian has often been – quite rightly indeed – introduced as the official panegyrist for the West and for Stilicho[16]. Claudian’s speeches provide the most relevant evidence to a guardianship over both Augusti. In his second Laus Stilichonis, Claudian refers to both sons and sets them on equal footing with Stilicho’s own children, yet without evoking a direct paternal bond between Stilicho and Theodosius’ scions[17]. Later in the same speech, Claudian mentions Arcadius and argues in favour of a tutela over the two sons[18]. His speech on Honorius’ third consulship recreates Theodosius’ dying wish, when the then emperor allegedly asked Stilicho to « protect these two brothers with [his] hand »[19]. The In Rufinum also mentions that both brothers and armies had been entrusted to Stilicho[20]. As for Ambrose’s De obitu Theodosii, it was pronounced at the court of Milan forty days after the death of the prince. The fifth part of the speech is undoubtedly the most significant, when Ambrose notes that « Theodosius is more glorious in this also, that he did not make a will in accordance with public law; he had nothing further to determine as regards his sons, to whom he had given everything, except to place them under the protection of a close relative who was present »[21]. Ambrose would seem to assert that Theodosius had not explictly written any kind of will concerning the Empire and his sons. Yet, while the expression praesens parens might refer to a relative of the Theodosian family, it has been fairly widely accepted that this alludes specifically to Stilicho. Indeed, it would seem that Theodosius never made a will, and that the aforementioned authors recount more of a private vow that could have no legal consequences for the imperial succession[22]. Another look at Zosimus reveals two very different situations within the same work. Whereas in the fifth book of the New History, Stilicho is said to have obtained guardianship over Honorius, while Rufinus obtained guardianship over Arcadius in the East[23], the account of Stilicho’s death in 408 refers to guardianship over the two Augusti[24]. Yet, the context in which Zosimus wrote differed a lot from the one in which Ambrose and Claudian did. Then, mentioning a double guardianship is not insignificant from them. As the panegyrist of the Western court, Claudian was also somehow Stilicho’s panegyrist, which gives a lot of information on the prestige attributed to Stilicho, but also on the perception that one could have of him.

 

A father for the emperor or for the Empire ? How to understand Stilicho’s title, powers and status.

Mentioning Stilicho’s guardianship and mentioning a parental link with the Augusti, which is the case in some of our sources, are also two different things[25]. Such an analysis can first help us to understand the position that was expected of Stilicho, then how it was perceived by the authors of these sources. The most used term, in Latin, to describe the aforementioned relationship is the word parens. However, Ambrose of Milan also uses the verb commendo from which derives, in modern scholarship, the term commendatio[26], a reality which is uneasy to grasp, since Theodosius’ will lacked any juridical frame. In Prudentius’ Contra Symmachum, the Roman senator writes that « to lead our army and our power we had a young warrior mighty in Christ, and his Companion and father Stilicho »[27], this « young warrior » being Honorius. Parens – κηδεστής in Greek – was in fact a fairly common word. It belongs first and foremost to the lexicon of kinship, the parens being above all the father, grandfather and great‑grandfather, very rarely the mother[28]. The term also became institutional, used in official correspondence by and with senators since the Republican era[29]. During the imperial era, this word emerged as a symbol of recognition of the social and political authority of an individual by the emperor. This was quite an important clarification, since the prince was then the only one able and legitimate to appoint someone as parens[30]. However, the word came to be associated to a very specific historical context during the 4th and 5th centuries, in relation to the aftermath of 395, which paved the way to a real legacy after Stilicho[31]. As already said, the De obitu Theodosii is the first source to use the term parens, being abundantly followed by Claudian’s works[32]. Stilicho has also been described as parens publicus in two letters sent by Symmachus[33]. This specific use of the word, in the case of Stilicho, was not a simple chancellery word as well as a simple polite form[34]. Parens was, in this specific context, an official term that Stilicho made his very own in order to describe an individual entrusted with important political charges[35]. In Greek, Eunapius, as well as Olympiodorus and Zosimus, also use the term ἐπίτροπος[36]. Zosimus uses it in a passage which was to take place just before the battle of the Frigidus[37]; he also employs the word ἐπιτραπείς (ἐπιτρέπω) to express Stilicho’s guardianship in his account of the plot against Stilicho which led to his assassination[38]. Photios kept a fragment written by Olympiodorus, following the same literary tradition[39]. The word can have several meanings which are unfortunately not always clear. Usually translated as « tutor », « guardian », even « regent », it actually carries a looser meaning, and mostly an idea of moral or familial obligation[40].

The diversity of terms used to express Stilicho’s kinship inside the Theodosian dynasty is shown in a very meaningful way through the surviving epigraphic documents, since they were the most public form of expression of Stilicho’s ties with the imperial family. The idea of a dual guardianship is expressed through the notable example of an inscription of Carsoli. This dedication to Arcadius and Honorius, commissioned by the Prefect of the City of Rome Quintilius Laetus, commemorates repairs to an aqueduct that were made possible by the seizure of the rebel Gildo’s possessions from 398 onwards[41]. This very fragmentary document mentions that the restorations were ordered by the emperors on the advice of Fl. Stilicho, parentis sui[42]. In addition, two inscriptions uncovered in the Roman Forum use other precise terms to highlight Stilicho’s family ties within the imperial family[43]. Stilicho is said to be socer (father-in-law) domini nostri Honori Augusti, a reference to the successive unions of his two daughters with Honorius[44]. The generalissimo is also described as progener (husband of the granddaughter) diui Teodosi, which is a reminder of his union with Serena, adoptive daughter of Theodosius I and granddaughter of Theodosius the Elder[45]. Both inscriptions note that Stilicho has been « progressing from an early age through the steps of the most glorious military service to the summit and advanced to royal kinship by marriage » (ab ineunte aetate per gradus clarissimae militiae ad columen gloriae sempiternae et regiae adfinitatis), or « progressing from an early age through the steps of the most glorious military service to the summit of eternal glory and advanced to royal kinship by marriage as son‑in‑law of the deified Theodosius » (ab ineunte aetate per gradus clarissimae militiae ad columen regiae adfinitatis euecto, socio bellorum omnium et uictoriarum, adfini etiam diui Theodosi Augusti)[46]. Adfinitas can be a tricky word in the Late Antique context, but it mostly indicates the relation by marriage, not the relation by blood[47]. Although a number of sources have focused on Stilicho’s guardianship after the death of Theodosius I and on his relationship to Honorius and Arcadius, it remains important to understand how and by what terms Stilicho was qualified in the context of the imperial family.

Several sources confirm that Stilicho was given at least the guardianship of Honorius in the West, while Rufinus, praetorian prefect in the East, was given the task of looking after Arcadius[48]. Stilicho was probably born in Constantinople or nearby, both because of his father’s career and because of his own initial duties, but he also carried out several missions in the West, perhaps as early as 388 during the campaign against Magnus Maximus[49]. He was at the Frigidus in 394, and guardianship over Honorius had to be obtained at least from 394, at the latest at the beginning of 395, necessarily obliging him to remain at the western court. 395 is the commonly accepted date for Theodosius’ final will, since it would have been at the time of his death that the emperor assigned the task of looking after Honorius to Stilicho. The prince died on 17 January, a few months after the battle of the Frigidus, which took place at the beginning of September 394. Stilicho was then magister utriusque militiae, an office he had held for a year or so. The events of early 395 may have forced him to be present in the West almost permanently. It still remains difficult to know and to put into clear words why Stilicho was entrusted specifically with the guardianship on Honorius apart from the fact that he was with Theodosius in the Julian Alps. A plausible possibility would be that Theodosius had indeed appointed Stilicho sooner, not on his deathbed, but just after the battle, without knowing that he was going to die soon[50]. With this special status, Stilicho would have had « full command of all troops stationed in Honorius’ portion of the Empire, which was to comprise Gaul, Spain, Africa, and Italy »[51], especially since Theodosius wanted to go back East, but also wished to stabilise the situation in the West. Stilicho would have been the main tool of this process, the choice being obvious since he was a member by marriage of the imperial family[52]. We can also argue that Theodosius’ state of health was so bad that it seemed that he was going to die: he was known to suffer from hydropisis generated by an unknown cause[53]. Thus, the disease could have shown signs of worsening between September 394 and January 395, leading the emperor to start thinking about the fate of the Empire[54].

The fact that Arcadius and Honorius were raised as Augusti in 383 and 393 respectively, and that the notion of regency had no real legal existence in the Roman world, must also lead us to believe that Stilicho’s commendatio was not, in this particular case, a legal concept. The whole status embodied by Stilicho towards at least Honorius after 395, if it had major consequences on politics at the scale of the whole Empire, was before all a moral obligation[55]. It seems that, from a very prestigious and powerful military office which would have been given to him by the emperor, jointly with him belonging to the imperial family, Stilicho draw the thought – or was seen to be fitted to such a position – that he had some kind of a right to be the guardian of both children[56]. We could link this situation to several well-studied cases during the Principate, and to the notion of capax/capaces imperii, which highlights the existence of powerful individuals, endowed with qualities that led to identify them as capable of wielding imperial power, therefore making them capable of usurpation[57]: entrusting Honorius to Stilicho’s care could have served as a barrier to any planed uprising, especially against a child emperor. The goals of Ambrose and Claudian’s works on the matter were also quite clear. For Ambrose, it was a necessity to avoid treating Stilicho like a liar and sparking a civil war after Theodosius’ death; for Claudian, it was before all a work of political communication[58]. Such elements were also part of a « voluntary and carefully considered », but also very free, construction of kinship[59].

The use of the word parens might also be linked with one of Stilicho’s hypothetical title: patricius. The most widely used prosopographic volume for the study of Late Antiquity, the Prosopography of the Later Roman Empire, does not include Stilicho in the list of patricians nominated during the 4th or 5th centuries[60]. However, Stilicho’s patriciate is mentioned several times in a single source, Jordanes’ Getica, in the context of the Vandal and Gothic invasions of Gaul[61]. This reference should not be outright rejected: the reliability of Jordanes’ work has been shown, notably since it derives from Cassiodorus’ work, now lost, and we know how close Cassiodorus could have been from the imperial records, given the positions he held[62]. It is more than likely that Stilicho obtained this dignity, if we take into account his career and his status in the Theodosian family. However, given the current state of documentation, we cannot know exactly when Stilicho became a patrician. The first mention by Jordanes of Stilicho’s patriciate is made in the context of a Vandal invasion of Gaul, « summoned thence by Stilicho » (ab Stilicone inuitati), which took place in 406[63]. The second mention of the dignity comes after the description of the retreat of the Visigoths from Italy, as Stilicho pursued them, which ultimately led to the sack of Rome in 410[64]. These elements invite to date Stilicho’s patriciate before 406. Stilicho’s career and family ties may naturally have played an important role, in particular with regard to the office of magister utriusque militiae (from 392-393 onwards) and that of consul[65]. As it was mostly the case during the 4th century, the patriciate may have been given to him simultaneously with one of these offices, or after. The situation remains obscure, and given the still quite young state of the Constantinian patriciate at the time, and the scarce examples of patricians during the 4th century, who mainly obtained the dignity together with the consulship or with an important military office, it also could have been the case for Stilicho. A difficulty remains: some inscriptions from Rome recount Stilicho’s career, and none indicates the dignity. The epigraphical dossier can be dated back to at least 393 or 394, when Stilicho obtained the office of magister utriusque militiae at court, and goes to the year of his death, in 408[66]. This seems rather surprising, since the patrician dignity was usually indicated on inscriptions. Exceptions were possible. It is also conceivable that some inscriptions were lost, maybe hammered when Stilicho became hostis publicus, but it is rather unlikely, as this process was applied unevenly across the imperial territories[67]. Another hypothesis could be that Stilicho, given his status inside the very core of the imperial family at the time, would not have needed the patriciate. Indeed, since the beginning of the Constantinian era, the dignity had been granted – generally and in very broad terms, as well as with notable exceptions – to individuals of modest status. However, it was also granted to men who showed an exceptional proximity to the imperial family, which makes Stilicho’s case even more complex. The absence of Stilicho’s patriciate from the epigraphic evidence is somewhat unexplainable, but this should in no way mean that he did not obtain it[68]. In fact, Stilicho’s patriciate, although confirmed by Jordanes and possibly by the iconography of the famous Monza diptych, has often been understood as being the title of parens principum, precisely because of his mission of guardianship. This diptych differs from the usual ones, mainly highlighting Stilicho’s military duties associated with his hypothetical patriciate[69]. Likewise, the equivalence between the terms patricius, pater and parens is primarily etymological, but during the late period, in literature as well as in epigraphy, we come across other expressions that may have been linked to or assimilated with the patriciate, such as parens imperii or πατήρ βασιλέως[70]. The attribution of the patrician title to Stilicho by Jordanes, as well as its etymological and political symbolism, would reinforce and explain, among other elements, the enmity towards Stilicho that led to his fatal assassination.

 

Murdering Stilicho, killing the father? Reflecting on the notion of parricide.

The aforementioned texts have shown the variety of terms, in the lexical field of parenthood, which were used to describe Stilicho and his very position inside the Theodosian family. Yet, this diversity lacks to give the meaning and the implications behind them. Especially, we have dealt with what was behind the most used expression to describe Stilicho, parens principum, in order to reassess Stilicho’s dignities, and to examine once again the understanding of these titles. A variety of sources refer to Stilicho as the parens of the Augusti and socer of Honorius, albeit in very specific contexts. There is more, since the generalissimo is also described as the « Empire’s father »[71]. In addition to family ties, it is important to understand Stilicho’s status within the Empire’s dynastic and governing structures, and the consequences of this status in his tragic destiny.

The story of Stilicho’s assassination in 408 is well known, and there is no need here to dive into the details of the troubled political context that prevailed at the time. Let us simply recall that the crisis began well before 408. Stilicho had been declared hostis publicus in 397 by Arcadius and the senate of Constantinople, accused by Eutropius of collusion with Alaric, leader of the Tervingi[72]. Despite Stilicho’s condemnation, he was still, at least in the West, seen in high regard, and still tenured with high military offices and missions. However, the unexpected death of Arcadius in 408 created a dangerous context in which Stilicho could have implemented, in the eyes of his detractors, a pro-Barbarian policy. In particular, an accusation made by Olympius, cited as one of the main players in Stilicho’s downfall, was that Stilicho wanted to put Eucherius either in charge of the West instead of Honorius, either in charge of the East instead of Theodosius II, Arcadius’ son, co‑Augustus and heir[73]. Eucherius was the grandson of Theodosius I through Serena: as such, it constituted an accusation of crimen maiestatis and high treason against both emperors. This was in fact an accusation of conspiracy, real or fictitious. These accusations were not the only ones, and the downfall of Stilicho and his network was also due to a number of other factors[74]. Another notable source, Rutilius Namatianus, presents Stilicho in this way: in the De redito suo, he is described as « sinister », a « traitor » and possessed of a « bloodthirsty madness », accusing him of having given the empire to the barbarians[75].

An important question remains: did Honorius consider that he was putting an end to the life of a tutor who had replaced Theodosius I for a large part of his life, or did the notion of parricide also come into play? This term – which can be defined as a fundamental trangression, which covers all murders committed against a relative or ally in the direct or collateral line[76] – is not directly used by the authors to describe the assassination carried out on imperial orders. However, that is what it was all about, but the executor was the emperor. As already established, the recognition of Stilicho’s guardianship did not always go hand in hand with an equivalence as father of the Augusti. While some sources emphasise the idea of tutela, completed by a military office, others refer more to Stilicho’s kinship with the Augusti and the imperial family, going so far as to call him the father of the Empire, but also of the emperor Honorius in one instance, raising the question of the links and assimilation between the Empire and its ruler. Stilicho is mainly described as a parens, which puts him in the realm of both family parentage and institutional paternity[77].

However, it is important to separate the literary tradition from the legal tradition. A discrepancy exists between the different ways in which Stilicho’s guardianship is evoked, of which we know very little from a legal point of view, and the way in which it is presented in the sources. As a result, it is difficult to think of Stilicho as the actual father of Honorius, even though some sources otherwise favourable to him described him in the same way to some extent. In addition to Stilicho’s more or less precarious legal position, there is a more informal meaning to his guardianship, more along the lines of symbolic paternity, which would then have been echoed in the sources. Various links of kinship had been built up through marriage between Stilicho, the imperial family and, more specifically, Honorius. Stilicho was not Honorius’ and Arcadius’ father, but he was their guardian. He did not adopt them legally speaking, but had been entrusted with a tutela that was completed by a high military office. Stilicho is only said to be pater imperii in Claudian’s speeches: when it comes to Honorius, he is a parens, and the use of such a word is being explained by his position within the imperial family.

Conclusion

If Theodosius’ aim was certainly to provide his sons with a guardian after his death, both the chronology and the legal nature of the guardianship are uncertain. Though some precise sources refer to Stilicho as a parens or by terms belonging to the field of adfinitas, it remains uncertain whether there was any question of real paternity. This relationship must have been more symbolic. Yet, Stilicho’s eminent position within the family and his political position may well have led to his downfall: it also did not protect him from Honorius’ and his court’s enmities.


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« La famille à Rome », La Famille dans la Grèce antique et à Rome, Bruxelles, Éditions Complexe, 2005.

La Mort du père. Sur le crime de parricide à Rome, Paris, Albin Michel, 2017.


[1] Claudian, III Consulatu Honorii Augusti, 153: Geminos dextra tu protege fratres.

[2]  As stated in Zosimus, New history, V, XXXIV, 2-6.

[3] See Isabelle Cogitore, La légitimité dynastique d’Auguste à Néron à l’épreuve des conspirations, Rome, École française de Rome, 2002 (Bibliothèque des Écoles françaises d’Athènes et de Rome, 313), p. 211-228, with the example of Sejanus.

[4] Santo Mazzarino, Stilicone. La crisi imperiale dopo Teodosio, Rome, Angelo Signorelli, 1942 (Studi Pubblicati dall’Istituto Italiano per la Storia Antica) ; Émilienne Demougeot, De l’unité à la division de l’Empire romain. 395‑440. Essai sur le gouvernement impérial, Paris, Maisonneuve, 1951, notably p. 99-105 ; John M. O’Flynn, Generalissimos of the Western Roman Empire, Edmonton, University of Alberta Press, 1983. Stilicho is abundantly mentioned in other central works, notably in those dealing with the late Western aristocracy: see John Matthews, « The Regime of Stilicho », Western Aristocracies and Imperial Court A. D. 364-425, Oxford, Clarendon Press, 1975, p. 253-283.

[5] Santo Mazzarino, Stilicone, p. 75-83 ; John M. O’Flynn, Generalissimos, p. 15-23. See also Johannes Straub, « Parens principum. Stilichos Reichspolitik und das Testament des Kaisers Theodosius », La Nouvelle Clio, n°3-4, 1952, p. 94-115 ; Alan Cameron, « Theodosius the Great and the Regency of Stilicho » Harvard Studies in Classical Philology, volume 73, 1969, p. 247-280 ; Arnaldo Marcone, « Stilicone ‘parens publicus’ », Zeitschrift für Papyrologie und Epigraphik, volume 70, 1987, p. 222-224. A more general article on the political terminology based on the term parens was issued by Frank Kolb,  « Politische Terminologie und historisches Milieu : Kinderkaiser und parens principis in der Historia Augusta », Historiae Augustae Colloquium Bonnense. Atti dei Convegni sulla Historia Augusta, Bari, Edipuglia, 1997 (Centro interuniversitario per gli studi sulla Historia Augusta), p. 153-160. Martin Heinzelmann, « Pater populi. Langage familial et détention de pouvoir public (Antiquité tardive et très haut Moyen Âge) », in Françoise Thélamon (dir.), Aux sources de la puissance : sociabilité et parenté. Actes du colloque de Rouen, 12‑13 novembre 1987, Rouen, 1989, (Publications de l’Université de Rouen n°148), p. 47-56, is a core article on the topic.

[6] For a reminder of Stilicho’s career, see PLRE, I, Flavius Stilicho, p. 853-858.

[7] Claudian, Laus Stilichonis, I, 61-73. See also Émilienne Demougeot, De l’unité à la division, p. 131 ; John M. O’Flynn, Generalissimos, p. 15 ; Ralph W. Mathisen, « Patricians as Diplomats in Late Antiquity », Byzantinische Zeitschrift, volume 79, n°1, 1986, p. 38 ; Pierre Maraval, Théodose le Grand. Le pouvoir et la foi, Paris, Fayard, 2009, p. 184-185 ; Ralph W. Mathisen, « Patricii, episcopi, et sapientes : le choix des ambassadeurs pendant l’Antiquité tardive dans l’Empire romain et les royaumes barbares », in Audrey Becker, Nicolas Drocourt (dir.), Ambassadeurs et ambassades au coeur des relations diplomatiques : Rome – Occident médiéval – Byzance (VIIIe siècle avant J.-C. ‑XIIe siècle après J.‑C.), Metz, 2012, p. 237 (Éditions du CRULH, 47).

[8] The adoption is mentioned in Claudian’s Carmina minora (30), in the Laus Serenae, 105‑107. He is yet the only author to tell us about the process, and we cannot know for sure the juridical reality of it, since adoptions of women were particularly scarce. See Mireille Corbier, « Construire sa parenté à Rome », Revue Historique, tome 284, fascicule 1, 1990, p. 27.

[9] About Serena’s status and prestige, see Santo Mazzarino, Stilicone, p. 101 ; Alberto Magnani, Serena. L’ultima Romana, Milan, Jaca Book, 2002 (Donne d’Oriente et d’Occidente).

[10]  Ralph W. Mathisen, « Patricians as Diplomats », p. 40 ; Ralph W. Mathisen, « Patricii, episcopi, et sapientes », p. 230.

[11]  See Alberto Magnani, Serena, p. 15-27, on the wedding and on Stilicho’s hypothetical origins.

[12]  Héloïse Harmoy Durofil, « Les groupes aristocratiques autour de Silvanus et de Stilicon », in Sylvie Crogiez‑Pétrequin (dir.), Dieu(x) et Hommes. Histoire et iconographie des sociétés païennes et chrétiennes de l’Antiquité à nos jours. Mélanges en l’honneur de Françoise Thélamon, Mont-Saint-Aignan, 2005 (Publications des Universités de Rouen et du Havre), p. 389-396.

[13]  Meaghan McEvoy, Child Emperor Rule in the Late Roman West, AD 367-455, Oxford-New York, Oxford University Press, 2013, p. 160-161 and p. 180.

[14] See Ernst Kornemann, Doppelprinzipat und Reichsteilung im Imperium romanum, Leipzig-Berlin, Teubner, 1930 ; Frédéric Hurlet, Les collègues du prince sous Auguste et Tibère. De la légalité républicaine à la légitimité dynastique, Rome, École française de Rome, 1997 (Collection de l’École française de Rome, 227), who notably uses the term of « co-régence », p. 25 ff. ; Jean-Rémi Palanque, « Collégialité et partages dans l’Empire romain aux IVe et Ve siècles », Revue des Études Anciennes, tome 46, 1944, p. 47-64.

[15] Bruno Bureau, « Modeler le prince ou critiquer le prince. Claudien et Rutilius Namatianus, du panégyrique impérial au pamphlet politique », Interférences, n°9, 2016, § 19 [online]. See also Meaghan McEvoy, Child Emperor Rule, p. 137‑184.

[16]  See John Matthews, « The Regime of Stilicho », p. 257.

[17]  Claudian, Laus Stilichonis, II, 52-55: « You care for your children no more than for his, whom he entrusted to you to protect and instruct. »

[18]  Claudian, Laus Stilichonis, II, 78-79: « You oversaw his brother Arcadius with no less concern. »

[19]  Claudian, III Consulatu Honorii Augusti, 142-153.

[20]  Claudian, In Rufinum, II, 5-6: « Theodosius entrusted both his sons’ majesty to you, and both courts’ armies ». On the opposition between Stilicho and Rufinus in Claudian’s work, see Anaïs Perret, « Le Contre Rufin et le Contre Eutrope de Claudien : un miroir des princes inversés », Interférences, n°11, 2018 [online].

[21]  Ambrose of Milan, De obitu Theodosii, 5. On Theodosius’ will, see Johannes Straub, « Parens principum ». For wills at the beginning of the imperial era, see E. Champlin, Final Judgments: Duty and Emotion in Roman Wills, 200 B.C. – A. D. 250, Berkeley, University of California Press, 1991.

[22]  John M. O’Flynn, Generalissimos, p. 47.

[23]  Zosimus, New history, V, I, 1: « The empire now devolved on Arcadius and Honorius, who, although apparently the rulers, were so in name only: complete control was exercised by Rufinus in the East and Stilicho in the West. » ; V, IV, 1:  « Stilicho, the administrator of the western empire […]. »

[24]  Zosimus, New history, V, XXXIV, 6 : « […] he married Theodosius the Elder’s niece and was entrusted with the empires of both his sons […]. »

[25]  Meaghan McEvoy, Child Emperor Rule, p. 160-168, also uses the term « partnership ».

[26] The term commendatio was used primarily in the context of elections and vote in Rome, and is linked in particular to the emperor’s recommendation and choice of candidates. See Barbara Levick, « Imperial Control of the Elections under the Early Principate. Commendatio, Suffragatio and “Nominatio” », Historia, 1967, p. 209‑214 ; Virginie Hollard, Le rituel du vote : les assemblées romaines du peuple, Paris, CNRS Éditions, 2010, p. 164 and p. 179‑182. Obviously, this is not the kind of commendatio which concerns Stilicho.

[27]  Prudentius, Against Symmachus, II, 708-771.

[28]  Yan Thomas, « « La famille à Rome », La Famille dans la Grèce antique et à Rome, Bruxelles, Éditions Complexe, 2005, p. 78. More broadly, on fatherhood, p. 67-80.

[29]  Frank Kolb, « Politische Terminologie », p. 153 and p. 160.

[30]  Ibidem, p. 160.

[31]  Ibidem, p. 153 ; Martin Heinzelmann, « Pater populi », p. 47 ff.

[32]  Claudian, Laus Stilichonis, II, 166-168: « […] you’re the emperor’s father-in-law, the empire’s father […]. » ; Laus Stilichonis, III, 52: « Fortunate man, whom rescued Rome calls its father ! »

[33]  Symmachus, Letters, IV, XII, 1 and IV, XIV ; Arnaldo Marcone, « Simmaco e Stilicone », in François Paschoud (dir.), Colloque genevois sur Symmaque à l’occasion du mille six centième anniversaire du conflit de l’autel de la Victoire, Paris, Les Belles Lettres, 1986, p. 145‑162 ; Meaghan McEvoy, Child Emperor Rule, p. 169.

[34] Santo Mazzarino, Stilicone, p. 108 ff. ; Johannes Straub, Regeneratio imperii. Aufsätze über Roms Kaisertum und Reich im Spiegel der heidnischen und christlichen Publizistik, Darmstadt, Wissenschaftliche Buchgesellschaft, 1972-1986. p. 230 ; John M. O’Flynn, Generalissimos, p. 65.

[35] Santo Mazzarino, Stilicone, p. 106-113 ; Johannes Straub, Regeneratio imperii, p. 222 and p. 229-233.

[36]  Eunapius, fr. 62.

[37]  Zosimus, New history, IV, 59, 1.

[38]  Zosimus, New history, V, 34, 4.

[39]  Olympiodorus, fr. 1.

[40]  Alan Cameron, Claudian, Poetry and Propaganda at the Court of Honorius, Oxford, Clarendon Press, 1970, p. 39. For John M. O’Flynn, Generalissimos, p. 47, it is a « legalistic term », and we can see the discrepancy between the use of this word and the absence of juridical base of Stilicho’s commendatio.

[41]  Santo Mazzarino, Stilicone, p. 108.

[42]  CIL, IX, 4051 (ILS, 795).

[43] CIL, VI, 1730 (CIL, VI, 31913 ; ILS, 1277 ; EDR 127908 ; LSA 1436) ; CIL, VI, 1195 (CIL, VI, 1731 ; 31913 ; EDR 111525 ; LSA 1437).

[44]  Jordanes, in his Getica, XXX, 154, writes that Stilicho is « socer Honorii imperatoris ».

[45]  Theodosius the Elder had been divinised, and is styled as « diuus Teodosius » on CIL, VI, 39960 (ILS, 8950).

[46]  Transl. Carlos Machado, LSA 1436 and 1437, slightly amended.

[47]  Dig. 38, 10, 4. See also Philippe Moreau, « Adfinitas. La parenté par alliance dans la société romaine (Ier siècle av. J.‑C.-IIe siècle ap. J.-C.) », Parenté et stratégies familiales dans l’Antiquité romaine. Actes de la table ronde des 2-4 octobre 1986 (Paris, Maison des sciences de l’homme), Rome, École française de Rome, 1990 (Publications de l’École française de Rome, 129), p. 3-26 ; Mireille Corbier, « Construire sa parenté », p. 6-7.

[48]  Eunapius, fr. 62: « The sons of Theodosius succeeded him as Emperor. But to give the truer interpretation of the situation (which is the goal of history), they had the name of Emperors whereas the real and absolute power lay with Rufinus in the East and Stilicho in the West ». Zosimus must have partially followed Eunapius writings, since he mentions the same division, and further on in his work, that Stilicho governed the West as a regent (see above). Other similar references to Stilicho’s power and guardianship over Honorius can be found in other texts, such as Orosius, Historiae aduersus paganos, VII, 3, 7, Philostorgius, Church History, XI, 3, and John of Antioch, fr. 188.

[49]  PLRE, I, Flavius Stilicho, p. 854.

[50] Alan Cameron, « Theodosius the Great and the Regency of Stilico », Harvard Studies in Classical Philology, volume 73, 1969, p. 247-280 ; Alan Cameron, Claudian, p. 38 ; John M. O’Flynn, Generalissimos, p. 17 ; Michael Kulikowski, Rome’s Gothic Wars: From the Third Century to Alaric, Cambridge, Cambridge University Press, 2007, p. 164 ; Meaghan McEvoy, Child Emperor Rule, p. 140-142.

[51]  Alan Cameron, Claudian, p. 38.

[52]  Id. ; John M. O’Flynn, Generalissimos, p. 17.

[53]  On Theodosius’ illness, see Pierre Maraval, Théodose, p. 282 ; Bertrand Lançon, Théodose, Paris, Perrin, 2014, p. 213‑215 ; Meaghan McEvoy, Child Emperor Rule, p. 141.

[54]  Which goes against Claudian: see VI Consulatu Honorii Augusti, 581-583, where the panegyrist writes that Stilicho was given guardianship over Honorius clearly at the moment of Theodosius’ death, in the uncertainty of the moment.

[55]  Émilienne Demougeot, De l’unité à la division, p. 102.

[56]  Alan Cameron, Claudian, p. 38. John M. O’Flynn, Generalissimos, p. 50-51, has a more psychologizing take, since to him, Stilicho could have extrapolated a vague remark of Theodosius on his deathbed, a thing that we will surely never know of.

[57]  The expression comes from Tacitus, Histories, I, 49, 4: maior priuato uisus dum priuatus fuit, et omnium consensu capax imperii nisi imperasset. « He seemed too great to be a subject so long as he was subject, and all would have agreed that he was equal to the imperial office if he had never held it ». Some capaces – and the notion of capacitas  – are discussed by Jérôme Sella, Tenir le loup par les oreilles. Prendre le pouvoir et le conserver dans la Rome impériale des premiers siècles : d’Auguste aux Sévères, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2020 (such as Lentulus Gaetulicus, p. 95, or Vespasian, p. 303 ff).

[58]  Alan Cameron, Claudian, p. 38.

[59]  Mireille Corbier, « Construire sa parenté », p. 4 and p. 28 mainly.

[60]  PLRE, I, Flavius Stilicho, p. 853-858.

[61]  Jordanes, Getica, XXII, 115 ; XXX, 154.

[62]  Brian Croke, « Cassiodorus and the Getica of Jordanes », Classical Philology, volume 82, n°2, 1987, p. 117‑134 ; Arne Søby Christensen, Cassiodorus, Jordanes, and the History of the Goths. Studies in a Migration Myth, Copenhague, Museum Tusculanum Press, 2002, p. 113-123.

[63]  Jordanes, Getica, XXII, 115.

[64] Ibidem, XXX, 154.

[65] PLRE, I, Flavius Stilicho, p. 853-858, and John M. O’Flynn, Generalissimos, p. 17-18.

[66]  See Roland Delmaire, « La damnatio memoriae” au Bas-Empire à travers les textes, la législation et les inscriptions », Cahiers du Centre Gustave Glotz, volume 14, 2003, p. 310.

[67]  Ibidem, p. 302-303.

[68]  See also Santo Mazzarino, Stilicone, p. 80-81 ; John M. O’Flynn, Generalissimos, p. 65-66.

[69]  Camille Jullian, « Le diptyque de Stilicon au trésor de Monza », Mélanges d’archéologie et d’histoire, tome 2, 1882, p. 34, thought that it could celebrate Stilicho’s patriciate. See also Richard Delbrück, Die Consulardiptychen und verwandte Denkmäler, Berlin-Leipzig, De Gruyter, 1929, p. 242‑248 ; Bente Kiilerich, Hjalmar Torp, « Hic est: hic Stilicho. The Date and Interpretation of a Notable Diptych », Jahrbuch des Deutschen Archäologischen Instituts, volume 104, 1989, p. 319‑371.

[70]  See AE, 1937, 98, p. 40-41 (AE, 1941, 138, p. 43 ; AE, 1948, 43, p. 21 ; AE, 1950, 83, p. 33 ; IBulgarien, 206) for parens imperii in a Bulgarian inscription of Basiliscus. See Sozomenus, Ecclesiastical History, VIII, 7, 1 ; Anthologia Graeca, Anthologia Planudea., XIII, 73 ; Anthologia Graeca, VIII, IX, 674 for πατήρ βασιλέως. The expression pater patriae also comes to mind, but is applied to emperors.

[71]  See n. 32.

[72]  Zosimus, New history, V, XI, 1.

[73]  Meaghan McEvoy, Child Emperor Rule, p. 182 and p. 182, n. 160.

[74]  Émilienne Demougeot, De l’unité à la division, p. 417 ; Meaghan McEvoy, Child Emperor Rule, p. 153-184.

[75]  Rutilius Namatianus, De redito suo, 2, 41-46 and 55-56, in Bruno Bureau, « Modeler le prince », § 81 [online].

[76]  Yan Thomas, « Parricidium. I. Le père, la famille et la cité (La lex Pompeia et le système des poursuites publiques) », Mélanges de l’École française de Rome, volume 92, n°2, 1981, p. 645-651 ; Yan Thomas, La Mort du père. Sur le crime de parricide à Rome, Paris, Albin Michel, 2017, p. 17-46 mainly.

[77]  Meaghan McEvoy, Child Emperor Rule, p. 168, goes as far as to describe Stilicho as an « adoptive father to Honorius. »

 

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Éditorial du Supplément 1

L’équipe de Circé est très fière d’inaugurer sa nouvelle série Suppléments avec un premier numéro sur les conflits familiaux entre Antiquité et Moyen Âge. Les Suppléments viendront désormais compléter ponctuellement les livraisons annuelles de Varia.

Au cours des dix dernières années, les journées d’études, colloques, séminaires et congrès se sont multipliés. Ces événements offrent en effet diverses opportunités que les doctorant·e·s ne manquent pas de saisir et de créer : présenter les premiers résultats d’une recherche ; s’entraîner à l’exercice de la communication scientifique ; s’informer sur les débats propres à un champ de recherche ; étendre son réseau national et international ; découvrir les enjeux de l’organisation de rencontres scientifiques… Autant d’activités qui ont pris une part croissante dans la vie des doctorant·e·s et qui rythment désormais leur formation – à côté de la rédaction de premiers articles qui reste un prérequis pour intégrer le monde de la recherche.

Dans l’objectif de continuer à valoriser au mieux les travaux des chercheur·euses en formation et en début de carrière, il nous semble important de ne pas négliger cette nouvelle donne de la recherche française et internationale. Pour les plus expérimenté·e·s comme pour leurs cadet·tes, les échanges directs entre pairs représentent des moments essentiels de la vie scientifique. Circé entend donc prendre part à ce tournant en publiant dorénavant des travaux issus de journées d’études ou de colloques organisés par des doctorant·e·s dans le cadre de leur cursus.

Cette nouvelle livraison, Circé. Histoire, savoirs, sociétés. Supplément 1, présente ainsi des articles issus de communications proposées par leurs auteur·ices lors d’une rencontre centrée sur la question suivante : « Family Conflicts or Social Crisis? The Transformation of the Roman World through the Lens of Family Conflicts (4th-10th centuries) ». Ce colloque international et interdisciplinaire a rassemblé des doctorants français, italiens et espagnols, spécialistes de l’Antiquité tardive et du haut Moyen Âge. Il a eu lieu à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) les 19 et 20 octobre 2023 et a bénéficié des financements du laboratoire DYPAC (UVSQ/Univ. Paris-Saclay), de la Graduate School Humanités-Sciences du Patrimoine (Univ. Paris Saclay), du Dipartimento di Scienze Storiche, Geografiche e dell’Antichità (Univ. dei studi di Padova) et du laboratoire Hiscant-Ma (Univ. de Lorraine).

S’inscrivant dans la continuité des travaux du groupe de recherche « Transformation of the Roman World » emmené par Walter Pohl dans les années 1990 et des études familiales dont Régine le Jan est l’une des principales représentantes dans la recherche sur le haut Moyen Âge, ces deux journées d’échanges avaient pour but d’examiner les changements qui affectèrent les sociétés de l’Europe post-romaine (300-1000) au prisme de la famille et de ses tensions internes. Les papiers réunis dans ce Supplément 1 montrent que cette problématique méritait d’être approchée à partir d’outils variés et à travers toute la diversité des documents disponibles.

Les conflits familiaux sont révélateurs de la progression du christianisme dans l’Occident latin. Florence Bret en fait la démonstration en étudiant ceux rapportés dans les Vies de saints rédigées entre le IVe et le VIe siècle. Le choix de la vie religieuse est en effet décrit dans onze vies comme un facteur de tension entre l’enfant et ses parents. Ces épisodes de conflits générationnels contribuent à ériger le saint en modèle pour les lecteurs et à promouvoir les vertus chrétiennes.

Le prisme de la famille est susceptible de nous aider à comprendre les mutations politiques de l’Empire romain et les rivalités au sommet de l’État. Gaëlle Herbeth revient sur l’exécution du général romain Stilichon (m. 408) par l’empereur Honorius. Mobilisant une documentation à la fois historiographique, littéraire et épigraphique, elle évalue les rapports entre Stilichon et la famille impériale – Stilichon fut le gendre de Théodose Ier et le tuteur des deux fils de celui-ci, Honorius et Arcadius – et met en lumière la dimension politico-symbolique des liens de parenté à la fin de l’Antiquité.

Adrien Bresson poursuit cette discussion sur les premiers Théodosiens en se penchant sur le traitement réservé par le poète Claudien à la partition de l’Empire entre Honorius et Arcadius à la mort de Théodose en 395. Claudien envisage cette crise est comme une rupture des liens familiaux censés unir les deux frères. La métaphore de l’entente et de la division fraternelles, motif récurrent de la littérature gréco-latine, est à nouveau exploitée par le poète qui plaide pour l’unité politique du monde romain.

Les lettres sont encore un autre type de sources particulièrement instructives pour analyser les transformations à l’œuvre entre Antiquité et Moyen Âge. En témoigne l’article de Nicolò Anegg qui analyse une affaire opposant Hostilius, un comte du roi ostrogoth Théodoric, au pape Gélase (492-496) à partir de la correspondance du pontife. Gélase prit la plume pour contester une accusation d’enlèvement (raptio) portée par Hostilius et soutenir la validité du mariage. Cette affaire nous éclaire ainsi sur les efforts de l’Église de Rome pour promouvoir de nouvelles normes matrimoniales. Mais elle nous laisse aussi entrevoir les stratégies familiales de ces officiers de l’administration gothique contraints à une forte mobilité.

Après l’Italie ostrogothique, le papier d’Andrés Mánguez Tomás nous conduit dans l’Espagne wisigothique ou plutôt sur les terres septentrionales de la péninsule ibérique où la domination des Wisigoths rencontra des oppositions de la part des habitants et où la christianisation fut un processus long, complexe et parfois conflictuel entre le Ve et le VIIe siècle. S’appuyant sur une documentation textuelle mais aussi sur les données archéologiques du site de San Martín de Dulantzi situé dans le pays basque espagnol, l’auteur montre que les familles les plus puissantes de ce territoire cherchèrent à tirer profit des transformations culturelles à l’œuvre pour maintenir leur pouvoir à l’échelle locale.

Ce circuit à travers l’Europe post-romaine trouve son aboutissement dans la Gaule franque où les querelles successorales agitèrent régulièrement la famille royale. Lorsqu’à la suite de la mort de Clovis (m. 511) la reine Clothilde décida de prendre en charge ses petits-fils orphelins de leur père Clodomir, elle suscita l’inquiétude de Childebert et Clotaire, deux autres fils qu’elle avait eus avec le fondateur de la dynastie mérovingienne. Examinant cette affaire à partir des chroniques qui en ont conservé le récit, Manon Raynal rend compte de l’un des aspects de la participation des femmes à la compétition pour le pouvoir : assumer la tutelle sur ses enfants ou sur ses petits-enfants pendant leur minorité était une manière pour les Mérovingiennes d’exercer leur autorité.

Si la publication de ce numéro fait suite à un colloque tenu à l’UVSQ, l’indépendance de Circé demeure un critère essentiel et structurant de la vie éditoriale de la revue. L’ensemble des articles qui sont publiés dans ses colonnes, qu’il s’agisse des Varia ou des Suppléments, suit le même processus éditorial avec une validation du comité de rédaction à chaque étape ainsi qu’une double relecture anonymisées par des pairs, français et étrangers, pour tous les articles. Nous nous réjouissons d’accueillir prochainement dans nos colonnes d’autres actes de journées doctorales organisées par nos collègues français.

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La franc-maçonnerie parisienne au XVIIIe siècle : exploration de la composition sociale des loges civiles entre 1773 et 1787

Séverine Dupuis-Laporte

 


RésuméL’approche du fait maçonnique s’inscrit dans une perspective d’histoire culturelle et sociale de l’Europe dans la mesure où il prend part au maillage complexe des sociabilités européennes qui se tisse au cours du XVIIIe siècle. Les monographies régionales sur les débuts de la franc-maçonnerie en France ont jusqu’alors exclu l’étude de Paris, fait paradoxal au regard du développement fulgurant de ce mode de sociabilité qui a vu l’émergence d’un grand nombre de loges dans la capitale tout au long du XVIIIe siècle. S’il ne peut être question de présenter ici une prosopographie exhaustive de la franc-maçonnerie parisienne au siècle des Lumières, l’étude vise à mieux connaître les profils sociologiques de ces acteurs de la sociabilité parisienne afin d’en mieux saisir la structure de groupe. A partir d’une sélection de trente loges actives entre 1773 et 1787, issues du fonds maçonnique de la Bibliothèque nationale de France et du fonds 113 du Grand Orient de France, cet article ambitionne d’analyser la composition sociale des loges au travers des qualités civiles de leurs membres, et de mettre en perspective la sociabilité maçonnique au regard de l’évolution de la société urbaine parisienne.

Mots-clés : franc-maçonnerie, Paris, sociabilité, mobilité, XVIIIe siècle.


Après une carrière dans l’enseignement de la communication graphique et multimédia, Séverine Dupuis-Laporte travaille actuellement au sein d’un pôle d’ingénierie et d’expertise en développement de compétences de l’Éducation nationale. Elle a, en parallèle de ses activités professionnelles, suivi le cursus complet de formation universitaire en histoire par l’enseignement à distance de l’université Paris Nanterre. Diplômée en 2018 d’un Master recherche en histoire moderne, elle est désormais doctorante à l’université Côte d’Azur au sein du Centre de la Méditerranée moderne et contemporaine. Elle travaille sur la question de la sociabilité et de la mobilité des francs-maçons parisiens au XVIIIe siècle, dans le cadre d’une thèse dirigée par Pierre-Yves Beaurepaire.

sv.dupuis@free.fr


Introduction

Si l’historiographie des sociabilités des Lumières s’est fortement enrichie ces dernières années[1], paradoxalement, elle ne s’est que peu intéressée au fait maçonnique parisien, lui préférant les métropoles provinciales. Malgré un développement fulgurant qui a vu l’émergence d’un grand nombre de loges en quelques années, la franc-maçonnerie parisienne au XVIIIe siècle reste un vaste champ à explorer dans une ville réputée pour sa mondanité aristocratique qui rayonne alors sur la France et l’Europe[2]. Les historiens de la franc-maçonnerie se sont jusqu’alors saisis des  travaux d’Alain Le Bihan publiés dans les années 1960[3] afin afin de produire des monographies régionales[4] mais la ville de Paris n’a pas bénéficié d’une attention spécifique. Si, il y a bientôt un quart de siècle, une contribution[5] annonçait une approche renouvelée de la fraternité maçonnique par l’histoire d’un groupe d’amis maçons parisiens, cette voie d’exploration des rapports humains hors du cadre de la loge ne fut pas poursuivie. Pourtant, étudier la franc-maçonnerie comme société qui a une influence sur la vie de ses membres au-delà du temple, présente un intérêt non négligeable dans l’histoire des sociabilités parisiennes au XVIIIe siècle. En 1773, la naissance du Grand Orient de France à Paris réorganise la franc-maçonnerie française. Afin d’obtenir des reconstitutions auprès de la nouvelle obédience, les loges joignent à leur demande des tableaux qui ont pour vocation d’identifier les membres qu’elles ont sélectionnés. Ce faisant, elle donnent ainsi l’opportunité au Grand Orient de vérifier les qualités civiles des frères. Archivés au sein de deux principaux fonds classés par orient[6] et par loge, le fonds maçonnique (FM2) de la Bibliothèque nationale de France et le fonds 113 de la Bibliothèque du Grand Orient de France, ces tableaux portent à notre connaissance de nombreuses informations[7] permettant une première caractérisation des individus fréquentant les loges. Nous avons procédé à un carottage aléatoire à partir des nombreuses loges civiles parisiennes[8] sur la période considérée afin d’extraire et d’analyser les informations contenues dans les tableaux. Ces données sont mises en perspective avec l’espace social et géographique parisien afin d’identifier les dynamiques sociales qui se mettent en place entre la fraternité et le monde profane. Cet article qui s’inscrit dans une recherche doctorale en cours de réalisation, porte sur l’identification de groupes sociaux maçonniques à partir de l’étude de trente tableaux de loges datés entre 1773 et 1787 soit plus de huit-cents francs-maçons. S’il ne peut être question de présenter ici une prosopographie exhaustive de la franc-maçonnerie parisienne sur la période mentionnée, l’étude vise à enrichir notre champ de connaissance des profils sociologiques de ces acteurs de la sociabilité parisienne afin d’en mieux saisir la structure de groupe. La question est de savoir comment les francs-maçons se répartissent dans la ville au-delà de l’espace social que représente le siège de la loge, et quels peuvent être leurs liens dans la sphère profane. Plusieurs caractéristiques spatiales et sociales émergent de l’étude des tableaux de loges. Il s’agira dans un premier temps de caractériser les qualités civiles présentées dans les tableaux de loges et d’en évaluer la portée symbolique. Puis, après une analyse de la répartition des lieux de résidence des membres dans le Paris du XVIIIe siècle, nous mettrons en perspective ces données dans le cadre plus large de la transformation de l’espace parisien et de la mutation de ses élites urbaines.

Du métier à la représentation sociale : la qualité civile

La qualité civile, premier indice de la composition sociale des loges

Les tableaux de loges sont une source riche de renseignements sur les individus qui fréquentent un atelier. La déclaration des « qualités civiles » des frères sur le tableau de loge pose question. Si certaines de ces qualités civiles peuvent être associées à un métier ou à un office, d’autres renvoient à un statut ou à une position dans le groupe social au travers de la mention d’un titre ou d’un qualificatif. Notre échantillon se répartit entre dix-huit catégories.

Catégories Nombre %
membres du clergé 21 2,5
offices militaires 94 11,1
offices militaires : ingénieurs 38 4,5
autres offices 35 4,1
autres nobles 17 2
métiers de la judicature 175 20,8
métiers de l’administration des finances royales 47 5,6
métiers des administrations des maisons nobles 33 3,9
bourgeois 32 3,8
métiers du négoce et de la finance 68 8,1
métiers du commerce : artisans 53 6,3
métiers du commerce : marchands 72 8,5
métiers du secteur médical et des académies scientifiques 40 4,8
métiers du bâtiment 27 3,2
métiers de la musique 53 6,3
autres activités artistiques et intellectuelles 26 3,1
habitants de Saint-Domingue 3 0,3
frères servants 9 1,1
Total 843 100

Sans entrer dans une étude statistique socio-professionnelle, nous pouvons cependant nous arrêter sur quelques principes qui marquent la composition sociale des loges. Nous constatons tout d’abord une inégale répartition des corps de métiers dans le milieu maçonnique. Plus des deux tiers des membres de notre échantillon se regroupent dans quatre grandes catégories.

Catégories Nombre %
Commerçants
(artisans et marchands)
125 14,8
Officiers
(offices milliaires, ingénieurs et autres offices)
167 19,8
Financiers
(métiers de l’administration des finances royales
et métiers du négoce et de la finance)
115 13,6
Juristes
métiers de la judicature
175 20,8
Total 582 69

Il est intéressant d’approfondir cette étude sur les qualités civiles afin d’évaluer les dynamiques d’évolution de certains profils entre les années 1770 (seize loges étudiées) et 1780 (quatorze loges étudiées).

Catégories 1773-1779 1781-1787
Commerçants
artisans et marchands
88 37
Officiers
offices milliaires, ingénieurs et autres offices
81 86
Financiers
métiers de l’administration des finances royales
et métiers du négoce et de la finance
64 51
Juristes
métiers de la judicature
64 111

Si nous remarquons une relative stabilité entre les profils des financiers et des officiers sur les deux décennies, nous constatons une réelle évolution de la présence des juristes en loge aux dépens des commerçants. Alors que les commerçants sont présents dans dix des seize loges de la décennie 1770, ils ne sont plus représentés que dans quatre des quatorze loges des années 1780. L’intérêt pour la franc-maçonnerie parmi les professions liées à la judicature est réel, engouement qui se confirme dans les années 1780 avec un investissement significatif d’avocats et de procureurs au cours de la décennie. Une brève étude comparative du nombre de membres présentant la qualité d’avocat entre une première période s’étalant de 1773 à 1779 et une seconde période allant de 1781 à 1787 met en évidence la progression de la présence des avocats au sein des loges. La proportion d’avocats en loge passe de 4,95% pendant la première période considérée à 15,2% au cours de la seconde.

Nombre de représentants des différentes professions de la judicature sur les deux décennies

En analysant plus précisément les qualités civiles des commerçants et artisans, nous pouvons faire émerger les métiers les plus représentés en loge. Dans le tableau qui suit, nous avons associé les marchands et artisans des métiers dans le comptage. En effet, malgré une organisation du travail différente réglementant les activités de l’artisan et du marchand durant deux siècles, la réforme de Turgot de février 1776 fait disparaître momentanément les privilèges des métiers pour favoriser la mobilité des personnes et des produits, la concurrence  et l’expansion commerciale, afin de s’amender des obligations juridiques imposées jusqu’alors par les métiers. La réforme déstabilise profondément le monde commerçant, abolissant les hiérarchies en vigueur entre corps et communautés, marchands et artisans[9] . De fait, l’ancienne frontière entre l’artisan et le marchand étant effacée, et malgré le rétablissement des corps de métiers dès le mois d’août 1776 sans réel retour à l’ancien système, les qualités civiles déclarées dans nos tableaux, ne peuvent que difficilement être traitées de façon stricte pour ce qu’elles arborent.

Nombre de commerçants identifiés
Merciers : 16 Menuisiers : 4
Horlogers : 11 Maçons : 4
Épiciers : 11 Serruriers : 3
Bouchers : 8 Tapissiers : 3
Orfèvres et filigranistes : 7 Peintres et doreurs ou sableurs : 3
Graveurs[10] : 7 Tailleurs : 2
Bijoutiers/joailliers : 6 Vitriers : 2
Bonnetiers : 4 Charpentiers : 2
Marchands de vin : 4 Boulangers : 2
Limonadiers : 4 Perruquiers : 2

Principaux métiers des marchands et artisans (108 sur 121)

Les métiers ont été répertoriés dès que nous en avons identifié au moins deux représentants, toutes loges confondues de notre échantillon. Les trois métiers dominants sont ici les merciers, horlogers et épiciers. Au total, nous avons trente-trois métiers représentés si nous tenons compte des qualités civiles uniques ajoutées à celles présentées dans le tableau ci-dessus, ce qui représente environ un tiers des cent-vingt métiers identifiés au cours du XVIIIe siècle[11]. Parmi les métiers dominants, les merciers sont tous identifiés comme étant marchands. Ils sont répartis entre six loges et ils sont plusieurs représentants dans quatre d’entre elles. Les horlogers sont soit marchands, soit artisans, et se répartissent dans six loges. Quant aux épiciers, ils sont tous marchands et pour huit d’entre eux dans la loge de la Concorde Fraternelle. À ce titre ils rejoignent le schéma des marchands bouchers qui sont tous dans la même loge, à Saint-Jean d’Hiram. Seuls les merciers et horlogers semblent donc être parvenus à se fondre dans des loges à profils plus mixtes. Dans les années 1780, la baisse de la représentation de deux de ces métiers suit globalement celle des représentants du commerce. Seuls deux marchands merciers et deux épiciers sont mentionnés sur les tableaux de la décennie. En revanche, le mouvement inverse se produit avec les horlogers qui sont plus représentés sur les années 1780 que sur les années 1770. C’est le cas aussi des bijoutiers et orfèvres qui sont présents plus tardivement. Il revient surtout à la loge de Saint-Louis de la Martinique des Frères Réunis de maintenir, dans les années 1780, une relative mixité des profils de commerçants au sein du Grand Orient. De cette étude, peut-on déduire que les représentants des métiers les plus relevés socialement, ceux qui touchent aux métiers d’art par la manipulation de métaux précieux sont plus facilement acceptables au sein des loges du Grand Orient ? Sur un échantillon aussi faible il est difficile de l’affirmer fermement, mais ces résultats nous donnent cependant une tendance : celle de la disparition progressive des loges du Grand Orient des représentants des métiers de l’artisanat les moins prestigieux. Globalement, nous constatons la présence d’une grande part de représentants des Six corps de métiers d’avant la réforme de Turgot, dont les merciers et épiciers font partie. Les guildes marchandes constituant les Six corps étaient alors considérées comme étant au sommet de la pyramide hiérarchique des métiers, suivies des métiers qui nécessitaient éducation et haute qualification comme les joailliers et les horlogers[12]. Au tournant de la décennie 1780, les représentants des métiers des Six corps s’effacent en loge au profit de l’orfèvrerie et de l’horlogerie. La déstabilisation de l’organisation en corps de métiers suite à la réforme Turgot a sans aucun doute eu des répercussions dans les vies des loges ; la perte de pouvoir des métiers des Six corps entraîne une chute de leur représentation au sein des loges du Grand Orient. Cette baisse de la représentation de la plupart des métiers semble s’accompagner de l’émergence de commerçants aux activités les plus distinguées.

Sans qu’il n’y ait systématisation, certaines qualités civiles dominent suffisamment au sein d’une loge pour en faire une loge de métiers. Les noms de baptême de certaines loges sont par ailleurs un indicateur du profil de ses membres, à l’image de Sainte-Cécile qui fait référence à la patronne de la musique et des musiciens. Le tableau ci-dessous présente les loges pour lesquelles au moins 50% des membres appartiennent à une même catégorie.

Nom de la loge Date tableau Catégorie métiers Qualités civiles dominantes
La Victoire 1773 De l’artisanat Maître [des corporations]
Élus des Iles 1773 Du négoce et de la finance Négociant et banquier
Réunion des Arts 1776 De la musique De l’académie royale de musique
Polymnie 1777 De la musique Professeur de musique
Parfaite Unité
des Cœurs
1784 De la judicature Avocat et procureur
Sainte-Cécile 1784 De la musique Professeur de musique
Mars et Thémis 1784 Du militariat aucun
Saint-Laurent 1784 De la judicature Avocat
Aménité 1785 De la judicature Avocat et procureur
Uranie 1787 Ingénieur Ingénieur

Nous constatons que ce phénomène est loin d’être répandu. Si de nombreuses loges présentent une activité profane dominante (la plupart du temps dans le cas des métiers de la judicature ou de l’artisanat) celle-ci reste dans une proportion de moins de 50% de ses membres, ne permettant pas de donner la majorité écrasante d’un domaine d’activité sur un autre dans les loges. La diversité des occupations permet de déduire une relative mixité des qualités civiles des membres au sein des loges. Pour autant, nous ne pouvons ignorer la réalité de loges de métiers avec quelques particularités notables. La loge Uranie, installée en 1787 est présidée par Jean-Rodolphe Perronet, lui-même directeur et fondateur de l’École des Ponts et chaussées créée en 1747. Ses membres sont tous des ingénieurs de l’école et pour la plupart « membres nés » de la loge. Le discours d’installation de son orateur exprime la joie de pouvoir intégrer le réseau de loges du Grand Orient et sa volonté de diffuser l’Art Royal dans les provinces.

« A l’instant que nous avons acquis les sublimes connaissances de la maçonnerie, l’État nous éloigne, nous nous répandrons dans les provinces, nous allons y porter de nouveaux trésors, y fonder de nouveaux ateliers. Celui où nous avons pris naissance, se renouvelle perpétuellement, et devient une source d’excellents maçons ; et notre temple est d’autant plus précieux à l’ordre, qu’il a été élevé par de jeunes mains, qui n’ayant jamais encensé l’autel du préjugé, s’empressent d’orner de fleurs celui de la vertu et de la liberté. »[13]

Une autre particularité est celle des loges de musiciens. Cette spécificité a été étudiée par Pierre-François Pinaud[14] qui a notamment constaté le rapprochement stratégique des musiciens en quête de patronage auprès des fermiers généraux, avec les gens du monde de la finance dont ils fréquentaient les salons[15]. Cette situation s’illustre au sein de la loge la Triple Harmonie où nous constatons en 1773 que quatre musiciens maçonnent avec trois fermiers généraux. La qualité civile permet de mettre en évidence les différents groupes sociaux qui se retrouvent en loge. Mais bien sûr nous ne repérons pas ici les représentants du petit peuple de Paris, pas de porteurs de chaises, ramoneurs, crocheteurs ou portefaix évoqués par Louis-Sébastien Mercier dans son Tableau de Paris[16]. Seules les élites bourgeoises de l’administration, du négoce et de l’artisanat, de la santé et des métiers intellectuels et culturels viennent représenter le tiers état[17], mais dans un rapport de domination quantitative avéré[18] par rapport aux représentants du clergé et de la noblesse. L’approche sociologique ne peut être cependant généralisée, car chaque loge dispose de sa propre réalité sociale, marquée par des différences notables d’un atelier à l’autre.

Expressions et réalités de la qualité civile

Les qualités civiles entretiennent parfois un rapport confus avec l’identification d’une activité ou d’un métier. Un point de vigilance s’impose concernant la déclaration de la qualité d’avocat, la plus fortement présente dans notre échantillon. Nous constatons en effet différents qualificatifs donnés par les frères concernant cette profession : « avocat en Parlement », « avocat au Parlement » pour les principaux. Cette distinction a une portée sur l’activité réelle dans la vie civile : l’avocat « au » Parlement serait un professionnel en activité effective quand un avocat « en » Parlement se bornerait à utiliser le titre sans réel exercice de la profession[19]. Hervé Leuwers nous apprend que les activités de l’avocat sont en réalité multiples, entre conseil, écriture de mémoires, de consultations ou de plaidoyers, auxquelles s’adjoint souvent une activité de juge, et des activités de notariat, d’administrateur ou de gestionnaire[20]. Le terme d’avocat renvoie en réalité plus à un état attaché à l’obtention d’une licence de droit et à la prestation d’un serment, qu’à une activité toujours identifiable. La définition donnée par Denisart en 1783 met en exergue cette double situation :

1. Un avocat, dans l’acception actuelle de ce mot, est un homme qui se livre à l’étude des lois, pour aider de ses lumières les personnes qui y ont recours, et défendre leurs droits.
2. D’après cette définition, le nom d’avocat semblerait devoir indiquer toujours l’état d’un homme en activité pour remplir les obligations que porte son titre : les usages qui se sont introduits à cet égard, obligent de faire une distinction entre le titre et la profession d’avocat[21].

Pratique du barreau, titre honorifique ou étape obligatoire avant l’achat d’un office de judicature, la qualité d’avocat recouvre donc des réalités très différentes en termes d’activités pour ceux déclarant la posséder.

De même, la qualité civile de « bourgeois » ou bien encore « bourgeois de Paris » reste difficile à cerner précisément. Elle n’incarne pas pour la période une réalité professionnelle unique, mais revêt au contraire plusieurs acceptions. L’approfondissement des recherches sur certains frères se présentant comme « bourgeois » montre des situations très variées. Maximilien Joseph Cassanéa de Mondonville (Saint-Charles des Amis Réunis, 1777), bourgeois, est déclaré musicien sur son contrat de mariage en 1800 mais aussi conseiller du roi, contrôleur des rentes de l’hôtel de ville et pensionné par le roi d’après l’Almanach de la cour[22]. D’autres exemples de bourgeois viennent confirmer la pluralité des situations : d’après le fichier Bossu[23], Jean Boby (Saint-Charles des Amis Réunis, 1777) a été négociant, Henri Gabriel Pierre Guillaume Daune (Saint-Théodore de la Sincérité, 1776) premier commis des États de Languedoc, et Louis Daniel Colson (Parfaite Unité des Cœurs, 1784) vérificateur de la caisse du diocèse de Reims.

Les qualités d’avocat ou de bourgeois ne sont pas les seules qualités civiles à ne pas être associées directement à une activité immédiatement identifiable. Nous retrouvons à plusieurs reprises des mentions associées à des statuts sociaux comme  « Chevalier de l’ordre de Saint Louis, Comte, Noble napolitain, gentilhomme, habitant de St Domingue, rentier, propriétaire ». Dans le domaine de l’artisanat, le statut social est aussi mentionné. Sur les soixante membres concernés par cette catégorie, seuls cinq d’entre eux n’ont pas fait mention de leur maîtrise. La qualité de maître, position supérieure dans la hiérarchie des grades dans l’artisanat, domine en loge. Que ce soit au sein de la loge de la Victoire, de celle de Saint-Julien de la Tranquillité, de celle de Saint-Joseph de la Franchise ou de celle de Saint-Jean d’Hiram, les artisans présents en nombre ne le sont pas pour autant en fonction de la spécificité de leur activité propre (boucher, pâtissier, plombier, menuisier…) mais s’agrègent selon leur grade. À une période où l’accès à la maîtrise se complique et se ferme de plus en plus aux compagnons[24], la loge reproduit l’exclusion sociale à l’œuvre dans la société profane. Toute fausse déclaration à propos de sa qualité civile auprès de la loge a des conséquences. En 1775, la Réunion Sincère décide d’exclure le frère Pellaboeuf « ayant déguisé sa qualité civile et n’étant que garçon[25] cordonnier  » ainsi que le frère Poisson « continuant de travailler en qualité de Coëffeur des Dames »[26]. A cette occasion, le Chevalier de Perrin, vénérable, reproche à la loge d’avoir laissé se faire toutes sortes d’irrégularités sous le maillet du maître cordonnier qui l’avait constituée. En avril 1782, la loge des Amis Intimes accepte d’initier et de recevoir au grade d’apprenti Jean-Baptiste Rago, garçon rôtisseur, pour être servant de la loge[27]. Un garçon peut donc être admis en loge, mais uniquement en tant que frère servant[28] . Enfin, sur le tableau étudié de 1784 de la loge Mars et Thémis apparaît un marquis de Montrepos, capitaine de cavalerie. Les archives de cette loge montrent que ce faux marquisat dévoilé en 1787 par la police a entrainé l’arrestation et l’incarcération dudit marquis à Bicêtre, accusé d’être un « faussaire et un escroc », et son exclusion définitive de la loge après avoir été déclaré « coupable de faits très graves »[29]. Dans son chapitre sur les aigrefins, Louis Sébastien Mercier confirme que la pratique d’auto-attribution de titres de noblesse par la roture parisienne est courante et que la police la tolère, mais qu’ « à la moindre friponnerie, on les démarquise à Bicêtre[30] ».

Les qualités civiles indiquées par les frères révèlent donc leur position dans les hiérarchies sociales de l’Ancien Régime. La symbolique égalitaire si forte en loge reste relative lorsqu’il s’agit de marquer sa distinction par rapport aux niveaux inférieurs du corps social. La qualité civile exprime la perception par l’individu de sa propre place dans le groupe à un instant donné, et répond au « qui je suis » dans un esprit d’agrégation avec ses semblables, et, par extension, de différentiation d’avec le reste du groupe. La notion d’égalitarisme en loge suppose aussi une sélection en amont de l’entrée en maçonnerie selon des critères fortement discriminatoires. La représentation des différentes qualités civiles au sein des loges du Grand Orient connaît cependant une évolution sur la période étudiée. C’est au travers de l’analyse comparée entre les années 1770 et 1780 de l’implantation des habitats des membres de la franc-maçonnerie que nous allons pouvoir lire les mouvements urbains à l’œuvre à la veille de la Révolution française.

La répartition de l’habitat des frères, miroir de l’évolution de la société urbaine

L’étude de la répartition spatiale des frères dans Paris a nécessité la définition d’une division de l’espace urbain en différentes sections. La convention de répartition adoptée ici est un découpage géographique en secteurs : Nord-Est, Nord-Ouest, Sud-Est, Sud-Ouest, et Cité afin de favoriser une meilleure compréhension de la distribution des habitats. L’axe Nord-Sud de référence pour séparer les secteurs Est et Ouest est l’ancien cardo-maximus (Saint-Jacques – Saint-Martin). Nous retrouvons donc, derrière ces cinq secteurs, les quartiers du XVIIIe siècle tels que définis dans la partition de 1702[31] :

  • Secteur Nord-Ouest : Palais-Royal, Le Louvre, Sainte-Opportune, Les Halles, Saint-Eustache, Montmartre, Saint-Denis et Saint-Jacques-de-la-boucherie.
  • Secteur Nord-Est[32] : Saint-Martin, le Temple (ou le Marais), Sainte-Avoye, Saint-Antoine, La Grève, Saint-Paul.
  • Secteur Sud-Est[33] : Place Maubert, Saint-Benoît.
  • Secteur Sud-Ouest : Saint-André-des-Arts, France, Saint-Germain-des-prés.
  • Cité : îles de la Cité, Saint-Louis et Louvier ainsi que les ponts habités.

Entre attractivité des centres mondains et persistance des réseaux corporatifs et familiaux

Notre premier constat porte sur une répartition inégale de l’habitat des francs-maçons répertoriés. Si nous excluons les doublons présents dans le tableau et les informations non exploitables (sans indication du lieu de vie ou habitat hors de Paris), notre échantillon se concentre sur sept-cent-quarante-neuf individus dont la majeure partie habite dans les quartiers Nord-Ouest de Paris aux dépens des quartiers Sud.

Quartiers d’habitation Nombre d’individus %
Cité 42 5,6
Nord-Est 180 24
Nord-Ouest 353 47,1
Sud-Est 46 6,1
Sud-Ouest 128 17,1

La représentation graphique de l’ensemble des individus montre cependant une concentration particulière de l’habitat dans les quartiers du Louvre, de Sainte-Opportune, des Halles, de Saint-Eustache et de Saint-Jacques-de-la-boucherie, soit les quartiers historiques de la rive droite de la ville.

Répartition de l’habitat des membres répertoriés entre 1773 et 1787

Mais en appliquant une granularité plus fine au niveau des dates, nous voyons l’habitat des membres s’élargir vers les quartiers du Palais-Royal et de Montmartre à partir des années 1780. Les cartes ci-dessous illustrent ce glissement progressif vers les nouveaux quartiers d’activités mondaines, qu’elles soient festives ou intellectuelles[34], au tournant des années 1780.

Répartition de l’habitat membres répertoriés entre 1773 et 1779 (16 loges)

Répartition de l’habitat membres répertoriés entre 1781 et 1787 (14 loges)

À partir de notre étude, nous constatons que 10% des membres de notre échantillon ayant une adresse à Paris déclarent vivre en hôtel[35]. Cette proportion monte à 12,5% dans les quartiers Nord-Ouest. La mobilité de l’habitat maçonnique semble suivre le mouvement plus général de renforcement de la présence nobiliaire dans les quartiers Nord-Ouest de la ville au cours de la deuxième moitié du XVIIIe siècle, où les terrains constructibles accueillent de nouvelles grandes demeures[36], et dans les quartiers Sud-Ouest où les anciens hôtels particuliers construits au XVIIe siècle continuent d’abriter la haute aristocratie parisienne qui tend à rejoindre la franc-maçonnerie du Grand Orient au tournant des années 1780[37].

Pour chacune des loges, l’habitat des frères se répartit dans Paris avec une prédominance du logement dans le Nord-Ouest parisien et une désaffection manifeste des quartiers populaires Sud-Est. Pour pousser plus loin cette analyse nous aurions eu besoin d’indications précises sur les lieux des tenues de loge, mais seules quelques loges évoquent le lieu de leurs réunions[38]. Pour chacune d’elles, nous ne constatons aucune centralité géographique du lieu des assemblées de loge au regard de l’habitat des membres. Si l’annuaire des loges du Grand Orient de France de 1786 [39] nous apprend que pour 65% des cinquante-neuf loges actives cette année-là, l’adresse postale est celle du Vénérable, nous ne pouvons bien sûr pas déduire que les réunions se passaient à son domicile. Nous ne pouvons donc tirer de conclusion sur une constante de répartition de l’habitat des membres d’une même loge, aucune logique spatiale du lieu de résidence des frères ne semble émerger du lieu de rassemblement de la loge.

Il n’est pas rare cependant de constater que pour une même loge, certains membres déclarent la même adresse. La loge de Sainte-Cécile abrite ainsi quatre membres qui vivent au petit hôtel d’Orléans de la Chaussée d’Antin, deux membres à l’hôtel de Villeroi rue de l’université ou encore trois membres à l’hôtel de Choiseul à la Grange-Batelière. Cette situation se reproduit pour une grande majorité des loges étudiées, avec au moins un binôme de membres vivant à la même adresse et jusqu’à neuf membres de la loge Saint-Jean d’Hiram situés dans la petite rue des Billettes. Cette proximité géographique met en lumière deux réalités. La première est celle de la filiation. Au sein d’une même loge, deux mêmes noms situés à une adresse commune révèlent un habitat partagé au sein de la famille. Ainsi en est-il des Bailly père et fils (dénommés ainsi dans le tableau) de la loge de la Triple Harmonie et professant à l’académie de Saint Luc, des Huet Duplessis de la loge des Élus des Iles, des Frères, maîtres boucher de la loge de Saint-Jean d’Hiram ou encore des Gin de l’Olympique de la Parfaite Estime tous deux conseillers au Grand Conseil. La deuxième observation est celle d’une profession commune à deux ou plusieurs membres comme constaté précédemment. Sur le tableau de loge de la Réunion des Amis Intimes de 1786, pour huit actifs du secteur médical, nous retrouvons trois binômes d’adresses communes. Pour cette même loge, deux huissiers vivent au 217 rue du faubourg Saint-Jacques. Les relations des membres de la loge Saint-Louis de la Martinique des Frères Réunis, sont elles aussi significatives de cette sociabilité maçonnique issue de facteurs multiples, où s’entremêlent des relations personnelles, professionnelles et de proximité géographique. Dès les débuts de la loge, un foyer commerçant se distingue autour de l’abbaye de Saint-Germain, lieu où évoluent de nombreux marchands de diverses spécialités. Le tableau daté de 1764[40] présente quatre membres dont les adresses se situent à l’abbaye de Saint-Germain ou à son extrême proximité : De Basseville, dont la qualité civile est inconnue mais déclarant vivre chez monsieur Huot, maître perruquier lui aussi membre de la loge, Milon, maître parfumeur et Lhote. Le tableau suivant daté de 1774[41] voit le foyer initial de l’abbaye de Saint-Germain s’élargir à de nombreux autres commerçants : Aubry, Félix et Goussard, tous trois marchands bonnetiers, Sthevenot, marchand épicier, Amé, maître ciseleur, Marquant, marchand de vin, Devaconsain, garçon perruquier chez Huot, Trinocque, marchand mercier chez Milon, et par extension le maintien du perruquier Huot et du mercier Milon au sein de la loge. Sur le tableau suivant, daté de 1782[42], les membres Huot, Aubry, Félix et Milon sont encore présents, avec deux nouveaux membres localisés autour de l’abbaye de Saint-Germain que sont le marchand épicier Frappé et le maître horloger Matthey[43]. L’activité commerçante localisée autour de l’abbaye favorise le rapprochement et les interactions de ces différents professionnels et donc la pratique de la franc-maçonnerie dans une même loge. À cette proximité géographique s’ajoutent des relations de nature différente. Antoine Aubry, marchand bonnetier et identifié comme membre de la loge depuis 1774, est ami du parfumeur Louis Nicolas Alphonse Milon dans la vie profane comme en témoigne le registre des tutelles de l’année 1772[44]. A l’occasion de l’émancipation du jeune Laserre, Milon désigné comme curateur s’entoure de plusieurs proches lors de l’établissement du contrat notarial, dont Antoine Aubry fait parti et mentionné comme « ami » sur l’acte. Antoine Aubry développe aussi des relations professionnelles au sein de la loge avec Pierre Jobert, marchand de vin qui apparaît sur le tableau de la loge à partir de 1782, et avec son ami Louis Nicolas Alphonse Milon. Le bonnetier, le marchand de vin et le parfumeur se retrouvent tous trois dans les listes des fournisseurs de la maison Coigny entre 1778 et 1784 pour Milon, 1781 et 1787 pour Jobert et en 1784 pour Aubry[45].

Même si notre échantillon de trente loges n’est pas révélateur d’un principe de loges dites de métier, la pratique d’une activité commune associée au partage d’une même adresse favorise l’agrégation des frères en loge.  La répartition de l’habitat des francs-maçons semble suivre une double logique spatiale. Une première relative à celle de la codification de l’espace urbain qui évolue au cours du siècle vers un déplacement des centres mondains et nobiliaires vers les quartiers Nord-Ouest de la ville, et une seconde qui favorise le rapprochement en loge d’individus agrégés à une même adresse pour raison familiale ou professionnelle.

Une naturelle imbrication des sphères profane et maçonnique

Les dynamiques territoriales des métiers du commerce et de la judicature.

L’étude de l’implantation des habitats de membres de deux des principaux domaines d’activité identifiés montre que ces deux populations sont géographiquement très proches dans l’espace urbain du Nord de Paris dans la décennie des années 1770, alors que la décennie suivante manifeste une réelle perte de la présence commerçante des quartiers parisiens du Nord-Ouest, quand celle de la judicature se développe dans les quartiers du Sud-Ouest.

Juristes
1773-1779
Commerçants
1773-1779
Juristes
1781-1787
Commerçants
1781-1787
Nombre % Nombre % Nombre % Nombre %
Cité 5 8,3 9 10,1 6 6 11 30,6
Nord-Est 18 30 23 28 20 20 10 27,8
Nord-Ouest 28 46,7 33 40,2 33 33 5 13,9
Sud-Est 2 3,3 7 8,5 12 12 2 5,5
Sud-Ouest 7 11,7 10 12,2 29 29 8 22,2
Total 60 100 82 100 100 100 36 100

Répartition des habitats des juristes et des commerçants dans l’espace parisien
(sur la base de 160 juristes et 118 commerçants).

Répartition des habitats des commerçants et des juristes
dans l’espace parisien entre 1773 et 1779.

Répartition des habitats des commerçants et des juristes
dans l’espace parisien entre 1781 et 1787.

Alors que nous aurions pu nous attendre au développement de la présence maçonnique commerçante dans les quartiers Nord-Ouest, suivant l’expansion urbaine de Paris et des nouveaux centres actifs marchands qui prennent leur essor au cours du siècle, mais aussi grâce au mouvement plus général qui voit s’implanter l’aristocratie financière dans les quartiers de Montmartre et du Palais-Royal[46], nous constatons un effacement de cette présence. La concentration voire la ségrégation aristocratique et nobiliaire dans l’espace social, qui voit l’éloignement des nobles du centre surpeuplé et commerçant de Paris vers les quartiers Nord-Ouest où la disponibilité des terrains leur permet la construction de grands hôtels particuliers avec des jardins fastueux, se reflète ici dans l’espace maçonnique[47]. La judicature elle, reste plus dispersée. Le mouvement massif de déplacement que connaît la noblesse vers les quartiers Nord-Ouest touche plus modérément les métiers de la judicature, plus conservatrice quant à son implantation dans Paris. Les quartiers de la rive gauche ouest (Saint-Germain, Luxembourg et Saint-André des Arts) restent attractifs pour la noblesse de la robe qui s’inscrit ici dans la perpétuation d’un attachement familial et historique à ces lieux[48]. Mais l’élite de robe n’est pas la catégorie dominante en loge. De nombreux juristes bourgeois, notamment à qualité d’avocat, siègent au sein de loges majoritairement roturières. Ils y rencontrent plus largement les commerçants dans les années 1770, où nous percevons une mixité en loge bien plus importante que dans les années 1780. La chute de la représentation des francs-maçons commerçants qui accompagne le renforcement de la présence de la judicature entraîne de fait une baisse significative de la mixité de ces deux qualités civiles en loge.

Le Palais-Royal et Montmartre, espaces de sociabilités profanes et maçonniques de la maison d’Orléans.

Si les nouveaux quartiers de Montmartre et du Palais-Royal deviennent attractifs dans les années 1770 et 1780, c’est aussi sous l’impulsion des nouvelles constructions associées à des hauts lieux de sociabilités parisiennes promues par la famille d’Orléans. En 1773, le duc d’Orléans se marie discrètement avec Mme de Montesson, comédienne et salonnière réputée de Paris. Leur union est célébrée dans la chapelle de l’hôtel particulier de Mme de Montesson construit par l’architecte Brongniart[49] en 1772, à la chaussée d’Antin, hôtel contigu à celui du duc d’Orléans. Ce double espace de sociabilité reçoit de nombreux francs-maçons à partir des années 1778 dans le cadre des événements mondains qui y sont organisés. Le chevalier Saint-George[50] intervient comme régisseur auprès des spectacles du duc d’Orléans[51], le marquis de Puységur[52] y pratique le magnétisme avec son frère [53] et de nombreux musiciens évoluent dans ces espaces. Notre étude qui évalue le nombre de frères associés aux métiers de la musique à 6,3% confirme l’attractivité pour les musiciens des lieux de mondanités où se pratique le théâtre de société, et la protection qu’ils sont susceptibles d’y trouver par la surface sociale des personnes qui les fréquentent. En 1784, cinq frères de la loge de Sainte-Cécile[54] déclarent vivre dans les hôtels de Montesson et du duc d’Orléans, à l’image d’Etienne Ozi, dont nous retrouvons la présence pour la même période dans d’autres loges comme celle de l’Olympique de la Parfaite Estime[55]. Avant même l’opération immobilière débutée par le duc de Chartres en 1780, le Palais-Royal voyait évoluer en son sein plusieurs francs-maçons associés à la maison d’Orléans. Notre échantillon identifie un maître boucher et l’écuyer de la bouche du duc en 1773 de la loge de Saint-Jean d’Hiram[56]. L’installation du duc de Chartres[57] au Palais-Royal au début des années 1780, lui-même Grand Maître du Grand Orient de France dès sa fondation en 1773 et Vénérable de la Candeur en 1785, ouvre l’espace du Palais-Royal à la pratique de la franc-maçonnerie mondaine de façon plus ouverte. La duchesse de Chartres comme la marquise de Genlis, maîtresse du duc, intègrent la loge d’adoption de la Candeur. En 1784, la loge de Saint-Laurent rassemble le commis de finances, le contrôleur de la bouche et le premier commis du secrétariat du duc d’Orléans, quatre frères vivant au ou à proximité du Palais-Royal ; deux membres de la loge de Sainte-Sophie déclarent y vivre aussi en 1787[58]. Contemporain et observateur de cette période de transformations du Palais-Royal, dans son ouvrage dédié aux étrangers de passage à Paris, Luc-Vincent Thiéry s’étend longuement sur les infrastructures d’accueil de la vie mondaine qui rythme le quotidien du Palais-Royal[59]. Il y mentionne notamment une loge de francs-maçons décorée et disponible à la location, ainsi que les activités de la Société Olympique[60]. L’intégration de la franc-maçonnerie comme pratique liée à la mondanité sous l’impulsion du duc de Chartres favorise l’agrégation des francs-maçons dans les quartiers ou l’activité maçonnique est prégnante. Au travers de ces quelques exemples de la maison d’Orléans, nous voyons se dessiner des liens qui unissent les pratiques mondaines des maisons princières avec celles de la franc-maçonnerie, c’est une maçonnerie « de société » qui se développe jusqu’à la veille de la Révolution française.

Conclusion

Cette étude est tirée d’une recherche qui combine les aspects de sociabilités et de mobilités des francs-maçons de l’espace parisien. Elle permet de porter un éclairage sur l’importance de la franc-maçonnerie dans les sociabilités urbaines et de mettre en évidence les caractéristiques de cette forme particulière de sociabilité ainsi que les dynamiques qui existent entre les sphères profanes et maçonniques. Ces quelques résultats tendent à montrer que la forme de sociabilité que représente la franc-maçonnerie au siècle des Lumières suit les usages sociaux, familiaux, professionnels comme mondains de la société bourgeoise et aristocratique parisienne où les stratégies de regroupement en loge croisent les intérêts personnels et professionnels participant ainsi aux transformations progressives des hiérarchies urbaines. Si l’approche sociologique par la qualité civile est une étape indispensable pour appréhender les mécanismes et ressors du rapprochement en loge, l’historien du fait maçonnique doit éviter de s’y enfermer au risque de passer à côté de l’importance de l’environnement de sociabilité du profane et des différents réseaux qui l’amènent en loge. L’étude multidimensionnelle de la sociabilité maçonnique enrichit la mise en lumière de la façon dont les réseaux urbains parisiens se tissent, se maintiennent et s’alimentent à la veille de la Révolution française.


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[1] Citons notamment les travaux d’Antoine Lilti sur les salons et les travaux de Stéphane Van Damme sur les sociabilités savantes.

[2] Pierre-Yves BEAUREPAIRE, « La franc-maçonnerie, observatoire des trajectoires et des dynamiques sociales au 18e siècle ». In : Dix-huitième Siècle, n°37, 2005. Politiques et cultures des Lumières. pp. 17-30.

[3] Alain LE BIHAN, Francs-maçons parisiens du Grand Orient de France (fin du XVIIIe siècle), Commission d’histoire économique et sociale de la Révolution française, Mémoires et documents, n°19, Paris, 1966. Loges et chapitres de la Grande Loge et du Grand Orient de France (2e moitié du XVIIIe siècle), Commission d’histoire économique et sociale de la Révolution française, Mémoires et documents, n°20, Paris, 1967. Francs-maçons et ateliers parisiens de la Grande Loge de France au XVIIIe siècle (1760-1795), Commission d’histoire économique et sociale de la Révolution française, Mémoires et documents, n°18. Paris, Bibliothèque nationale, 1973.

[4] Michel Figeac, Johel Coutura, Eric Saunier, Daniel Kerjean ou Aimé Imbert ont travaillé sur différents espaces régionaux (Bordeaux, la Normandie, Rennes, Lyon).

[5] Irène DIET. « Pour une compréhension élargie de la sociabilité maçonnique à Paris à la fin du XVIIIe siècle », Annales historiques de la Révolution française, n° 283, 1990, p. 31-48.

[6] Localité où se réunit la loge.

[7] Les informations concernant les frères couramment trouvées dans les tableaux de loge sont les suivantes : nom, prénom, qualités civile et maçonnique, lieu et date de naissance, adresse, signature.

[8] Cette étude ne concerne pas les loges militaires dont le fonctionnement a ses caractéristiques propres, et qui ont déjà fait l’objet de la thèse de Jean-Luc QUOY-BODIN, L’Armée et la Franc-maçonnerie au déclin de la monarchie, sous la Révolution et l’Empire, Paris, Economica, 1987.

[9] Mathieu MARRAUD, Le pouvoir marchand. Corps et corporatisme à Paris sous l’Ancien Régime. Champ Vallon, 2021, p. 453-455.

[10] Activité de gravure sur bijoux et imprimeries comprises, non précisée pour cinq d’entre eux.

[11] Mathieu MARRAUD, Le pouvoir marchand, p. 47. L’almanach de Roze présente, pour 1769, une liste de cent-neufs métiers pour les Six corps, arts et métiers. Mathurin ROZE DE CHANTOISEAU, Essai sur l’almanach général d’indication, d’adresse personnelle et domicile fixe, des six corps, arts et métiers. Paris, chez la veuve Duchesne, Dechain et Lacombe, 1769.

[12] David GARRIOCH, La fabrique du Paris révolutionnaire, Paris, La Découverte, 2015, p. 74-75.

[13] BNF, Mss, FM, FM2 126, Loge Uranie, « copie du discours du f. orateur », f°9.

[14] Pierre-François PINAUD, Les musiciens francs-maçons au temps de Louis XVI, Éditions Vega, Collection l’Univers maçonnique, Paris, 2009.

[15] Ibid. p. 95.

[16] Louis-Sébastien MERCIER, Tableau de Paris, La Découverte, Paris, 2006, p.129.

[17]Ce phénomène a été mis en lumière dans des loges provinciales pour la même période par Pierre-Yves Beaurepaire. Pierre-Yves BEAUREPAIRE. La République universelle des francs-maçons des Lumières aux révolutions. Paris, Dervy, 2018, pp. 148-156.

[18] Daniel Ligou estime qu’au XVIIIe siècle, la part des francs-maçons parisiens du 3e ordre serait de 73,6%, contre 3,5% du 1er ordre et 22,5% du 2nd ordre. Daniel LIGOU (dir.), Histoire des francs-maçons en France, tome 1. Toulouse, Privat, 2000, p. 140.

[19]Maurice GRESSET, « Le barreau, de Louis XIV à la Restauration ». In: Revue d’histoire moderne et contemporaine, tome 36 N°3, Juillet-septembre 1989. pp. 487-496.

[20] Hervé LEUWERS, L’invention du barreau français 1660-1830. Paris, éditions de l’EHESS, 2006, p. 32-39.

[21] Denisart, Collection de décisions nouvelles et de notions relatives à la jurisprudence, t. II, Paris, Veuve Desaint, 1783, p. 708.

[22] William RITCHEY NEWTON, Almanach de la cour, seconde édition, Paris, 2020.

[23] Fichier bossu du fonds maçonnique du département des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France : https://fichier-bossu.fr/. Site consulté le 2 septembre 2024.

[24] Steven L. KAPLAN, « L’apprentissage au XVIIIe siècle : le cas de Paris ». In: Revue d’histoire moderne et contemporaine, tome 40, n°3, Juillet-septembre 1993. pp. 436-479.

[25] D’après Lespinasse, le garçon est au grade métier de compagnon. René de LESPINASSE, Les métiers et corporations de la ville de Paris : XIVe-XVIIIe siècles. Tome III. Paris, Imprimerie nationale, 1897, p.355

[26] BNF, Mss, FM, FM2 97, Loge Réunion Sincère, documents de 1775-1776.

[27]BNF, Mss, FM, FM3 12, loge les Amis Intimes, Livre d’architecture, f° 51.

[28] Un frère servant ne peut dépasser le grade d’apprenti. Il ne doit son initiation qu’à son utilité en loge, celle de servir les frères notamment lors des banquets. Son initiation l’engage dans le serment de discrétion et de respect des secrets de la confrérie.

[29]BNF, Mss, FM, FM2 88, f°52, « Copie de la planche tracée de la respectable loge St Jean sous le titre distinctif de Mars et Thémis à l’Orient de Paris du 6e jour du 10e mois de l’an de la V*** L*** 5787 contenant le jugement rendu par ladite Resp… L. contre Le ci devant frère Joseph hyppolite de Negré se disant Marquis de Monrepos ci-devant officiers membres de ladite R… L… », Loge Mars et Thémis.

[30] Louis-Sébastien MERCIER, Tableau de Paris, La Découverte, Paris, 2006, p.109.

[31] René PILLORGET, Jean de VIGUERIE, « Les quartiers de Paris aux XVIIe et XVIIIe siècles ». In: Revue d’histoire moderne et contemporaine, tome 17 n°2, Avril-juin 1970. pp. 253-277 ; Nicolas de LA MARE (pour Delamare), Traité de Police, seconde édition, volume 1, Amsterdam, 1729, pp. 92-93.

[32] Les lieux d’habitation situés sur l’axe nord Saint-Martin sont référencés sur les quartiers Nord-Est (cf. partition de de la Mare).

[33] Les lieux d’habitation situés sur l’axe sud Saint-Jacques sont référencés sur les quartiers Sud-Est (cf. partition de de la Mare).

[34] Parmi ces activités, citons pour exemple les dîners mondains comme celui de Grimod de la Reynière, les festivités au Palais-Royal, le cabinet de Mesmer ou encore le Musée de Monsieur qui se déplace de la rue St Avoye en 1781 vers le Palais-Royal en 1784.

[35] Hôtels d’Auvergne, de Bullion, de la Reyine, de Choiseul, de Condé…

[36] Mathieu MARRAUD, La noblesse de Paris au XVIIIe siècle. Paris, Seuil, 2000, 574 p.

[37] Mathieu MARRAUD, La noblesse de Paris au XVIIIe siècle. Paris, Seuil, 2000, 574 p.

[38] C’est notamment le cas des loges de La Victoire, de Saint-Jean d’Hiram et du Contrat Social.

[39] Tableau alphabétique des LL*** de la correspondance du G*** O*** de France, 1786.

[40]GODF, fonds 113-1, dossier 096, loge de Saint-Louis de la Martinique des Frères Réunis, f°1.

[41]BNF, Mss, FM, FM2 106, loge de Saint-Louis de la Martinique des Frères Réunis, tableaux de 1774, f°1.

[42] BNF, Mss, FM, FM2 106, loge de Saint-Louis de la Martinique des Frères Réunis, tableaux de 1782, f°2.

[43] Voir annexe 1-30-3 loge Saint-Louis de la Martinique des Frères Réunis, tableau de 1782 : report sur carte des lieux de résidence.

[44] AN Z2-3626, le 14 octobre 1772 – Paris (Paris, France) – Autres | 1771 – 1777.

[45] Natacha COQUERY, L’hôtel aristocratique, le marché du luxe à Paris au XVIIIe siècle. Paris, Publication de la Sorbonne, 1998, p. 365-397.

[46] Marraud constate en 1788 que plus de 50% de la noblesse financière vit dans ces deux quartiers. Mathieu MARRAUD, La noblesse de Paris au XVIIIe siècle, p. 112-113.

[47] David GARRIOCH. La fabrique du Paris révolutionnaire, p. 106.

[48] Ibid. p. 116.

[49] Brongniart, architecte du roi et de la famille d’Orléans rejoint la loge Saint-Jean d’Ecosse du Contrat Social en 1778.

[50] Né en Guadeloupe, le Chevalier Saint-George aurait été initié avant 1784 dans la loge des Neuf Sœurs sans apparaître sur aucun tableau, puis aurait rejoint le Contrat Social en 1784.

[51] Louis Petit de BACHAUMONT, Mémoires secrets pour servir à l’histoire de la république des lettres en France depuis 1762 jusqu’à nos jours. Tomes XIV. Londres, J. Adamson, 1780, p.39.

[52]Membre de la loge de la Candeur en 1778, puis de la Société Olympique en 1786.

[53]Antoine LILTI, Le monde des salons. Sociabilité et mondanité à Paris au XVIIIe siècle. Paris, Fayard, 2005, p. 266.

[54] BNF, Mss, FM, FM2 111 bis, Loge Sainte-Cécile, tableau de 1784.

[55] Cette loge est à l’origine de la Société Olympique dont les concerts connurent un grand succès.

[56]Grand Orient de France (GODF) – Fonds 113-1, dossier 078, Loge Saint-Jean d’Hiram, tableau de 1773.

[57]Le duc de Chartres devient duc d’Orléans à la mort de son père en 1785.

[58] BNF, Mss, FM, FM2 105, loge de Saint-Laurent, tableau de 1784 et FM2 112, loge Sainte Sophie, tableau de 1787.

[59]Luc-Vincent THIERY. Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris ou description raisonnée de cette ville, de sa banlieue, et de tout ce qu’elles contiennent de remarquable, A Paris, chez Hardouin et Gattey, libraires de S.A.S. Madame la Duchesse d’Orléans, au Palais-Royal, sous les Arcades à gauche, le n°13 et 14, 1787, p. 236.

[60] Ibid., Thiéry, p. 278 et 287.

 

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Ecclesia castri et capella fortalicii : lieux de culte et lieux fortifiés en Provence orientale au second Moyen Âge

Aude Lazaro

 


Résumé : La multiplication des châteaux, entre le XIe et le XIIIe siècle, entraîne la réorganisation du territoire mais aussi du maillage ecclésial. Fondé sur l’étude des données archéologiques et textuelles ainsi que sur les données spatiales, cet article se propose de questionner les interactions entre lieux de culte et lieux fortifiés en Provence orientale et de saisir l’impact des châteaux sur la topographie religieuse des XIe-XVe siècles. Il s’intéresse notamment aux chapelles castrales et, plus généralement, à l’ensemble des lieux de culte articulés avec un château.

Mots-clés : église castrale, château, lieux de culte, Moyen Âge, Provence. 


Introduction

« L’attraction réciproque entre les centres religieux et les fortifications est un phénomène très complexe qui peut se reproduire plusieurs fois au même lieu, selon des phases et des formes différentes, au cours des siècles. »

Aldo A. Settia, « Églises et fortifications médiévales dans l’Italie du Nord », Chiese, strade e fortezze nell’Italia medievale, Rome, Herder, 1991, p. 60-61.

Complexes. On ne saurait mieux définir les phénomènes de polarisation et les interactions entre castrum, castellum et ecclesia, entre habitat, lieux de pouvoir et lieux de culte du XIe siècle au XVIe siècle[1]. Premièrement, parce qu’il existe une grande variété de mots susceptibles de désigner des lieux fortifiés ou des fortifications. Les textes des XIe-XIIIe siècles utilisent ainsi indifféremment castrum et castellum pour désigner un château et le lieu où se concentrent les pouvoirs seigneuriaux – et les listes de châteaux où les lieux sont tour à tour dénommés castrum ou castellum attestent de la perméabilité de ces termes. Dès le XIVe siècle, et au moins jusqu’au XVIe siècle, les textes relatifs aux lieux fortifiés du bassin versant du Var y ajoutent fortalicium[2] qui permet de désigner le castrum dans son sens premier et limité de résidence fortifiée, alors que le terme de « castrum » désigne de plus en plus souvent un village enclos voire un habitat groupé, dont dépend un territoire[3]. Cette évolution serait le reflet du rôle polarisant du castrum[4]. Affirmation visuelle du pouvoir, point fort commandant un territoire mais aussi lieu d’habitation, le château, quel que soit le nom qu’on lui donne[5], est donc susceptible de cumuler des fonctions et de transformer l’ensemble de l’organisation territoriale ainsi que du maillage cultuel. D’ailleurs, la multiplication des castra aux XIe-XIIe siècles se serait « accompagnée d’une recomposition du réseau paroissial au profit des églises castrales[6] ». De fait, le maillage ecclésial constitue le deuxième point à considérer pour expliquer la complexité de ces interactions. Le mot « église », au moins jusqu’au XIVe siècle en Provence orientale, est en effet tout autant susceptible de désigner l’église remplissant les fonctions paroissiales qu’une chapelle destinée à l’usage d’une famille ou d’une seule partie de la population d’un finage. De plus, l’église du castrum peut aussi être l’église paroissiale ou « l’église paroissiale castrale[7] », pour peu que le mot castrum désigne l’habitat groupé enclos de remparts. Ces mots, dont la « diversité est beaucoup plus grande que les images auxquelles renvoient nos notions de « château » et d’« église »[8], répondent donc à des réalités multiples et mouvantes sur lesquelles cet article se propose de revenir à travers l’étude de plusieurs sites du second Moyen Âge en Provence orientale.

Corpus, sources et méthodologie

L’objet d’étude retenu dans le cadre de cet article est donc l’église du château, ou du « castrum », quel que soit son statut. L’espace géographique correspond à l’ensemble du bassin versant du Var, dans le département des Alpes-Maritimes principalement et dans celui des Alpes-de-Haute-Provence pour sa partie la plus occidentale, soit un peu plus de 2800 km2. Cette ancienne zone frontière – le cours du Var marquait depuis 1388 et jusqu’en 1860 la frontière entre la Provence et les États du comté puis duché de Savoie (puis royaume de Piémont-Sardaigne) –, par sa position stratégique, concentrait en effet de nombreuses fortifications.

Cet espace bénéficie des travaux de plusieurs chercheurs dont ceux d’Alain Venturini[9] sur l’évolution du réseau castral en Provence orientale ainsi que ceux de Yann Codou, Catherine et Jean-Claude Poteur sur les sites castraux et les églises des Alpes-Maritimes, notamment pour le haut Moyen Âge et le Moyen Âge central[10]. Les sources convoquées pour constituer le corpus étudié font tout autant appel aux données textuelles qu’aux données archéologiques et spatiales. Les sources textuelles regroupent principalement les cartulaires des anciennes abbayes de Saint-Honorat de Lérins[11], de Saint-Victor de Marseille[12] et de la cathédrale de Nice[13], les chartes de Saint-Pons de Nice[14], ainsi que les Pouillés réunis par Étienne Clouzot[15]. S’y adjoignent, pour documenter le devenir de ces sites à l’Époque moderne, les visites pastorales des XVIIe et XVIIIe siècles conservées aux archives départementales des Alpes-Maritimes[16] . Les données archéologiques mobilisées proviennent quant à elles principalement des travaux de Jean-Claude Poteur[17] et de Éric Guilloteau[18] pour la période médiévale, ainsi que de ceux coordonnés par Michiel Gazenbeek[19] pour une approche diachronique, tandis que les nombreux plans et relevés dressés par Georges Bretaudeau s’avèrent, par la qualité des levés et des observations, très précieux[20]. Certaines études de cas, articulées entre recherches en archives et travail de terrain, telles celles d’Aspremont et Dosfraires, ont été menées dans le cadre de ma recherche doctorale.

Les données cartographiques et toponymiques, enfin, constituent un apport non négligeable à la recherche menée. Outre les indications qui permettent d’identifier certains sites peu ou pas documentés, les cartes et plans anciens, par les toponymes désormais disparus qu’ils conservent, constituent une mine d’informations encore trop peu exploitée[21]. Dépouiller l’ensemble des cartes anciennes pour lister ces toponymes n’était guère possible dans le cadre de cet article mais il m’a cependant été possible, grâce aux BD Topo de l’IGN, de proposer une première carte des toponymes actuels évoquant des fortifications, de quelque époque qu’elles soient[22] (fig. 1). Par la densité des toponymes conservés, cette carte offre de multiples pistes de recherche pour l’étude des phénomènes de fortification de cette portion des Alpes.

Dénombrer et renseigner l’ensemble des castra et lieux fortifiés habités au second Moyen Âge dans le bassin versant du Var, afin de repérer les lieux de culte susceptibles de s’articuler avec ces sites, reste cependant une tâche ardue à bien des égards. Il faut composer avec une documentation disparate et éclatée ainsi que des données parfois lacunaires. Tout d’abord, il y a le biais des textes car, outre les problèmes de conservation des fonds d’archives, bien des châteaux peuvent ne pas avoir été mentionnés. De plus, si une première attestation d’un « castrum » ne présume pas de sa date de création (ni même qu’il s’agisse véritablement d’un château), les vestiges visibles peuvent être postérieurs à cette première attestation ainsi que l’a démontré Jean-Claude Poteur pour le château du Mas notamment, attesté dès 1232 mais dont les murs sont datés du XIVe siècle[23].Même les plans cadastraux du XIXe siècle (pourtant assez précis) qui signalent ces édifices invitent à la prudence : la « tour en ruine[24] », carré de 25 m2 signalé en 1869 et vestige du « castrum Pugeti de la Figeta » attesté dès 1232, se trouve en face d’une « église en ruine[25]», laquelle aurait la forme d’un carré de 30 m2. Or, en l’état actuel de nos connaissances, il est peu probable qu’une église du XIIIe siècle puisse présenter ce plan et ces dimensions. Ainsi que l’a très justement résumé Georges Barbier, l’étude de nombreux sites reste donc malaisée :

« La recherche sur le terrain permet, dans la plupart des cas, de retrouver des ruines plus ou moins informes et, par là même, difficiles à analyser ou bien des édifices tellement remaniés entre le XVIIe siècle et le milieu du XXe siècle, qu’il n’est plus possible de reconnaître la configuration médiévale de ces bâtiments.[26] »

L’inaccessibilité de bien des sites (crêtes rocheuses escarpées, dense végétation, isolement des sites), conjuguée à la difficulté de les localiser précisément, surtout quand le toponyme – s’il subsiste un toponyme – désigne tout un versant de montagne (et cela peut alors rapidement se chiffrer en dizaines de milliers de mètres carré à prospecter avec une visibilité médiocre due au couvert végétal), explique donc que, en dépit des efforts jusqu’à présent déployés, la tâche reste incomplète.

De plus, si les ruines des fortifications marquent souvent, aujourd’hui encore, le paysage, les vestiges des lieux de culte sont plus difficilement identifiables. À titre d’exemple, Jean-Claude Poteur a pu retrouver sur le territoire de Puget-Théniers les vestiges du « castrum Sancte Margarite » attesté vers 1232[27] dont il ne restait plus qu’un donjon carré, une ferme se trouvant à l’emplacement du château[28], tandis qu’il ne subsiste aucune trace de l’église, laquelle n’est d’ailleurs jamais mentionnée au Moyen Âge, si ce n’est par son hagiotoponyme. Pourtant, une visite pastorale de 1614 signale parmi les lieux de culte de Puget-Théniers une chapelle « Sta Margarita situata nella ragione cossi appellata[29] ».

Enfin, bien que quelques fouilles archéologiques aient pu ponctuellement être menées, fournissant par là même du mobilier susceptible de dater les constructions[30], les travaux récents, mettant en œuvre les outils d’étude et de datation développés et affinés depuis le début de ce siècle, demeurent rares.

En dépit de ces contraintes et limites, il m’a été possible d’identifier 77 lieux de culte pour 69 châteaux. Chaque site a été listé dans un tableur où ont été renseignés ses coordonnées géographiques, la première mention du castrum et de l’église, l’éventuel titulaire du lieu de culte quand celui-ci est connu pour la période médiévale, ainsi que les actes et documents concernant le site.

Église paroissiale ou chapelle castrale ? 

Il est souvent délicat de différencier les églises bâties au sein de villages fortifiés et remplissant les fonctions d’une église paroissiale, telle celle du castrum de Puget-Théniers[31], des « chapelles de château (castri) qui s’orientent déjà vers le statut de chapelles seigneuriales[32] » ou qui sont construites pour la seule commodité des seigneurs et occupants d’une place forte, telle celle du château de Toudon[33] .

Quand les termes de castrum et d’ecclesia apparaissent dans un même texte, il s’agit généralement de localiser une église qui se trouve hors du castrum : par exemple, l’église Saint-Martin est située sur une colline au-dessus du castrum de Bairols au milieu du XIe siècle (« ecclesiam sancti Martini, que sita en in Poio, super castrum Ba[i]orols »), tandis que l’église du lieu de Bairols n’est nommée qu’à partir de 1351[34]. C’est aussi le cas de l’église Saint-Martin située sous l’ancien château de la Roquette-sur-Var (« ecclesiam Sancti Martini qui est subtus castrum qui nominant Rocheta[35] »). C’est encore le cas de l’église Saint-Cassien édifiée « sous » le castrum d’Amirat (« ecclesiam S. Cassiani, subtus Amirato castro aedificatam[36] »). De plus, la plupart des églises que l’on peut identifier sont des églises paroissiales : qu’il s’agisse de la liste des prieurs assistant à un synode ou des comptes de décimes, les textes s’intéressent à l’église du lieu, en l’occurrence à l’église de l’habitat, qu’il soit ou non nommé castrum, et non pas à l’éventuelle chapelle castrale qui se trouverait dans le château.  Cependant, à l’instar de l’hypothèse émise pour les églises du castrum de Thorenc[37], la mention, dans une même liste, d’un prieur à la « Gauda » et d’un autre à « Sancto Stephano de Gauda » pourrait indiquer que l’église Saint-Étienne aurait pu être l’église du château, d’ailleurs signalée en tant que « chapelle de St Etienne » à côté du « château de la Gaude » en 1760[38] tandis que l’édifice dont la titulature nous est inconnue était l’église Saint-Pierre, chapelle désormais ruinée sur la commune de Saint-Jeannet[39], signalée comme prieuré rural en 1446[40] et ancienne église paroissiale du lieu. Pourtant, lors de sa visite pastorale en 1719, l’évêque note que la chapelle du château serait celle de Saint-Pierre : « nous avions dessein de visiter au sortir de La Gaude la chapelle de St Etienne qui est une annexe du prieuré de La Gaude […] la chapelle de St Etienne est abandonnée depuis longtemps […] et celle du château de la Gaude est aussi abandonnée […] elle est sous le titre de St Pierre[41] ».  On peut envisager qu’il s’agisse d’une erreur, des cartographes ou de l’évêque car, après tout, les deux lieux de culte sont abandonnés au XVIIIe siècle. Il est également possible que la confusion provienne d’une seconde chapelle Saint-Étienne, autrefois située au débouché du vallon de Saint-Étienne (actuel lieu-dit Saint-Estève), à environ un kilomètre à vol d’oiseau de celle indiquée à côté du château. De cette hypothèse résulterait la situation suivante : une chapelle basse dédiée à saint Etienne, ancienne « annexe du prieuré de La Gaude », et qui serait l’église mentionnée en 1312, une chapelle Saint-Pierre « du château de la Gaude », principale église du lieu au XIVe siècle, puis, peut-être du fait de l’abandon de l’église basse de Saint-Etienne, une chapelle plus tardive, en l’honneur du même saint, sur le mamelon du château[42]. Cette hypothèse pourrait être corroborée par la seule mention de l’« ecclesia de Gauda » en 1351[43] puis puis d’un seul « prior de Gauda » en 1376[44] quand il était question en 1312 d’un prieur à la « Gauda » et d’un autre à « Sancto Stephano de Gauda »[45].

Ce polycentrisme cultuel amène toutefois plusieurs questions : quand deux desservants sont indiqués pour deux églises d’un même lieu, quel est le statut de ces églises et existe-t-il une hiérarchie plaçant l’une sous l’autorité de l’autre ? Tout d’abord, il est intéressant de constater que les chapelles castrales ne semblent pas concernées par les comptes de décimes : ainsi, alors que la chapelle castrale de Beuil est attestée dès 1353[46], elle ne figure ni dans la liste de 1351 ni dans celle de 1376[47]. Par ailleurs, si on peut émettre l’hypothèse que les églises listées sans leurs titulaires constituaient les églises principales, hypothèse que la qualification de « rural » pour certains des lieux de culte désignés par leur titulaire vient appuyer (« prioratus ruralis de Beate Marie de Pratis » ; « prioratus ruralis sancti Laurenti de Iloncia » en 1376 par exemple[48]), l’étude des montants dus par chaque édifice à la cour pontificale peut également apporter des indices. On observe en effet que, quand deux églises sont indiquées pour un lieu, les sommes dues par les églises dont le titulaire est donné sont toujours moins élevées que celles dues par les églises dont on ne connaît pas le titulaire[49] :

Année Église Montants
1351 Église Notre-Dame-des-Prés de Levens 2 lb., 10 s.
1351 Église de Levens 3 lb., 15 s.
1351 Église Saint-Laurent d’Ilonse 14 s.
1351 Église d’Ilonse 2 lb., 4 s.
1351 Église Saint-Ambroise de Gourdon 10 lb., 3 s., 4d.
1351 Église de Gourdon 32 lb., 15 s., 10 d.
1376 Église Notre-Dame-des-Prés de Levens 5 fl.
1376 Église de Levens 10 fl.
1376 Église Saint-Laurent d’Ilonse 2 fl.
1376 Église d’Ilonse 10 fl.

Les lieux de culte « secondaires », et notamment les chapelles castrales, sont ainsi très peu documentées pour la période médiévale.

À l’Époque moderne, l’intérêt porté par les ingénieurs militaires aux fortifications permet également de documenter quelques-unes de ces chapelles castrales : le plan de Toudon du capitaine Carlo Morello levé vers 1650 permet d’identifier l’église paroissiale, aujourd’hui encore conservée, et, à son contact, sur une plateforme rocheuse ceinte d’un mur, une chapelle castrale désormais disparue[50] (fig. 2). De même, le château de Thiery possédait encore au XVIIe siècle une chapelle castrale distincte de l’église paroissiale, connue par un plan de l’Époque moderne[51].

Qu’il s’agisse de l’église paroissiale du castrum ou de la chapelle castrale, la titulature de ces lieux de culte est inconnue dans un quart des cas (25 %). Pour les autres, la Vierge Marie se place en tête (12 %), suivie de saint Pierre et saint Jean-Baptiste (8 % chacun), saint Martin et saint Michel (6 % chacun), saint Laurent (4 %), saint Véran, sainte Marguerite, saint Arige et saint Estève (2,5 % chacun). Pour les 14 % restant, les titulaires ne sont pas identifiés dans plus d’un édifice. Des saints « ayant mené dans le siècle une vie noble pleine de religion » à savoir « Michel, Martin, Maurice, Georges, Sébastien et Pancrace, chers aux soldats, et encore aux saints rois, offerts en exemples aux souverains et aux princes » et auxquels les chapelles castrales auraient été « très souvent vouées »[52], seuls saint Martin et saint Michel sont attestés par les textes[53]. Cela n’est guère étonnant car, dans le corpus de lieux de culte identifiés dans le bassin versant du Var, seules 8 seraient des chapelles castrales et pour ces 8 édifices, seuls quatre titulaires sont connus : la Vierge Marie, saint Laurent, saint Michel et saint Pierre. Quant à saint Jacques, qui pourrait être intégré à « la culture chevaleresque »[54], il n’est attesté pour aucun de lieux de culte identifiés dans cet espace. De plus, en l’absence d’actes de fondation, on ne peut connaître les éventuels vocables initiaux de ces lieux de culte. Les premiers titulaires mentionnés sont la Vierge Marie et saint Martin, dès le XIe siècle, mais ce n’est véritablement qu’au XIVe siècle que se multiplient les mentions des titulaires, illustrant davantage un effet de source qu’une réalité sociale.

Si Florian Mazel observe en Provence une « multiplication des chapelles seigneuriales à l’intérieur des principaux châteaux, chefs-lieux de seigneuries, à partir de la fin du XIIe siècle[55] », les attestations de ces édifices demeurent rares en Provence orientale. Bien qu’il soit manifeste que tous les châteaux n’étaient pas pourvus de lieux de culte, la faible présence de ces édifices semble surtout résulter d’une absence de données, tant archéologiques que textuelles : aucun écrit n’attestant de son existence et l’édifice ayant disparu, seul le plan de Carlo Morello permet de connaître la chapelle de l’ancien castrum de Toudon dont l’auteur nous apprend d’ailleurs que « è stato demolito la maggior parte[56] ». La chapelle Notre-Dame du château de Beuil (« capella beata Maria fortalici Bolli Glandaten diocesi[57] »), seulement connue par un acte de concession de jours d’indulgence, n’existe déjà plus au XIXe siècle, tout comme le château où elle se trouvait. De même, l’église Saint-Pierre-Pape de la Roquette-sur-Var aurait été édifiée à l’emplacement d’une chapelle castrale dont il ne reste rien[58].Quant à la chapelle castrale de Massoins, ses vestiges auraient servi de base à la chapelle de la confrérie des Pénitents noirs autorisée en 1743[59].

Un rapide coup d’œil dans les proches vallées permet de confirmer cet état de fait : dans la vallée de la Roya, il n’est aujourd’hui plus possible d’identifier dans les vestiges du château Saint-Georges de Saorge la chapelle castrale pourtant représentée sur plusieurs plans du XVIIe siècle. Dans la vallée du Loup, alors que les textes attestent d’une chapelle castrale dans le château de Cipières[60], la reconstruction de ce dernier aux XVIIe/XVIIIe siècles a entrainé la disparition de l’édifice cultuel attesté dès le XIVe siècle. Pourtant, même les petites fortifications semblent côtoyer des lieux de culte : à la tour du Barri Vieil de Magnan, élément d’« una antica muraglia con una torre nominata il Barri vecchio qual era anticamente un luogo da ridursi per tempo di guerre[61] », dont une portion a pu être fouillée lors des diagnostics archéologiques effectués en 2015 sur le tracé de la ligne 2 du tramway de Nice, était accolée une chapelle Saint-Laurent mentionnée dès 1512[62] . Était-ce la même configuration que l’on retrouvait à la tour du Puget sur la rive droite du Var ? La mention au XVIIIe siècle d’une « chapelle de St Jean de la Tour du Puget […] trouvée en très mauvais état [et qui] est comme abandonnée depuis la dernière guerre[63] », qui semble ne pas correspondre à l’église « Saint-Pierre de Pugeton » mentionnée en 1446[64], paraît plaider en faveur de cette hypothèse.

Quant à l’antériorité d’un site sur l’autre, s’il reste « difficile de donner la priorité à l’une des deux constructions[65] », il semble tout de même que, à l’instar de ce qu’avait observé Aldo A. Settia, l’église extérieure, à savoir l’église paroissiale, soit la plus ancienne. À défaut de pouvoir discriminer les lieux de culte sur la base de leur bâti ou des mentions qui attestent de ces édifices – et comme les textes passent très souvent sous silence les chapelles castrales, on ne pourrait du reste se baser sur ces seuls documents[66] – il semble que la plupart des sites d’implantation des églises « basses » soient plus anciens que ceux des chapelles castrales. Le site de l’ancien village de Dosfraires, aujourd’hui complètement ruiné et masqué sous une végétation qui ne cesse de progresser, s’implante sur un site occupé depuis l’Antiquité, comme en témoigne l’abondant mobilier antique qui parsème le site (fond de dolium, tegulæ, fragment de meule en rhyolite remployé dans la construction de l’un des murs du clocher de l’église Saint-Jean-Baptiste, etc.) alors que le site du château, notamment dans les zones d’effondrements sur les pentes ouest, conserve du mobilier qui, s’il n’a pu être daté, évoque davantage le début de l’époque moderne. La différence de mobilier entre le col et les pentes de la crête ne saurait cependant suffire à affirmer la postériorité du château sur le site de l’église paroissiale mais pourrait constituer un indice. En effet, seule la prospection systématique de ces sites (tant du château que de l’habitat le plus proche) permettrait de confirmer cette hypothèse.

Organisation spatiale et implantation de l’ecclesia castri et de la capella fortalici

L’ « intensification progressive » du réseau castral dans le pays de Nice au cours des XIe, XIIe et XIIIe siècles[67] semble concerner une grande partie de la Provence orientale sur les derniers siècles du Moyen Âge.

Les typologies d’implantation des châteaux, ainsi que l’avait déjà observé Jean-Claude Poteur, sont multiples mais, ici, il s’agit surtout de comprendre l’implantation des lieux de culte par rapport aux lieux fortifiés. Identifier la position de l’église ou de la chapelle par rapport à celle du château peut notamment être possible grâce aux textes : la mise en possession de la juridiction du Broc, d’Olive et de Gattières du 3 juillet 1358 est passée dans le château de Gattières devant l’église Saint-Nicolas (« in castro de Gaterii ante ecclesiam beati Nicolai[68] »). Plus souvent, c’est l’observation du parcellaire et l’étude des cadastres et plans anciens qui permet de comprendre la topographie des sites.

Pour un peu plus d’un tiers des cas étudiés (37,7%), il n’est pas possible, soit parce que le site a complètement disparu soit qu’il a été trop remanié, de restituer le schéma d’implantation des sites. Pour les 63,3% connus, plusieurs cas de figure ont pu être observés, desquels ont été tiré huit types[69] (fig. 3) :

  • le cas le plus représenté, avec 20,8 % du corpus, est celui des églises édifiées à l’extrémité d’une crête, le château occupant la partie principale de la crête. C’est le cas, par exemple, de l’église Saint-Jean-Baptiste de l’ancien castrum de Dosfraires (commune du Broc) ou de l’église Saint-Arige du castrum de La Roque-en-Provence (fig. 4). La prédominance des sites en crêtes doit être mise en relation avec le phénomène qu’on peut observer pour le pays de Nice au XIIIe siècle, moment où les surfaces fortifiées se réduisent afin de « pouvoir être élevées rapidement et [de] pouvoir jouer leur rôle stratégique en employant une garnison la plus faible possible[70] » ;
  • quand le château est sur une crête, l’église peut également se trouver en contrebas, alors associée avec un habitat. C’est vraisemblablement le cas de l’église de Cuébris sous le roc qui accueillait le château. Ce cas de figure concerne 11,7 % des sites ;
  • toujours implanté sur une crête, le château peut également accueillir un lieu de culte à l’intérieur de ses murs. Sur le corpus retenu, seules les chapelles castrales d’Aspremont Villevieille et de Dosfraires (soit 3,9 %) répondent à cette configuration même si elle est connue pour d’autres sites de Provence orientale ;
  • dans 7,8 % des cas, le château s’implante au sommet d’un mamelon ou d’une colline. Autour de ce site viennent se grouper, de façon concentrique, l’habitat avec son église. C’est par exemple le cas des villages de Gattières ( 5) et de Levens ;
  • l’habitat et l’église peuvent également se trouver sur l’un des versants de la colline où s’implante le château, celui-ci formant alors le noyau tandis que l’habitat se développe telle la queue de poussières d’une comète. C’est le cas des villages du Mas et de Massoins. Ponctuellement, l’église semble isolée en contrebas du château mais cela peut résulter de la disparition ou du déplacement de l’habitat. Cette configuration se présente dans 6,5 % des cas ;
  • l’église peut également se trouver enclose avec le village à l’intérieur des murs du castrum, telle celle de Puget-Théniers (cela représente 5,2 % du corpus). Il faut alors se demander si, à l’instar du castrum et du « bourg » de Puget-Théniers, les remparts protégeant l’habitat ne résultent pas de l’extension d’un premier site fortifié plus réduit ;
  • par ailleurs, si elles sont signalées dans les textes comme « subtus» ou « super » castrum, certaines églises (2,6 % du corpus) sont en réalités situées bien au-delà du castrum et de l’habitat, telle celle de Saint-Martin « que sita est in Poio, super castrum Ba[i]orols » ;
  • enfin, sont réunis dans la dernière typologie les castra et églises qui répondent à des configurations trop diverses pour constituer une catégorie pertinente (3,9 %).

Notons également que certains sites peuvent s’inscrire dans deux de ces typologies, notamment lorsqu’il est possible d’identifier la chapelle castrale et l’église paroissiale.

On observe que pour 89,3% des sites en crête, l’église s’implante hors les murs, soit à l’extrémité de la crête soit en contrebas du site castral. Plus qu’une contrainte imposée par la topographie, cette disposition tend à indiquer une attraction du château sur l’église, la seconde venant s’implanter aux abords de la première. Même les lieux de culte édifiés à l’intérieur de l’enceinte, qui ne représentent que 10,7% des sites en crête, sont placés en position excentrée par rapport à l’emprise du site castral. Ce phénomène de polarisation est tout autant manifeste pour les sites castraux implantés sur un mamelon ou une colline : que l’église et l’habitat se groupent de façon concentrique autour du château ou que l’occupation se développe en comète, le noyau est toujours le château. Il faut également noter que cette polarisation se fait parfois au détriment d’églises plus anciennes : jusqu’au milieu du XIIIe siècle, l’église Notre-Dame-des-Prés, « cum villa sua », est nommée l’église Sainte-Marie de Levens[71]. Or, dans la première moitié du XIVe siècle, l’ecclesia Sancta Maria de Levens devient l’église Sainte-Marie des Prés, parfois Sainte-Marie des Prés de Levens ou même l’église des Prés[72]. Or, l’adjonction du toponyme « de Pratis » semble coïncider avec le développement, à partir des années 1280, d’une nouvelle église dans le castrum de Levens[73].

Pour les trois seuls cas documentés par les observations de terrain dans le bassin versant du Var, la chapelle castrale s’implante à l’une des extrémités du site fortifié : celle d’Aspremont Villevieille se trouve ainsi à la pointe sud du château (fig. 6 et 7) de même que celle de Dosfraires (fig. 8). C’est manifestement une disposition semblable que Jean-Claude Poteur identifie pour la chapelle Saint-Michel de Rocaforte (territoire de La Penne), l’hagiotoponyme indiquant « l’emplacement de la chapelle castrale qui s’élevait dans la cour devant l’accès, encore visible, vers le château[74] »[75]. À l’instar de ce qu’a pu observer Florian Mazel pour la Provence, il semble que ces chapelles, implantées en limite des fortifications, soient fondées au sein de châteaux déjà anciens[76].

S’il n’est pas toujours possible de distinguer le lieu de culte « secondaire » du lieu de culte paroissial, quelques cas témoignent de « couples[77] » : le château de la Gaude, sur l’actuelle commune de Saint-Jeannet, comptait une église Saint-Pierre légèrement en contrebas ainsi qu’un autre lieu de culte dédié à saint Etienne (ou Estève) situé sur le promontoire du château (fig. 9). Ce lieu de culte, nommé « Sancto Stephano de Gauda » en 1312[78] (un autre prieur, pour la « Gauda », sans doute celui de l’église Saint-Pierre, est attesté dans la même liste), est toujours signalé sur les cartes du XVIIIe siècle sous le nom de « chapelle de St Etienne »[79]. Cette dualité, tant sur le terrain que dans la façon dont sont recensés les prieurs n’est pas sans rappeler le cas des églises du castrum de Thorenc[80]. D’ailleurs, pour plusieurs de ces castra, il est fait mention d’une villa, parfois antérieurement à la première mention du castrum ou du castellum, voire simultanément. Il n’est alors pas rare que les églises de villa, face à la concurrence de l’église du castrum, deviennent de « simples » lieux de culte « ruraux » : c’est le cas de l’église de Notre-Dame-des-Prés de Levens ou encore de celle de Notre-Dame-de-Verdelaye de Gréolières. Le bilan d’étape que constitue cet article semble ainsi de confirmer le rôle polarisant du château en Provence orientale au tournant des XIIIe et XIVe siècles.

Caractéristiques architecturales de l’ecclesia castri et de la capella fortalicii

Les caractéristiques architecturales des châteaux et autres lieux fortifiés de la Provence orientale pendant le second Moyen Âge pourraient constituer une thèse à elles seules et, du reste, outre que la question a déjà été bien traitée[81], ce sont ici les lieux de culte castraux ou associés avec un château qui nous intéressent.

Tout d’abord, il convient de distinguer les églises fortifiées des églises postérieurement « mises en défense ». Il n’est pas fait mention en Provence orientale d’églises « incastellatæ » telles celles relevées par Aldo A. Settia[82]. Cela tient vraisemblablement au faible volume d’églises castrales conservées. Néanmoins, l’église Saint-Jacques-le-Majeur d’Aspremont aurait participé à défendre le mamelon où s’implante le nouveau village, ce qui serait suggéré par des meurtrières sur le gouttereau occidental de l’église[83]. Toutefois, la mise en œuvre de ces ouvertures n’étant pas datée, il est impossible d’affirmer qu’elles furent contemporaines de la construction de l’édifice, notamment car le nouveau château s’implante sur le site où se trouvait déjà la chapelle Saint-Jacques qui allait par la suite accéder à la dignité paroissiale. Les seuls cas véritablement connus, par l’archéologie ou les textes, sont ceux d’églises « mises en défense » à des époques tardives. Ainsi, l’église Saint-Arige de la Roque-en-Provence présente une surélévation fortifiée constituant un comble avec meurtrières, sans doute vers la fin du XVIe siècle ou aux XVIIe-XVIIIe siècles[84]. Le prieur de Saint-Dalmas-le-Selvage aurait quant à lui fortifié l’église du lieu en 1597 et il y aurait « mi[s] des hommes »[85]. Une représentation de ce qui pourrait être l’ancienne cathédrale de Glandèves à l’époque moderne (fig. 10), à l’époque où le siège de l’évêché a disparu et où l’église d’Intervalibus est devenue l’église principale du lieu, permet d’observer des aménagements évoquant des échauguettes, qui ne sont aujourd’hui plus visibles, aux angles du bâtiment[86], configuration qui rappelle celle de la chiesa-fortezza di San Pietro de Cipressa (Ligurie), église du XIIIe siècle transformée en forteresse au milieu du XVIe siècle. Que la vue d’Entrevaux figure l’église Notre-Dame-de-la-Seds ou Saint-Michel-de-la-Seds, ces deux églises, qui se trouvaient initialement au cœur de l’ancien siège épiscopal, se retrouvèrent en position excentrée quand l’habitat se regroupe en rive droite du Var où fut édifiée l’église d’Entrevaux. Hors les murs, ces deux églises ont donc pu être fortifiées soit pour servir de lieu de refuge à la population qui résidait encore en rive gauche, soit pour servir d’avant-poste avant les remparts encerclant Entrevaux plus en amont. Ces quelques exemples suggèrent le caractère tardif des « mises en défense » des églises du bassin versant du Var qui sont réalisées, pour la plupart, aux XVe et XVIe siècles.

Si « la fortification des églises ne se limite pas aux églises paroissiales[87] », on ne dispose pas d’assez de données pour les chapelles castrales du territoire étudié afin de proposer une vue d’ensemble de ces édifices. Néanmoins, qu’il s’agisse de la chapelle du château d’Aspremont, de celui de Dosfraires ou de celui de Toudon, ce sont manifestement de petits édifices à nef unique[88]. La chapelle d’Aspremont Villevielle a une longueur intérieure maximale de 8,40 m, et une nef de 6,60 m de long pour 3,90 m de large[89] (fig. 11). Celle du château de Dosfraires est légèrement plus petite avec une nef de 5,60 m de long pour une largeur qui devait avoisiner les 3,30 m (fig. 12), soit une superficie d’environ 20m2 quand celle de l’église paroissiale (sans la surface du clocher) avoisinait les 80m2. Le chœur peut présenter une abside saillante semi-circulaire, telles celles d’Aspremont et Dosfraires, ou celles, hors du corpus étudié, de Saint-Georges de Saorge et de Saint-Quentin d’Agerbol. Sur la base du plan de Carlo Morello[90], l’édifice peut également présenter un chevet carré, disposition qui demeure cependant rare dans les églises de Provence orientale. Aussi, le seul élément commun à ces édifices reste finalement leurs dimensions réduites.

Pérennité et devenir des sites

Le devenir de ces sites est très inégal. Dans l’ensemble, on peut distinguer d’une part les châteaux abandonnés mais qui ont concentré à leur abord un habitat ayant abouti à la création des villages tels qu’on peut les observer aujourd’hui (Gilette, Briançonnet, La Roque-en-Provence, etc.) – avec souvent le maintien de l’église paroissiale –, d’autre part, les sites complètement abandonnés, (Aspremont Villevieille, Gerbière, La Caynée, Dosfraires, etc.).

On lit souvent que l’abandon de tel ou tel site, à l’instar de celui de Saint-Blaise, est imputable aux « épidémies et […] troubles de la fin du Moyen Âge[91] », mais il est manifeste que d’autres facteurs doivent être pris en compte. Ce sont par exemple les difficultés de subsistance qui pourraient expliquer la désaffectation complète de ces sites. À Aspremont, dans les raisons exposées pour justifier en 1426 le déplacement du village et du château sont mises en avant la pénurie d’eau, l’éloignement avec la ville de Nice ainsi que l’éloignement des terres pour les paysans[92]. En effet, si les destructions occasionnées par les conflits armés concernent les châteaux, ainsi que l’habitat, ils ne sont cependant pas systématiquement en cause dans l’abandon des sites. En 1400, parmi les remontrances adressées au comte de Savoie, les officiers du duc d’Anjou signalent la prise du donjon de Collongues (« combatiront lo donion ») et précisent que les capitaines du comte « cremeron tota la villa[93] ». Or, si le village est incendié au début du XVe siècle et que le château est toujours en ruine au XVIIIe siècle[94],  l’habitat s’est maintenu le long de la crête où s’implantaient les fortifications. Dans l’hommage rendu par les habitants de Gattières à l’évêque de Vence en 1404, la destruction des lieux et la mortalité sont imputées à la guerre : « tam propter guerras tam propter mortalitates ex quibus guerrie locus ipsa fuit quasi destructus domusque dissipata per appositionem ignis…[95]». Pourtant, le village demeure groupé autour de son château, configuration dont le parcellaire porte toujours la trace.  De même, les châteaux de Malaussène et Massoins sont rasés en 1412 sur ordre d’Amédée VIII[96] sans pour autant que l’habitat ne se déplace. On ne saurait cependant nier l’impact de ces conflits sur les lieux de culte : qu’il s’agisse de la chapelle castrale ou de l’église paroissiale de Dosfraires, ces deux édifices sont manifestement victimes du conflit entre Savoie et Provence à la fin du XVIe siècle. L’arrachement d’une partie de l’embrasement extérieur d’une des baies de la chapelle du château de Dosfraires pourrait en témoigner : à l’exception du bloc formant le cintre, l’ouverture sur l’extérieur du mur a en effet disparu de la fenêtre la plus méridionale (fig. 12). L’absence du seul parement extérieur en cet endroit, alors même que la fenêtre se trouve à plusieurs mètres au-dessus du sol, semble indiquer que l’ouverture fut visée par un tir de canon, peut-être lors des conflits de 1595 (fig. 13)[97]. La fenêtre n’ayant pas été réparée, cela correspondrait avec l’abandon du site vers les XVIIe-XVIIIe siècles.

Il n’y a manifestement pas de période particulièrement plus prononcée pour l’abandon de ces châteaux et de leurs églises ou chapelles. Si les châteaux de Massoins et Malaussène sont rasés en 1412, si celui d’Aspremont est abandonné au profit d’un nouveau site dans les années 1430, d’autres ne disparaissent qu’à l’Époque moderne. Celui de Thiéry aurait ainsi été détruit vers 1650 sur ordre du duc de Savoie[98] . Celui de Dosfraires (commune du Broc) est attaqué en 1595[99] et, s’il est encore signalé au XVIIe siècle[100], plusieurs cartes des années 1760, n’indiquent plus que les « vestige[s] du Chateau de Dos Fraires[101] » ou encore la « masure du chateau de Dos Fraires[102] ». De fait, les visites pastorales révèlent que, dès le début du XVIIe siècle, l’église Saint-Jean-Baptiste édifiée sur un petit col au sud-est du château était démolie[103] et que « le service divin se fai[sai]t en la chapelle de Ste Marguerite[104] ».

Conclusion

L’importance stratégique de la vallée du Var, ainsi que le morcellement des territoires a conduit, en Provence orientale, à la création de nombreux châteaux, « représentations architecturales majeures du pouvoir[105] ». Ainsi que l’écrit Martin Aurell, « ces constructions castrales sur des sites de hauteur sont, tout au long des XIe et XIIe siècles, à l’origine d’une des plus importantes transformations de l’habitat provençal qui se regroupe autour d’elles[106] ». De fait, les premiers résultats de cette étude tendent à démontrer le rôle essentiel du château dans la polarisation de l’habitat et pour la fixation du pôle unique qui caractérise les derniers siècles du Moyen Âge en Provence orientale. Il ne faut cependant pas en déduire que le château, voire l’habitat groupé nommé castrum, fut le seul élément à polariser lieux de culte et habitat : la mention de nombreuses ville et de leurs églises au côté des castra confirme le polycentrisme de ces territoires et les différents mouvements de polarisation qu’étaient susceptibles d’exercer ces pôles d’influence entre eux, même si les pôles « secondaires » semblent se rétracter aux XIVe-XVe siècles.

Enfin, pour ce qui est des chapelles castrales, le silence des textes et l’absence de données archéologiques sur les lieux de culte au profit des structures strictement défensives ne permettent guère de renseigner, sinon partiellement, la question des fonctions de ces édifices[107] ainsi que celle de leur mise en place au sein du château. Les quelques fenêtres ouvertes grâce aux prospections menées dans le cadre de ma thèse demanderaient ainsi à se multiplier pour espérer saisir, « par juxtaposition de petites touches[108] », les particularités architecturales de ces monuments ainsi que les périodes de fondation et/ou de réaménagement de ces sites, éléments d’un maillage cultuel et défensif étroitement liés aux imbrications multiples et complexes.


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Illustrations

Figure 1 : carte de répartition des principaux toponymes évoquant des fortifications dans le bassin versant du Var (conception A. Lazaro).

 

Figure 2 : plan du château et village de Toudon d’après le plan de Carlo Morello (Torino, Biblioteca reale, Avvertimenti sopra le fortezze di S.A.R. del capitano Carlo Morello, primo ingegnere et luogotenente generale di Sua artigliera, 1656 – DAO A. Lazaro et M. Pottier).

 

Figure 3 : principales typologies d’implantation des lieux de culte associés avec un castrum dans le bassin versant du Var (conception A. Lazaro).

 

Figure 4 : château de Dosfraires, restitution du château et du village (DAO A. Lazaro).

 

Figure 5 : château de Gattières (Nice, AD 06, Limites de Gattières, Carros et Le Broc, 1726, 01FI 0118 (Fonds Città e Contado di Nizza, mazzo 38, Gattières, n° 3), cl. AD 06).

 

Figure 6 : chapelle castrale d’Aspremont Villevieille (Alpes-Maritimes), vue zénithale/aérienne (cl. J. Féru 2023).

 

Figure 7 : chapelle castrale et château d’Aspremont Villevieille (Alpes-Maritimes), vue aérienne (cl. A. Lazaro 2023).

 

Figure 8 : chapelle castrale et château de Dosfraires (Alpes-Maritimes), vue aérienne (cl. A. Lazaro 2023).

 

Figure 9 : chapelle Saint-Étienne du château de La Gaude (Torino, ASTo, Carta Topografica in misura del Contado di Nizza […] Parte Quinta ed Ultima (1760-1763), cl. ASTo).

 

Figure 10 : échauguettes sur un des lieux de culte de Glandèves (Torino, ASTo, Antrevaus, s.d., cl. ASTo).

 

Figure 11 : plan de la chapelle du château d’Aspremont Villevieille (DAO A. Lazaro).

 

Figure 12 : plan de la chapelle du château de Dosfraires (DAO A. Lazaro).

 

Figure 13 : arrachement du parement extérieur de la fenêtre méridionale de la chapelle castrale de Dosfraires (Alpes-Maritimes). Seul le bloc formant le cintre est conservé en partie sommitale (cl. A. Lazaro 2023).

 

Figure 14 : parement extérieur du mur est de la nef de la chapelle castrale de Dosfraires (Alpes-Maritimes) (cl. A. Lazaro 2023).

 


* Pour leur relecture et conseils, j’aimerais en premier lieu adresser mes remerciements à Michel Lauwers et à Germain Butaud. Il me faut également remercier le Conseil régional Provence-Alpes-Côte d’Azur pour le soutien financier apporté à la réalisation de la thèse dont sont extraites les données ici présentées, ainsi que l’École française de Rome grâce à laquelle j’ai pu mener deux séjours de recherche dans les archives et bibliothèques de Rome. Je tiens aussi à adresser toute ma gratitude à Claude et Germaine Salicis, ainsi que à Alain Carré, Jérôme Féru et Mallorie Pottier pour leur aide sur le terrain.

[1] Pour les périodes antérieures dans le sud-est de la France, il convient de se reporter aux travaux de Laurent Schneider et Michel Fixot. À signaler, également, les actes (à paraître) du colloque de 2019 consacré au Perchement et [aux] réalités fortifiées en Méditerranée et en Europe entre le V eet le Xe siècle, édités par Philippe Pergola, Gabriele Castiglia, Elie Essa Kas Hanna, Ilaria Martinetto et Jean-Antoine Segura, et notamment l’article de Daniel Mouton, Jean-Antoine Segura et Mariacristina Varano consacré aux sites perchés de Provence.

[2]« infra castrum sive fortalicium Gillete », Nice, AD 06, NI MAZZO 039 (1526). Voir également l’acte du 20 mai 1403 (Nice, AD 06, G 1532).

[3] Renée Laporte, « Fortifications de Provence orientale à l’époque romane », Recherches régionales, 1983, n° 3, p. 26.

[4]Voir notamment les travaux de Pierre Toubert sur l’incastellamento (Pierre Toubert, Les structures du Latium médiéval. Le Latium méridional et la Sabine du IXe siècle à la fin du XIIe siècle, Rome, École française de Rome, 1973).

[5]De plus, ainsi que Élisabeth Sauze l’a récemment rappelé, l’absence du mot castrum « ne doit pas être interprétée comme l’absence de fortification » (Élisabeth Sauze, « Approche toponymique du phénomène castral en Provence », in Philippe Pergola, Gabriele Castiglia, Elie Essa Kas Hanna, Ilaria Martinetto et Jean-Antoine Segura (éd.), op. cit., p. 76).

[6] Florian Mazel, La noblesse et l’Église en Provence, fin Xe-début XIVe siècle. L’exemple des familles d’Agoult-Simiane, de Baux et de Marseille, Paris, CTHS, 2002, p. 513.

[7]Id.

[8]Yann Codou, Michel Lauwers, « Castrum et Ecclesia, le château et l’église en Provence orientale au Moyen Âge », Archéologies transfrontalières Alpes du Sud, Côte d’Azur, Piémont et Ligurie, Bilan et perspectives de recherche, Monaco, Musée d’anthropologie préhistorique de Monaco, 2008, p. 218.

[9]Alain Venturini, « Episcopatus et bajulia. Notes sur l’évolution des circonscriptions administratives comtales au XIIIe siècle : le cas de la Provence orientale », Territoires, seigneuries, communes. Les limites des territoires en Provence, Actes des 3èmes journées d’histoire de l’espace provençal, Mouans-Sartoux 1987, Mouans-Sartoux, Centre régional de documentation occitane, 1987, p. 31-62.

[10] La synthèse récente consacrée aux églises médiévales des Alpes-Maritimes par ces trois auteurs compile de nombreuses données et dresse un utile panorama du patrimoine religieux du département (Yann Codou, Catherine Poteur, Jean-Claude Poteur, Églises médiévales des Alpes-Maritimes, Nice-Gand, 2020).

[11] Cartulaire de l’abbaye de Lérins, vol. 1, publié par Henri Moris et Edmond Blanc, Paris, 1883 ; Cartulaire de l’abbaye de Lérins, vol. 2, publié par Henri Moris, Paris, 1905.

[12] Cartulaire de l’abbaye de Saint-Victor de Marseille, vol. 1, publié par Benjamin Guérard, Paris, 1857.

[13] Cartulaire de l’ancienne cathédrale de Nice, publié par Eugène Caïs De Pierlas, Turin, 1888.

[14] Chartrier de l’abbaye de Saint-Pons, hors les Murs de Nice, publié par Eugène Caïs De Pierlas et Gustave Saige, Monaco, 1903.

[15] Étienne Clouzot, Pouillés des provinces d’Aix, Arles et Embrun, Paris, 1923.

[16] Les cotes de ces documents sont données en notes de bas de page avec chaque référence.

[17] Jean-Claude Poteur, Archéologie et sociologie des châteaux de Provence orientale au Moyen Âge, sous la direction de Jean-Marie Pesez, EHESS, 3 vol., 1981 (thèse de doctorat non publiée).

[18] Éric Guilloteau, Les fortifications médiévales dans les Alpes-Maritimes, rapport d’étude Ministère de la Culture, 2012.

[19]Michiel Gazenbeek, Rapport du Projet Collectif de Recherches « Enceintes de hauteur des Alpes-Maritimes », Nice, CEPAM, UMR 6130, CNRS/UNSA, Service régional de l’archéologie Provence-Alpes-Côte d’Azur, dactyl., 2003 ; Michiel Gazenbeek, Enceintes et habitats perchés des Alpes-Maritimes, Musée d’art et d’histoire de Provence, Grasse, 2004.

[20] Georges Bretaudeau, Oppida, castellaras et enceintes fortifiées des Alpes-Maritimes, Nice, Institut de Préhistoire et d’Archéologie des Alpes-Maritimes, 1994 et Georges Bretaudeau, Les enceintes des Alpes Maritimes, Nice, Institut de Préhistoire et d’archéologie Alpes Méditerranée, 1996.

[21] Elisabeth Zadora-Rio, Archéologie et toponymie : le divorce, Les petits cahiers d’Anatole, n° 8, 2001.

[22] Ce sont les toponymes comprenant « castel » (« Pra du castel », « Le castellar », « Le castelet » ou « Le castellaras », par exemple), « château », « châtel » ou « chastel » (« Le château », « Les prés du château », « Le chastellan » ou encore « Le chastellas », par exemple) et « fort » (« La forteresse », « Castel fortis » ou « Chastelfort », par exemple) qui ont été retenus.

[23] Jean-Claude Poteur, Archéologie et sociologie des châteaux…, vol. 1, p. 16.

[24] Nice, AD 06, 25FI 093/1/C2 (1868) et 03P_1089 (1869), vue 65.

[25]Id.

[26] Georges Barbier, « Châteaux et places fortes du comté de Beuil », Nice-Historique, 1994, n° 11, p. 177.

[27] Honoré Bouche, La chorographie ou Description de Provence, Aix-en-Provence, 1664, p. 282. La seule édition complète de cette liste de castra se trouve dans cet ouvrage qui s’ouvre par une approche chorographique de la Provence.

[28] Jean-Claude Poteur, Archéologie et sociologie des châteaux…, vol. 2, p. 484.

[29] Nice, AD 06, 03G 0002 (1614), fol. 7 v°.

[30] Je pense notamment à la fouille du château du Mas dont les tranchées de fondation ont permis de récolter du mobilier céramique permettant de dater les différents niveaux d’occupation du site (Jean-Claude Poteur, Archéologie et sociologie des châteaux …, vol. 2, p. 423-424).

[31] Si le château se trouvait sur la crête au nord-ouest du village actuel, le castrum correspondait au village enclos dans des remparts en rive droite de la Roudoule. À la fin du XIVe siècle, moment où est attesté le cimetière de l’église Sainte-Marie, le lieu est d’ailleurs indifféremment nommé « castrum » ou « burgus ». En effet, si le bourg et le castrum sont théoriquement deux entités distinctes, l’une « ultra pontem Rodole » en rive gauche de la Roudoule, l’autre en rive droite, vraisemblablement entre le béal (canal) et la Costa, la différence entre les deux n’est manifestement pas toujours nette : un acte, passé en 1378 « in castro de Pugeto, videlicet in domo Claustri » signale également la domus Claustri « in burgo Pugeti » (Cartulaire de l’abbaye de Lérins, vol. 2, n° XXXV).

[32] Dom Jean Becquet, « La paroisse en France aux XIe et XIIe siècles », Le istituzioni ecclesiastiche della « societas christiana » dei secoli XI-XII, Milan, Vita e pensiero, 1977, p. 206.

[33] L’édifice n’étant attesté que par le plan de Carlo Morello, il est impossible de le dater.

[34] Marseille, AD 13, B 192. Voir également Étienne Clouzot, Pouillés…, p. 283.

[35] Chartrier de l’abbaye de Saint-Pons…, n° IV (ca. 1028).

[36] Cartulaire de l’abbaye de Saint-Victor …, n° CXVI (1043).

[37] Aude Lazaro, « Églises de castrum et églises de villa : le polycentrisme religieux et l’habitat rural en Provence orientale (XIe-XVe siècle) », Revue archéologique des Alpes du Sud, n° 1, 2021-2022, p. 173.

[38] Torino, ASTo, Carta Topografica in misura del Contado di Nizza […] Parte Quinta ed Ultima (1760-1763). Il faut également signaler un plan vraisemblablement de la même époque qui indique « Chateau de la Gaude et chapelle de St. Etienne » (Torino, ASTo, Partie du cours du Var depuis son Confluent avec la Vesubia jusques à son embouchure dans la Méditerranée, s.d.).

[39] Voir la synthèse de l’étude du bâti menée par Fabien Blanc-Garidel sur cet édifice en 2012 (Fabien Blanc-Garidel, « Saint-Jeannet // Chapelle San Peïre », Fabien Blanc-Garidel (dir.), L’archéologie entre monts & rivages. 10 ans d’archéologie à Nice et dans la métropole Nice Côte d’Azur, Nice, Service d’Archéologie Nice Côte d’Azur, tome 2, 2020, p. 86-88).

[40] Nice, AD 06, G 1550 (1446).

[41] Nice, AD 06, G 1262 (1719), fol. 39 v°.

[42] Si les dédicaces au protomartyr sont traditionnellement associées aux églises du haut Moyen Âge, la construction par la communauté de Saint-Paul-de-Vence d’une chapelle en l’honneur de saint Étienne au début du XVe siècle prouve que le premier Moyen Âge n’avait pas l’exclusivité de cette dévotion.

[43] Étienne Clouzot, Pouillés…, p. 299.

[44] Ibid., p. 301.

[45] Ibid., p. 297.

[46] Nice, AD 06, NI MATIERES ECCLESIASTIQUES MAZZO 006, doc. 1 (1353).

[47] Étienne Clouzot, Pouillés…, p. 261 et 266.

[48] Ibid., p. 286.

[49] Les montants donnés dans ce tableau proviennent des Pouillés réunis par Étienne Clouzot.

[50]Torino, Biblioteca reale, Avvertimenti sopra le fortezze di S.A.R. del capitano Carlo Morello, primo ingegnere et luogotenente generale di Sua artigliera, 1656. Une copie de ce plan peut être consultée aux archives départementales des Alpes-Maritimes (Nice, AD 06, 03FI 04458).

[51] Patrimoine des Alpes-Maritimes : entre Var et Cians, Nice, Conseil départemental des Alpes-Maritimes, coll. Passeurs de mémoire, 2015, p. 99.

[52] Michel Parisse, « La conscience chrétienne des nobles aux XIe et XIIe siècles », La cristianita dei secoli XI et XII in occidente : coscienza e strutture di una società, Milan, Vita e Pensiero, 1983, p. 265.

[53] Signalons tout de même, dans la vallée de la Roya, la chapelle Saint-Georges du château Saint-Georges de Saorge.

[54] Florian Mazel, La noblesse et l’Église…, p. 520.

[55] Florian Mazel, La noblesse et l’Église…, p. 511.

[56] Torino, Biblioteca reale, Avvertimenti sopra… et Nice, AD 06, 03FI 04457.

[57]Nice, AD 06, NI MATIERES ECCLESIASTIQUES MAZZO 006, doc. 1 (1353).

[58] Patrimoine des Alpes-Maritimes …, p. 85.

[59] Colette et Michel Bourrier-Raynaud, Les Chemins de la tradition : chapelles et oratoires au cœur du haut-pays niçois, Nice, Serre éditeur, 1985, p. 72.

[60] Colette Samaran, Étude sur la vie rurale en Haute-Provence orientale au début du quatorzième siècle d’après le témoignage de deux registres notariaux. Diplôme de l’Université d’Aix-en-Provence, Faculté de lettres d’Aix, 1957, p. 84 (diplôme d’études supérieures non publié).

[61]Transcription de la Descrittione della Lyguria…, p. 102.

[62] Voir la notice consacrée aux fouilles menées sur le Barri Vieil (Romuald Mercurin, Philippe Rigaud (coll.) et Éric Guilloteau (coll.), « Nice // Barri Vieil (quartier de Magnan) », Fabien Blanc-Garidel (dir.), L’archéologie…, p. 96).

[63] Nice, AD 06, G 1262 (1719), p. 37.

[64] Nice, AD 06, G 1550 (1446).

[65] Aldo A. Settia, « Églises et fortifications médiévales dans l’Italie du Nord », Chiese, strade e fortezze nell’Italia medievale, Rome, Herder, 1991, p. 59.

[66] Si les titulatures constituent parfois des indices de datation, la pérennité du culte à saint Étienne et à saint Michel dans la partie orientale de la Provence ne permet guère d’utiliser cette approche pour dater la construction et/ou la fréquentation des lieux de culte.

[67]Jean-Claude Poteur, « Le réseau castral du Pays de Nice (Xe – XIIIe siècle) », Recherches Régionales -Alpes-Maritimes et Contrées limitrophes, 1983, n°3, p. 36.

[68] Nice, AD 06, G 1531, doc. 3, fol. 1 r°.

[69] Tous les pourcentages donnés concernent le corpus présenté plus haut, soit 77 sites (77 lieux de culte dans l’environnement d’un château ou d’un castrum, attesté par les textes, les documents d’archive ou les données de terrain).

[70]Jean-Claude Poteur, « Le réseau castral… », p. 41.

[71] Chartrier de l’abbaye de Saint-Pons…, n° XII (ca. 1075), n° XLVI (1247) et n° LX (1252).

[72] Étienne Clouzot, Pouillés…, p. 282 et 286.

[73] Chartrier de l’abbaye de Saint-Pons…, n° XCVIII (1286).

[74] Jean-Claude Poteur, Archéologie et sociologie des châteaux…, vol. 2, p. 482.

[75]Cette configuration serait à rapprocher de celle des chapelles implantées au-dessus de la porte qui permettaient « d’afficher à la fois une appartenance aristocratique et le privilège d’une protection divine grâce à la présence de reliques » (Élisabeth Chalmin-Sirot, Vivre et croire. Les chapelles seigneuriales en France à la fin du Moyen Âge, Saint-Guilhem-le-Désert, Éditions Guilhem, 2022, p. 39).

[76] Florian Mazel, La noblesse et l’Église…, p. 514.

[77] Monique Bourin, Aline Durand, « Église paroissiale, cimetière et castrum en bas Languedoc (Xe-XIIe s.) », L’environnement des églises et la topographie religieuse des campagnes médiévales. Actes du IIIe congrès international d’archéologie médiévale (Aix-en-Provence, 28-30 septembre 1989), Caen, Société d’Archéologie Médiévale, 1994, p. 101.

[78] Étienne Clouzot, Pouillés…, p. 297 et Nice, AD 06, G 1285.

[79] Torino, ASTo, Carta Topografica in misura del Contado di Nizza […] Parte Quinta ed Ultima (1760-1763).

[80] Aude Lazaro, « Églises de castrum… », p. 173.

[81] Jean-Claude Poteur, Archéologie et sociologie des châteaux…

[82] Aldo A. Settia, « Églises et fortifications… », p. 64.

[83] PAM : entre Var et Paillon, p. 143.

[84] Jean-Claude Poteur, Archéologie et sociologie des châteaux…, vol. 2, p. 18.

[85] Pierre Gioffredo, Histoire des Alpes-Maritimes. Une histoire de Nice et des Alpes du sud des origines au 17e siècle, troisième partie, de 1529 à 1652, Éditions Nice Musées, 2008, p. 407.

[86] Torino, ASTo, Antrevaus, s.d. (« G. chiesa tenuta p[er] queli dela vila »).

[87] Aldo A. Settia, « Églises et fortifications… », p. 55.

[88] Les églises paroissiales, bien que plus grandes, ne présentent pas nécessairement un plan différent (cf. Toudon), d’autant plus que l’ajout des collatéraux n’est pas forcément bien daté.

[89] Aude Lazaro, « Églises de castrum… », p. 177 et Aude Lazaro, Chapelles des Alpes-Maritimes : prospections et études de bâti. Rapport final d’opération portant sur les communes de Andon, Aspremont, Bonson, Clans, Gilette, Gourdon, Grasse, Ilonse, Lieuche, Lucéram, Venanson et Villars-sur-Var, 2021, p. 37.

[90] Torino, Biblioteca reale, Avvertimenti sopra… et Nice, AD 06, 03FI 04457.

[91] PAM : entre Var et Paillon, p. 121.

[92] Louis Trastour, Aspremont mon village, Nice Historique, 1971 (2), p. 11.

[93] Eugène Caïs de Pierlas, La ville de Nice pendant le premier siècle de la domination des princes de Savoie. Turin, 1898, p. 385.

[94] Nice, AD 06, 25FI 045/1/B, 1835, et 03P_0442, 1836, vue 36.

[95] Nice, AD 06, G 1532, doc. 3 (1404), fol. 1 v°.

[96] 29 oct. 1412, fol. 73, Comptes des receveurs généraux, vol. 2, dans Eugène Caïs de Pierlas, La ville de Nice…, p. 139.

[97] Plusieurs canons furent rapportés de l’artillerie du château de Nice pour reprendre le site de Dosfraires.

[98] PAM : entre Var et Cians, p. 99.

[99] Hervé Barelli, Nice et son comté, 1590-1680. Témoignages, récits et mémoires (tome 1), Nice, Mémoires millénaires éditions, 2011, p. 67, ainsi que Pierre Gioffredo, Histoire des Alpes-Maritimes…, p. 394-395.

[100] Nice, AD 06, 01FI 1419 (1662), Cours du Var d’Annot à la mer.

[101] Torino, ASTo, Carta Topografica in misura del Contado di Nizza […] Parte Quarta (1760-1763).

[102] Torino, ASTo, Plan Topographique en mesure du cours du fleuve Var […] et de celui des Rivieres du Steron (1759).

[103] Voir notamment la visite de 1603 (Nice, AD 06, G 1216, fol. 16 v°), celle de 1654 (G 1230, fol. 114 et fol. 116) et celle de 1683 (G 1248, fol. 32 v° et 33 r°).

[104] Nice, AD 06, G 1216 (1603), fol. 16 v°.

[105] Fabien Blanc-Garidel (dir.), L’archéologie…, p. 33.

[106] Martin Aurell, Jean-Paul Boyer, Noël Coulet, La Provence au Moyen Âge, Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2005, p. 22.

[107] La concession de jours d’indulgence pour la visite de la chapelle de la forteresse de Beuil indique tout de même que le lieu de culte était ouvert à tous, au moins pour certaines dates et célébrations.

[108] Élisabeth Chalmin-Sirot, Vivre et croire…, p. 12.

 

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