Portrait de Dominique Iogna-Prat, historien de l’Église

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Dominique Iogna-Prat est directeur d’études à l’EHESS et occupe la chaire « Les « territoires » de l’Église. Médiévistique et sciences sociales des religions ». Ses recherches qui ont introduit l’ecclésiologie dans le champ des sciences sociales lui permettent de penser l’Église comme organisatrice du fait social sur le temps long.

Transcription du portrait de Dominique Iogna-Prat


D’abord, pourquoi se retrouver dans la maison Auguste Comte, dans le 6e arrondissement de Paris ?

Une histoire sociale de l’Église

Vous êtes l’un des spécialistes du renouveau des travaux sur l’Église, au tournant de la fin des années 1970-1980. Jusqu’ici, comment est-ce que les historiens faisaient de l’histoire ecclésiastique ? Et pourquoi cet intérêt pour l’Église comme objet d’étude ?

Avec la parution en 1998 d’Ordonner et exclure. Cluny face à l’hérésie, au judaïsme et à l’islam (1000-1150), vous posiez la question de l’Église comme institution ordonnant et englobant le monde social, quitte à en exclure une partie. Par la suite, vos différents travaux vous ont conduit à penser l’Église comme devenant une ‘‘institution totale’’. Vous parlez même de coextensivité entre l’Église et la société. Comment s’est construite cette relation ? Et pourquoi peut-on dire que la société occidentale s’est définie et construite dans l’intolérance ?

Vous vous êtes intéressé, dans La Maison Dieu, au passage de l’Église comme corps social à l’Église comme architecte de la société, du IXe au XIIe siècle. Puis, du XIIIe au XVe siècle, dans Cité de Dieu, cité des hommes, vous explorez la coexistence de cette Église, architecte traditionnelle de la société, et de l’État politique émergent, architecte moderne de la cité des hommes, matérialisée dans la ville. Dans une histoire longue de l’Église en Occident, comment évoluerait ce rapport dans les siècles suivants ? Et, d’après vous, la révolution numérique que nous vivons aujourd’hui change-t-elle globalement la manière dont l’architecture de l’espace fait société ?

Histoire, sciences sociales et travail du chercheur

À la fin des années 1970, vos premiers travaux ont porté sur la place des femmes dans les pratiques pénitentielles au tournant des années 1110. Depuis les gender studies ont pris une grande importance dans les sciences sociales. Vos séminaires à l’EHESS accordent souvent une place importante aux questionnements sur les femmes dans l’histoire et interrogent les rapports de masculinité/féminité. Pourquoi cet intérêt ? Et quels sont, selon vous, les enjeux importants de l’étude des genres en sciences sociales ?

Dans l’article que vous avez écrit pour le numéro Faiseurs d’histoire, vous n’hésitez pas à dévoiler votre vie personnelle et à raconter votre parcours professionnel pour expliquer les choix qui vous ont conduit à étudier l’Église médiévale. Pensez-vous que ce travail d’autoréflexion doit être fait par le chercheur ? Qu’est-ce que cela peut lui apporter ?

Le titre de votre chapitre dans Faiseurs d’histoire s’appelle justement ‘‘Faire communauté’’. Vos travaux ont souvent concerné l’étude de communautés, monastiques comme hérétiques par exemple, mais vos recherches ont aussi été l’œuvre d’un travail collectif. Vous avez entamé depuis 2015 avec Frédéric Gabriel et Alain Rauwel un cycle de séances de séminaire préparatoire à la rédaction d’un imposant dictionnaire critique de l’Église. Quelle est selon-vous la place du collectif dans le travail du chercheur ?

 

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