Portrait de Nicolas Offenstadt, historien spécialiste de la guerre de Cent Ans et de la Grande Guerre

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Nicolas Offenstadt est historien, maître de conférences habilité à l’université Paris 1. Il est spécialiste des pratiques de guerre et de paix pendant la Guerre de Cent ans ainsi que pendant la Première Guerre Mondiale. Il est également spécialiste de la RDA, de l’espace public au Moyen Âge, et d’une pratique historienne de l’urbex.

Transcription du portrait de Nicolas Offenstadt

NB : l’entretien a été réalisé sur deux jours, ce qui explique la légère différence de lumière pour les trois dernières vidéos.


Une histoire « en plein air »

À propos de votre travail sur la R.D.A. et sur le Chemin des Dames, vous expliquez être parti de l’exploration d’un lieu ou d’un paysage, épisode que vous retracez ensuite dans vos ouvrages dans le cas de la R.D.A.. Qu’est-ce que la pratique concrète d’un espace apporte au travail de l’historien ? Qu’apporte, selon vous, le récit de cette expérience ?

Dans votre Histoire de la R.D.A., vous mobilisez aussi bien des paquets de cigarettes vides que la muséographie de petits musées privés, une discussion dans un train avec un inconnu que le nom des rues actuel ou passé. De la même manière, vous faites de l’urbex une pratique historienne, vous visitez des villes guide touristique de l’époque en main, fréquentez les brocantes… Est-ce que de nouvelles sources impliquent de nouvelles méthodes ? Ou au contraire, est-ce que de nouvelles pratiques permettent l’émergence de nouvelles sources ?

Une ouverture pluridisciplinaire et transpériode

Contre l’hyperspécialisation qui caractérise généralement l’histoire universitaire, vous écrivez aussi bien des ouvrages d’histoire médiévale, sur la Première Guerre mondiale ou sur la RDA. Peut-on tracer des liens thématiques et méthodologiques entre vos différents sujets, ou forment-elles des œuvres indépendantes ? Quels chemins avez-vous suivi pour passer d’un thème à un autre ? Quelles sont les difficultés que ce cheminement peut soulever (méthodologiques, intellectuelles, institutionnelles, etc.) et que permet-il en termes de capacité heuristique ?

Dans Le Moyen Âge de Jürgen Habermas, vous proposez une réflexion sur l’utilisation par les historiens de concepts exogènes, issus d’autres sciences sociales et forgés pour décrire les réalités appartenant à un contexte différent. Dans le même temps, vous nourrissez vos réflexions de références aux écrits de Michel Foucault, de Claude Lévi-Strauss, de Jack Goody, de Bruno Latour… Quelles règles de conduites permettent une bonne utilisation de ces concepts dans la réflexion historique, et quels conseils méthodologiques donneriez-vous pour mettre en œuvre une telle articulation de façon heureuse ?

Vous avez exploré dans vos travaux plusieurs pratiques historiographiques (l’histoire comparée ou l’anthropologie historique par exemple). Avec le recul, lesquels vous paraissent les plus ou les moins féconds pour traiter de vos sujets de recherche ? Si votre éditeur vous proposait d’ajouter un chapitre supplémentaire à votre manuel sur l’Historiographie, à quels nouveaux courants le consacreriez-vous, et auxquels souhaiteriez-vous être associé ?

L’historien dans l’espace public

Dans Les fusillés de la grande guerre et la mémoire collective, les bornes temporelles sont larges et arrivent jusqu’à l’année de publication du livre. Vous proposez ainsi une histoire matérielle de la mémoire qui s’étend jusqu’au temps présent. Comment être à la fois acteur et observateur de l’Histoire ? Comment être acteur et observateur de la mémoire ? Dans ce cadre, comment vous situez-vous vis-à-vis des commémorations, comme celle de la Première Guerre mondiale dont vous êtes spécialiste ?

Vous prêtez une grande attention aux objets passés du quotidien, aux produits abandonnés, et aux ruines, de la même manière que vous traitez avec sérieux le projet de société que proposait la R.D.A. et la viabilité d’un modèle alternatif au tournant de l’année 1989. Est-ce une façon de lutter contre une lecture téléologique de l’Histoire qui fait des vaincus et de leurs projets d’inéluctables échecs ? Est-ce que vous considérez que le rôle de l’historien est aussi de redonner la parole à tous les acteurs de cette histoire et de de ne pas donner l’impression d’un passé, et donc d’un futur, figé ?

La vulgarisation et les usages politiques de l’Histoire sont partagés aussi bien par des passionnés d’histoire que par des essayistes ou polémistes. On a l’impression que vous voyez dans certaines de ces initiatives l’expression d’une forme de légèreté voire d’hybris. La pratique de l’histoire est-elle un combat intérieur pour plus de modestie, de patience, d’écoute et d’ouverture d’esprit, autant qu’un combat civique pour une meilleure compréhension des enjeux actuels par nos concitoyens ?

Vous mobilisez parfois des formes d’écriture presque à la manière d’un magazine, faites des flashs sur des événements ou anecdotes en petits paragraphes concis. Et au-delà de La Grande Guerre en 30 questions, clairement pensé pour le grand public, la volonté de vulgariser et de rendre accessible la recherche historique au plus grand nombre est toujours perceptible dans vos ouvrages, notamment lorsqu’ils traitent de la Première Guerre mondiale. Est-ce un objectif que vous poursuivez depuis vos premiers écrits ou est-ce un questionnement plus récent ?

 

 

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