La lutte continue! La presse féministe des partis de la gauche socialiste allemande après l’obtention du droit de vote des femmes en 1918

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Claire Milon

 


Résumé : La république de Weimar a longtemps été vue comme la fin du premier féminisme allemand, qui s’étiolerait entre l’obtention de sa revendication la plus symbolique en 1918, le droit de vote, et la prise de pouvoir par les nazis en 1933. Cet article questionne cette assertion en examinant quatre revues publiées par les différents mouvements de la gauche socialiste allemande immédiatement après l’obtention de ce droit, du parti communiste à la social-démocratie de gouvernement. Loin de s’éteindre, le féminisme de gauche connaît alors une véritable effervescence intellectuelle et éditoriale. De nombreuses propositions émergent dans ces revues, appelant à modifier la société en profondeur, au-delà des seuls droits politiques : remise en cause de l’importance du mariage, discussions sur la libération sexuelle, appel à réformer le travail domestique… Autant de sujets sur lesquels, pour les féministes de gauche, la lutte continue !

Mot-clés : féminisme, presse, gauche, Weimar, genre.


Ancienne élève-normalienne de l’École normale supérieure de Cachan et agrégée d’histoire, Claire Milon est actuellement doctorante en histoire contemporaine à l’université de Strasbourg. Sa thèse, menée sous la direction de Mme Catherine Maurer et sous la co-direction de M. Johann Chapoutot (Paris 4), s’intitule « La randonnée, construction d’un loisir et d’une pratique sociale dans l’Allemagne wilhelmienne (1872-1914) ». Elle est aussi chargée d’une mission d’enseignement à l’université de Strasbourg. L’article présenté ici est tiré de son mémoire de Master 2 intitulé « La lutte continue ! Le féminisme de gauche après l’obtention du droit de vote des femmes au début de la république de Weimar », sous la direction de Marie-Bénédicte Vincent et Olivier Wieviorka, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2017 (Mémoire de Master 2 non publié).

claire.milon@ens-paris-saclay.fr


Note liminaire : Le mot « féminisme » (Feminismus) n’apparaît pas dans notre corpus. S’il peut être employé pour désigner l’orientation de périodiques visant à revaloriser le rôle et l’image des femmes dans la société, il ne peut s’agir que d’une catégorie historicisée et appliquée a posteriori à un courant d’idées, plutôt désigné par les femmes et journalistes de l’époque qui s’en revendiquent sous le terme « Frauenbewegung » (littéralement « mouvement des femmes »). À défaut de meilleure catégorie, nous désignerons donc sous le terme général de « féminisme » le courant auquel se rattachent ces revues, et qui suit la « première vague » du mouvement féministe[1], ayant milité pour le droit de vote et la reconnaissance de l’égalité devant la loi.


Introduction

Les revues destinées aux femmes, publiées par les partis de la gauche allemande au début de la république de Weimar, sont originales à plus d’un titre : elles rendent compte d’une réflexivité de l’action militante et de la pression exercée par les enjeux électoralistes ou révolutionnaires sur l’engagement politique féminin. Ces publications sont surtout le lieu de l’expression d’une conscience de soi par l’écrit, remplissant ainsi une fonction performative pour l’existence même du mouvement féministe au sein de ces courants politiques. En 1918, alors que le mouvement ouvrier allemand est le plus fort d’Europe, tant du point de vue de la démographie que du prestige[2], nous avons choisi de nous concentrer sur la gauche dite « socialiste », c’est-à-dire qui revendique cet héritage et cette affiliation.

Quatre revues ont été analysées, qui reflètent la composition de la gauche socialiste allemande au lendemain de la Première Guerre mondiale : die Gleichheit[3], revue du parti social-démocrate (SPD) s’adressant spécifiquement aux travailleuses, die Kämpferin[4], jouant ce même rôle pour le parti socialiste indépendant (USPD), die Kommunistin[5] pour le parti communiste (KPD) et die Frau im Staat[6] qui n’est pas liée à un parti politique précis mais affiliée au mouvement pacifiste. L’histoire de la création de ces revues reflète les divisions successives de la gauche allemande : la revue du SPD (die Gleichheit) est créée en 1892[7], peu après l’abrogation des lois antisocialistes de Bismarck[8], par Clara Zetkin (1857-1933), figure tutélaire du mouvement féministe socialiste[9] dont se réclament par la suite toutes les revues étudiées dans cet article. Les trois autres sont créées en 1919, date marquant le début de notre étude et consacrant l’éclatement de la gauche allemande, unie au sein du SPD jusqu’en 1917. Chaque courant reproduit alors le modèle du parti originel et crée une revue destinée aux femmes du mouvement. Cet élan correspond à un vrai souci pour les partis politiques allemands en 1919 : lors de l’avènement de la république, les femmes ont obtenu le droit de vote et d’éligibilité[10] et, avec les pertes humaines subies par les hommes sur le front, constituent la majorité de la population[11]. Le vote des femmes est donc désormais susceptible de décider de l’issue d’une élection, d’où l’urgence pour les militants et militantes de s’adresser à elles.

Les années 1919-1923 sont traditionnellement considérées comme la période de mise en place de la république de Weimar, heurtée par une série de crises (révolution spartakiste, république des conseils de Bavière, putsch de Kapp, occupation de la Ruhr, hyperinflation), avant qu’elle atteigne un « âge d’or[12] » dans la suite des années 1920. En 1923 disparaît ainsi die Gleichheit, emportée par l’hyperinflation[13]. Ces cinq années forment une époque très stimulante : obtention du droit de vote, mise en place de la république, révolutions russes de 1917 et berlinoise de l’hiver 1918-1919. Tous ces évènements créent une effervescence dans les milieux de gauche et font de ces premières années de la république une époque du possible[14]. Le féminisme allemand connaît alors une recomposition profonde et une puissante vitalité, loin de l’image d’un mouvement en déclin souvent véhiculée[15]. De nombreux travaux décrivent en effet les années suivant l’obtention du droit de vote comme un « creux de la vague », un « étiage militant[16] » pour le féminisme qui serait alors privé de ressources, tant sur le plan intellectuel qu’en termes de crédibilité ou d’attractivité. Avant l’apparition de nouvelles revendications sociales, professionnelles et procréatives dans les années 1960, le courant féministe serait ainsi inerte. Depuis une dizaine d’années, cette vision a été rediscutée, certains travaux remettant en cause l’idée même de « vagues[17] », critiquant la validité de ce concept hors du monde anglo-saxon[18] et c’est bien dans cet élan que cet article entend s’inscrire. Il s’agit donc ici de s’intéresser à la question de la difficile mobilisation des femmes : du constat du désintérêt à la recherche de nouveaux thèmes de revendication, de la production à la réception, comment les revues font-elles face à cette indifférence ?

Il s’agit d’abord d’observer les conditions dans lesquelles leur combat est mené : dans quel milieu, avec quels moyens (intellectuels et financiers) et quelle réception. Ces éléments sont en effet nécessaires pour comprendre comment ces féministes de gauche luttent pour leur parti. Toutefois, le cœur de la lutte de ces revues n’est pas tant d’œuvrer pour le parti que de transformer la société pour libérer les femmes en repensant les liens sociaux.

Production des revues

Modèle économique et lectorat

Les revues étudiées reposent sur un modèle économique semblable : elles sont distribuées par le parti auquel elles sont rattachées, souvent par le biais des syndicats ou groupes locaux qui rendent l’abonnement en théorie obligatoire avec l’adhésion[19].

Notons tout d’abord qu’elles s’adressent avant tout à des lectrices plutôt qu’à des lecteurs. En témoignent leurs noms, qui concernent surtout les femmes et l’utilisation courante de l’interpellation des lectrices par le terme « camarade[20] » qui, en allemand, connaît une forme différente au féminin et au masculin : Genossin/Genosse. Le lectorat visé par cette presse est bien interne au parti, mais n’englobe pas toutes les militantes. À l’exception de die Gleichheit, revue plus étudiée dans la littérature[21], les données dont nous disposons sont très lacunaires et parfois peu crédibles, les chiffres ayant pu être exagérés par les partis.

nombre d’abonné·e·s nombre estimé de femmes dans le parti en 1922[22]
1919 1920 1921 1922 1923
die Gleichheit[23] (SPD) 33.000 13.000 25.000 33.000 22.000 219.558
die Kommunistin (KPD) 23.754* 40.018
die Kämpferin (USPD) 88.500* 45.099

Tableau 1 : chiffres disponibles sur le nombre d’abonné·es et de femmes dans les partis
(* données issus d’articles de la revue concernée, les chiffres ont pu être exagérés à des fins de propagande)

La part des femmes abonnées à la revue au sein de chaque parti se situe vraisemblablement autour de 15% et rassemble incontestablement moins de 50% des effectifs féminins. Nous observons donc un échec des revues pour ce qui concerne leur distribution, qui vise en théorie l’ensemble des femmes membres du parti d’affiliation. Le nombre de numéros vendus en dehors du système d’abonnement demeure inconnu, mais plusieurs articles mentionnent à demi-mot la quasi-inexistence de ces ventes. Cela permet certainement de comprendre la frilosité des journalistes à aborder le sujet et l’absence de chiffres ou de bilans annuels dans les revues. Nous faisons donc l’hypothèse que ces ventes peuvent être considérées comme quantités négligeables.

Le modèle économique de la quatrième revue, die Frau im Staat, pourrait sembler plus fragile, la publication n’étant rattachée à aucun parti politique institutionnel. Le titre est publié par Lida Gustava Heymann et Anita Augspurg, alors déçues par leurs expériences dans le monde politique, notamment avec la gauche libérale[24]. Le modèle économique diffère donc, mais la revue s’appuie sur un réseau de militant·es pacifistes, membres de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté[25], y compris à l’étranger, signe d’une distribution finalement assez semblable aux autres revues, reposant avant tout sur des membres engagé·es dans une structure collective.

Les revues cherchent à maintenir un prix au numéro aussi bas que possible : de 0,15 M à 0,30 M en septembre 1919. La comparaison avec les prix nominaux du beurre[26] est révélatrice : les revues les plus chères du corpus coûtent autant qu’une demi-livre de beurre[27] ce qui fait d’elles des objets abordables pour une famille ouvrière, ces dernières vivant avec un salaire annuel inférieur à 3 000 marks par an[28]. Mais c’est surtout l’évolution lors de l’hyperinflation de 1922-1923 qui est révélatrice : avant de se résoudre à augmenter le prix de vente, les titres résistent à l’inflation pendant près d’un an et demi. Il s’agit là d’une volonté politique, qui signale le soutien économique des partis pour ces publications, les périodiques devant être abordables pour les ouvrières.

Une autre manière d’aborder la question de la réception de ces revues est d’en étudier les annonces publicitaires[29]. Les produits sont directement liés aux activités traditionnellement associées aux femmes, comme la couture et les vêtements (16 % des annonces[30]), la cuisine (16 %), l’ameublement (8 %) ou encore le souci du corps, de l’hygiène et de la santé qui concerne en cumulé 35 % des réclames[31]. De cela, il est possible de déduire que les annonceurs imaginent bien s’adresser à un lectorat féminin. Mais certaines publicités retiennent plus particulièrement l’attention : magasin de fourrures[32] ou vente de matelas coûtant 625 M[33], détonnent par rapport aux styles éditoriaux des revues. Ces produits sont caractéristiques d’une « consommation ostentatoire[34] », reflétant une réussite économique et sociale, et semblent très éloignés des achats effectués par les foyers ouvriers. Si l’on en croit les articles consacrés aux conditions de vie dans le monde ouvrier, ces derniers peinent en effet à nourrir, habiller et chauffer leur famille. Ces publicités contredisent directement les discours véhiculés à l’intérieur des revues, et ce décalage semble être perçu par une partie du lectorat puisqu’en décembre 1920 un encart de la rédaction de die Gleichheit précise aux lectrices :

« Suite à de nombreuses remarques reçues ces derniers temps, la rédaction fait savoir à nos lectrices qu’elle n’a aucun pouvoir sur le choix de la rubrique des annonces publicitaires, et n’en est pas responsable[35]. »

Certaines publicités contrarient donc les lectrices ce qui semble cohérent avec le contexte économique : les années d’après-guerre sont des années de pénuries en Allemagne et il faut d’ailleurs attendre 1928 pour que les salaires ouvriers retrouvent le niveau de 1913[36]. Les réclames ne semblent donc pas s’adresser à des personnes vivant avec un salaire ouvrier mais dessinent au contraire les contours d’une toute autre lectrice-type : une femme de la classe moyenne, vivant à Berlin, d’origine ouvrière mais ayant reçu une bonne éducation et travaillant dans le secteur social et éducatif (assistante sociale, éducatrice ou enseignante). Ces analyses comportent toutefois un biais : les revues étant liées à un parti ou un courant politique, ces réclames sont aussi un moyen pour les entreprises « amies » de soutenir le parti. Cependant, l’intérêt financier des entreprises leur interdirait de s’adresser à un public trop éloigné de leur produit et il est donc très intéressant de constater que les annonceurs imaginent des lectrices très différente de l’objectif affiché par les revues elles-mêmes.

Die Frau im Staat se détache très nettement des autres publications : la revue a une couverture cartonnée colorée, bleu pâle, le grain du papier est plus épais et elle imprime 40% de mots en moins que la moyenne des autres revues[37]. Il s’agit aussi de la seule des revues étudiées qui n’utilise pas de caractères gothiques (type Fraktur) pour imprimer les articles. Les expériences de lecture sont donc très différentes et nous pouvons supposer que la revue vise un lectorat lui aussi différent, un public moins large et moins populaire, ce qui explique son prix au numéro plus élevé (1,10 M).

Qui sont les journalistes ?

Les journalistes des revues étudiées se connaissent probablement mutuellement et semblent appartenir à un même milieu. En observant la proportion d’articles écrit par chaque journaliste par rapport au nombre total d’articles publiés dans chaque revue, nous constatons qu’un très petit nombre de contributeurs et contributrices est responsable d’une part considérable du total des articles produits. Dans la revue die Kämpferin, cinq journalistes écrivent plus de 20% des articles, et dans die Gleichheit et die Frau im Staat, cette part monte même à 25%. A contrario, la plupart des personnes écrivant dans la revue ne signe qu’un ou deux articles (la proportion d’article écrit par personne diminue très rapidement). Cette organisation des revues, où très peu d’individus écrivent une grande proportion d’articles, puis de nombreux journalistes produisent chacune une très faible proportion d’articles, permet de mener une étude biographique des principales contributrices, représentative des journalistes qui font véritablement les revues. Une telle démarche n’est malheureusement pas envisageable pour die Kommunistin, puisque les articles ne sont pas signés. Pour pallier cette difficulté, nous avons pris en compte les trajectoires des membres de la rédaction (Clara Zetkin, Hertha Sturm, Martha Arendsee et Bertha Braunthal) : sans être certains que ces personnes contribuaient effectivement à l’écriture des articles, nous supposons que leur position dans la rédaction permettait de donner le ton de la revue.

die Kämpferin die Frau im Staat die Gleichheit
nom de l’autrice part des articles de la revue écrits par l’autrice nom de l’autrice part des articles de la revue écrits par l’autrice nom de l’autrice part des articles de la revue écrits par l’autrice
Mathilde Wurm 9,6 Lida Gustava Heymann 12,1 Clara Bohm-Schuch 7,4
Luise Zietz 3,8 Gertrud Baer 5,0 Hedwig Wachenheim 3,9
Fritz Ausländer 1,9 Anita Augspurg 3,4 Marie Juchacz 2,7
Hans Hackmack 1,9 Pax 2,8 Johann Caspari 2,3
Walter Eschbach 1,9 Lilli Jannasch 2,5 Karl Diesel 2,1
Berta Braunthal 1,6 Myrrha Tunas 1,9 Henriette Fürth 2,0

Tableau 2 : proportion d’articles écrit par chaque journaliste par rapport au nombre total d’articles publiés dans chaque revue

L’étude menée sur les 18 biographies[38] des journalistes contribuant le plus à l’écriture des revues est très instructive : malgré des origines sociales, géographiques et des âges divers, certains traits communs se dégagent. Ainsi, près de 80% de ces journalistes sont des femmes ; la formation et la profession jouent un grand rôle[39] et plus de la moitié des journalistes étudiées ont exercé un métier en rapport avec le secteur social (enseignantes, travail dans la protection sociale, etc.). En outre, ces personnes se sont engagées relativement jeunes au sein de la gauche allemande et sont militantes depuis 16 ans en moyenne, ce qui signifie que leur engagement a débuté avant la Première Guerre mondiale, c’est-à-dire avant la division de la gauche allemande. Les journalistes qui écrivent dans les revues étudiées sont des représentantes idéal-typiques[40] de la social-démocratie allemande : originaires de toute l’Allemagne et ayant suivi des études, leur militantisme de gauche les a poussées vers des métiers sociaux. Elles se sont engagées assez jeunes au sein du SPD, le parti regroupant à cette époque toutes les tendances de la gauche allemande. Les contributrices appartiennent à un même réseau, celui des militantes du parti social-démocrate d’avant-guerre ; il est même possible que certaines se connaissent.

Le portrait de ces journalistes s’inscrit dans un nouveau modèle féminin qui apparaît dans la république de Weimar : des femmes, intellectuellement et économiquement émancipées (elles ont un travail salarié[41]), urbaines et contestataires d’un point de vue politique. Symboles des mutations de la société et de la vie culturelle de la nouvelle république, elles sont désignées comme la « femme nouvelle », la neue Frau. Les films, livres et magazines de la république de Weimar présentent des femmes émancipées, libres sexuellement, indépendantes, sans enfants, fumeuses et coiffées à la garçonne[42], tout à la fois désirables et inquiétantes[43]. Mais la neue Frau ne fait pas consensus dans la société, et au fil des articles, les journalistes témoignent de la difficulté d’être des femmes dans un monde politique et public masculin. Ces confessions sont souvent masquées par un discours plus général, et il faut alors lire en creux les expériences personnelles de ces militantes qui doivent lutter pour être considérées et estimées à l’intérieur même de leur mouvement. Un exemple révélateur est fourni par un échange d’articles dans die Gleichheit. Le 13 novembre 1920, la revue publie un texte de Kurt Heilbut qui déplore que tant de participantes à la « conférence des femmes[44] » fument, et dénonce ces « influences masculines[45] » dangereuses pour « la femme ».

« Cela ne devrait pas être bien difficile pour une femme de savoir ce qui est naturel, ce qui est beau, et ce qui ne l’est pas. Prenons seulement comme modèle l’idéal de la femme, son accomplissement final et le plus beau : la mère. Représentons-nous une mère auprès de ses enfants avec une cigarette ou un cigare à la bouche et nous saurons à quoi nous en tenir au sujet des fumeuses[46]. »

La critique des femmes du parti est ainsi faite très directement, sans ambiguïté possible, et par un membre du même parti. Les fumeuses sont dénigrées, et les attributs socialement considérés comme fondateur de la féminité leur sont niés : la maternité, le sens de l’esthétique. Il n’est donc pas étonnant de lire une réponse deux numéros plus tard[47] : « N’y aurait-il vraiment pas de réflexions masculines de plus haut niveau sur la conférence des femmes, qui auraient été plus instructives pour les lectrices de die Gleichheit ? »[48] Cet échange montre la difficile position de ces femmes engagées et journalistes, visiblement critiquées par les hommes de leur propre camp, remettant en cause leur féminité[49]. Il n’est pas étonnant qu’elles soient attaquées sur ce sujet : fumer est alors considéré comme une activité masculine et ces militantes commettent une transgression[50] en s’appropriant ainsi les codes de la masculinité. Cette controverse peut sembler anecdotique mais révèle en vérité que, par leur position dans l’espace social et leur comportement, ces journalistes remettent en cause l’ordre social, ce qui s’avère menaçant pour un parti en quête de respectabilité (le SPD).

Changer la place des femmes dans la société

Le droit de vote comme argument politique

Il s’agit d’une véritable tragédie pour nos journalistes : les femmes allemandes ne votent pas pour la gauche, bien que ce soient ces partis qui aient œuvré pour l’obtention du droit de vote des femmes. Sur ce sujet, l’engagement du SPD, et avec lui de l’ensemble de la gauche allemande, date de plusieurs décennies[51]. Cette désaffection pour les partis de gauche est rendue visible par l’utilisation, au début de la république de Weimar, de bureaux différents ou de bulletins de couleurs différentes pour les hommes et les femmes, ce qui permet de connaître précisément l’influence du genre sur le vote[52]. Le manque de mobilisation des femmes pour la gauche est ainsi rapporté par toutes les revues, unies dans un même désarroi.

Dans les articles traitant de la question du droit de vote, l’enjeu principal consiste souvent à affirmer que le parti auquel la revue est liée en est à l’origine. Nous relevons un effort commun pour attaquer le parti du catholicisme social (Zentrum) et les partis considérés comme représentant la droite, c’est-à-dire les partis non-marxistes (DDP, DNVP, DVP[53]) dans toute la presse étudiée ; il s’agit de décourager les lectrices de voter pour la droite ou le centre, leur opposition antérieure au droit de vote étant rappelée et brandie comme un risque futur si ces partis arrivent au pouvoir. A contrario, le rôle joué par la social-démocratie dans ce combat devrait lui assurer le vote des femmes[54] ; c’est du moins un argument fort avancé par les journalistes de die Gleichheit[55]. Face à cet argumentaire, les revues situées à la gauche du SPD affirment elles que ce n’est pas la social-démocratie mais la révolution qui a amené le droit de vote aux femmes. Ce dernier est alors présenté comme un exemple parfait illustrant la pensée communiste : seules la révolution et la lutte des classes peuvent permettre au prolétariat d’arracher des droits aux classes dominantes. Le succès que représente l’obtention du droit de vote devrait ainsi encourager les femmes à rejoindre les rangs communistes.

Nous constatons que, naturellement, au sein des revues étudiées, nulle ne regrette le temps où les femmes ne pouvaient pas voter : il n’existe aucune suggestion de retour en arrière, et dans ce sens, les revues sont unanimes sur le fait que le droit de vote est nécessaire. Même die Kommunistin reconnaît que « ce droit politique formel n’est pas sans valeur, ne doit pas être sous-estimé[56] ». Toutefois, les critiques à l’égard de ceux qui célèbrent ce droit comme une réussite sont vives et suivent un même raisonnement : il n’a rien changé aux conditions de vie des femmes, il est donc futile et hypocrite de le célébrer comme un triomphe. Die Frau im Staat dénonce ainsi le fait que les femmes sont très peu nombreuses au Parlement[57], ce qui met la démocratie en danger. La revue déplore aussi que, pour être reconnues et prises au sérieux en politique, les femmes se comportent comme les hommes, s’adaptent à la « tradition politique masculine[58] », au lieu de proposer un nouveau modèle[59]. Die Kommunistin est plus radicale : le droit de vote n’a pas eu d’influence sur les conditions de vie des femmes car seule la révolution peut amener un véritable changement[60]. Pour expliquer l’obtention de ce droit, l’accent est mis sur les ressorts économiques ; la revue arguant que les droits accordés aux travailleurs sont de simples outils dans les mains des capitalistes[61]. Selon cet argumentaire, le seul but de ces avancées est d’empêcher les prolétaires de se révolter, en leur faisant croire que le progrès est possible[62] : c’est là la grande « duperie », le « mensonge de papier[63] » des capitalistes. Ainsi, le droit de vote des femmes n’a été accordé que pour éblouir ces dernières et les empêcher d’agir :

« Les jongleurs capitalistes cherchent à vous amadouer avec des aumônes, comme le droit de vote des femmes. Les droits politiques que vous donne ou promet la société bourgeoise ne vous rendront pas votre liberté économique[64]. »

Le vocabulaire employé pour parler du droit de vote (« aumône », « mensonge de papier », « duperie ») tranche avec l’exaltation des articles de die Gleichheit qui glorifient cette « avancée sociale [65] ».

Si les revues féministes étudiées s’accordent (parfois simplement à demi-mot) sur la nécessité du droit de vote, la scission est profonde entre les féministes du SPD et celles du reste de la gauche. Contrairement à une vision contemporaine du droit de vote des femmes, ces dernières ne voient pas ce droit comme un aboutissement, et cette thématique rejoint des questionnements et divisions plus larges au sein de la gauche sur la pertinence du droit de vote en général, souvent opposé à la révolution. Si les féministes du SPD se félicitent de cette avancée, revenant avec nostalgie et fierté sur le combat mené, les autres autrices critiquent ce premier discours et souhaitent poursuivre la lutte pour une véritable égalité politique ou économique.

Maternité et sexualité : des rôles féminins politisés

La protection sociale des mères, de l’enfance et de la maternité n’est pas un combat propre à la gauche, puisqu’il s’agit aussi des principales revendications des femmes des mouvements chrétiens[66]. Au début de la république de Weimar, quelle que soit l’orientation politique, la maternité n’est pas un sujet de controverse : une femme est une mère. Dans ce contexte, un combat commun est mené par les revues étudiées : celui des droits des mères célibataires et de leurs enfants nés en dehors du mariage. Cette situation n’a rien d’étonnant : d’après Anne Cova, il s’agit précisément du combat rassemblant « féministes réformistes » et « féministes radicales[67] ». Le cas de ces mères est symptomatique de l’oppression des femmes, puisque les pères de ces enfants illégitimes ne sont pas concernés par les conséquences ces naissances.

Un autre combat est étroitement lié à celui pour les mères célibataires : le droit à l’avortement, alors interdit par le code pénal[68]. La société est alors jugée comme hypocrite, elle qui interdit l’avortement et stigmatise en même temps les mères célibataires. La misère dans laquelle vivent les femmes « prolétaires » obligées d’élever seules un enfant est le principal argument utilisé dans les revues pour justifier une légalisation de l’avortement :

« La société bourgeoise ne fait rien pour que la femme puisse se ménager pendant la grossesse. Elle ne donne pas la possibilité aux femmes et filles de la classe ouvrière de pouvoir être une mère bienveillante pour l’enfant. Elle condamne pourtant la femme enceinte qui avorte intentionnellement. »

Arendsee, die Kämpferin, 3 juin 1920

« Chacun sait que la situation économique des classes laborieuses et des couches sociales peu fortunées fait que la naissance et l’éducation d’un enfant représente un luxe. »

Article anonyme, die Kommunistin, 15 avril 1922

Ces citations, parmi d’autres, n’étonnent pas dans des revues avant tout politiques et qui envisagent la société d’un point de vue marxiste. La prédominance d’arguments économiques pour soutenir le droit à l’avortement témoigne du déploiement d’un véritable « féminisme marxiste » dans ces revues : il n’est pas ici question de se battre pour un droit légitime pour toutes les femmes, mais d’une lutte sociale pour les femmes les plus dominées d’un point de vue économique ; les arguments étant d’ordre social et hygiénique[69].

Ces prises de position s’accompagnent d’une révision des critères moraux liés à la sexualité, ce qui, cette fois, distingue profondément les militantes étudiées de féministes plus conservatrices. Seule die Gleichheit demeure conservatrice sur les questions de sexualité, affirmant par exemple que l’éducation sexuelle des jeunes filles est aisé, puisqu’il suffit de leur expliquer qu’ « une jeune fille est comme un tablier blanc : une seule tache et tout le tablier est souillé[70] ». À l’opposé de ces positions, die Kommunistin et die Kämpferin prennent la défense des prostituées « victimes de la persécution policière[71] ». Ces deux périodiques dénoncent les rapports de domination de classe, vus comme la cause de la prostitution[72]. Die Kämpferin va même jusqu’à réclamer une certaine forme de liberté sexuelle, comme lorsqu’est rapporté le cas d’une jeune fille condamnée pour avoir eu une relation avec un prisonnier russe[73]. Die Frau im Staat est la revue la plus progressiste en la matière : « La femme est maintenue sous un joug qui a l’apparence de l’adoration, et cela durera longtemps, jusqu’à ce qu’elle brise elle-même ces entraves et conquière le droit de servir l’Éros féminin. Là aussi, une révolution sera nécessaire[74] ». Une véritable « révolution sexuelle » est souhaitée, ce qui est particulièrement progressiste, et la publication aborde même clairement l’homosexualité : « quand l’instinct tout-puissant pousse une femme vers une femme ou un homme vers un homme, alors l’amour est aussi sacré[75] ». Nous nous devons d’évoquer le couple formé par Lida Gustava Heymann et Anita Augspurg, les fondatrices de la revue, qui influence certainement cette volonté de libération de la sexualité dans la publication, qui soutient le droit à la contraception[76] et préconise une véritable éducation sexuelle[77].

Repenser le travail des femmes

Le désir de transformer la société passe aussi par un changement dans la perception du travail des femmes. Sa nécessité et son importance, marqueurs forts du mouvement féministe de gauche, constitue un consensus dans cette presse et reflète un autre enjeu important porté dans les revues : la critique du travail domestique effectué par les femmes. Ce rôle ménager est ainsi dénoncé en des termes très forts :

« La femme n’est uniquement considérée que comme mère et esclave domestique. »

Rosa Schwann-Schneider, die Frau im Staat, octobre 1920

« Sous la forme actuelle du mariage, la femme, et à plus forte raison la mère, n’est dans la plupart des cas qu’une esclave domestique, qu’une bête de somme. »

Adolf Domnick, die Gleichheit, juillet-août 1922

« Mari et enfants considèrent tout cela [son travail] comme allant de soi. »

Bertha Braunthal, die Kämpferin, 13 mai 1920

« Des millions de femmes et filles, ouvrières allemandes, s’effondrent sous le poids de l’esclavage domestique. »

Else Baum, die Kommunistin, 1er mars 1922

Ces citations montrent que les quatre revues étudiées s’accordent pour dénoncer la charge de travail domestique effectué par les femmes sans être reconnu, ni par les familles, ni par la société. Die Kämpferin rappelle que dans les familles « des classes aisées[78] », ce travail est rémunéré (bien que très peu) et effectué par des domestiques. De la même manière, die Kommunistin déclare que ce travail est « productif[79] ». Il s’agit de changer le regard porté par la société, mais surtout par les femmes elles-mêmes sur ces tâches, afin d’améliorer leur confiance en elles et les inciter à lutter pour leurs droits. Des solutions innovantes sont alors proposées par les revues pour les aider.

La première proposition concerne l’éducation des enfants et la mise en place de crèches, jardins d’enfants ou autres systèmes de garde. Ce sujet est présenté comme une véritable question de société, dans la mesure où il s’agit d’apprendre aux enfants à vivre en communauté. Des références sont faites aux grands modèles de la gauche : le phalanstère de Fourier[80], l’organisation en Union soviétique[81]. Sur le sujet du ménage et de la cuisine, des solutions plus innovantes et avant-gardistes sont aussi envisagées. En premier lieu, l’idée forte est celle de l’instauration d’un système de cantines, de « cuisines centralisées » (Zentralküche) qui livreraient les repas dans les foyers quotidiennement. Cette collectivisation aurait plusieurs avantages selon les revues : en achetant les produits en gros, des économies seraient réalisées, il serait possible de disposer des moyens modernes pour cuisiner plus facilement et, surtout, les femmes seraient dispensées de ce travail quotidien[82]. Le même système est aussi proposé pour le linge : les lessives pourraient être organisées collectivement, il suffirait alors de récupérer le linge propre chaque semaine en apportant celui qui est sale[83]. Ces solutions sont présentées comme des mesures profondément socialistes, puisqu’elles reposent sur la collectivisation des tâches. Les hommes ne sont pas mentionnés dans ces propositions, qui ne remettent pas en cause la répartition genrée du travail domestique.

Conclusion

Die Kommunistin, die Kämpferin, die Gleichheit et die Frau im Staat sont donc, entre 1919 et 1923, quatre revues féministes de gauche qui témoignent du dynamisme et de l’énergie de ce mouvement après l’obtention du droit de vote pour les femmes. Ces revues, par leur diffusion mais aussi par l’engagement militant de celles qui font le texte, consolident un sentiment d’appartenance et transmettent des codes, des valeurs marxistes et révolutionnaires. Les débats portant sur le droit de vote, sur son utilité et sur son origine montrent qu’il n’est pas perçu comme un aboutissement. Si les premières années de la république de Weimar sont marquées par une forte instabilité, ce contexte permet un bouillonnement intellectuel et politique au sein de cette presse féministe, pour qui tout est alors possible, y compris des revendications avant-gardistes : le droit à l’avortement, la révolution sociale, la réorganisation des tâches domestiques, entre autres. La lutte, ou plutôt les luttes, de ces femmes continuent donc bien après l’obtention du droit de vote.


[1] D’après l’expression utilisée depuis les années 1980 dans la recherche historique française pour désigner les mouvements « féministes » luttant pour l’obtention de l’égalité politique (en France jusqu’en 1940, en Allemagne jusqu’en 1918). Cf. Christine Bard (dir.), entrée « Première vague », Dictionnaire des féministes, PUF, 2017.

[2] Jean-Numa Ducange, Stéphanie Roza et Razmig Keucheyan, Histoire globale des socialismes, XIXe-XXIe siècle, PUF, Paris, 2021, 1156 p.

[3] Litt. « l’égalité ».

[4] Litt. « la combattante ».

[5] Litt. « la communiste ».

[6] Litt. « la femme dans l’État ».

[7] Sur la naissance de cette presse féministe, cf. Ulla Wischermann, Frauenbewegungen und Öffentlichkeiten um 1900 : Netzwerke – Gegenöffentlichkeiten – Protestinszenierungen, U. Helmer, Königstein, 2003, 318 p.

[8] Entrées en vigueur en 1878.

[9] Puschnerat Tânia, Clara Zetkin, Bürgerlichkeit und Marxismus, eine Biographie, Klartext, Essen, Allemagne, 2003, 463 p.

[10] Articles 17 et 22 de la Constitution de la république de Weimar.

[11] 2,4 millions de soldats allemands sont morts pendant la Première Guerre mondiale. Source : Philip J. Haythornthwaite, The World War One Source Book, Arms and Armour, Londres, 1993, p. 64.

[12] Alfred Wahl, L’Allemagne de 1918 à 1945, Colin, Paris, 1993, 174 p.

[13] Die Kämpferin ayant fusionnée avec la revue-mère l’année précédente lors du retour du parti socialiste indépendant (USPD) dans le giron du SPD.

[14] Cette période suscite actuellement un certain enthousiasme auprès des historiens : Chris Harmann, La révolution allemande 1918-1923, La fabrique, Paris, 2015, 410 p. ; Alexandre Dupeyrix et Gérard Raulet, Allemagne 1917-1923. Le difficile passage de l’Empire à la République, MSH Paris, 2018, 164 p. ; Gilbert Badia, Le spartakisme : les dernières années de Rosa Luxemburg et de Karl Liebknecht : 1914-1919, Otium éditions, Ivry-sur-Seine, 2021, 615 p.

[15] C’est par exemple la vision donnée par Marianne Walle ou par Ute Gerhard qui parlent pour cette époque de la « fin du premier féminisme allemand » cf. Marianne Walle, « Sind das noch Damen? Regards sur le journalisme au féminin (du 18e siècle à 1933) », Germanica, n°10, 1992 et Ute Gerhard, Unerhört, die Geschichte der deutschen Frauenbewegung, Rowohlt, Hamburg, 1990, 408 p.

[16] Pour reprendre les expressions de Sylvie Chaperon qui l’applique, elle, au cas français de l’après-guerre. Le parallèle nous semble cependant légitime, les contextes militants étant alors comparables (entre l’obtention du droit de vote et les grandes revendications sexuelles et procréatives), cf. Sylvie Chaperon « Creux de la vague » in Christine Bard (dir.) Dictionnaire des féministes, PUF, 2017.

[17] C’est par exemple le cas de l’ouvrage de Karen Offen : Les féminismes en Europe 1700-1950, Presses universitaires de Rennes, Rennes, France, 2012, 544 p.

[18] Bibia Pavard, Florence Rochefort, Michelle Zancarini-Fournel, Ne nous libérez pas, on s’en charge, Une histoire des féminismes de 1789 à nos jours, La Découverte, 2020

[19] Plusieurs témoignages au sein même de ces revues nous renseignent sur cette obligation, par exemple, Wilhelmine Köpfner, « Soll die Kämpferin obligatorisch eingeführt werden ?», die Kämpferin, 29 janvier 1920.

[20] Article anonyme, « Genossinnen, an die Arbeit, in den Kampf ! » die Kommunistin, 1er juillet 1920.

Luise Zietz, « Genossinnen ! » die Kämpferin, 11 janvier 1920.

[21] Sachse Mirjam, « Von „weiblichen Vollmenschen“ und Klassenkämpferinnen, Frauengeschichte und Frauenleitbilder in der proletarischen Frauenzeitschrift „Die Gleichheit“ (1891–1923) », thèse de doctorat, Cassel, 2010, 855 p.

[22] Ces chiffres ont été obtenus en croisant les données recueillies dans les sources sur le nombre d’abonnées avec le nombre de femmes membres des partis de gauche (données issues de la littérature). Nous attirons l’attention du lecteur sur la marge d’erreur inhérente à la production de cette estimation. Cf. Ben Fowkes, Communism in Germany under the Weimar republic, Palgrave Macmillan, Londres, 1984, p.182 ; Christel Wikert, Unsere Erswählten. Sozialdemokratische Frauen im Deutschen Reichstag und im Preußsichen Landtag 1919 bis 1933, Sovec, Göttingen, 1986, p.80 ; Hartfrid Krause, USPD : zur Geschichte der Unabhängigen Sozialdemokratischen Partei Deutschlands, Europäische Verlagsanstalt, Francfort, 1975, p.303.

[23] Heinz Niggemann, Emanzipation zwischen Sozialismus und Feminismus, die sozialdemokratische Frauenbewegung im Kaiserreich, Hammer, Wuppertal, 1981, p.75

[24] Kinnebrock, Susanne, Anita Augspurg, 1857-1943: Feministin und Pazifistin zwischen Journalismus und Politik, Centaurus, Herbolzheim, 2005, 683 p.

[25] Internationale Frauenliga für Frieden und Freiheit.

[26] La comparaison avec le beurre se justifie par le fait que, comme la presse, le beurre est un bien de consommation courante mais non pas un produit de première nécessité (comme les pommes de terre ou la farine), dont les prix sont plus volatiles.

[27] En Allemagne, une livre correspond à 500 gr. Une livre de beurre coûte 3,15 M en septembre 1919.

[28] 95 % des foyers ouvriers gagnent moins que 3000 M par mois en 1907 et les niveaux de salaires d’avant-guerre ne sont retrouvés qu’à la fin des années 1920. Voir Marie-Bénédicte Vincent, Histoire de la société allemande au XXe siècle – t. I, Paris, France, La découverte, 2011. p.61.

[29] Malheureusement, cette dernière est absente de die Kommunistin et die Kämpferin, ce qui restreint l’analyse.

[30] L’étude a été menée sur les annonces présentes dans tous les numéros de die Gleichheit publiés sur la période, et, faute de temps pour la revue die Frau im Staat, relevées à raison d’un numéro tous les six mois.

[31] 14% pour la santé, 12% pour l’hygiène et les soins du corps et 9% pour les articles de beauté.

[32] Un magasin de fourrures berlinois vente ainsi ses produits à plusieurs reprises dans Die Gleichheit : par exemple, les 1er janvier 1921, 1922 et 1923.

[33] A mettre en regard des moins de 3 000 M dont dispose annuellement les familles ouvrières, comme évoqué précédemment. Annonce publicitaire de Wilhelm Lüders, « Pantentmatratzen Auflagen », die Gleichheit, 1er janvier 1921.

[34] Pour reprendre l’expression du sociologue américain Thorstein Veblen in Théorie de la classe de loisir, 1899.

[35] Rédaction de la revue, Die Gleichheit, 11 décembre 1920.

[36] M.-B. Vincent, op. cit. p.61.

[37] D’après le décompte des mots imprimés sur la deuxième page de l’édition de juin 1921. Le mois de juin 1921 se situe au milieu de la période étudiée et a ainsi été choisi arbitrairement pour effectuer ce comptage. Cette décision, aléatoire, permet de se faire une idée de l’univers visuel large de ces titres. Sur l’importance de l’univers visuel des titres de presse cf. Yves Perrousseaux, Histoire de l’écriture typographique, 2006.

[38] Certain·es journalistes sous pseudonymes n’ont pas pu être identifié·es.

[39] Seules trois personnes (sur 18) n’ont pas suivi d’études jusqu’au lycée.

[40] Pour reprendre ici l’expression de Max Weber, pour lequel un idéal-type est le modèle d’un phénomène social, modèle abstrait et simplifié.

[41] Cela n’est pas une exception : un tiers des femmes sont salariées sous la république de Weimar ; Detlev Peukert, Die Weimarer Republik: Krisenjahre in der Klassischen Moderne, p. 101. Cette assertion ne vaut pas pour les éditrices de die Frau im Staat qui disposent d’une fortune personnelle.

[42] Detlev Peukert, Die Weimarer Republik : Krisenjahre in der Klassischen Moderne, Suhrkamp, Francfort 1987, p. 104-105.

[43] Patrice Petro, « Perceptions of Difference : Woman as Spectator and Spectacle », Women in the Metropolis : Gender and Modernity in Weimar Culture, University of California Press, Berkeley, 1997, p.41.

[44] Frauenkonferenz ; « Conférence des femmes » du SPD à Cassel, les 9 et 10 octobre 1920.

[45] Kurt Heilbut, « Männergedanken zur Frauenkonferenz », die Gleichheit, 13 novembre 1920.

[46] Ibid.

[47] H. W. « Frauengedanken zu den Männergedanken », die Gleichheit, 27 novembre 1920. L’article est signé HW et est écrit probablement Hedwig Wachenheim, seule journaliste dont les initiales correspondent.

[48] Ibid.

[49] D’après le titre de l’article de Marianne Walle, « Sind das noch Damen? Regards sur le journalisme au féminin (du 18e siècle à 1933) », Germanica, 1992, p.67-82.

[50] Nous nous inscrivons ici dans la lignée des travaux sur le genre de Candace West et Don Zimmerman, affirmant que le sexe (le sexe social) n’est pas quelque chose que nous avons ou sommes, mais que nous faisons. Cf. Candace West et Don Zimmerman, « Doing Gender », Gender and Society, Vol. 1, No. 2., 1987), p. 125-151.

[51] August Bebel est souvent cité comme précurseur sur ce sujet avec la publication de Die Frau und der Sozialismus, Volksbuchh, Zürich, Suisse, 1879, 180 p.

En outre, le SPD est le premier parti allemand à intégrer le droit de vote des femmes à son programme en octobre 1891, au Congrès d’Erfurt.

[52] Mathilde Wurm, « die Wahlbeteiligung der Frauen », Die Kämpferin, 15 mai 1919.

[53] DDP : Deutsche Demokratische Partei, Parti démocrate allemand.

DNVP : Deutschnationale Volkspartei, Parti national du peuple allemand.

DVP : Deutsche Volkspartei, Parti populaire allemand.

[54] Marie Juchacz, « Einst und Jetzt », Die Gleichheit, 9 octobre 1920.

[55] E. Rdt, « Aus den Erinnerungen einer alten Führerin », Die Gleichheit, 1er février 1922.

[56] Article anonyme, « Trümmer », Die Kommunistin, 11 août 1919.

[57] Anita Augspurg, « Die Wahlen », Die Frau im Staat, mai 1920. Il n’y siège que 10% de femmes en 1920 (cf. Ute Gerhard, Unerhört, die Geschichte der deutschen Frauenbewegung, 1995).

[58] Article anonyme, « ein Frauenkonzil in München », Die Frau im Staat, juillet-août 1920.

[59] Lida Gustava Heymann, « Frauenpolitik – Männerpolitik », Die Frau im Staat, juillet-août 1920.

[60] Article anonyme, « Trümmer », Die Kommunistin, 11 août 1919.

[61] R.W., « die demokratische Republik und die Gleichberechtigung der Frau », Die Kommunistin, 15 décembre 1921.

[62] Article anonyme, « Bürgerlich-kapitalistisches Frauen- und Kinderrecht », Die Kommunistin, 1er septembre 1919.

[63] Fr., « Der demokratische Gleichberechtigungsschwindel », Die Kommunistin, 25 janvier 1921.

[64] Article anonyme, « Manifest der ersten internationalen kommunistischen Frauenkonferenz an die Proletarierinnen der ganzen Welt », Die Kommunistin, 21 août 1920.

[65] Wilhelmine Rähler, M. d. R., « Zu neuen Ufern lockt ein neuer Tag » Die Gleichheit, 6 octobre 1919.

[66] Cf. l’entrée « catholicisme » du dictionnaire des féministes France XVIIIe – XXIe siècle, de Christine Bard [dir.], 2017.

[67] Anne Cova, Féminismes et néo-malthusianismes sous la IIIe république « la liberté de la maternité », L’Harmattan, Paris, 2011, 293 p.

[68] Article 218 du code pénal. « La propagande anticonceptionnelle est aussi interdite » in Anne Cova, « Où en est l’histoire de la maternité ? », Clio. Histoire, femmes et sociétés [en ligne], vol. 21, no. 1, 2005.

[69] Martha Moritz, « Neue Wege kommunistischer Propaganda », Die Kommunistin, 1er juillet 1923. Cette position du parti communiste allemand se poursuit tout au long de la république de Weimar, cf. Brigitte Studer, « Communisme et féminisme », Clio. Femmes, Genre, Histoire, vol. 41, no. 1, 2015, pp. 139-152.

[70] Anna Wolegaard, « Ein Wort an unseren Mütter », Die Gleichheit, 1er janvier 1921.

[71] Luise Zietz, « die Prostitution in der Verfassung », Die Kämpferin, 4 septembre 1919.

[72] Gesine Becker, « der Kampf gegen die Kasernierung der Prostituierten », Die Kommunistin, 1er avril 1923.

[73] Article signé « un étudiant en médecine dans une université allemande », « eine Sünderin », Die Kämpferin, 10 juillet 1919.

[74] Grete Fantl, « Das Erosproblem », Die Frau im Staat, juillet-août 1920.

[75] Ibid.

[76] Dr. Phil. Helene Stoecker, « Geburtenregelung », Die Frau im Staat, septembre 1922.

[77] Lilli Jannasch, « der Bund entschiedener Schulreformer », Die Frau im Staat, juin 1921.

[78] Otto Jenssen, « die soziale Revolution, die Frau und das Heim », Die Kämpferin, 13 novembre 1919.

[79] Article anonyme, « Die Hausfrauen und die Räte », Die Kommunistin, 11 septembre 1919.

[80] D’après le modèle de vie collective imaginé par Charles Fourier au début du XIXe siècle au sein duquel l’éducation des enfants était collective.

[81] Cette vision relève bien plus de discours que de la réalité, les femmes soviétiques ayant continué à assumer une double journée de travail malgré les annonces. Cf. Martine Mespoulet, « Travail domestique et construction du socialisme en URSS d’après les enquêtes de budget-temps », Clio. Femmes, Genre, Histoire, vol. 41, n°1, 2015, p. 21-40.

[82] Par exemple, Elise Neumann, « Gemeinschaftsküche », die Kämpferin, 19 août 1920.

[83] Par exemple, Alexandra Kollontai, « die Familie und die kommunistische Gesellschaft » die Kommunistin, 1er mai 1920.

 

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