Le quartier de Bexiga: bricolages pour une résistance afro-brésilienne à la «modernité» de São Paulo (1914-1940)

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Yohann Lossouarn

 


Résumé : L’étude de la présence afro-brésilienne dans le quartier de Bexiga à São Paulo dans les années 1920 et 1930 permet de comprendre à la fois la manière dont les élites de la ville prennent en considération ces habitants issus d’un esclavage encore proche et l’influence de ceux-ci sur leur quartier. Le racisme des élites de la ville les a marginalisés à Bexiga, mais les Afro-brésiliens du quartier ont su « bricoler » cette place qui leur a été laissée en ville pour y construire une certaine autonomie. La construction des particularités de cette communauté et de son quartier est d’abord abordée sous l’angle des « bricolages » de la vie quotidienne afro-brésilienne à Bexiga, grâce auxquels ils adaptent leur vie et leur territoire. L’exception culturelle du quartier exprime aussi ces conditions, ainsi qu’un passé afro-brésilien.

Mots-clés : Brésil, São Paulo, Afro-brésiliens, racisme, modernité, marginalité, bricolages.


Yohann Lossouarn est diplômé d’un Master recherche à l’université Paris VII, après un semestre effectué à l’université de São Paulo où il a étudié l’héritage de l’esclavage dans l’urbanisation de la ville entre 1920 et 1940. Les résultats de cette recherche ont été publiés sous forme de chapitre dans l’ouvrage collectif Transições metropolitanas (IRD Éditions/Annablume, 2020). Il continue aujourd’hui de s’y intéresser en donnant une considération particulière à la question culturelle.

Vous pouvez le retrouver sur Twitter @LossouarnY.


Introduction

Le développement de la culture du café est un marqueur du XIXe siècle brésilien, au cours duquel l’État de São Paulo devient progressivement le centre de sa production massive. Cet ouvrage a été supporté par des esclaves d’origine africaine que les planteurs paulistes[1] ont fait venir du Nordeste du Brésil. L’État de São Paulo en vient ainsi à compter 18,7% d’esclaves (et 43,5% d’Afro-Brésiliens au total) parmi sa population lors du recensement de 1872 ; ce qui lui donne, à cette époque, une proportion d’esclaves largement supérieure aux 11% de l’État de Bahia – pourtant un des espaces historiques de la production esclavagiste brésilienne[2]. Mais les grands domaines agricoles, les fazendas de café, ont toujours besoin de plus de main-d’œuvre, et dès le milieu du XIXe siècle des planteurs vont tenter d’aller chercher des travailleurs en mettant en place une immigration subventionnée au départ de l’Europe[3]. Le 13 mai 1888, les esclaves deviennent des individus libres et ainsi des travailleuses et travailleurs libres, la princesse Isabel ayant déclaré l’« abolition perpétuelle » votée peu avant par l’Assemblée générale du gouvernement de João Alfredo[4]. L’ordre social de la région et du pays s’en trouve totalement modifié, alors qu’une industrie se met en place à São Paulo grâce à l’argent du café. Il s’agit principalement de petites fabriques puis de petites usines rendant la ville de São Paulo nécessiteuse en main-d’œuvre, ce qui attire notamment les anciens esclaves de l’intérieur pauliste. Ceci explique la présence d’une importante population afro-brésilienne dans la métropole naissante des années 1920 et 1930, même si c’est principalement l’immigration européenne (spontanée ou subventionnée par l’État pour répondre aux besoins des planteurs de café) qui a répondu à cette demande en main-d’œuvre. Ainsi, en plus d’être les décennies de la métropolisation de São Paulo[5], les années suivant l’abolition brésilienne de l’esclavage sont aussi celles d’un renouvellement total de la population de la ville. Lors de la seule année 1888, ce sont 91 083 femmes et hommes qui s’installent dans l’État de São Paulo en provenance de l’étranger[6] (soit 6,58 % de la population totale recensée dans l’État en 1890) si l’on dénombre les seules nationalités italiennes, espagnoles, portugaises et autrichiennes. Les plantations de café sont la principale destination de l’immigration européenne, mais un tel afflux, des années durant, explique le gain en population blanche dans la capitale de l’État puisqu’ils y arrivent, y restent ou bien y retournent après avoir travaillé dans l’intérieur pauliste.

Toutefois, le quartier de Bexiga, situé dans la petite périphérie au sud du centre-ville, se distingue du reste de São Paulo dans cette dynamique d’européanisation de sa population. Dans le recensement de 1890[7], la paroisse de Nossa Senhora da Consolação de São João Batista, qui compte notamment les habitants de Bexiga, est, sur les quatre paroisses de la zone urbanisée de la ville, celle qui compte la plus grande proportion d’Afro-Brésiliennes et d’Afro-Brésiliens (18,9%). Cette proportion est largement inférieure à celle de 1872 (37,6%), puisque leur nombre n’a qu’à peine doublé (2 517 contre 1 262) tandis que celui des Blanches et des Blancs a quintuplé (10 766 contre 2 070), du fait de l’arrivée massive d’immigrants européens. Mais le quartier est celui qui compte le plus grand pourcentage d’Afro-Brésiliennes et d’Afro-Brésiliens, et la présence des Noirs reste forte parmi les jeunes classes d’âge de Bexiga puisqu’encore en 1938 le sociologue étasunien Samuel Lowrie, venu étudier les Noirs de São Paulo, estime à 25% la proportion d’élèves afro-brésiliens dans les groupes scolaires du quartier[8]. Entre ces deux dates (1890 et 1938) et même légèrement au-delà (jusqu’au recensement général du Brésil de 1940), les données du recensement ne précisent pas toujours la couleur de peau, ou alors elles ne sont pas détaillées aux échelles inférieures à la municipalité de São Paulo. Mais en croisant ces premiers chiffres avec d’autres indices de la présence afro-brésilienne – pratiques culturelles (samba, macumba), détails provenant de la presse locale (petites annonces, récits d’événements particuliers, photos) qui renseignent parfois sur la couleur de peau des habitants – il est ainsi possible de confirmer la présence importante et l’influence de la population noire dans ce quartier à l’urbanisation singulière au moins jusqu’en 1940.

Il s’agit ainsi de comprendre la signification de cette présence afro-brésilienne dans le quartier de Bexiga, à la fois du point de vue du discours moderniste des élites paulistes, qui ont en main l’urbanisme de la ville, et de celui des principaux concernés, les Noirs de São Paulo. Nous voulons mettre à jour le rôle que ces élites blanches ont donné à la race[9] dans ce qui peut apparaitre comme une relégation vers un quartier défavorisé, au moins du point de vue de l’urbanisation, ainsi que les conséquences de leur discours sur l’évolution spatiale de ce quartier. Surtout, nous nous demandons comment ces Afro-brésiliennes et Afro-brésiliens marginalisés ont réagi à cette situation, et comment elles et ils ont exprimé matériellement et culturellement une certaine capacité d’agir[10]. Pour étudier la vie du quartier, notre réflexion s’appuie sur la notion de « bricolages », que nous entendons comme des tactiques combinant, à échelle humaine, des usages et des pensées plus ou moins disparates. Le but de tels « bricolages » est de résoudre des problèmes auxquels des individus sont exposés mais dont les solutions ne leur sont pas aisément accessibles dans l’idéologie dominante, la pensée historiquement hégémonique, ni sur un marché commercial (de biens de consommation par exemple)[11]. Il en résulterait ce que l’on pourrait appeler un « micro-empouvoirement », puisqu’une fois ce problème résolu il y a un gain (si minime soit-il) matériel, de pouvoir ou de fierté pour l’individu ou le petit groupe par rapport à sa situation de départ. On situe ainsi ces « bricolages » entre la « production [culturelle, au sens large] des consommateurs » de Michel de Certeau[12] et le « braconnage » de James C. Scott en tant que résistance infrapolitique – souvent illégale mais peu violente – des groupes subalternes[13]. Il s’agirait ainsi d’une preuve de la capacité d’agir de quelques dominés dans la ville de São Paulo, qu’ils le soient matériellement, socialement ou encore culturellement (notamment face à l’idéal de modernité pauliste)[14].

Pour mener cette enquête, nous nous appuyons principalement sur trois titres de presse qui figuraient parmi les plus distribués à São Paulo : le Correio Paulistano, A Gazeta et le Diario Nacional[15]. Nous utilisons également des analyses, des archives et des statistiques compilées par des sociologues ainsi que des instituts de la ville de São Paulo, de l’État de São Paulo et du Brésil, mais aussi des cartes et des photographies produites par ceux-ci durant la première moitié du XXe siècle. Après avoir expliqué la place singulière que tient le quartier dans l’urbanisation de São Paulo, nous posons d’abord le discours élitiste raciste qui y est véhiculé à propos de Bexiga et du Saracura, en regard à une mémoire « noire » inscrite dans le quartier par des références spécifiques à l’histoire des groupes afro-brésiliens. Ensuite, nous nous intéressons au rapport que ces habitantes et habitants entretiennent avec le travail, notamment pour souligner le « bricolage » d’une résistance par le maraîchage face au mode de vie bourgeois inscrit dans l’idéal de modernité pauliste, que l’on aura évoqué précédemment. Enfin, il convient de pointer comment elles et ils ont exprimé dans ce quartier leur culture afro-brésilienne pour mieux affirmer leur présence.

La place singulière de Bexiga dans l’urbanisation de São Paulo depuis 1872

En 1872, avant l’abolition de l’esclavage et la vague d’immigration européenne, São Paulo est une petite ville de 26 040 habitants, mais elle connaît ensuite une croissance démographique exponentielle : l’agglomération atteint 2,3 millions d’habitants en 1940. Au cours de cette période, la ville ne fait pas que s’étendre de plus en plus, elle se densifie également dans ses quartiers plus anciens, notamment au sud du centre-ville. Elle y triomphe par endroit d’une topographie contraignante, en tirant profit de la canalisation progressive des cours d’eau tout au long de la première moitié du XXe siècle. Celle-ci permet de rendre beaucoup de terrains constructibles car les rivières inondaient de nombreuses plaines, les várzeas, lors des périodes de crues[16]. Le lieu-dit « Cambucy », entouré de marais en 1895, est un bon exemple de ces transformations puisqu’il est totalement urbanisé en 1930 avec son canal, sa route et ses installations industrielles (voir figure 1). Le quartier de Bexiga (délimité en rouge sur la même figure) touche à sa pointe nord-est le centre-ville en une place d’une grande importance dans les sociabilités de la ville, le « Largo do Piques » (qui sert de point de rassemblement à de nombreuses festivités[17], notamment liées à la samba[18]), tandis qu’au sud-est il longe l’Avenida Paulista qui surplombe le quartier. Celle-ci constitue alors le territoire des élites paulistes. Mais c’est aussi sous cette avenue que l’on trouve les sources du cours d’eau Saracura[19] (en bleu sur la figure 1). Cette rivière et ses vallées caractérisent la géographie du quartier et définissent ainsi les particularités de son urbanisation, mais aussi, comme on le verra, la vie quotidienne et la culture de ses riverains et riveraines. À proximité de ses sources, le Saracura est divisé en deux : le « grande » et le « pequena » (petit) qui confluent au niveau de la Praça São Manuel pour couler vers le centre-ville. La lecture des cartes successives montre que l’urbanisation de cette zone est compliquée et tardive : les rives du Saracura ainsi que l’espace entre ses deux bras sont longtemps laissés à la nature. Si sur la carte de 1916[20] on peut voir que l’urbanisation a avancé, il existe encore des várzeas ainsi qu’un petit lac, le Tanque Reuno, juste avant la confluence avec deux autres rivières qui forment ensemble le Rio Anhangabaú. L’espace encore peu dense constitue une friche naturelle dans le sud de la métropole en formation, tandis que les constructions se densifient dans les autres quartiers et au centre de Bexiga. En 1930[21] encore, le Saracura reste libre et ses crues saisonnières, comme les pentes de ses vallées, freinent toujours l’urbanisation. Lors des grosses pluies d’été, la presse quotidienne déplore souvent les dégâts faits dans le quartier par la boue et les eaux torrentielles et encore en janvier 1937, le Correio Paulistano relate l’effondrement « d’une maison de construction peu solide » après des intempéries[22]. Ce n’est qu’en 1940 que la municipalité prend le contrôle de la vallée par l’aménagement d’un grand axe routier (l’Avenida Nove de Julho) qui recouvre un Saracura totalement canalisé[23]. Cette prise de contrôle est à la fois géographique et sociale puisque les travaux ont entrainé de nombreuses expropriations[24] et l’effacement des particularités qui définissaient le quartier jusque-là. Ce sont les causes et les conséquences de ce processus que nous voulons étudier, de 1914[25] jusqu’aux grands aménagements de 1940 qui concluent ainsi une phase de l’urbanisation de Bexiga.


Figure 1 : Urbanisation du sud de São Paulo entre 1895 et 1930[26]

Bexiga et le Saracura, entre discours raciste et mémoire « noire »

À Bexiga comme dans d’autres quartiers de São Paulo, Afro-brésiliennes et Afro-brésiliens coexistent donc avec une population issue de la récente immigration européenne. S’appuyant sur les statistiques officielles, la tradition historiographique en a fait un quartier afro-italien[27] dans la première moitié du XXe siècle, fort d’une immigration calabraise notamment, particulièrement dans certaines rues[28]. Mais en dépouillant les journaux de l’époque, on remarque aussi l’installation d’une communauté portugaise qui définit, elle aussi, la vie du quartier[29]. En effet, les Portugais comme les Italiens émigrent pour certains avec un petit capital qui leur permet de s’établir dès leur arrivée en ville en tant que propriétaires de petits ateliers, de commerces ou de logements qu’ils louent notamment à des Afro-Brésiliens (on peut le voir dans certaines archives municipales[30] ou dans quelques faits divers relatés par la presse[31]). Quelques-unes des rues les plus anciennement urbanisées du quartier sont caractérisées par leurs cortiços (de grands logements surpeuplés où chaque pièce abrite une famille entière) qui conditionnent les relations « interethniques » de Bexiga. Dans son témoignage, un habitant de l’époque raconte en effet que les cortiços rapprochaient physiquement les Afro-brésiliens des Italiens, mais qu’il ressentait alors les préjugés racistes de ces derniers, ce qui installait de la distance entre les deux communautés. Ainsi, s’il n’y avait pas forcément de conflit ouvert, il paraissait inimaginable qu’un fils d’Italien épouse une Noire[32]. À l’échelle individuelle, les relations pouvaient être cordiales voire amicales, mais à l’échelle collective, l’immigration et la présence italienne sont utilisées par les élites de l’État pour « blanchir » l’image de São Paulo[33]. Les Italiens sont ainsi censés apporter de la blancheur dans le travail agricole et urbain de São Paulo afin de nourrir le discours régional et régionaliste, qui veut établir une modernité pauliste sur le modèle de la modernité européenne[34]. En effet, au moins jusqu’aux années 1930, le progrès est synonyme de blancheur[35] pour les élites économiques et culturelles de la région ; cela signifie qu’il faut reléguer la part noire de la population et de la culture dans « l’autre » Brésil auquel São Paulo entend s’opposer (le Nordeste notamment)[36]. C’est ainsi que la simple visibilité d’individus à la peau noire dans cette ville, dans les années 1920 particulièrement, peut être lue comme un défi à la modernité pauliste.

Pourtant, Bexiga porte également la mémoire d’un quartier afro-brésilien pour les habitants du début du XXe siècle, en référence à des époques antérieures mais aussi pour des générations postérieures qui aiment à faire référence à cette époque des débuts de la samba (les années 1910, 1920 et 1930[37]). Dans une chanson composée dans les années 1970 (voir ci-dessous), Geraldo Filme (né en 1927 ou 1928) témoigne du souvenir d’enfance qu’il garde de ce quartier emblématique de la communauté afro-paulistaine. On peut supposer, dans une certaine mesure, que c’est cette communauté qui s’écrit aussi à travers lui. On note l’attention portée aux changements matériels consécutifs à l’urbanisation, notamment pour le Saracura qui ruisselle encore dans son esprit et définit la partie peut-être « la plus noire » de Bexiga. Il fait ainsi l’histoire d’une défaite matérielle de l’expérience noire de São Paulo, mais aussi d’une résistance culturelle puisque « o samba continua ».

Musique : « Tradição » de Geraldo Filme (années 1970)[38]

Tradição (Vai No Bexiga Pra Ver) Tradition (va à Bexiga pour voir)
Quem nunca viu o samba amanhecer
Vai no Bexiga pra ver
Vai no Bexiga pra ver
Qui n’a jamais vu l’aube de la samba
Va à Bexiga pour voir
Va à Bexiga pour voir
O samba não levanta mais poeira
Asfalto hoje cobriu o nosso chão
Lembrança eu tenho da Saracura
Saudade tenho do nosso cordão
La samba ne soulève plus la poussière
L’asphalte recouvre notre sol désormais
Souvenir que j’aie du Saracura
Nostalgie que j’aie de notre cordão[39]
Bexiga hoje é só arranha-céu
E não se vê mais a luz da Lua
Mas o Vai-Vai está firme no pedaço
É tradição e o samba continua
Bexiga aujourd’hui n’est que gratte-ciel
Et on ne voit plus la lumière de la lune

Mais Vai-Vai est toujours présent
C’est la tradition et la samba continue

Selon Raquel Rolnik[40], l’origine même du peuplement noir de Bexiga serait une référence mémorielle. Il s’agirait d’un souvenir positif puisque c’est celui d’un quilombo (un retranchement d’esclaves en fuite) qui pouvait être un motif de fierté en tant que résistance active à l’esclavage située en ces lieux. La première mention de ce quilombo se trouve dans les actes de la troisième session de la chambre municipale qui a eu lieu le 9 mai 1831[41]. Un grand propriétaire foncier, Marciano Pires de Oliveira, dénonce alors « des esclaves fugitifs et des voleurs qui se regroupent » dans cette vallée du Saracura. Certains historiens ont identifié que le petit lac Tanque Reuno (en bleu sur la figure 2 ci-après) a pu constituer leur repère[42]. Plutôt que de rejoindre une jungle qui peut les cacher et les nourrir, les quilombolas venaient alors se réfugier aux abords de l’une des villes les plus dynamiques de la région (toutefois bien plus petite au milieu du XIXe siècle, comme on l’a vu). Pour rejoindre la capitale tout comme pour s’organiser, les gares ferroviaires étaient des infrastructures utiles puisqu’elles permettent aux esclaves de faire des rencontres dans lesquelles se cristallisent les expériences et projets de résistance entre eux, ainsi qu’avec des captifs en fuite, des affranchis ou encore des libres militants pour l’abolition[43]. Au cours de leur évasion, ils y trouvent des trains qui peuvent les mener de leur fazendas vers une ville, riche en emplois journaliers favorisant le mouvement et la discrétion. C’est ainsi que São Paulo se trouve être un refuge idéal pour ces fugitifs, qui peuvent aussi tirer profit de lieux enclavés et retirés tels que les vallées du Saracura. Par son établissement et son maintien, la communauté noire de Bexiga du début du XXe siècle réaffirmerait alors cette résistance dans son souvenir. Cette mémoire s’appuyait certainement sur une tradition orale qui permettait de développer une résistance infrapolitique au sens de James C. Scott[44], puisque de cette manière elle était à la fois discrète et quasi immatérielle pour la classe dominante.

Bexiga paraît aussi avoir été un territoire support de la mémoire afro-brésilienne dans sa toponymie. On remarque en effet, dans le quartier des années 1920, deux noms de rues qui font référence à un autre événement : l’abolition de l’esclavage au Brésil. Il s’agit de la Rua Treze de Maio (la date de la « loi dorée » qui proclame l’abolition de l’esclavage en 1888) qui se situe plutôt à l’ouest du quartier, et de la Rua Abolição au nord-est de Bexiga (les deux apparaissent en rouge sur la figure 2 ; voir après). Il est impossible de dire si ces noms sont le fait de demandes de la communauté afro-brésilienne du quartier ou bien si, à l’inverse, celle-ci a fait le choix de s’y installer pour la référence à cette « victoire ». Ce que nous pouvons affirmer c’est que cette toponymie est officialisée moins de dix ans après l’événement auquel elle fait référence, puisqu’on peut dater la première mention de la Rua Abolição dans les actes du conseil municipal de 1892[45] et de la Rua Treze de Maio en 1896[46]. De tels évènements historiques n’ont pas pu être anodins pour les Afro-Brésiliennes et Afro-Brésiliens du quartier.

Ces deux références ont en effet comme point commun l’esclavage, qui a conditionné la vie des Afro-Brésiliennes et Afro-Brésiliens au cours des siècles précédents. Mais c’est un passé que les élites de São Paulo veulent mettre à distance, notamment en stigmatisant la population issue de cet esclavage. Cette volonté est visible dans la presse, en particulier dans les colonnes du Correio Paulistano. Dans un article du 9 octobre 1907[47], un journaliste représente le Saracura comme l’altérité de son idéal de la modernité blanche et urbaine. Dès le titre, il invite le lecteur à faire un voyage à travers le monde en restant dans la ville de São Paulo. En effet, le Saracura serait « un morceau d’Afrique » et posséderait ainsi les dernières « reliques de la race pauvre face à la civilisation cosmopolite [entendre : européenne] qui envahit la ville depuis [18]88 ». L’habitat aussi est décrit comme une relique qui doit laisser place à la modernité voulue pour la ville : à côté de la « ligne de masures [qui] bordent les rives du ruisseau, la vallée est profonde et étroite [et] des flaques verdâtres marquent les endroits d’où sort l’argile qui se transforme en palais et résidences de luxe ». Référence est ici faite aux riches avenues qui surplombent la vallée à tous les points cardinaux. Mais l’auteur tient à distinguer cette situation d’une simple pauvreté qui est aussi le lot de certains immigrés européens récemment arrivés. Il note ainsi que « plus que d’être pauvre, c’est sordide ». Au-delà de l’image – qu’il déplore – des « petits noirs à moitié nus » ou encore « des vieillards à l’air congolais », il plaint ces hommes « sacrifiés pour leur propre liberté dont ils ne savent pas jouir ». Et, s’il justifie l’élimination de ces malades et autres alcooliques « pour l’élaboration de la nouvelle race pauliste », il lui semble tout de même regrettable que « ceux qui sont venus sur les navires négriers, qui ont planté le café et nourri la terre de leur sueur et de leurs larmes, finissent boutés de la ville au fond d’une vallée lugubre ». Le journaliste jongle ainsi entre rejet et paternalisme à l’égard de la population noire du Saracura, à la façon d’un propriétaire d’esclaves brésilien. Cela lui permet d’invisibiliser la pensée des anciens esclaves et descendants d’esclaves, desquels il veut faire l’Autre pour mieux rendre irréfutable[48] l’idéal de la modernité blanche que certains planifient pour São Paulo. Une fois l’esclavage aboli, le peuplement noir de l’État de São Paulo apparait beaucoup moins utile à la ville. Les Afro-Brésiliennes et Afro-Brésiliens de Bexiga subissent un discours d’exclusion puisque l’on entend constituer une figure idéale pauliste sans eux, de la même façon que celle-ci se construit en opposition au Nordeste brésilien, trop pauvre et trop noir lui aussi[49]. Leur simple présence est ainsi une forme de résistance puisqu’une partie des citadins – la plus puissante – veut s’imaginer un São Paulo sans eux.

Quelques années plus tard, en 1921, ce constat du « retard » du Saracura (à la façon du Nordeste) est partagé par plusieurs membres de la chambre municipale, qui discutent d’une rénovation forcée de ce quartier qui n’est pas digne « d’une capitale telle que São Paulo[50] ». Ces débats, qui sont aussi relayés par le Correio Paulistano[51], nous permettent d’avoir un autre aperçu du jugement des élites sur le quartier. C’est la honte et la stupéfaction qui sont exprimées, pour mieux souligner que le Saracura n’a pas sa place dans un São Paulo moderne. Ils répètent ainsi plusieurs fois des expressions telles que « horrible » ou « dantesque » pour qualifier la vallée. Elle n’est pas à l’image d’une ville moderne puisqu’on y déplore la présence d’une forêt au bout des rues non-asphaltées en remontant la vallée vers le sud. Lors de l’un des débats sur une « rue » du Saracura, un participant intervient même pour faire remarquer avec dédain : « si l’on peut appeler ça une rue… ». La municipalité forme alors le dessein de gommer le quartier de la carte de São Paulo. Les premiers travaux sont néanmoins très longs à démarrer, et ne seront achevés qu’en 1940. Durant la première décennie, la municipalité procède surtout à des achats de terrains de fond de vallée – souvent vierges de construction – pour la route en projet. Mais la municipalité est vraisemblablement réticente à l’idée d’investir pour cette partie de la ville. En effet, ces retards ne semblent pas être le signe d’une résistance active des habitants. Nous n’avons aucun rapport de conflits dans les actes de la municipalité ou dans la presse, y compris dans celle d’opposition où il paraît invraisemblable qu’on eût manqué d’en parler[52]. Mais il est certain que ce retard est au moins en partie dû à la « résistance » de la nature si l’on peut dire. En effet, au-delà des pentes qui rendent les constructions difficiles, les petits cours d’eau très réactifs aux pluies – qui sont parfois fortes – perturbent l’urbanisation du quartier. Si l’on tente au cours des années 1920 de canaliser le Saracura Grande et d’équiper sa rue (alors renommée Almirante Marques de Leão) d’un réseau d’égout, celui-ci semble inadapté aux conditions naturelles de la région. On peut le constater avec les plaintes des habitants du quartier relayées par la presse[53] tout au long de la décennie, mais aussi lors d’un terrible accident le 8 janvier 1923 qui voit une enfant emportée dans les égouts par le torrent qui s’est formé dans la rue sous la force des intempéries[54]. Elle est retrouvée morte quelques jours plus tard. En 1929, le quartier du Saracura est utilisé en une d’un journal d’opposition – le Diario Nacional[55] pour attaquer le maire sur sa tenue de la ville puisque cette partie de la ville semble avoir été « oubliée ». Le quotidien est le porte-voix du Partido Democrático, relativement plus populaire que le Partido Republicano Paulista qui publie le Correio Paulistano ; pourtant, le constat est quasiment le même que vingt-deux ans plus tôt dans le journal du PRP dont il partage le discours élitiste. Le quartier est décrit dans un état « lamentable », mais il est surtout dépeint comme « hors du temps » et hors de la ville moderne puisqu’on le renvoie à la période précédente, que São Paulo veut effacer. En effet, on nous dit qu’« au Saracura, tout est colonial » et sa géographie et l’usage qu’en font ses habitants est dénigrée en mentionnant « cet aspect de sertão[56] qu’a le Saracura » (c’est une manière de renvoyer leur mode de vie à leur esclavage passé). Pour condamner le gouvernement, le journaliste semble parfois prendre le parti des habitants, qui n’ont pas le quartier qu’ils mériteraient en tant que résidents de São Paulo. Néanmoins, cette fois encore on ne leur laisse pas la parole et la mise en lumière de cette détresse est utilisée pour condamner l’action du maire, tandis qu’une partie de la population, les Afro-Brésiliens, y est toujours stigmatisée.

Le journaliste regrette que les habitants du Saracura soient laissés à la merci « des assauts et crimes qui sont perpétrés la nuit dans ces lieux ». Il nous est impossible de dire sans une plus large étude des archives de police à l’échelle de la ville si Bexiga et en particulier le Saracura étaient réellement des lieux privilégiés de la délinquance paulistaine. Quoi qu’il en soit, cet aspect fût toutefois utilisé par la presse pour alimenter son discours de l’altérité à l’intérieur même de São Paulo jusque dans les années 1930. Les rapports signalant des vols ou des agressions qui mentionnent le Saracura dans la presse étudiée ont un point commun : ils mettent presque toujours en cause des Afro-Brésiliens (et, dans un cas, une Afro-Brésilienne ayant asséné un coup de hache à un Français[57]). Le plus souvent, il s’agit de scènes de bagarre entre hommes – parfois dits alcoolisés – nécessitant l’intervention de la police qui peut quelquefois se trouver impliquée et elle-même attaquée (comme dans ce combat en 1915[58] où le principal « agresseur » est décrit métis). L’agressé est beaucoup plus rarement dit afro-brésilien, mais peut-être est-ce parce que les journaux s’intéressent particulièrement aux agressions commises par des Noirs et sur des Européens – dont la nationalité est souvent précisée. Il en va ainsi du Portugais propriétaire dans la rue du Saracura Pequena déjà évoqué plus tôt et dont les A Gazeta du 17 décembre 1925 et du 2 septembre 1929 rapportent les agressions par des locataires Afro-Brésiliens en retard pour les paiements exigés. Mais les quotidiens font plus de place dans leurs colonnes (notamment avec des photos) quand ils perçoivent un certain « grand banditisme ». C’est par exemple le cas en 1932, avec le récit illustré de l’arrestation d’une bande de trois « gredins » (« malandros ») – noirs sur les deux photos – qui vivaient et réunissaient leur butin dans une maison de la rue Saracura Pequena[59].

On voit donc que des discours élitistes excluent les Afro-Brésiliens, en tant que Noirs, de l’identité et de l’urbanisme que quelques-uns forgent pour la ville. Néanmoins, ces Afro-Brésiliens semblent s’ancrer dans le quartier. En effet, ils s’inscrivent dans ce territoire comme leur mémoire s’est écrite dans ses rues, avec une certaine fierté. Ils vont y décrire une expérience matérielle particulière qui est une conséquence de leur histoire et de la place qu’on leur laisse dans la ville.

Les « bricolages » de la vie quotidienne afro-brésilienne à Bexiga

Dans les statistiques produites à l’époque, le quartier de Bexiga se distingue du reste de São Paulo notamment par la détention du « record » de proportion de naissances illégitimes lors des trois années pour lesquelles nous avons des données (1932, 1933 et 1934), avec un peu plus de 10%, tandis que la ville entière est à peine au-dessus des 4%[60]. On pourrait y lire une vie familiale plus décousue que dans les quartiers aux emplois plus industriels. En effet, les emplois de domestiques des Afro-Brésiliennes sont un obstacle à l’expérience d’une vie de famille stable, selon le modèle de celle de leurs employeurs bourgeois notamment[61]. Mais surtout, de nombreuses Afro-Brésiliennes – jeunes à l’époque – témoignent dans le livre de Teresinha Bernardo de l’incompatibilité des hommes Afro-Brésiliens avec cette norme familiale, basée sur le mariage. Ce jugement est parfois le fruit de leurs propres expériences, mais est aussi une vision négative de leurs pères et de leurs frères sur le travail desquels leurs mères et elles n’ont pu s’appuyer[62]. Elles évoquent notamment des hommes proches des « gredins » de l’article cité précédemment. C’est ainsi qu’elles ont perpétué une forme de famille matrifocale qui était centrale dans le régime esclavagiste brésilien. Elles témoignent aussi des conditions de vie difficiles à la fois pour les Afro-Brésiliennes et les Afro-Brésiliens dont les installations dans ce quartier, et particulièrement sur les rives du Saracura, sont une traduction du marché de l’immobilier paulistain du début du XXe siècle. En effet, il s’agit de l’un des endroits les plus abordables pour acquérir un petit terrain vierge à construire ou pour louer une chambre. Le quartier est donc ouvert à un « bricolage » immobilier puisque l’on y morcèle les logements (notamment dans les grands cortiços plus au nord dans Bexiga, mais aussi dans le Saracura où les maisons pouvaient abriter « quatre, cinq ou même six familles[63] ») pour faire baisser les prix tout en étant au cœur de la ville, et donc à proximité des riches familles pourvoyeuses d’emplois de domestiques. Aussi, cette situation permet souvent de payer moins d’impôts locaux du fait du peu de services déployés dans certaines rues (il n’y a notamment pas d’eau potable ni d’égouts)[64]. Il se construit donc ici, entre le centre de la ville et sa plus riche avenue, une vie en marge de la modernisation et de l’urbanisation de São Paulo.

Dans les témoignages mentionnés précédemment, les femmes évoquaient l’incapacité des hommes afro-brésiliens à garder des emplois stables comme ceux que les récents immigrés européens pouvaient trouver dans le secteur industriel au début du siècle. On peut émettre l’hypothèse que c’était d’autant plus le cas pour les Afro-Brésiliens de Bexiga que ce quartier était particulièrement peu industrialisé. En effet, on constate sur les cartes de l’époque (voir figure 1) qu’en 1916, le quartier est vierge de toute installation industrielle, alors que les petites industries ont conquis tout le reste de la zone urbanisée de la ville, et particulièrement d’autres quartiers de la « petite couronne » tels que Mooca, Lavapês ou Barra Funda. Ceux-ci sont pourtant comparables à Bexiga par leur situation dans la ville et leur population, mais bénéficient de la proximité des voies ferrées[65]. En 1930, on ne voit toujours pas d’usine à Bexiga sur la carte SARA Brasil[66]. Néanmoins, ils pouvaient – et devaient certainement, au moins en partie – aller travailler dans d’autres quartiers, mais on ne saurait étayer cette hypothèse par des statistiques puisqu’elles ne combinent pas emplois, quartier et couleur de peau avant les années 1940. Toutefois, il est intéressant de constater que l’image que l’on a pu tracer ici est aussi celle qu’esquisse la presse à longueur d’années, au fil d’articles qui pourraient sembler anodins mais qui témoignent de la vision blanche des Afro-Brésiliens de Bexiga et qui s’imprime ainsi dans la mémoire collective de son lectorat. Les récits de la presse accolent par exemple à chaque européen le statut d’« ouvrier » ou encore de « maçon », tandis qu’on utilise tout au plus celui de « travailleur » (sans plus de précisions) pour un Afro-Brésilien du quartier[67]. On peut aussi ajouter que le secteur du commerce ne leur était pas plus ouvert. En effet, l’immense majorité des commerces du quartier semblent être la propriété d’Européens[68], et selon des observations de Thales de Azevedo à la fin des années 1930 et dans les années 1940, ceux-ci étaient très réfractaires à l’embauche d’Afro-Brésiliennes et Afro-Brésiliens dans leurs établissements[69], en particulier pour des postes en contact avec la clientèle.

Ces expériences ont certainement dû faire naître chez ces populations une conscience[70] de leur précarité au sein de la ville dont elles soutiennent la vie, en tant que domestiques notamment, mais de laquelle elles et ils sont pourtant repoussés à la marge, financièrement par exemple. Cette subjectivité particulière conditionne leur rapport à la ville puisque leur principale option est donc de « bricoler » cette marge. Par exemple, les difficultés des Afro-Brésiliens pour trouver un emploi à Bexiga conduisent à la fois à une disponibilité de leur main d’œuvre et à un besoin de moyens de subsistance. Si l’on ajoute une proximité culturelle avec l’agriculture (notamment de jardins potagers) héritée de leur passé dans l’intérieur de l’État, à la présence de nombreux terrains non-urbanisés (du fait de l’hydrométrie très variable[71] et de leurs fortes pentes), l’organisation de quelques cultures maraîchères sur ces coteaux semble un choix logique de « bricolage ». On peut observer ces potagers sur des photographies d’époque[72] prises dans les vallées du Saracura et à travers les rues les plus « noires » du quartier[73] dans les années 1920/1930.

Figure 2 : Carte des cultures maraîchères à Bexiga dans les années 1910/1930 (fond de carte : Prefeitura Municipal de São Paulo, Planta da Cidade de São Paulo, 1929)

Il faut noter pour la lecture de cette carte (figure 2) que le Saracura n’est pas représenté car il est remplacé sur le papier par le projet d’une Avenida Anhangabahu, qui n’en est à cette époque qu’à un stade embryonnaire et qui ne sera d’ailleurs pas nommée ainsi après son inauguration. C’est aussi le cas pour une autre rivière qui forme la « frontière » est de Bexiga : l’Itororo. Elle est remplacée sur cette carte par le projet d’une avenue (avenida) du même nom, qui n’existe pas encore en 1929 ni même en 1937, date à laquelle Claude Lévi-Strauss prend cinq clichés du quartier (figure 3 ; ces photographies sont prises à l’est du plan figure 2). Il séjournait alors un peu en amont, près de l’Avenida Paulista, pendant ses visites à l’université de São Paulo entre 1934 et 1938. Une quinzaine d’années plus tard, il évoquera d’ailleurs dans ses Tristes tropiques (1955) ces lieux de vie Afro-Paulistains entre métropole et nature :

« Des avenues bordées de luxueuses résidences s’interrompent de part et d’autre des ravins ; un torrent bourbeux y circule entre les bananiers, servant à la fois de source et d’égout à des bicoques de torchis sur clayonnage de bambou, où l’on retrouve la même population noire qui, à Rio, campe au sommet des mornes[74]. »

 

Figure 3 : Cultures maraîchères dans la vallée de l’Itororo (source : Claude Lévi-Strauss, Instituto Moreira Salles, 1937)

 

Ces observations sont le fruit du regard d’un ethnographe étranger intrigué par ces restes de la ville coloniale à l’intérieur de la métropole, comme il en était pour le Saracura quelques années plus tôt. En effet, en 1937, les travaux ont déjà commencé dans les vallées du Saracura et il ne peut donc y observer une nature aussi sauvage. Mais, en plus de nous laisser voir les dernières présences de cet environnement dans São Paulo, il alimente notre imagination qui comble les vides laissés par la rareté et la mauvaise qualité des photographies existantes.

On y constate aussi que ces espaces ont été utilisés par des laveuses pour laver et sécher le linge de riches familles qui les rémunéraient à la tâche. Cela laissait ces travailleuses (le plus souvent des Noires) dans une grande précarité, faisant parfois d’elles des vagabondes qui ne pouvaient ainsi, elles non plus, entrer dans le modèle de la famille bourgeoise[75]. Elles utilisent ce territoire pour accomplir ce travail au mieux. Les ruisseaux et quelques retenues (hors des périodes de crues où ils se chargent de terre) permettent de pallier l’accès à l’eau courante que n’ont pas les habitations de ces vallées[76], tandis qu’elles tirent parti des espaces dégagés pour y faire sécher ce linge[77] en restant à quelques centaines de mètres des grandes maisons où il doit retourner. Mais ces espaces sont aussi ceux de cultures vivrières qui caractérisent le quartier En amont des bananiers dont parlait Claude Lévi-Strauss, on trouve ce qui ressemble – et serait logique vis-à-vis du climat et du terrain – à des plans de haricots pour la récolte de feijões[78]. Ces potagers semblent de plus en plus organisés au fil des années entre les cultures en terrasses de la fin des années 1930 dans la vallée de l’Itororo (figure 3) et les plans plus petits et moins rectilignes des vallées du Saracura (voir figure 2) dans les années 1910 et 1920. Mais la toponymie du quartier pourrait faire remonter cette tradition des cultures vivrières à Bexiga au moins à l’orée du XXe siècle, puisque la Rua Fortaleza (au centre du plan en figure 2) était appelée Rua das Hortas (que l’on pourrait traduire par « rue des jardins potagers ») jusqu’en 1902[79].

Les cultures maraîchères caractérisent les paysages du quartier et donc le travail d’une partie de sa population, mais cette agriculture détermine aussi le régime alimentaire des Afro-Paulistains. João Dornas Filho a étudié leur alimentation en 1938 en la comparant avec celle d’autres groupes de la population paulistaine, et notamment aux différentes nationalités d’immigrants. Pour cela, il utilise des données récoltées par le sociologue étasunien Samuel Lowrie qui travaillait alors à São Paulo. La farine de blé envahit alors le marché alimentaire de la ville[80] ; pourtant, on ne retrouve dans leur alimentation que très peu de cette céréale qui ne saurait être cultivée efficacement sur des parcelles étroites, humides et pentues. En revanche, les feijões (haricots secs, rouges ou noirs) qui s’accommodent bien de ces conditions particulières constituent, eux, les féculents de base du régime des Afro-Paulistains, contrairement au reste de la population. On remarque en effet qu’ils consomment moins de pain, plus de feijão et moins de lait que les autres Paulistains, en particulier par rapport à ceux issus de l’immigration européenne récente[81]. On constate ainsi que les Afro-Paulistains consomment principalement ce qu’ils peuvent cultiver eux-mêmes dans les derniers terrains non-urbanisés de l’intérieur de la ville, en plus de l’éventuelle influence d’une culture alimentaire héritée de leur passé et de l’intérieur du pays. Ils consomment donc moins de pain et beaucoup moins de lait que les immigrés européens, dont le mode de vie significativement plus urbain se manifeste ainsi par une alimentation issue du commerce (le blé n’étant cultivé que dans l’extrême sud du pays à cette époque)[82] en plus de leur emploi fréquent dans l’industrie. Mais les habitantes et habitants du Saracura pouvaient aussi pratiquer un petit élevage avec la tenue de quelque poulailler au fond de leur terrain. C’est en effet ce que l’on peut retenir d’un article publié par le Diario Nacional le 28 février 1928 qui relaie, pour faire état de l’insécurité dans le quartier, la parole d’une femme qui fait part du « cambriolage de son poulailler[83] ». Elle déplore le vol, cette nuit-là, d’un poulet et de trois poules dont elle profitait certainement des œufs mais qu’elle disait faire grandir avant de les revendre. Il nous est impossible de généraliser l’existence de cette pratique dont on a ici un très rare témoignage, mais celui-ci confirme l’utilisation rustique de chaque espace du quartier.

Par ces différentes pratiques, les Afro-Brésiliennes et Afro-Brésiliens de Bexiga peuvent aussi tenter de s’affranchir en partie du rapport de force présent dans le commerce pauliste détenu par des Blancs[84], chez lesquels ils dépenseraient donc l’argent versé par leurs employeurs blancs selon une boucle qui les enfermerait dans le travail salarié. Ils vivent donc une expérience singulière de la ville où ils « bricolent » leur résistance au style de vie à la fois dominant et encouragé par les dominants. Avec leurs cultures vivrières par exemple, ils reprennent un peu de pouvoir dans leur budget quotidien tout en affirmant leur différence à la métropole qui s’européanise. Ce sont ainsi des tactiques discrètes, qui pourraient sembler insignifiantes, qui leur permettent une relative rupture aux caractéristiques urbaines de la subalternité que cette ville impose à ceux qui combinent leur appartenance de classe et de « race ». C’est ce type de résistance qu’Édouard Glissant qualifiait de « coutumière[85] » car elle s’appuyait en Martinique sur des pratiques d’apparence anodine, comme la tenue d’un jardin potager[86] ou des petits travails qu’il appelle les « djobs[87] ».

Une affirmation de la culture afro-brésilienne à São Paulo

Comme on l’a vu, il est difficile de distinguer si ce sont les conditions matérielles des cultures vivrières ou les mentalités inscrites historiquement qui déterminent les habitudes alimentaires. Mais l’on peut noter que les feijões jouent un rôle dans les deux cas. En effet, l’agriculture ne conditionne pas seulement les paysages du quartier et la vie de ces habitantes et habitants : elle compte aussi dans leurs pratiques culturelles et religieuses. Tout semble mêlé quand on en vient à considérer la samba et l’expérience de ses sociabilités à Bexiga. Comme l’affirmait la chanson de Geraldo Filme citée plus haut, c’est à Bexiga qu’est née l’une des plus grandes écoles de samba de la ville : Vai-Vai. C’est dans les années 1910 que Vai-Vai fait ses débuts en tant que petit groupe regroupant musiciens et danseurs Afro-Brésiliens autour de pratiques qu’ils semblent avoir importées de l’intérieur rural, comme c’est le cas pour les autres groupes de l’époque à São Paulo, qu’ils soient de quartiers au Nord-ouest (Barra Funda) ou au Sud-est de la ville (Glicério/Lavapès)[88]. C’est dans ces quartiers que sont fondées les grandes écoles de samba qui ont marqué la première moitié du XXe siècle dans la capitale pauliste. Le « Cordão Esportivo Carnavalesco Vai-Vai » est formalisé sous cette appellation en 1930[89] avec son siège dans la rue Marques Leão[90], anciennement Saracura Grande. À travers une musique et des danses dont les rythmes sont hérités du batuque des senzalas[91], il s’y affirme une culture afro-brésilienne forgée dans l’histoire particulière de cette communauté qui se rassemble alors à Bexiga. Vai-Vai va devenir une référence pour de nombreux Afro-Paulistains, comme on le voit avec la chanson de Geraldo Filme des décennies plus tard. En effet, bien que beaucoup aient quitté cette partie de la ville durant la seconde partie du XXe siècle, Vai-Vai est toujours considérée comme partie intégrante de Bexiga et reste chère au cœur des Afro-Paulistains[92]. Nombreux sont ceux qui s’y retrouvent encore de nos jours pour des célébrations entre samba et religiosité afro-brésilienne, autour d’une feijoada (un plat traditionnel à base de feijão). Le lien est notamment fait par l’orixa Ogum, à la fois regardé comme la divinité protectrice de Vai-Vai et celle qui aurait enseigné aux humains les arts de l’agriculture. On la célèbre donc avec ce repas[93].

Un autre moyen de nous renseigner sur les relations qu’entretient le quartier avec les religions afro-brésiliennes est de lire les statistiques recueillies par Roger Bastide dans des archives de polices datant de 1941 à 1944[94] (au moment même, pourtant, où les communautés afro-brésiliennes commencent à se disperser dans la métropole en pleine expansion[95]). Grâce à celles-ci, il identifie pour le district de Bella Vista (composé en bonne partie du territoire de Bexiga) les condamnations de quatre « sorciers » afro-brésiliens, ce qui place le quartier au deuxième rang de ceux ayant vu le plus de condamnations pour de tels faits, derrière un district de la grande banlieue. La faiblesse de l’échantillon ne permet pas d’en tirer des conclusions ; néanmoins, si l’on croise ces statistiques avec les témoignages de la première moitié du XXe siècle compilés par Claudia Regina Alexandre à propos des liens entre Vai-Vai et les cultes religieux afro-brésiliens[96], on peut en déduire que la spiritualité afro-brésilienne avait une certaine importance dans la vie culturelle de Bexiga. On y affirmait ainsi au reste de la population de la ville une particularité culturelle afro-brésilienne. Et cette particularité entretient un véritable rapport d’interdépendance avec le quartier puisque son terreiro[97] lie ces cultes spécifiquement au territoire de Bexiga. Ce rapport à la terre a aussi été forgé par les musiciens de Vai-Vai dans les chants desquels les références au Saracura sont fréquentes dans les années 1930[98], et il est entretenu par la mémoire de cette époque que l’on retrouve notamment dans la chanson de Geraldo Filme. Il y fait référence à ce « sol » dont la samba soulevait la poussière ; surtout, il se souvient du Saracura et de l’époque où celui-ci courait entre les chemins de la vallée avant d’être recouvert par les routes à la fin des années 1930. Ce souvenir vit encore aujourd’hui dans le logo de l’école de samba puisqu’il s’agit d’un saracura, l’oiseau qui a donné son nom à la rivière. Ce lien avec le territoire du quartier, nous le retrouvons aussi dans le tracé du défilé du groupe de samba pour un carnaval des années 1930 (voir figure 4).

Figure 4 : Carte du parcours du défilé de Vai-Vai dans les années 1930. Source du trajet (en rouge) : Nádia Marzola, Bela Vista, São Paulo, Brésil, Prefeitura do Município de São Paulo, 1979. Source du fond de carte : SARA Brasil, Mapa Topográfico do município de São Paulo, 1930. La partie grise est incomplète à cause d’un défaut dans la numérisation.

Le départ du cortège est donné sur la Praça São Manuel, au confluent des deux bras du Saracura et qui a pu être considéré comme le centre du quilombo du Saracura du XIXe siècle ; il s’agirait ainsi d’un hommage à l’histoire afro-brésilienne de São Paulo. Mais l’espace était vraisemblablement aussi l’un des centres de la vie maraîchère du quartier, comme on peut l’identifier sur la figure 2. Partant, la parade remonte le cours du Saracura Grande sur la Rua Rocha pour ensuite le traverser et atteindre les hauteurs du quartier par la rue Marques de Leão (toutes deux non-asphaltées d’après cette carte de 1930). Le défilé traverse ensuite les grandes villas d’ingénieurs étrangers, non sans liens avec la vie quotidienne des Afro-Brésiliennes et Afro-Brésiliens de Bexiga. En effet, ces Européens jouant au golf sur leurs vastes terrains, Nadia Marzola[99] raconte qu’il était possible pour les Noirs de gagner un peu d’argent en allant ramasser les balles perdues. On peut supposer que ces demeures étaient également des sources d’emplois de domestique pour des Afro-Brésiliennes, comme il en était des villas de l’Avenida Paulista. Le cortège salue ensuite des rues où la présence italienne est prédominante, célèbrant ainsi l’autre communauté qui caractérise Bexiga après avoir rattaché le quartier à son histoire afro-brésilienne.

Le défilé a pris son départ près du terrain du Saracura (photographie 7 du plan figure 2) où le football est pratiqué dès les années 1920, deux décennies après son introduction à São Paulo par les élites britanniques de la ville rapidement suivies par les immigrés italiens. Les rapports entre les Afro-Brésiliens et le football sont ainsi complexes au début du XXe siècle : si le sport reste élitiste, les Afro-Brésiliens veulent le pratiquer et se rapprocher ainsi des Européens à travers lui. Ils jouent autour du Saracura, où la várzea du fond de la vallée sert de terrain aux équipes des Liricos do Bixiga et des Cai-Cai[100] notamment. On retrouve ainsi un football populaire, en contrebas de celui des élites, notamment étrangères, qui jouent au Velódromo Paulista[101] tout en haut du versant nord-ouest de la vallée, là où les Afro-Paulistains de Bexiga ont probablement dû observer les premières représentations en ville de ce nouveau sport. C’est ainsi que naît en partie le futebol[102] au fond de la vallée du Saracura, entre les capoeiras, les herbes folles de ces zones marécageuses où les nouveaux footballeurs s’inscrivent sur les anciennes terres des esclaves en fuite qui y pratiquaient la capoeira pour se défendre[103]. C’est le foot-ball anglais qui est d’abord joué au début du siècle à São Paulo, mais les Afro-Brésiliens – de Bexiga notamment – vont apporter une touche singulièrement brésilienne dans son jeu, ses sociabilités et sa géographie. Il s’agit ici d’un autre « bricolage » puisqu’ils intègrent des gestes qu’ils tiennent de leur culture physique historique – la capoeira notamment – à la nouvelle pratique qu’ils découvrent. Avec la mise en place de ce terrain en fond de vallée marécageuse, ils ont aussi adapté leur territoire pour le sport dans l’esprit du futebol de várzea paulistain. C’est ce futebol qui est surtout pratiqué par les communautés populaires d’immigrés en banlieue de São Paulo, hors des grands stades.

Dans les années 1930, le futebol est aussi l’occasion pour les Afro-Brésiliens de Bexiga d’exprimer leur sentiment national, notamment à travers les noms de leurs clubs, qui les distinguent à la fois des immigrés européens qui y revendiquent souvent leur nationalité, et des élites brésiliennes de la ville parfois très régionalistes. En effet, les deux équipes issues du quartier qui évoluent à relativement haut niveau dans les ligues de l’État et de la ville sont l’Associação Atlética Heroe-Brasil et le Club Athletico Brasil[104]. Pour répondre aux exigences sportives, le premier est mixte entre Noirs et immigrés italiens, à l’image du quartier, et le second, dont les joueurs sont vêtus de jaune et de vert, est exclusivement afro-brésilien, mais accueille des joueurs d’autres quartiers du sud de São Paulo. Le football extrait ainsi le Saracura de son enclavement en le liant à d’autres milieux populaires du quartier ou de la ville, mais il lui permet aussi d’exprimer un caractère tout à fait afro-brésilien (il faut insister sur les deux composantes du terme). C’est ainsi par exemple que la Gazeta relate en 1932[105] un match ayant opposé sur le terrain du Saracura (septième photographie de la figure 2) les Heroe-Brasil à la Juventude Torinenses (du nom de la ville italienne de Turin). On y retrouve l’opposition entre Afro-Brésiliens et immigrés européens, mais dans le partage d’une culture commune qui les rassemble. Les sociabilités culturelles des Afro-Brésiliens ne sont ainsi pas les mêmes à Bexiga que celles des « élites noires » de cette époque qui organisent des thés dansants dans la plupart des autres quartiers afro-brésiliens de São Paulo : Campos Elyseos, Barra Funda, le centre-ville ou Liberdade[106]. Avec des fêtes exprimant des références françaises telles que « Matinê dançante », « Soirée », ou anglaises « chá dançante » (thé dansant), on y reproduit des sociabilités européennes sans référence africaine ni même à l’héritage de l’esclavage.

Conclusion

On constate, au début du XXe siècle, une marginalisation de la frange afro-brésilienne du quartier de Bexiga lui-même en marge dans la dynamique d’urbanisation. C’est notamment par le discours d’une modernité « blanche » de São Paulo que ceux qui détiennent le pouvoir en ville leur imposent cette marginalisation. Pourtant, les Afro-Brésiliennes et Afro-Brésiliens de Bexiga ont su jouer de l’espace qui leur était laissé pour se rapprocher d’une autonomie émancipatrice, comme les esclaves en fuite et libérés dont ils se souviennent. Ils vont, eux aussi, tirer parti de cette friche urbaine, notamment en cultivant un potager ou en vivant de la délinquance par exemple. Ils vont ainsi « bricoler » cette marge pour rééquilibrer – légèrement – l’ordre de la société paulistaine. Cela passe aussi par l’affirmation d’une particularité « culturelle-sociale » qui leur permet d’exprimer en ville leur propre « conception du monde[107] ». Ils vont en effet s’auto-identifier en tant qu’Afro-Brésiliens en reproduisant en ville une culture héritée de leur histoire brésilienne et par-delà, africaine. La samba a été un instrument clé pour la production de cette appartenance culturelle, notamment par la perpétuation des traditions et des fondations de la communauté. Mais leur fierté culturelle a aussi su prendre une autre direction avec le futebol. Dans ce cas, les Afro-Brésiliens de Bexiga se sont plutôt adaptés à un nouveau cadre défini par les Européens, mais dans lequel ils pouvaient défier ces derniers pour mettre d’autant plus en valeur leur propre façon de jouer. Dans tous ces aspects culturels et de la vie quotidienne, c’est une identité collective qu’elles et ils construisent et pratiquent comme une organisation sociale qui rompt avec les codes dominants d’une ville que les élites veulent européenne, particulièrement pendant les années 1920. C’est ainsi qu’elles et ils affirment dans la ville cosmopolite leur « afro-brésilianité », qui prend une dimension politique puisque leurs différents bricolages produisent ensemble une résistance collective ouvrant une voie singulière.

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[1] Conformément aux habitudes brésiliennes, nous utiliserons « pauliste » (paulista) en référence à l’État de São Paulo et « paulistain » (paulistano) pour ce qui a trait à sa capitale, la ville de São Paulo.

[2] Diretoria geral de estatistica, Recenseamento do Brazil em 1872, Rio de Janeiro, 1874, vol.Provincia de São Paulo.

[3] Celso Furtado, Formação Econômica Do Brasil, 1a edição., São Paulo, Companhia Editora Nacional, 2003, p. 161.

[4] Armelle Enders, Nouvelle histoire du Brésil, s.l., Chandeigne, 2008, 288 p.

[5] Ana Lucia Duarte Lanna, Renato Cymbalista et Sylvain Souchaud, Transições Metropolitanas, Annablume., Sao Paulo, 2019, 307 p.

[6] Anuário Estatístico de São Paulo 1909, São Paulo, Brésil, São Paulo, Departamento Estadual de Estatística, 1911, vol.1, p. 46.

[7] Diretoria geral de estatistica, Synopse do recenseamento de 1890, Rio de Janeiro, 1898.

[8] Samuel H. Lowrie, « Ascendência das crianças registradas nos parques infantis de São Paulo », Revista do Arquivo Municipal, novembre 1937, XLI.

[9] Nous employons ici ce terme dans la mesure où ces habitants vont être identifiés comme « Noirs » c’est-à-dire Afro-brésiliens du fait de leur phénotype. Ce sont le plus souvent les traits du visage ou la couleur de peau, qui vont conduire les contemporains d’un individu à le ou la classer comme « Noir » ou « Noire », et donc ayant une ascendance ou un passé d’esclave car c’est bien cela que ce phénotype affirme à une époque où sont nombreux ceux qui ont connu l’esclavage. Cette indentification peut alors induire un certain comportement envers eux, quelle que soit la catégorie dans laquelle ils se classent eux-mêmes, car elle renvoie à un imaginaire et des stéréotypes qui les rangent dans une classe sociale particulière.

[10] Au sens de l’agency des acteurs que E. P. Thompson veut étudier quand ceux-ci sont enserrés dans des conditions données qu’ils reconfigurent par leurs actions. Voir notamment à ce sujet Federico Tarragoni, « La méthode d’Edward P. Thompson », Politix, 18 août 2017, n° 118, no 2, p. 183‑205.

[11] Au niveau le plus simple et le plus matériel, prenons l’exemple d’une personne avec à la fois un besoin de short, une envie précise de sa longueur et un pantalon dont le bas serait un peu trop abîmé pour être porté. Ce « bricolage » serait qu’elle découpe les jambes de ce pantalon à la longueur exacte qu’elle veut pour son short. Ainsi, elle aura comblé à la fois son besoin de short, son envie d’une longueur précise tout en faisant une économie sur ce qu’elle aurait pu trouver sur le marché, si tant est que ce modèle eut existé.

[12] Michel de Certeau, L’invention du quotidien, tome 1 : Arts de faire, Paris, Gallimard, 1990, 347 p. L’auteur y montre comment des tactiques silencieuses et subtiles se jouent dans l’ordre imposé tout en portant son attention à l’inventivité des plus faibles pour comprendre les pratiques culturelles du quotidien qui exprime souvent « un style de résistance morale » (p. 40).

[13] James C. Scott, La Domination et les arts de la résistance : Fragments du discours subalterne, Paris, Amsterdam, 2009, 432 p. Il y démontre l’existence d’un « domaine de lutte politique discrète » (p. 317) qui peut par exemple être « chez les paysans, le braconnage, l’occupation illégale des terres, le glanage non-autorisé, le versement de loyer en nature inférieure au dû, le défrichement de champs clandestins et le manquement aux impôts seigneuriaux. » (p. 325).

[14] Barbara Weinstein, The Color of Modernity: São Paulo and the Making of Race and Nation in Brazil, s.l., Duke University Press Books, 2015, 473 p.

[15] Nous avons choisi ces trois quotidiens pour leur disponibilité sur la plate-forme en ligne de la Bibliothèque nationale mais surtout parce qu’ils abordent la vie quotidienne du quartier tout en étant parmi les journaux les plus distribués dans la ville de São Paulo (par exemple, en 1939 selon les statistiques de la ville publiées en 1940, la Gazeta et le Correio sont respectivement les premier et quatrième quotidiens aux plus larges tirages mais aussi les moins chers à l’achat. Le Diario Nacional ne figure pas dans ces statistiques puisqu’il n’a été publié que de 1927 à 1932. Ce choix nous permet aussi d’englober les différents avis politiques qui peuvent s’exprimer dans la presse pauliste à grand tirage puisque le Correio est un organe du Partido Republicano Paulista (PRP), le parti des élites traditionnelles au pouvoir, la Gazeta est un quotidien moins engagé politiquement mais qui se fait parfois critique des différents gouvernements tandis que le Diario Nacional est publié par le Partido Democrático qui est une dissidence du PRP, légèrement à sa gauche.

[16] Pierre Monbeig, « La croissance de la ville de Sào Paulo », Revue de géographie alpine, 1953, vol. 41, no 1, p. 59‑97.

[17] Márcio Sampaio de Castro, Bexiga: um bairro afro-italiano, s.l., Annablume, 2008, 118 p.

[18] Alessandro Dozena, As territorialidades do samba na cidade de São Paulo, Text, Universidade de São Paulo (USP). Faculdade de Filosofia, Letras e Ciências Humanas, s.l., 2010.

[19] Il porte le nom d’un petit oiseau caractéristique de certaines zones humides du sud du continent sud-américain.

[20] Secção Cartographi[effacé], Cidade de São Paulo, 1916.

[21] SARA Brasil, Mapa Topográfico do município de São Paulo, 1930.

[22] « O temporal que cahiu sobre a cidade », Correio Paulistano, 3/1/1937, p. 2.

[23] « As grandes realizações da Municipalidade paulista », Correio Paulistano, 25/1/1940, p. 6.

[24] Notamment à partir de l’édit n°77 publié par la municipalité dans Anais da Câmara Municipal de São Paulo, 1921 p. 343.

[25] C’est à partir de cette date que sont publiés et accessibles les deux quotidiens, de large diffusion, qui constituent nos sources principales et que nous détaillons un peu plus loin.

[26] Hugo Bonvicini, Planta da cidade de São Paulo, 1895. Secção Cartographica da Cidade de São Paulo, 1916.

Commissão géographica e geologica, Plantas da cidade de São Paulo, 1922. SARA Brasil, Mapa Topográfico do município de São Paulo, 1930.

[27] M.S. de Castro, Bexiga, op. cit.

[28] Nádia Marzola, Bela Vista, São Paulo, Brésil, Prefeitura do Município de São Paulo, 1979, 148 p.

[29] On remarque notamment leur présence dans des bagarres de taverne, comme par exemple dans la rue São Vicente (adjacente aux rues Saracura Grande et Pequena : “un désaccord entre le portugais Sebastião Ferreira de Andrade, assistant maçon, de 29 ans d’âge, habitant au n°29 Saracura Grande, et le fauteur de troubles de couleur noire Luiz Simplicio, de 22 ans, marié, résidant à Bexiga. [La suite de l’article détaille le combat, l’intervention d’amis en commun et l’arrestation de Luiz Simplicio]”, « Scena de botequim », O Correio Paulistano, 22/11/1914, p. 7. ou encore, à un tout autre sujet, quand la presse retrace l’accident d’un enfant lors d’une partie d’un jeu portugais, le “jogo da malha”, « Deploravel accidente », O Correio Paulistano, 26/05/1919, p. 3.

[30] On a constaté une majorité de noms à consonance clairement italienne chez les propriétaires qui veulent aménager un commerce à Bexiga dans les archives des « Projetos de obras particulares », Arquivo Histórico Municipal

[31] Ainsi le cas d’un propriétaire est remarquable pour sa récurrence puisque son agression est relatée en 1925 : “Aldemiro Benedito Corrêa, noir, de 32 ans, réside dans une chambre de la maison 24 de la rue Saracura Pequena, qui lui est louée par le portugais Sebastião Bernardo. À cause de sa mauvaise situation financière, Corrêa devait à son propriétaire un mois de location. [La suite de l’article raconte l’agression]”, « Um senhorio de maus bofes », A Gazeta, 17/12/1925, p. 3 et à nouveau en 1929 dans la même maison, « Aggressão a pau », A Gazeta, 2/9/1929, p. 5.

[32] Júlio Moreno, Memórias de Armandinho do Bixiga, São Paulo, SP, 1996, p. 88.

[33] B. Weinstein, The Color of Modernity, op. cit., p. 34‑35.

[34] Ibid., p. 33.

[35] Ibid., p. 14.

[36] Ibid., p. 48‑50.

[37] Wilson Rodrigues de Moraes, Escolas de samba de São Paulo (capital), s.l., Conselho Estadual de Artes e Ciências Humanas, 1978, 182 p.

[38] Geraldo Filme, A música brasileira deste século por seus autores e intérpretes, Sao Paulo, SESC, 1992.

[39] Groupe de samba

[40] Raquel Rolnik, « Territórios Negros nas Cidades Brasileiras (etnicidade e cidade em São Paulo e Rio de Janeiro) », Revista de Estudos Afro-Asiáticos, 1989, no 17.

[41] Atas da Câmara da Cidade de São Paulo – 1831-1832, v. 26, 1923 p. 62

[42] Ernani Silva Bruno, História e tradições da cidade de São Paulo, São Paulo, Brésil, J. Olympio, 1953, p. 738.

[43] Flávio dos Santos Gomes et Maria Helena P. T. Machado, « Migrations dans l’arrière-pays, formes d’occupation des territoires et quilombos itinérants à São Paulo (XVIIIe-XIXe siècles) », Brésil(s). Sciences humaines et sociales, 26 mai 2015, no 7, p. 173‑210.

[44] J.C. Scott, La Domination et les arts de la résistance, op. cit., p. 317.

[45] Atas da Câmara da Cidade de São Paulo – 1892, v. 78, 1908, p. 170

[46] Atas da Câmara da Cidade de São Paulo – 1896, v. 81 p. 388

[47] « Ao redor do mundo em S. Paulo – A Saracura », Correio Paulistano, 9/10/1907, p. 4.

[48] Gayatri Chakravorty Spivak, Les subalternes peuvent-elles parler ?, Paris, Editions Amsterdam/Multitudes, 2020, p. 81‑83.

[49] B. Weinstein, The Color of Modernity, op. cit., p. 92.

[50] Anais da Câmara Municipal de São Paulo – 1921, 1921, p. 60.

[51] « Requerimento n. 49, de 1921 », Correio Paulistano, 20/2/1921, p. 7.

[52] Nous n’avons trouvé qu’un seul article qui annonce, en 1929, la prévision de la destruction de quelques maisons pour permettre les travaux de l’avenue. Sur une photo liée à l’article on voit qu’elles sont bien habitées, néanmoins il n’est pas fait état de quelque protestation de ses habitants. Bien qu’il semble étonnant qu’il n’y en ait pas eu, nous n’avons aucune source pour en attester. « As novas obras da cidade », Diario Nacional, 27/7/1929, p. 12.

[53] Par exemple les demandes de travaux que font les habitants de cette rue dans le Correio Paulistano 31/8/1922, p. 6.

[54] « Impressionante occorrencia », Correio Paulistano, 9/1/1923, p. 4.

[55] « Para que o prefeito foi reeleito ? », Diario Nacional, 5/6/1929, p. 1.

[56] La traduction de ce terme vers le français est compliquée et la référence peut varier selon le locuteur, le lieu et l’époque. Ici, il est fait référence à un « intérieur rural » mais il est plus difficile de dire s’il s’agit de l’intérieur pauliste ou bien s’il pointe en particulier l’intérieur, pauvre, du Nordeste auquel l’expression était souvent rattachée à l’époque.

[57] « O carnaval de um francez – Aggredido a machado », Correio Paulistano, 18/2/1926, p. 3.

[58] « Quando intervietia numa lucta, um soldado foi aggredido », A Gazeta, 11/6/1915, p. 2.

[59] « A serenata dos malandros », A Gazeta, 27/6/1932, p. 8.

[60] Commissão central do recenseamento demographico, escolar e agricola-zootechnico, Recenseamento escolar realizado em 1934, São Paulo, Brasil, 1935.

[61] Teresinha Bernardo, Memoria em branco e negro, São Paulo, Brasil, PUC_SP, 2007, p. 56.

[62] Ibid., p. 62.

[63] « A Saracura Pequena soterrada sob um diluvio de agua e lama », Diario Nacional, 31/5/1930, p. 1

[64] On peut lire le détail des taxes par numéro de chaque rue dans l’édition du Correio Paulistano du 7 juin 1927 page 22

[65] Carte de São Paulo, Secção Cartographicca, Cidade de São Paulo, 1916.

[66] SARA Brasil, Mapa Topográfico do município de São Paulo, 1930.

[67] On évoquait plus haut un article qui pose le statut d’ « assistant de maçon » d’un Portugais tandis que l’Afro-Brésilien est simplement dit « de couleur noire » dans « Scena de botequim », Correio Paulistano, 22/11/1914, p. 7. Et pour toutes sortes d’événements on va bien préciser qu’un Italien du Saracura est « carrossier » dans « Districto da Bela Vista », Correio Paulistano, 22/6/1917, p. 7. quand ce n’est jamais le cas pour un Afro-Brésilien du même quartier, il sera plutôt fait mention de son surnom tel « Alibaba » dans le récit d’un même événement dans deux journaux à la fois « Quando intervietia numa lucta, um soldado foi aggredido », A Gazeta, 11/6/1915, p. 2 et « Soldado aggredido », Correio Paulistano, 11/6/1915, p. 5.

[68] Comme on l’a déjà évoqué plus tôt, on a notamment constaté une majorité de noms à consonance clairement italienne chez les propriétaires qui veulent aménager un commerce à Bexiga dans les archives des « Projetos de obras particulares », Arquivo Histórico Municipal.

[69] Thales de Azevedo, Les élites de couleur dans une ville brésilienne, s.l., UNESCO, 1953, 136 p.

[70] Joan W. Scott, « The Evidence of Experience », Critical Inquiry, 1991, vol. 17, no 4, p. 779. Et, en général, bien que moins précisément : Ranajit Guha, Elementary Aspects of Peasant Insurgency in Colonial India, Durham, Duke University Press, 1999, 384 p.

[71] Les crues qui sont déplorées dans la presse chaque année vont par exemple jusqu’à détruire des maisons, notamment selon « A Saracura Pequena soterrada sob um diluvio de agua e lama », Diario Nacional, 31/5/1930, p. 1.

[72] Vincenzo Pastore, Instituto Moreira Salles. Geraldo Horácio de Paula Souza, Faculdade de Saúde Pública da Universidade de São Paulo. Acervo Fotográfico do Museu da Cidade de São Paulo. Archives de la Fundação Energia e Saneamento. Claude Lévi-Strauss, Instituto Moreira Salles, 1937.

[73] Les Saracura Grande et Pequena bien sûr mais aussi les Rua Rocha, Paim ou Santanna do Paraiso que l’on a identifié grâce aux articles de presse abordés précédemment et avec des mémoires d’anciens habitants du quartier : J. Moreno, Memórias de Armandinho do Bixiga, op. cit. ; Mario Wagner Vieira da Cunha, « A festa de bom Jesus de Pirapora », Revista do Arquivo Municipal, novembre 1937, XLI. ; Maria Apparecida Urbano, Quem é quem no samba paulista, Clube do Bem-Estar., São Paulo, Brésil, 2014, p. 165.

[74] Claude Lévi-Strauss, Tristes tropiques, Paris, France, Presses pocket, 1984, p. 110.

[75] Lorena Feres da Silva Telles, Libertas entre sobrados: contratos de trabalho doméstico em São Paulo na derrocada da escravidão, text, Universidade de São Paulo, s.l., 2011, p. 159‑173.

[76] Encore en 1930 selon « A Saracura Pequena soterrada sob um diluvio de agua e lama », Diario Nacional, 31/5/1930, p. 1.

[77] On le voit par exemple sur la figure 3 mais aussi sur la photo n°1 du plan figure 2.

[78] Ou feijão, au singulier.

[79] Atas das sessões da Câmara da Cidade de São Paulo – 1902, v. 87, 1923, p. 199.

[80] Oscar Egidio de Araujo, « Alimentação da classe obreira de São Paulo », Revista do Arquivo Municipal, 1940, LXIX.

[81] João Dornas Filho, « A influencia social do negro brasileiro », Revista do Arquivo Municipal, 1938, LI.

[82] G. R. da Cunha (ed.), Trigo no Brasil: história e tecnologia de produção, Passo Fundo, Embrapa Trigo, 2001, 208 p.

[83] « Um grande invento », Diario Nacional, 28/2/1928, p. 2.

[84] Cf les propriétés des commerces évoqués dans la note 29.

[85] Édouard Glissant, Le Discours antillais, Paris, Folio, 1997, p. 113.

[86] Ibid., p. 114.

[87] Ibid., p. 71.

[88] W.R. de Moraes, Escolas de samba de São Paulo (capital), op. cit., p. 15‑16.

[89] Ibid., p. 28.

[90] Zélia Lopes da Silva, « A Memória Dos Carnavais Afro-Paulistanos Na Cidade de São Paulo Nas Décadas de 20 E 30 Do Século XX », Dialogos, 2012, vol. 16, Supl., p. 55.

[91] Les « festivités » au son des tambours autour des baraquements d’esclaves.

[92] Larissa Nascimento, « “Lembrança eu tenho da Saracura”: Notas sobre a população negra e as reconfigurações urbanas no bairro do Bexiga », Revista Intratextos, 2014, vol. 6, no 1.

[93] Claudia Regina Alexandre, Exu e Ogum no terreiro de samba: um estudo sobre a religiosidade da escola de samba Vai-Vai,Universidade Católica de São Paulo, São Paulo, Brésil, 2017, p. 140‑153.

[94] Roger Bastide, Poètes et dieux : études afro-brésiliennes, traduit par Luiz Ferraz, Paris, L’Harmattan, 2002, p. 226.

[95] Yohann Lossouarn, « Populações negras na transição metropolitana de São Paulo » dans Transições Metropolitanas, Annablume., Sao Paulo, 2019, p. 265‑284.

[96] C.R. Alexandre, Exu e Ogum no terreiro de samba: um estudo sobre a religiosidade da escola de samba Vai-Vai, op. cit.

[97] Espace de culte afro-brésilien.

[98] W.R. de Moraes, Escolas de samba de São Paulo (capital), op. cit., p. 30.

[99] N. Marzola, Bela Vista, op. cit.

[100] N. Marzola, Bela Vista, op. cit.

[101] Wilson Gambeta, A bola rolou: o Velódromo Paulista e os espetáculos de futebol (1895-1916), s.l., 2015.

[102] Nous utilisons cette orthographe brésilienne souligner ses constructions spécifiquement brésiliennes.

[103] E.S. Bruno, História e tradições da cidade de São Paulo, op. cit., p. 612.

[104] Bernard Gontier, Bexiga, São Paulo, Brésil, Mundo Impresso, 1990, 150 p.

[105] « Extra Hero’e Brasil (1) x Juv. Torinenses (0) », A Gazeta, 3/2/1932, p. 8.

[106] Zélia Lopes da Silva, « A Memória Dos Carnavais Afro-Paulistanos Na Cidade de São Paulo Nas Décadas de 20 E 30 Do Século XX », Dialogos, 2012, vol. 16, Supl., p. p.37-68.

[107] Cette idée et ces deux termes sont issus du §44 du cahier 10 partie II : Antonio Gramsci, Cahiers de prison 10, 11, 12 et 13, s.l., Gallimard, 1978, 552 p.

 

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