Les noces incestueuses de Laodice VI

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Charlotte Golay

Résumé

En 196/5 av. J.-C., le souverain séleucide Antiochos III célèbre les noces de son fils, l’héritier et « co-régnant » Antiochos le Jeune, et de l’une de ses filles, Laodice VI. Nous disposons d’informations sur le parcours et le statut de Laodice VI pendant cette union, notamment sur son rôle au sein du culte royal. En effet, au début de l’année 193 av. J.-C., elle est nommée grande-prêtresse du culte royal de sa mère, Laodice V, en Médie. Antiochos le Jeune est lui aussi envoyé dans cette partie du royaume séleucide afin d’y exercer l’autorité de leur père. La présence du jeune « couple héritier » dans la région aurait ainsi dû étendre l’idéologie familiale d’Antiochos III ; cet objectif ne deviendra jamais effectif, puisqu’Antiochos le Jeune meurt avant d’atteindre la Médie. Malgré sa courte durée, cette union demeure d’un grand intérêt, puisqu’il s’agit du premier cas certain d’un mariage entre un frère et sa sœur chez les Séleucides.


Charlotte Golay est née le 23 décembre 1992 ; actuellement doctorante FNS à l’Université de Lausanne, sa thèse au sein d’un projet consacré aux relations de couple dans l’Antiquité étudie la question des couples des classes basses et moyennes, ainsi que des élites civiques à l’époque hellénistique. La documentation traitée est littéraire, épigraphique et papyrologique. Elle a soutenu en janvier 2017 un mémoire de Master intitulé « Filles et sœurs de rois à la cour d’Antiochos III : les cas d’Antiochis I, Antiochis II, Laodice VI et Nysa ».

charlotte.golay@unil.ch


Un cas oublié ?

Bien que les études sur les femmes hellénistiques de rang royal soient aujourd’hui nombreuses, elles se limitent le plus souvent aux épouses des souverains et laissent de côté les femmes de rang royal secondaire – filles, sœurs, etc. Ce constat s’applique à la dynastie séleucide, et plus particulièrement à la famille d’Antiochos III, qui régna entre 223 et 187 av. J.-C. Ce roi et son épouse, Laodice V, sont les parents de plusieurs filles souvent oubliées ou laissées de côté par la recherche en raison notamment du manque de documents qui les concernent[1]. Cette observation est également valable pour un cas très particulier, que l’on peut même qualifier d’exceptionnel : Laodice VI, l’une des filles d’Antiochos III, épouse en 196/5 av. J.-C. son frère Antiochos le Jeune, alors héritier et co-roi[2]. Ces noces constituent une nouveauté dans la dynastie séleucide, où les mariages à fort degré d’endogénéité ne sont pas la norme, contrairement à l’Égypte lagide. Cette union prend fin brutalement avec la disparition d’Antiochos le Jeune en 193 av. J.-C.

Malgré la courte durée de ce mariage et le peu de sources relatives à Laodice VI, il demeure possible de retracer certains pans de son parcours en tant que femme de rang royal secondaire et membre d’un couple distinctif. De plus, le cas de Laodice est particulièrement intéressant, puisqu’aucune publication ne s’y est intéressée jusqu’ici de façon détaillée.

L’union entre le frère et la sœur constitue un point essentiel de la politique dynastique d’Antiochos III, aussi est-il essentiel de comprendre ses enjeux : pourquoi le premier mariage véritablement incestueux de la dynastie séleucide intervient-il à ce moment-là ? On s’intéressera également au rôle joué par Laodice VI dans ce cadre déterminé, notamment par la création d’un culte en l’honneur de Laodice V, dont elle est nommée grande-prêtresse pour la Médie.

Le rôle de Laodice VI dans la dynastie séleucide est véritablement forgé par ses noces avec son frère ; il s’agira ainsi de retracer son parcours en s’appuyant sur différents éléments, tels que l’organisation du mariage, sa vie en tant qu’épouse d’Antiochos le Jeune, ainsi que sa charge de grande-prêtresse, afin de reconstituer certains éléments de sa vie et la place de ces premières noces frère-sœur dans la politique d’Antiochos III.

La jeunesse de Laodice VI

Cette première partie de la vie de Laodice VI demeure obscure, car cette dernière n’apparaît nommément dans aucune source avant son mariage avec Antiochos le Jeune. Cette absence de matériel amène donc à formuler des hypothèses et des conjectures sur cette période, bien que ces questions restent sans réponse : avait-elle passé l’entièreté de sa jeunesse dans une seule ville et un seul palais (Antioche, par exemple), ou suivait-elle sa mère Laodice V lors d’éventuels déplacements ? Avait-elle bénéficié d’une éducation à la cour séleucide, et si oui de quel type ?

Malgré l’absence de sources, il demeure essentiel de tenter de situer chronologiquement la naissance de Laodice VI. H. Schmitt propose une date comprise entre 219 et 210 av. J.-C. ; il considère peu probable que sa naissance ait pu avoir lieu plus tard puisqu’au printemps 210 av. J.-C. Antiochos III débute son « Anabase », une série de campagnes à l’est du royaume séleucide[3].

Concernant sa place au sein de la fratrie, il est selon moi cohérent de considérer Laodice VI comme l’une des filles les plus âgées du couple royal – soit l’aînée, soit la deuxième – en observant les dates de leurs mariages. Les noces de Laodice VI et d’Antiochos le Jeune se tiennent à l’hiver 196/5 av. J.-C., tandis que Cléopâtre I est fiancée à Ptolémée V en 196 av. J.-C., mais le mariage ne prend place qu’en 194/3 av. J.-C. au plus tôt[4]. Quant à Antiochis II, il semble qu’elle ait épousé Ariarathe IV de Cappadoce durant cette même période. Le déroulement de ces différentes unions permet donc de déduire que Laodice VI devait être la plus âgée, puisqu’elle est la première à être mariée. Cette hypothèse est d’autant plus adéquate que Laodice VI aurait eu entre 15 et 24 ans en 196/5 av. J.-C., si l’on suit la proposition de H. Schmitt quant à sa naissance, l’âge le plus bas me paraissant le plus cohérent[5]. Il fait donc sens de placer la naissance de Laodice VI au bas de la fourchette 219-210 av. J.-C., c’est-à-dire peu avant le départ d’Antiochos III pour son Anabase.

Enfin, le prénom de cette princesse est vecteur d’informations : il s’agit en effet du prénom porté par sa mère, et par bon nombre d’autres princesses et reines séleucides[6]. On peut donc penser que Laodice serait devenu un prénom dynastique au fil du temps, dès Laodice II, par exemple, et ainsi envisager la possibilité d’une tradition de renommage des reines et princesses séleucides[7]. Il est possible que ce prénom lui ait été attribué au moment de son mariage avec Antiochos le Jeune, à partir duquel elle devient une potentielle future reine. De plus, la prise d’un prénom dynastique par Laodice VI au moment de ses noces avec son frère serait porteuse de sens dans le contexte idéologique qui entoure cette union : le couple héritier, en portant les mêmes prénoms que le couple régnant, en devient le reflet presque parfait. Cet élément devait avoir pour objectif d’appuyer la légitimité de Laodice VI et Antiochos le Jeune en tant que futurs roi et reine, et également de mettre en avant la propagande familiale d’Antiochos III.

Les noces avec Antiochos le Jeune

La date du mariage

Un extrait d’Appien est la seule source dans laquelle il est explicitement fait mention de l’union entre le frère et la sœur. Dans le onzième livre de son Histoire romaine, consacré aux affaires de Syrie, il relate qu’à la fin de la cinquième Guerre de Syrie, Antiochos III, après avoir eu écho d’une rumeur faisant état de la mort de Ptolémée V, aurait décidé de faire voile pour l’Égypte afin de se saisir des possessions lagides. L’auteur fait le récit suivant[8] :

Pris dans une tempête à la hauteur du fleuve Saros et ayant perdu de nombreux navires (quelques-uns avec leur équipage et certains de ses Amis), il aborda à Séleucie de Syrie où il répara sa flotte endommagée. Il célébra également les épousailles de ses enfants, Antiochos et Laodice, qu’il unit l’un à l’autre.

Appien nous apprend donc que le mariage a lieu à l’hiver 196/5 av. J.-C., mais ne nous dit rien de son organisation. La célébration des noces était-elle prévue depuis un certain temps, ou Antiochos III a-t-il profité de la situation dans laquelle il se trouvait afin de mettre en place cette union ? Toute conquête par voie maritime était alors impossible en raison de l’état de la flotte séleucide tel que rapporté par l’historien, et la saison hivernale rendait de toute manière la navigation en Égée et en Méditerranée malaisée. Antiochos III aurait donc pu profiter de ce calme forcé pour célébrer les noces de ses enfants ; ceci n’empêche pas de penser que le projet du mariage devait avoir été minutieusement préparé.

Comment les noces se sont-elles déroulées ? Bien que l’on ne dispose d’aucun détail sur la question, la célébration du mariage a dû se tenir à Antioche, en raison de la proximité de la ville avec Séleucie de Piérie, mais également au vu de l’importance de ce mariage dans la stratégie dynastique d’Antiochos III ; de ce fait, choisir Antioche, le cœur de la Syrie séleucide dont le nom même faisait écho à celui du souverain et de son héritier, donnait encore davantage d’importance aux noces.

Le choix d’un mariage endogène

Comme on l’a vu, les noces de Laodice VI et d’Antiochos le Jeune sont le premier cas attesté d’une union entre un frère et sa sœur dans la dynastie séleucide. La recherche s’est interrogée sur la possibilité que d’autres mariages frère-sœur aient eu lieu, mais celle-ci reste au stade d’hypothèse[9]. Il est néanmoins essentiel de rappeler que, même si des unions aussi radicalement endogènes que celle de Laodice VI et Antiochos le Jeune demeurent l’exception chez les Séleucides, les mariages entre parents proches ne sont cependant pas rares : Antiochos III avait épousé lui-même sa cousine Laodice V ; de même, une situation similaire se répète plus tard dans la dynastie, lors des multiples mariages des rois séleucides avec des reines d’origine lagide[10].

Compte tenu de ces éléments, pourquoi Antiochos III a-t-il fait le choix d’un mariage endogène pour ses aînés ? Il est nécessaire de distinguer deux mouvements dans la politique matrimoniale menée par le souverain séleucide : un premier a lieu avec les noces de Laodice VI, et un second avec celles de ses sœurs Cléopâtre I et Antiochis II. Ce second volet a pour objectif principal d’étendre et d’appuyer l’influence séleucide dans les royaumes voisins. L’union endogène de Laodice VI et d’Antiochos le Jeune répond à un dessein différent. Par le biais de ce premier mouvement, Antiochos III souhaite mettre en avant l’unité dynastique et familiale des Séleucides ; il poursuit ainsi une stratégie qu’il avait déjà mise en place auparavant, que l’on peut qualifier de politique de « mise en scène des relations intrafamiliales »[11]. Celle-ci peut également être perçue en dehors de ses stratégies matrimoniales et plus particulièrement dans la mise en scène de la relation avec son épouse, Laodice V. Divers documents émanant du couple royal attestent notamment de l’utilisation d’un langage affectif, qui voit les souverains se référer l’un à l’autre par l’utilisation des termes de « frère » ou de « sœur », dans un sens symbolique qui vise à étayer l’idée de proximité et d’harmonie au sein de la famille d’Antiochos III. Ces concepts seront encore renforcés par les noces de Laodice VI et d’Antiochos le Jeune[12].

En plus de célébrer la continuité familiale et dynastique, cette union permet de donner un second niveau de légitimité à Antiochos le Jeune dans son rôle d’héritier du trône séleucide : fils de roi, il est également présenté comme époux d’une fille de roi[13]. Il est possible qu’Antiochos III ait aussi souhaité éviter de faire entrer une princesse étrangère dans la famille royale séleucide et ainsi risquer de fragiliser sa politique idéologique, voire l’influence d’un autre royaume à la cour, ce toujours dans le but de solidifier l’unité familiale et dynastique[14].

L’union d’Antiochos le Jeune et Laodice VI s’étend ainsi sur une brève période, sur laquelle les sources ne nous livrent que peu d’éléments ; s’il est impossible d’avancer des hypothèses développées sur le déroulement exact de ce mariage, on peut en revanche déterminer et analyser plusieurs éléments de la vie de Laodice VI en tant qu’épouse d’Antiochos le Jeune.

Parcours et statut entre 196/5 et 193 av. J.-C. : éléments généraux

Enfants

Aucune des sources relatives au jeune couple n’indique explicitement qu’il ait eu une descendance ; cependant, une fille, Nysa, leur est parfois attribuée[15]. Cette dernière apparaît dans une seule inscription, un décret des Athéniens de Délos en l’honneur de son époux Pharnace I du Pont et d’elle-même ; elle y est désignée comme « fille du roi Antiochos et de la reine Laodice »[16]. La datation de cette inscription est cependant problématique et le manque de précision quant au couple royal parental évoqué dans le décret n’aide pas à déterminer s’il pourrait s’agir de celui qui nous intéresse[17]. Pour ces différentes raisons, je considère qu’il est avisé de ne pas suivre l’hypothèse qui fait de Nysa une fille d’Antiochos le Jeune et Laodice VI.

Comment expliquer cette absence de descendance ? Il convient tout d’abord de rappeler le caractère fort bref de l’union des deux époux, qui a sans doute eu une influence sur cette situation. En effet, leur mariage ne dure qu’environ deux ans et demi, et ce pendant une période troublée par la guerre d’Antiochos III contre Rome. Aussi n’est-il donc pas impossible que les jeunes époux n’aient que très peu été en contact l’un avec l’autre si Antiochos le Jeune participait aux campagnes de leur père. Il est également possible que Laodice fût encore trop jeune à ce moment-là pour procréer, voire qu’il n’y ait pas eu de relations physiques entre les époux pour cette raison.

Aussi convient-il pour l’instant de considérer qu’Antiochos le Jeune et Laodice VI n’ont pas eu d’enfants, tout en gardant à l’esprit que de nouveaux documents pourraient modifier cette conclusion, bien que les arguments donnés ci-dessus soient à mon sens suffisamment pertinents pour que la question de l’absence de descendance soit considérée comme réglée.

Titulature royale

En ce qui concerne la titulature royale, le titre de basilissa n’était pas porté par Laodice, si l’on s’en tient aux documents à disposition[18]. Ce titre royal, signifiant de façon littérale « femme royale », ou « femme de rang royal », peut être considéré comme la version féminine de celui de basileus. Cette titulature était portée par les rois hellénistiques et leurs épouses, ce dès la fin du IVe siècle. Selon Diodore de Sicile, Antigone et Démétrios Poliorcète furent les premiers à s’être dotés du titre de basileus à la suite de leur victoire sur Ptolémée à Salamine en 306 av. J.-C. ; la même année, Phila, épouse d’Antigone, avait reçu celui de basilissa[19]. Les autres Diadoques ne tardent pas à les imiter, y compris Séleucos, fondateur de la dynastie séleucide. En 300 av. J.-C., ce dernier fait également de son épouse Apamée une basilissa[20].

Il apparaît néanmoins que les épouses de souverain (ou de co-roi et d’héritier) ne devenaient pas des basilissai de façon automatique une fois le mariage célébré[21]. Ainsi, bien qu’Antiochos le Jeune porte le titre de basileus dès son association au trône en 209 av. J.-C., il n’est pas surprenant que le titre de basilissa n’ait pas été attribué à Laodice VI à la suite de leur mariage[22]. Il n’est pas non plus étonnant que cette dernière n’ait pas été basilissa en tant que fille de roi. En effet, la question de l’attribution de ce titre aux princesses hellénistiques est problématique : s’il est sûr que les princesses lagides en ont bénéficié, la question reste aujourd’hui débattue pour les autres[23]. Quant aux filles des souverains séleucides, et plus particulièrement celles d’Antiochos III, aucune source ne vient appuyer l’hypothèse de l’obtention d’une titulature avant leur mariage. On peut donc considérer que Laodice VI n’était pas basilissa avant ses noces avec Antiochos le Jeune, et qu’elle ne l’est pas devenue à la suite de cette étape, bien que son époux fût basileus.

L’absence de titulature de Laodice VI en tant qu’épouse du co-roi étonne d’autant moins si l’on prend en considération le fait que sa mère, Laodice V, était encore en vie durant la période de leur mariage. Laodice V était la basilissa d’Antiochos III ; elle incarnait ainsi une forme d’expression de l’autorité séleucide, et participait à la représentation du pouvoir[24]. Alors qu’Antiochos le Jeune devient basileus lorsqu’il est associé au pouvoir par son père, la même chose ne pouvait pas se produire dans le cas de Laodice VI, puisqu’elle n’était pas associée au pouvoir de son père. Si Antiochos le Jeune n’avait pas brutalement disparu avant de devenir le successeur d’Antiochos III, il est possible – mais non obligatoire, comme on l’a vu –  que Laodice VI ait pu devenir basilissa en tant qu’épouse de roi, à l’initiative du nouveau souverain ; on peut donc imaginer qu’une cérémonie similaire à celle organisée pour Laodice V aurait alors eu lieu. Ces différents éléments permettent ainsi d’expliquer pourquoi Laodice VI ne disposait pas d’un titre royal.

Culte

Avant de devenir l’épouse d’Antiochos le Jeune, Laodice VI devait être comprise dans les honneurs cultuels dédiés de façon ponctuelle au couple royal et à ses enfants[25]. Une fois mariée à son frère, les sources dont nous disposons n’indiquent pas que Laodice VI ait bénéficié d’honneurs cultuels particuliers. Aucun culte d’État n’a été mis en place dans son cas, que cela soit en tant que fille du roi ou dans son rôle d’épouse du co-roi et héritier. Malgré tout, il ne paraît pas impossible qu’elle ait été l’objet d’honneurs cultuels spontanés et ponctuels de la part de particuliers ou de certaines cités. Le caractère instable et novateur de son statut d’épouse du co-roi et héritier devait créer un certain flou au niveau des institutions en place. Il semble cependant improbable qu’un véritable culte généralisé ait pu être mis en place durant le court laps de temps durant lequel son union avec Antiochos le Jeune a eu lieu.

Bien que l’on ne dispose d’aucun élément relatif à des honneurs cultuels pour Laodice VI, cette dernière a tout de même tenu un rôle central dans un culte particulier : celui de sa mère, Laodice V.

La grande-prêtresse et le co-roi

En 193 av. J.-C., Antiochos III crée un culte royal d’État, avec pour objectif d’honorer son épouse, Laodice V. Ce nouveau culte devait s’ajouter à d’autres déjà mis en place de manière spontanée par différentes cités ou communautés ; la différence majeure résidait dans son caractère étatique, puisqu’il était administré par le pouvoir royal séleucide[26].

Le souverain proclame la mise en place et l’organisation de ce nouveau culte au moyen d’un prostagma dont on connaît trois versions : l’une à Eriza (Carie ou Phrygie), les deux autres en Médie – la première à Laodicée de Médie, et la seconde dans la région moderne de Kermanshah. Le prostagma en lui-même est à chaque fois similaire, seule la lettre d’accompagnement qui le précède sur l’inscription diffère selon les fonctionnaires à qui elle est adressée.

Pourquoi créer un tel culte ? Différents facteurs entrent en jeu, comme on peut le voir ci-dessous dans l’exemplaire de la ville de Laodicée de Médie[27] :

Μενέδημος Ἀπολλοδώρωι καὶ Λαοδικέων
τοῖς ἄρχουσι καὶ τῆι πόλει χαίρειν · τοῦ
[γ]ραφέντος πρὸς ἡμᾶς προστάγματος
(4) [παρὰ το]ῦ βασιλέως ὑποτέτακται
[τὸ ἀντι]γραφον · κατακολουθεῖτε οὖν
τοῖς ἐπεσταλμένοις καὶ φροντίσατε
ὃπως ἀναγραφὲν τὸ πρόσταγμα εἰς στήλην
(8) λιθίνην ἀνατεθῆι ἐν τῶι ἐπιφανεστάτωι
τῶν ἐν τῆι πόλει ἱερῶν.
Ἔρρωσθε. Θιρ´, Πανήμου        ι´.
Βασιλεὺς Ἀντίοχο[ς Μ]εμεδήμωι χαίρεν ·
(12) [βου]λόμενοι τῆς ἀδ[ε]λφῆς βασιλίσσης
Λαοδίκης τὰς τιμὰς ἐπὶ πλεῖον αὔξειν
καὶ τοῦτο ἀναγκαιότατον ἑαυτόῖς
νομίζοντες εἶν[αι] διὰ τὸ μὴ μόνον ἡμῖν φιλοστόργως
(16) καὶ κηδεμονικῶς αὐτὴν σθμβιοῦν, ἀλλὰ μὲν
πρὸς τὸ θεῖον εὐσεβῶς διακεῖσθαι, καὶ τὰ ἄλλα μὲν
ὅσα πρέπει καὶ δίκαιόν ἐστιν παρ᾽ἡμῶν [αὐτ]ῆι
συναντᾶσθαι διατελοῦμεν μετὰ φιλοστοργίας
(20) ποιοῦντες, χρίνομεν δὲ, χαθάπερ ἡμῶ[ν]
ἀποδείκνυνται κατὰ τὴν βασιλείαν ἀρχιερεῖς,
καὶ ταύτης κ[αθ]ίστασθαι ἐν τοῖς αὐτοῖς τό[ποις]
ἀρχιερείας αἳ φ[ορ]ήσουσιν στεφάνους χρυ[σοῦς]
(24) ἔχοντας εἰκόν[α]ς αὐτῆς, ἐνγραφήσονται δὲ [καὶ]
ἐν τοῖς σθνα[λ]λάμασ[ιν] μετὰ τοὺς τῶν προ[γόνωι]
καὶ ἡμῶν ἀρχι[ερ]εῖς · ἐπει οὖν ἀποδέδεικτ[αι]
ἐν τοῖς ὑπὸ σ[ὲ τό]ποις Λαοδίκη<ς>, συν[τελείσθω]
(28) πάντα τοῖς προγεγραμμένοις ἀκολο[ύθως]
καὶ τὰ ἀντίγραφα τῶν ἐπιστολῶν ἀναγραφέν[τα]
εἰς στήλας ἀματεθήτο ἐν τοῖς ἐπιφανεστάτοις τό[ποις],
ὅπνς νῦν τε καὶ εἰς τὸ λοιπὸν φανερὰ γ[ίν]ηται ἡ ἡμε[τέρα]
(32) καὶ ἐν τούτοις πρὸς τὴν ἀδελφὴν π[ροα]ίπεσις.
Θιρ´, Ξαμ[δικοῦ].

Ménédémos à Apollodôros et aux magistrats et la ville de Laodicée salut. Ci-après est jointe la copie de l’édit que nous a écrit le roi. Conformez-vous donc à ce qui y est mandé et prenez soin de faire transcrire l’édit sur une stèle de pierre et de le consacrer dans le plus illustre des sanctuaires de la ville. Portez-vous bien. An 119, le 10 du mois de Panémos. Le roi Antiochos à Ménédémos, salut. Voulant augmenter les honneurs de notre sœur la reine Laodice et estimant que cela nous est très nécessaire, non seulement parce qu’elle montre son affection et sa sollicitude dans sa vie avec nous, mais encore parce qu’elle est pieuse envers la divinité, nous ne cessons de faire avec affection tout ce qui convient et qu’il est juste qu’elle obtienne de nous, et spécialement nous décidons que, de même que sont nommés dans le royaume des grands-prêtres de nous-mêmes, soient établies dans les mêmes lieux des grandes-prêtresses de Laodice, qui porteront des couronnes d’or ayant son portrait, et dont le nom sera inscrit dans les contrats après les grands-prêtres de nos ancêtres et de nous-mêmes. Or, puisque dans les lieux de ton gouvernement a été nommée Laodice, que tout se fasse conformément à ce qui a été dit ci-dessus, et que les copies des lettres, transcrites sur des stèles, soient consacrées dans les lieux les plus illustres, afin que, maintenant et dans l’avenir, soit manifeste l’excellente attitude que nous avons, en cela aussi, envers notre sœur. An 119, le [ . ] du mois de Xandikos.

Comme un culte royal d’État existait déjà pour Antiochos III, il semble que le souverain ait souhaité l’étendre à son épouse (l. 21-22)[28]. Par ailleurs, il désire également la valoriser pour ses qualités d’épouse, et par ce biais diffuser l’image d’un couple uni (l. 12-20)[29].

Outre la mise en place de ce programme idéologique, le prostagma d’Antiochos III définit les modalités relatives à l’organisation du culte, et notamment les responsabilités des grandes-prêtresses, qui devaient en principe être responsables chacune d’une région du territoire séleucide. Les deux exemplaires de Médie mentionnent la nomination à ce poste d’une Laodice, sans davantage de précision, comme on peut le voir à la ligne 27. Puisque le prostagma n’apporte pas de détails quant à l’identité de cette Laodice, il ne peut s’agir que de Laodice VI, sa fille, puisqu’elle est la seule femme de la famille royale, excepté sa mère, à porter ce prénom. Cette affirmation quant à l’identité de la grande-prêtresse est appuyée par l’exemplaire d’Eriza : dans ce dernier, la grande-prêtresse est une Bérénice, identifiée comme la fille de Ptolémée de Telmessos[30]. D’abord fidèle aux Lagides qui dominaient le sud de l’Asie mineure en ce début de IIe siècle av. J.-C., Ptolémée parvient à conserver son indépendance après la conquête de la région par Antiochos III en 197 av. J.-C. Le souverain séleucide semble avoir réussi à s’attacher sa fidélité en élevant sa fille, Bérénice au rang très enviable de grande-prêtresse[31]. Au vu de ces deux cas, les grandes-prêtresses du culte de Laodice V devaient provenir soit de l’entourage du roi et de la reine, soit de familles d’importance.

Le prostagma reste vague en ce qui concerne les charges attribuées à Laodice VI en tant que grande-prêtresse. Le document indique qu’elle devait porter une couronne d’or sur laquelle était monté un portrait de Laodice V (l. 23-24) ; ainsi, la reine devait être présente par le biais de son image là où se trouvait la grande-prêtresse, comme l’explique P. Iossif : « […] the queen/goddess could receive a cult virtually everywhere in the satrapy, where her high-priestess, the mediator par excellence, would bring her image. »[32] Selon lui, la grande-prêtresse ne devait pas être rattachée à un sanctuaire en particulier, mais se déplaçait sans doute de l’un à l’autre, probablement en fonction du calendrier religieux[33]. Laodice VI devait ainsi être responsable de rituels visant à honorer sa mère là où il était décidé de les performer ; il est donc possible qu’elle ait eu à se déplacer dans toute la Médie. Le prostagma ne précise pas les actions qui devaient être exécutées par la grande-prêtresse, mais il devait s’agir au moins de sacrifices, dont la nature exacte nous demeure inconnue[34].

Laodice VI fut ainsi probablement dépêchée aux confins du royaume par son père ; qu’en est-il de son frère-époux ? Il apparaît qu’Antiochos III avait finalement décidé de favoriser une proximité géographique entre les jeunes époux : en effet, au printemps 193 av. J.-C., Antiochos le Jeune est envoyé dans les Hautes Satrapies afin d’y représenter l’autorité de son père, et de l’y exercer[35]. Selon L. Capdetrey, la Médie servait de base à l’administration des Hautes Satrapies depuis le règne de Séleucos III ; Antiochos le Jeune et Laodice VI devaient donc se trouver dans la même région[36]. La présence de l’héritier et co-roi dans cette partie du royaume relève d’un projet bien réfléchi : en effet, Antiochos III passe la majeure partie de l’année 193 av. J.-C. en Asie mineure occidentale, à préparer son débarquement en Grèce continentale[37]. Cette situation rend indispensable la présence d’Antiochos le Jeune dans la partie orientale du royaume, afin de maintenir l’autorité et l’influence séleucide sur la région, régulièrement sujette aux révoltes ; la nomination de Laodice VI dans ce même territoire répond elle aussi à la nécessité de conserver cette influence en diffusant l’idéologie familiale d’Antiochos III par le biais du culte d’État de Laodice V.

La nomination du jeune couple à deux postes d’importance dans cette partie du territoire participe donc à l’élaboration du discours diffusé par Antiochos III : en envoyant en Médie le couple héritier, miroir du couple formé par lui-même et son épouse, le souverain séleucide déploie ainsi l’image d’une famille unie sur l’ensemble de son royaume.

Une union écourtée

Cette situation va néanmoins tourner court en raison d’un événement imprévu : à l’été 193 av. J.-C., Antiochos le Jeune meurt prématurément dans des circonstances inconnues[38]. Qu’en était-il de Laodice, à ce moment-là ? Elle se trouvait sans doute déjà en Médie afin d’occuper son rôle de grande-prêtresse, ou était au moins en route pour la satrapie. Malgré la disparition de son frère-époux, il est fort probable qu’elle ait conservé cette fonction et qu’elle l’ait occupée au moins jusqu’à la défaite de son père face à Rome en 188 av. J.-C.

La politique familiale et idéologique d’Antiochos III a sans doute été perturbée par la disparition de son héritier et co-roi : alors qu’il disposait d’un couple héritier déjà formé et préparé à prendre la relève, et donc d’une succession a priori stabilisée et organisée en amont, le souverain séleucide devait reprendre cela à la base, d’autant plus qu’Antiochos le Jeune disparaissait alors qu’il n’avait pas lui-même d’héritier. Cette situation, déjà difficile en temps normal, l’était d’autant plus qu’Antiochos III se trouvait alors en plein conflit contre Rome.

Alors que Laodice VI et Antiochos le Jeune devaient représenter le reflet du couple régnant formé par leurs parents, la mort du jeune homme venait mettre un terme à ce pan de la propagande d’Antiochos III.

Conclusion

Le cas de Laodice VI constitue donc une première dans la dynastie séleucide, par son mariage avec son frère. La mort prématurée d’Antiochos le Jeune et l’absence d’héritier issu du jeune couple ne figuraient sans doute pas dans les plans d’Antiochos III ; aussi, nous en sommes réduits à nous demander quelles autres dispositions le souverain séleucide aurait pu prendre si la disparition soudaine de son fils aîné ne s’était pas produite. On peut se demander ce qu’il serait advenu de Laodice VI en cas de succession réussie, ainsi que se questionner sur les stratégies matrimoniales qu’elle et son frère-époux auraient employées pour leur descendance : auraient-ils reproduit leur propre mariage incestueux avec leurs enfants, afin de perpétuer l’image de la famille royale élaborée par Antiochos III ? Cette hypothèse ne paraît pas probable : la politique matrimoniale engagée par le souverain séleucide, le mariage endogène y compris, répond à un besoin issu d’un contexte passager, entièrement lié à la politique et à la propagande menées par Antiochos III. Aussi me semble-t-il peu cohérent de penser que les enfants de ce dernier auraient pu reprendre cette nouveauté à leur propre compte, d’autant plus qu’il n’existe pas d’autres mariages entre un frère et sa sœur – que ce soit en tant que souverains ou en tant qu’héritiers – après la mort de Laodice VI, même après l’arrivée des reines d’origine lagide à partir du milieu du IIème siècle av. J.-C.

Ce mariage endogène, et de façon plus globale la politique d’Antiochos III, sont donc des éléments déterminants du parcours de Laodice VI, qui conditionnent presque tout ce que nous savons d’elle pour cette période-ci. Cette question du mariage entre frère et sœur prend un poids d’autant plus important si l’on observe la suite de son existence. En effet, le destin de Laodice VI ne prend pas fin avec la disparition d’Antiochos le Jeune : il semblerait qu’elle ait été rapidement remariée par Antiochos III au futur Séleucos IV, nouvel héritier et co-roi, voire même qu’à la mort de ce dernier, elle épouse encore Antiochos IV, son dernier frère[39]. Que Laodice VI épouse un seul ou plusieurs de ses frères demeure une problématique intéressante ; cependant, cela ne change rien au fait que Laodice VI est la seule princesse séleucide à être incluse dans une ou plusieurs unions incestueuses. On peut ainsi considérer que l’expérience menée par Antiochos III au sein de sa politique dynastique commence et s’arrête avec Laodice VI, puisque nous n’avons pas de preuves d’autres mariages frère-sœur chez les Séleucides par la suite.

Le parcours de Laodice VI en tant qu’épouse d’Antiochos le Jeune constitue ainsi un élément singulier de l’histoire dynastique séleucide, et plus particulièrement de l’étude des femmes de rang royal secondaire. Au-delà des questions d’âge et d’alliances matrimoniales, Antiochos III eut-il d’autres raisons de la choisir pour incarner une part essentielle de son idéologie familiale ? On ne saurait le dire.

 

Bibliographie

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Marie Widmer, La construction des identités politiques des reines séleucides, sous la dir. de Anne Bielman Sánchez, Université de Lausanne, 2015 (thèse de doctorat en cours de publication).

 


[1] Parmi les publications récentes, on trouve un article consacré à Antiochis II : Linda-Marie Günther, « Kappadokien, die seleukidische Heiratspolitik und die Rolle der Antiochis, Tochter Antiochos III », Studien zum antiken Kleinasien III, Bonn, R. Habelt, 1995, p. 47-61 ; un autre relatif à Nysa, si on considère cette dernière comme fille d’Antiochos III : Cristian Ghita, « Nysa – a Seleucid princess in Anatolian context », Seleucid Dissolution. The Sinking of the Anchor, Wiesbaden, Harrassowitz Verlag, 2011, p. 107-116) ; et enfin un article discutant entre autres les cas d’Antiochis I – sœur d’Antiochos III – et d’Antiochis II : Alex McAuley, « Once a Seleucid, always a Seleucid : Seleucid princesses and their nuptial courts », The Hellenistic Court (sous presse). Je ne prends pas en compte le cas particulier de Cléopâtre I, puisque cette dernière devient reine d’Égypte en épousant Ptolémée V et que nous disposons de davantage de sources à son sujet, grâce notamment aux papyrus. Concernant le comput, j’ai choisi de reprendre celui donné par Daniel Ogden, qui dote d’un numéro chaque Laodice de la dynastie : Daniel Ogden, Polygamy, Prostitutes and Death. The Hellenistic Dynasties, Londres, The Classical Press of Wales, 1999.

[2] App. Syr. IV, 17 ; Claude Vatin, Recherches sur le mariage et la condition de la femme mariée à l’époque hellénistique, Paris, E. de Boccard, 1970, (Bibliothèque des Écoles françaises d’Athènes et de Rome, 216), p. 87.

[3] Hatto Schmitt, Untersuchungen zur Geschichte Antiochos des Grossen und seiner Zeit, Wiesbaden, F. Steiner Verlag, 1964, (Historia Einzelschriften, 6), p. 27.  

[4] App. Syr., IV, 17 ; Anne Bielman Sánchez, Giuseppina Lenzo, « Réflexions à propos de la “régence” féminine hellénistique : l’exemple de Cléopâtre I », Studi Ellenistici, volume 29, 2015, p. 1-29.

[5] Sur l’âge des femmes au moment du mariage, voir Anne-Marie Vérilhac, Claude Vial, Le mariage grec, du VIe siècle av. J.-C. à l’époque d’Auguste, Paris, De Boccard, 1998 (BCH Supplément, 32), p. 215.

[6] Il s’agissait déjà du prénom porté par la mère et l’une des filles de Séleucos I. A partir d’Antiochos II, toutes les épouses de rois séleucides se prénomment Laodice, jusqu’à ce qu’Alexandre I Balas épouse Cléopâtre Théa vers 150 av. J.-C., sauf Bérénice Phernophoros. Les seules à faire exception à cette règle sont les reines d’origine égyptienne qui épousent des souverains séleucides dès le milieu du IIe siècle av. J.-C. (Cléopâtre Théa, Cléopâtre IV et Cléopâtre Séléné), alors même que leurs propres filles se prénomment toutes Laodice. C’est à cette même époque que commence véritablement le déclin du royaume séleucide, pour diverses raisons sur lesquelles il n’y a pas lieu de revenir ici. On peut, selon moi, établir un lien entre cette situation délicate, qui ne fait qu’empirer pendant près d’un siècle, et les prénoms portés par les princesses de cette période. Il peut s’agir d’une part d’une tentative de diffusion du caractère dynastique incarné par le prénom Laodice, afin de faire de toutes ces princesses de futures reines potentielles. D’autre part, il est probable que la politique onomastique de cette fin de dynastie séleucide devait avoir pour objectif de rappeler un passé glorieux (et perdu), en donnant à ces filles le prénom des grandes reines passées.

[7] Un exemple frappant venant appuyer cette hypothèse est l’envoi en Égypte par Antiochos III de sa fille Cléopâtre, dont le prénom signifie littéralement « la gloire du père », afin d’épouser Ptolémée V à la suite de la défaite de ce dernier lors de la cinquième Guerre de Syrie. Le souverain séleucide aurait donc très bien pu renommer sa fille à la suite de ses fiançailles, donnant à son prénom un poids politique certain.

[8] App. Syr. IV, 17 : Xειμῶνι δ᾿ ἀμφὶ τὸν Σάρον ποταμὸν συμπεσών, καὶ πολλὰς τῶν νεῶν ἀποβαλών, ἐνίας δ᾿αὐτοῖς ἀνδράσι καὶ φίλοις, ἐς Σελεύκειαν τῆς Συρίας κατέπλευσε, καὶ τὸν στόλον κατεσκεύαζε πεπονημένον. γάμους τε τῶν παίδων ἔθυεν, Ἀντιόχου καὶ Λαοδίκης, ἀλλήλοις συναρμόζων. Traduit par Paul Goukowsky, Les Belles Lettres, 2007.

[9] Anne Bielman Sánchez, « Régner au féminin. Réflexions sur les reines attalides et séleucides », L’orient méditerranéen de la mort d’Alexandre aux campagnes de Pompée : cités et royaumes à l’époque hellénistique, actes du colloque international de la sophau, Rennes, 4-6 avril 2003, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2003, p. 50.

[10] Les parents de Laodice V sont Mithridate II du Pont et Laodice III, fille d’Antiochos II. Quant aux princesses lagides, Cléopâtre Théa épousa son beau-frère Antiochos VII (frère de Démétrios II, son deuxième époux), et Cléopâtre Séléné son petit-neveu Antiochos VIII (fils de sa tante Cléopâtre Théa et d’Antiochos VII), son beau-frère et petit-neveu Antiochos IX (frère d’Antiochos VIII) et son beau-fils et neveu Antiochos IX (fils de sa sœur Cléopâtre IV et d’Antiochos IX).

[11] Marie Widmer, La construction des identités politiques des reines séleucides, sous la direction d’Anne Bielman Sánchez, Université de Lausanne, 2015 (thèse de doctorat en cours de publication), manuscrit p. 170.

[12] Id.

[13] Claude Vatin, Recherches…, p. 88.  

[14] Id.

[15] Voir par exemple Daniel Ogden, Polygamy…, p. 141 et p. 165, n. 141 ; Marie Widmer, La construction…, manuscrit p. 399.

[16] IG XI, 1056, l. 14-15 : ἐπεὶ δὲ καὶ προσήγγελται τὴν βασίλισσαν Νῦσαν βασιλέ|ως Ἀντιόχου θυγατέρα συνωικηκέναι τῶι βασιλεῖ Φαρνάκει̣.

[17] Sur les discussions relatives à cette inscription, voir notamment Cristian Ghita, « Nysa… », p. 107-116.

[18] Sur la question du titre de basilissa, voir Elizabeth Carney, « What’s in a name ? The emergence of a title for royal women in the Hellenistic period », Women’s History and Ancient History, Chapel Hill, The University of North Carolina Press, 1991, p. 154-172.

[19] Diod. Sic. XX, 53, 2-4 ; SIG3 333.

[20] Elizabeth Carney, « What’s… », p. 161.

[21] C’est notamment le cas de Laodice V, qui est désignée basilissa à l’occasion d’une proclamation officielle, postérieure aux noces royales. Voir Pol. V, 43, 1-4.

[22] Marie Widmer, La construction…, manuscrit p. 161.

[23] Ivana Savalli-Lestrade, « Il ruolo pubblico delle regine ellenistiche », Istorie. Studi offerti dagli allievi a Giuseppe Nenci in occasione del suo settantesimo compleanno, Lecce, Congedo, 1994, p. 417.

[24] Marie Widmer, La construction…, manuscrit p. 209.

[25] Voir par exemple les inscriptions suivantes : Klaus Bringmann, Hans von Steuben, Schenkungen hellenistischer Herrscher an griechische Städte und Heiligtümer I, Berlin, Akademie Verlag, 1995, n°260 II ; I. Iasos 5.  

[26] Marie Widmer, La construction…, manuscrit p. 197.

[27] Édition et traduction de Louis Robert, « Inscriptions séleucides de Phrygie et d’Iran », Hellenica : recueil d’épigraphie, de numismatique et d’antiquités grecques VII, Limoges, A. Bontemps, 1949, p. 7-8.

[28] La question de la mise en place de ce culte royal est largement débattue, certains faisant notamment d’Antiochos III son créateur. Voir Peter Van Nuffelen, « Le culte royal de l’empire des Séleucides : une réinterprétation », Historia, volume 53, n°3, 2004, p. 278-301.

[29] Marie Widmer, La construction…, p. 200 et suivantes concernant la valeur idéologique du prostagma.

[30] Fils de Lysimaque et Arsinoé II, il reçoit la ville de Telmessos (Lycie) en dôréa de la part de Ptolémée III : Ivana Savalli-Lestrade, « Les pouvoirs de Ptolémée de Telmessos », Annali della Scuola Normale Superiore di Pisa. Classe di Lettere e Filosofia, volume 17, n°1, 1987, p. 129-130.

[31] John Ma, Antiochos III and the Cities of Western Asia Minor, Oxford, Oxford University Press, 1999, p. 94.

[32] Panagiotis Iossif, « The apotheosis of the Seleucid king and the question of high-priest/priestess: a reconsideration of the evidence », Divinizazzione, culto del sovrano e apoteosi : tra Antichità e Medioevo, Bologne, Bononia University Press, 2014, p. 143 : « […] la reine/déesse pouvait recevoir un culte pratiquement partout dans la satrapie, là où sa grande-prêtresse, sa médiatrice par excellence, amènerait son image. », ma traduction.

[33] Ibidem, p. 141-143, où il rappelle avec justesse notre manque de connaissances sur l’aspect physique du culte royal séleucide.

[34] Ibidem, p. 143.

[35] Liv. XXXV, 13, 5 sur l’envoi d’Antiochos le Jeune à l’est ; Marie Widmer, « Pourquoi reprendre le dossier des reines hellénistiques ? Le cas de Laodice V », Egypte-Grèce-Rome. Les différents visages des femmes antiques, Berne, Peter Lang, 2008, p. 87.

[36] Laurent Capdetrey, Le pouvoir séleucide : territoire et administration d’un royaume hellénistique (312-129 avant J.-C.), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2007, p. 268 et suivantes.

[37] Louis Robert, « Inscriptions… », p. 17. Le souverain séleucide était en effet engagé dans son conflit contre Rome.

[38] Liv. XXXV, 15, 2.

[39] Cette possibilité, qui me semble satisfaisante, est appuyée notamment par Ivanna Savalli-Lestrade, « Le mogli di Seleuco IV e di Antioco IV », Studi Ellenistici, volume 16, 2005, p. 199. En revanche, je ne crois pas à l’hypothèse qui fait de Laodice VI la femme d’Antiochos IV également, soutenue par Hatto Schmitt, Untersuchungen…, p. 24 ; Jakob Seibert, Historische Beiträge zu den dynastischen Verbindungen in Hellenistischer Zeit, Wiesbaden, F. Steiner Verlag, 1967, p. 68 ; George Le Rider, « L’enfant-roi Antiochos et la reine Laodice », Bulletin de correspondance hellénique, volume 110, n°1, 1985, p. 409-417 ; Daniel Ogden, Polygamy…, p. 140 ; Anne Bielman Sánchez, « Régner… », p. 46 ; Panagiotis Iossif, Catharine Lorber, « Laodikai and the goddess Nikephoros », L’Antiquité classique, volume 76, 2007, p. 83.

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