Éditorial n°12

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C’est avec un plaisir non dissimulé que nous débutons cette nouvelle année avec le lancement du douzième volet de Circé. Histoire, Savoirs, Sociétés. De la Beauce à la Gascogne, en passant par l’Île-de-France, les lecteur·rice·s découvriront, au gré de leurs pérégrinations à travers ce numéro, une série de varia illustrant le travail de six jeunes chercheurs, rassemblés autour du portrait de Dominique Iogna-Prat, directeur de recherche à l’EHESS. C’est à la maison Auguste Comte qu’il nous a accueillis et qu’il a bien voulu revenir sur ses accomplissements et sa carrière de chercheur. Dominique Iogna-Prat est l’un des grands artisans du renouveau des études sur l’Église médiévale dans les années 1970 et 1980. C’est à partir de ses travaux sur les communautés monastiques et hérétiques qu’il a repensé l’Église comme architecte de la société au Moyen Âge. Son étude porte aujourd’hui sur la prégnance du discours ecclésial dans la fabrique de nouvelles sphères disciplinaires au XIXe siècle, telles que l’anthropologie ou la sociologie. Se définissant lui-même comme un « inclassable » du point de vue disciplinaire, il n’est pourtant nul doute que la singularité du parcours de cet historien saura toucher plusieurs générations de chercheurs en sciences humaines et sociales.

Ce nouveau numéro de Circé fait la part belle aux études sur le Moyen Âge puisque ce portrait est accompagné de deux articles mettant chacun en lumière une façon d’administrer ou de vivre en communauté dans la ville médiévale. Nicolas Ruffini-Ronzani s’interroge tout d’abord sur la place occupée par l’écrit dans la gestion de la ville de Chartres. L’étude d’une série d’archives comptables, produites dans la seconde moitié du XIVe siècle par les clercs urbains de la cité, permet d’attester des évolutions de la production documentaire ainsi que de l’importance de l’écrit dans le fonctionnement de l’administration municipale. Offrant un regard nouveau sur la question de l’approvisionnement en matériaux de l’écrit, il esquisse une réflexion méthodologique sur l’exploitation et le traitement historique d’un fonds d’archives lacunaire.

Coralie Nazabal, quant à elle, propose un éclairage inédit sur le phénomène du voisinage dans le Béarn médiéval, en s’appuyant sur l’étude d’un minutier rédigé par Odet de Labadie, notaire public de la ville de Morlaàs, entre 1364 et 1368. Largement impliqués dans les affaires de la ville, les vesii ou « voisins » de cette petite localité constituent une communauté territoriale autonome aussi remarquable que complexe et qui occupe une place essentielle dans sa structuration et son organisation socio-économique.

Que les lecteur·rice·s se rassurent, l’équipe de Circé a mis un point d’honneur à respecter les principes chers à la ligne éditoriale de la revue en œuvrant à la publication de contributions mettant en avant la diversité des approches, des thèmes de recherche, des méthodologies ou des périodisations. Ainsi, dans une perspective à la fois littéraire et socio-culturelle, Nicolas Cavuoto-Denis nous exhorte à redécouvrir les lettres de deuil et de consolation rédigées par Symmaque, auteur de l’Antiquité tardive. En cherchant à voir au-delà de la fonction parfois réductrice de topoi rhétoriques qui leur a été attribuée, l’auteur tente de démontrer toute la complexité de ces épîtres, oscillant entre démonstration conventionnelle et expression sincère et intime du chagrin. Cadre propice à la mise en scène des sentiments, la lettre se pare aussi d’une fonction thérapeutique, sous la plume de celui qui fut consul sous l’Empire romain.

Retracer la pensée d’un auteur et restituer sa vision du monde grâce à sa production écrite est également la démarche adoptée par Ivan Burel, qui analyse la réflexion du général Christophe Michel Roguet sur la contre-insurrection au milieu du XIXe siècle. Nourrie par l’héritage des combats menés par l’Armée française au début du siècle et par ses expériences personnelles, la conception du maintien de l’ordre du général Roguet témoigne d’une évolution de la doctrine et des représentations militaires. Mêlant pratiques militaires et politiques, elle a pour ambition de mettre fin aux émeutes et ainsi préserver l’ordre social.

L’histoire du droit s’invite par ailleurs dans les pages de la revue, avec l’article de Constance d’Ornano. Celle-ci a choisi d’explorer les différentes problématiques posées par l’interprétation du concept juridique de servitude volontaire par l’École du droit naturel moderne, théorisé à l’origine par le droit romain. Sur quels principes reposent la doctrine de cette école et qui en sont les principaux représentants ? Peut-on parler d’une erreur d’interprétation de la part des jusnaturalistes ? Est-il possible qu’ils aient influencé certains penseurs au XVIIIe siècle, tels que Montesquieu ou Rousseau ? Autant de questions auxquelles Constance d’Ornano se propose d’apporter une réponse éclairée.

De son côté, Natacha Rossignol revient sur la difficile reconnaissance du crime d’escroquerie au XVIIIe siècle en nous livrant un portrait haut en couleurs des « insignes fripons », intrigants personnages emprisonnés à la Bastille entre les règnes de Louis XIV et de Louis XVI. Qu’ils soient charlatans, spécialistes du travestissement ou faux sorciers, ces trublions de l’ordre social ne poursuivent qu’un seul but : tromper les autres afin d’en tirer personnellement des avantages. L’étude de ces figures, aussi fascinantes que subversives, permet ainsi d’envisager la société du siècle des Lumières sous un nouveau jour.

Cette douzième entreprise éditoriale n’aurait évidemment pas été possible sans le travail de nos éditeur·rice·s, le concours de nos précieux soutiens et la bienveillance des chercheur·se·s qui se sont prêtés au jeu de la recension. Nous adressons nos remerciements à tous ces acteur·rice·s, qu’ils soient institutionnels ou issus du monde de la recherche et qui participent, chacun à leur manière, à faire de Circé un formidable exemple d’émulation, de partage et d’échange, aussi bien sur le plan intellectuel que scientifique. Désireux de s’inscrire dans la continuité des objectifs présentés dans nos précédents numéros, le comité de rédaction fournit des efforts constants afin de développer la revue et de la réinscrire dans un rythme semestriel. Le pari semble relevé puisque le deuxième numéro de l’année est actuellement en cours de préparation. En attendant de découvrir ce futur volet, nous vous laissons parcourir celui-ci et vous souhaitons, bien sûr, une très bonne lecture.

Le comité de rédaction de Circé. Histoire, Savoirs, Sociétés

 

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