Marie Chemin et Ludivine Leveau
Résumé :
En s’appuyant sur deux enquêtes ethnographiques sur le long cours et en contexte sportif, nous interrogeons l’apport du genre dans un cadre réflexif. En effet, via cette méthodologie, se construit un dialogue entre le genre de l’ethnographe et le genre du terrain qui influencent la manière dont nous enquêtons. En outre, le genre est à appréhender à l’aide d’autres variables, comme le fait d’être sportive dans des activités auprès de pratiquant·es minorisé·es. Il en découle des attentes des enquêté·es qui questionnent nos postures. In fine, l’article amène à penser le genre de manière plurielle, entrelacé dans des interactions sociales.
Mots-clés : genre – ethnographie – sport – réflexivité – participation
Marie Chemin
Marie Chemin est doctorante en sociologie à l’Université Paris Nanterre, rattachée au laboratoire de l’Institut des Sciences Sociales du Politique (ISP). Le titre provisoire de sa thèse est le suivant : L’accès et le maintien des femmes dans la pratique footballistique amateur. Ses recherches portent sur l’accès et le maintien des jeunes filles dans la pratique fédérale du football, en considérant l’influence des caractéristiques socio-démographiques dans ces processus.
Ludivine Leveau
Ludivine Leveau est doctorante en anthropologie à l’Université Lyon 2, au sein du laboratoire EVS (Environnement Ville Société). Sa thèse s’intitule La pratique sportive des personnes transgenres. Un révélateur de la transition transgenre. Ses travaux portent principalement sur la transgression des frontières du genre dans le sport ainsi que sur les conséquences produites par celle-ci sur les corps et les vécus des trans.
Introduction
En avril 2025, lors d’un tournoi de football, Marie observe une différenciation sexuée entre les équipes féminines et masculines au niveau de l’encadrement sportif ; les femmes encadrant les jeunes pratiquantes tandis que les jeunes footballeurs sont encadrés par les hommes. Cette dichotomie se retrouve tout au long de l’enquête ethnographique de Marie, se déroulant au sein de l’espace footballistique fédéral français. Entre 2022 et 2026, dans le cadre de sa thèse en sociologie, elle s’immerge au sein de deux clubs, et en particulier au sein de leur section féminine en s’intéressant aux jeunes pratiquantes âgées entre 8 et 12 ans. Durant cette période, la présence masculine se retrouve à la marge de la pratique féminine. Il en va de même dans les commissions fédérales départementales portant sur les licenciées, où l’on retrouve essentiellement des femmes, dans lesquelles Marie enquête.
Cette distinction genrée est aussi prégnante sur les terrains de Ludivine. Comme Marie, elle a réalisé une enquête ethnographique multisite[1] entre 2022 et 2025. Toutefois, à la différence de Marie, Ludivine mène une thèse en anthropologie, prenant place principalement dans l’univers du sport LGBT+. Dans ce cadre, elle a observé deux clubs de football « lesbiens » en mixité choisie, où les hommes cis sont exclus. Elle a aussi intégré un club de rugby « gay », où les hommes représentent 97% de l’effectif, ainsi qu’une section féminine d’un second club de rugby « gay ». D’autre part, elle a participé à des entrainements au sein d’un club de running LGBT+ mixte, au sein duquel les hommes sont majoritaires. Toujours dans l’univers queer, elle a étudié deux activités sportives destinées aux personnes trans, à savoir un club de volley et un créneau de natation géré par une association trans généraliste. Enfin, elle a observé trois clubs non dépendants du sport LGBT+, en athlétisme, karaté et parkour.
Le choix de cette méthodologie n’est pas anodin en raison de notre appartenance commune au monde sportif. Issues de la filière STAPS (Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives) et sportives depuis longtemps, nous possédons un capital sportif[2] et une connaissance fine du milieu et de ses codes. Les ethnographes se divisent généralement en deux groupes, les insider, possédant des caractéristiques similaires aux enquêté·es, et les outsider, exogènes au milieu étudié[3]. Le fait d’être outsider peut être un obstacle[4] à l’enquête même si ces derniers peuvent s’approprier les codes avec le temps afin d’obtenir une place privilégiée[5]. Nous concernant, en tant qu’insider, cela nous offre un atout[6] considérable pour obtenir et conserver un rôle important.
Nos implications sur ces derniers en tant que sportives ou encadrantes ne sont pas uniquement liées à notre capital sportif. En effet, la féminisation de ces deux termes dévoile une autre caractéristique sociale : le genre des chercheuses. Bien que nous appartenions à la catégorie féminine, le fait d’être une femme cis (Marie) entérine des vécus et des caractérisations différentes par rapport à une femme trans (Ludivine). Cette hétérogénéité genrée produit des effets divers sur nos recherches. Comme le soulèvent certaines chercheuses, penser les femmes comme une seule entité est une illusion, car les vécus sont multiples en raison de traits sociaux divers[7]. Ainsi, nous avons conscience que le genre est un facteur clé dans l’accès au(x) terrain(s) en façonnant la manière dont la recherche est produite[8]. La catégorie sexuée d’appartenance de l’ethnographe et le genre du terrain[9] se croisent. En partant de ce constat, il nous apparaît pertinent d’analyser, dans une logique réflexive, le genre comme un outil méthodologique clé de l’ethnographie.
En raison de nos caractéristiques sexuées différentes, cela nous invite à réfléchir à l’enchevêtrement du genre dans ses multiples facettes en ethnographie. Cette pluralité influence en retour la posture de l’ethnographe sur ses terrains. Pour ce faire, nous analyserons dans une première partie les conséquences de notre implication en tant que sportives sur nos enquêtes. Dans une seconde partie, nous aborderons les effets de notre appartenance de genre sur nos terrains respectifs. Et enfin, dans une dernière partie, nous discuterons de l’imbrication des « genres » en lien avec nos postures de chercheuses-sportives en terrain(s) minorisé(s).
Être sportive comme ressort de l’engagement ethnographique
« Suite à votre mail, je vous propose de faire un cours d’essai vendredi. […] Concernant votre étude pas de soucis, mais je souhaite une discrétion totale sur votre travail durant les cours. Nous pourrons en discuter ». Cette phrase est tirée d’un échange de mails entre Ludivine et un directeur technique d’un club de karaté. Celui-ci la contraint à pratiquer si elle veut mener à bien son enquête ethnographique. À l’image d’autres ethnographes[10], l’insertion de Ludivine dépend entièrement de son implication, ici sportive. L’engagement sportif s’impose à elle, se révélant indispensable dans sa collecte de données. Via cette implication, cette dernière intègre divers clubs sportifs, LGBT+ ou non, y compris dans leurs pans les plus intimes comme les vestiaires ou les conversations informelles.
En outre, comme pour Loïc Wacquant[11], ce sont les compétences sportives qui permettent à Ludivine de gagner la confiance de ses partenaires d’entraînement et de se garantir une place privilégiée. Une interaction avec son entraîneur de rugby à l’occasion de la Coupe du monde des clubs de rugby à XV LGBT+ en mai 2024 à Rome l’illustre : « On affronte les championnes du monde et j’ai besoin que tu sois présente pour défendre sur le jeu au pied ». Cette demande sur le ton de l’injonction s’avère problématique en raison de son inaptitude physique. Opérée deux semaines avant d’une fracture du nez, celle-ci n’est pas encore apte à rejouer. En replaçant la phrase dans son contexte, cela montre l’importance de Ludivine dans cette équipe. Cette interaction est loin d’être isolée puisqu’elle fut l’objet de nombreuses remarques positives quant à son niveau de jeu et à son caractère indispensable.
À l’instar de Ludivine, Marie est également impliquée dans son étude. En raison d’un manque de coachs dans les sections féminines étudiées, les responsables de ces dernières recherchent des femmes ayant une expérience dans le football. Correspondant aux attentes des clubs, Marie accepte d’encadrer les petites filles. Son expertise dans le football lui permet également d’occuper d’autres rôles tout au long de son enquête que ce soit arbitre de façon occasionnelle, ou bien membre permanente de commissions fédérales sur la féminisation.
Dans sa recherche, Christophe Broqua explique que son intégration dans le milieu militant gay fut « facilitée en premier lieu par [son] aptitude à user des codes en vigueur au sein de la population homosexuelle, pour les avoir incorporés dans [son] propre parcours de socialisation »[12]. Il en va de même pour notre immersion ethnographique respective. En effet, la mise en application de nos compétences sportives, autrement dit notre capital sportif, dans les activités physiques étudiées, nous offre des ressources pour occuper une place privilégiée au sein de ces espaces, donnant la possibilité d’y circuler aisément et s’y maintenir.
Du genre aux genres
« Je recherche une éducatrice, ça te dirait ? ». Cette proposition adressée à Marie de la part des responsables de sections féminines met en exergue deux caractéristiques sociales indissociables dans son enquête : le fait d’être une sportive et une femme. L’emploi du terme féminin d’ « éducatrice »[13] donne à voir une réalité du foot amateur : il existe une sexuation de l’encadrement, à l’image du tournoi cité en introduction où la majorité des équipes féminines sont encadrées par des femmes.
Tout d’abord, cela peut s’expliquer par une moindre appétence des hommes vis-à-vis de l’encadrement des jeunes filles pouvant entraîner la difficulté des clubs à recruter des coachs auprès des féminines. Par exemple, dans le cadre d’une formation fédérale en avril 2025 visant à encadrer des enfants, un coach stagiaire tient des propos empreints de sexisme ordinaire[14] en présence de ses collègues féminines : « La section Barbie. C’est pas pour moi ». Le terme « Barbie » tend à souligner un certain mépris à l’égard des footballeuses, marquant ainsi une hiérarchisation sexuée des pratiques tant sportives[15] que d’encadrement[16].
Cette sexuation de l’encadrement dévoile un autre enjeu, celui de la stéréotypisation des attendus féminins. Marie a parfois entendu le terme « maman » employé par erreur de la part de jeunes joueuses, ou volontairement par des entraîneurs. Par exemple, l’un d’eux déclare en avril 2024 : « Les enfants ont plus de facilité à assimiler les consignes données par une femme. […] Ils se sentent plus en confiance. Tu vois c’est un peu comme si c’était leur maman ». Ces propos assignent Marie à un rôle féminin stéréotypé, reposant sur une essentialisation des qualités féminines (protection, douceur, bienveillance)[17]. En ce sens, Marie accepte le statut qu’on lui attribue et par la même occasion incarne la figure type de l’encadrante d’équipes féminines, c’est-à-dire une jeune femme adulte et pratiquante en club.
À travers l’expérience empirique de Marie, le milieu du football catégorise les individus selon un modèle sexué binaire. Celui-ci prédomine dans l’univers sportif fédéral[18], comme dans le sport LGBT+. Bien que proposant parfois des pratiques mixtes en compétition, à l’instar du volleyball[19], le sport LGBT+ s’inscrit généralement dans une séparation des hommes et des femmes, comme en atteste les clubs strictement féminins en football ou en rugby, sans section masculine[20]. Lors des compétitions sportives LGBT+, Ludivine a toujours participé, seule ou en équipe, dans la catégorie féminine. De plus, elle est généralement incitée, par les gestes ou la parole, à se changer dans les espaces féminins, comme le suggère cette déclaration : « Tu es une femme. Les vestiaires des hommes sont réservés aux hommes ».
Assimilée en tant que femme trans, Ludivine ne partage pas pour autant les codes de la culture trans et queer. Par exemple, en juillet 2023, elle enquête sur une compétition internationale queer à Berne. La cérémonie de clôture consiste en une marche des fiertés dans les rues de la capitale Suisse, à laquelle elle est conviée. Cependant, cette dernière refuse d’y assister, entraînant l’incompréhension de ses interlocuteurs. Cette situation s’est reproduite plusieurs fois durant sa recherche, en rupture avec les attentes des sportif·ves LGBT+ à son égard. En atteste son refus de participer à des matchs d’exhibition, ouverts uniquement aux personnes trans lors de tournois de rugby à Rome et à Oslo. Apparaît donc une incohérence entre le genre du terrain, ici le genre queer, et le genre féminin de Ludivine qui la définit.
Suivant nos expériences contrastées au contact des enquêté·es, l’immersion au sein de l’environnement sportif nous invite à questionner notre rapport à notre genre vis-à-vis du terrain. A l’instar d’autres chercheuses[21], se positionner en tant que femme dans l’ethnographie en milieu sportif s’avère multidimensionnel. En effet, cette complexité découle de la prise en compte du genre de l’ethnographe mais également du genre du terrain[22] dans la mise en œuvre de l’enquête. Notre insertion dans le milieu sportif n’est donc pas dépendante seulement de notre féminité, mais repose sur une triple intrication : notre genre, notre identification à celui-ci et le genre du terrain. En ce sens, à travers les assignations de genre de chacune, cis et trans, et les interactions qui en découlent, la notion de genre peut être pensée au pluriel.
Plus que des femmes : questionner l’engagement
En septembre 2024, Ludivine se rend à l’entraînement d’un boxeur trans au sein d’un club de boxe LGBT+. Un responsable lui déclare : « Vous ne pouvez pas observer le cours sans nous avoir prévenu. Nous acceptons les chercheurs et les journalistes, mais seulement s’ils nous avertissent à l’avance »[23]. De facto, l’observation lui est interdite. D’autres clubs LGBT+, en handball ou encore en volleyball, lui refusent également l’accès aux pratiques. Cela se reproduit dans un contexte non-sportif. En début de thèse, Ludivine contacte une association généraliste trans afin d’observer des groupes de parole réservés uniquement aux personnes trans. Alors qu’elle a toujours fait le choix de dévoiler sa transidentité pendant son enquête, l’association lui mentionne que ceux-ci « ne sont pas ouverts aux observateurs/observatrices même si la personne en question est une personne trans ou en questionnement ».
Ces refus s’expliquent par le détachement entretenu par Ludivine à l’égard de la communauté LGBT+ francilienne, notamment militante. Extérieure au réseau LGBT+, elle a éprouvé des difficultés à s’y intégrer totalement. Au début de l’enquête, elle ne connaissait aucune personne queer appartenant à ce milieu, ce qui a engendré plusieurs mois de tâtonnements avant de réussir à prendre contact avec des sportif·ves trans. En outre, n’ayant pas les codes de ce milieu, elle s’est souvent perçue en décalage vis-à-vis des autres pratiquant·es. De ce fait, cette absence de socialisation au sein du milieu queer se révèle être une contrainte dans son enquête ethnographique, à l’inverse de Christophe Broqua[24].
En parallèle, dans le sport non-LGBT+, d’autres freins liés à la transidentité apparaissent. En raison d’une corporéité trans, des pratiquant·es trans ont refusé de participer à l’étude de Ludivine par peur de stigmatisation. À travers l’expérience empirique de la chercheuse, il s’avère que la transidentité est ambiguë. Loin d’être seulement un atout[25], cela peut aussi constituer un obstacle comme expliqué ci-avant.
Quant à Marie, le fait qu’elle soit chercheuse a contribué à son intégration au sein du milieu institutionnel footballistique. Par l’intermédiaire de son genre, elle a intégré facilement les commissions départementales de la Fédération Française de Football au sein d’un district[26] : l’une portant sur l’organisation des compétitions féminines et l’autre traitant de la féminisation des postes de dirigeantes (éducatrices, présidentes, arbitres)[27] au sein du milieu footballistique[28].
Nos expériences en tant que femmes, chercheuses et sportives permettent de soulever un point essentiel, la personnalité de l’ethnographe. Marie Goyon montre que les interactions avec autrui ne sont pas uniquement dépendantes du genre de l’ethnographe mais également de ses affinités, de ses goûts ou encore de ses traits de caractère, ce qu’elle nomme « ses autres genres »[29]. Cela joue un rôle important vis-à-vis de l’adaptation de l’universitaire au milieu qu’iel étudie. Cependant, le genre perdure. Notre présence sur nos terrains respectifs renvoie à notre statut de femme, coéquipière trans pour Ludivine et éducatrice cis pour Marie.
De ce fait, notre affiliation à ces groupes genrés entraîne des attentes de la part des enquêté·es issu·es desdits groupes. Quelques équipes LGBT+ militantes, craignant que la thèse de Ludivine dégrade leur image publique, lui font comprendre de manière plus ou moins subtile qu’elle n’est pas la bienvenue. C’est par exemple le cas d’un club de foot où les échanges avec les personnes femmes cis furent globalement inexistants, jusqu’à lui refuser de pratiquer pour suppléer une absence lors d’un entrainement. Cette méfiance de la part d’équipes et de pratiquant⸱es s’explique par l’ancrage militant de ces dernières. Comme dans d’autres milieux minorisés, il y a des attentes à l’égard de la recherche comme levier de transformation d’une société[30]. Bien que Ludivine soit amenée à participer à des actions militantes, comme donner son avis sur des politiques d’inclusion des personnes trans dans certains clubs LGBT, elle privilégie un engagement distant vis-à-vis des revendications politiques du milieu sportif trans. Ainsi, elle travaille principalement au sein d’espaces sportifs peu militants, de façon choisie et subie en raison de sa posture désengagée.
À l’image de Ludivine, Marie choisit une posture d’observatrice au sein des commissions. Lors des réunions, elle prend avant tout des notes et intervient peu pour garder une certaine neutralité afin de ne pas influencer les décisions prises. Tandis que des femmes présentes dans ces commissions sont engagées dans le processus de féminisation de ce sport, largement dominé par la gente masculine[31], Marie prend ses distances à la fois au niveau décisionnel et au niveau militant.
Il en résulte donc des choix dans la manière d’enquêter et de sélectionner les terrains. En ce sens, poser la question du genre dans l’ethnographie revient aussi à interroger le positionnement genré de soi par rapport à ses semblables[32]. Cela éclaire ainsi sur les possibilités offertes par les terrains et sur les conditions de recueil des données. In fine, il est nécessaire de prendre en compte la posture de l’ethnographe vis-à-vis des attentes de son groupe d’appartenance genrée dans une logique réflexive.
Conclusion
Comme nous avons pu le voir, le genre en ethnographie est un élément pris dans des relations multiples. Un dialogue s’opère entre le genre de l’ethnographe et le genre du terrain contribuant à la mise en œuvre de l’enquête et façonnant les interactions de l’enquêteur·ice avec son environnement. A travers nos expériences, nous avons pu constater que le genre est tout autant un facteur facilitant l’intégration sur les terrains qu’un obstacle. Celui-ci est enchevêtré avec d’autres variables qui complexifient la manière dont l’enquête est menée dans l’espace et le temps. Le cumul de ces caractéristiques genrées produisent des attentes de la part de nos enquêté·es à notre égard, influençant en retour notre posture de chercheuses.
L’ethnographie en tant que méthodologie d’enquête repose sur une expérience singulière qui invite à la réflexivité en lien avec la subjectivité de l’enquêteur·ice[33]. En ce sens, penser ensemble les relations du genre de l’ethnographe et le genre du terrain doit rester circonscrit à un espace donné. Nos recherches nous ont amenées à étudier des populations minorisées au cœur des pratiques sportives principalement masculines, définies en tant que « fiefs de la virilité »[34]. Les attentes issues de nos terrains s’inscrivent ainsi dans un contexte où la domination masculine est forte. Nos postures seraient donc différentes dans un contexte sportif où la domination masculine serait moins prégnante.
Bibliographie :
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[1] George Marcus, « Ethnography in/of the world system : the emergence of multi-sited ethnography », Annual Review of Anthropology, vol.24, 1995, p.95-117.
[2] Jean-Michel Faure, Sébastien Fleuriel (dir.), « Investissement sportif et enjeux sociaux. Formation, valeur et conversion du capital sportif », dans Excellences sportives. Economie d’un capital spécifique, Editions du croquant, 2010, p.5-16.
[3] Rhoda MacRae, « ‘Insider’ and ‘outsider’ issues in youth research », dans Hodkinson Paul, Diecke Wolfgang (dir.), Youth Cultures: Scenes, Tribes and Subcultures, Routledge, 2007, p. 51-62.
[4] Laurent Paccaud, « ‘’Toi le piéton, pourquoi t’intéresses-tu au powerchair hockey ?’’ : L’éthique des relations entre chercheur et enquêtés au cours du travail ethnographique », Sociograph, n°45, 2020, p.31-53 ; Clifford Geertz, « Jeu d’enfer : Notes sur le combat de coqs balinais », Le Débat, n°7, vol.7, 1980, p.86-146.
[5] Alban Bensa, L’enquêteur enquêté. L’anthropologie et sa critique, Anarcharsis, 2025 ; Sophie Carantini, Les non-dits de l’anthropologie, Editions Thierry Marchaisse, 2012.
[6] Christophe Broqua, « L’ethnographie comme engagement : enquêter en terrain militant », Genèses, n°2, vol.75, 2009, p.109-124.
[7] Bell Hooks, « Sisterhood: Political Solidarity between Women », Feminist Review, n°1, vol.23, 1986, p.125-138.
[8] Anne Monjaret, Catherine Pugeault (dir.), Le sexe de l’enquête. Approches sociologiques et anthropologiques, ENS Editions, 2014 ; Martine Avanza, Olivier Fillieule, Camille Masclet, « Ethnographie du genre. Petit détour par les cuisines et suggestions d’accompagnement », SociologieS, 2015.
[9] Le genre du terrain renvoie à la prédominance d’une population genrée au sein du milieu observé. Par exemple, dans le cadre du club de rugby « gay », le genre du terrain est associé au genre masculin. Cf. Martine Avanza, Olivier Fillieule, Camille Masclet, op.cit., 2015.
[10] Jeanne Favret-Saada, « Être affecté », Gradhiva : revue d’histoire et d’archives de l’anthropologie, n°8, 1990, p. 3-9 ; Christophe Broqua, « Enjeux des méthodes ethnographiques dans l’étude des sexualités entre hommes », Journal des anthropologues, n°82-83, 2000, p.129-155.
[11] Loïc Wacquant, Corps & âme : carnets ethnographiques d’un apprenti boxeur, Agone, 2002.
[12] Christophe Broqua, op.cit., 2009, p.114.
[13] C’est le cas pour les deux responsables des sections féminines des deux clubs étudiés.
[14] Béatrice Barbusse, Du sexisme dans le sport, Anamosa, [2016] 2022.
[15] Catherine Louveau, « Sexuation du travail sportif et construction sociale de la féminité », Cahiers du Genre, n°36, vol.36, 2004, p.163-183.
[16] Cette présence féminine tend à rassurer les parents, notamment lié au soupçon de pédophilie qui touche essentiellement les hommes. Cf. Wilfried Lignier, « La barrière de l’âge. Conditions de l’observation participante avec des enfants », Genèses, 2008, p.20-36.
[17] Béatrice Barbusse, op.cit., 2022, p.251.
[18] Peter Marquis, « Protégées mais surveillées. Les débats sur la mixité sportive au prisme des normes de féminité pour les compétitrices cisgenres, intersexuées et transgenres », Synthèses & Hypothèses, n° 2, 2022.
[19] Philippe Liotard, « Mise en question des frontières du genre : Les jeux sportifs gays et lesbiens (1982-2002) », dans Thierry Terret (dir.), Sport et genre volume 1 : la conquête d’une citadelle masculine, L’Harmattan, 2005, p. 332-351.
[20] Les hommes trans sont inclus dans les équipes strictement féminines.
[21] Anne Saouter, « Être rugby » : Jeux du masculin et du féminin, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2000.
[22] Martine Avanza, Olivier Fillieule, Camille Masclet, op.cit., 2015.
[23] Quelques jours auparavant, elle a prévenu le club de sa venue mais son mail est resté sans réponse.
[24] Christophe Broqua, op.cit., 2009.
[25] Milan Bonté, « Enquêter les personnes trans en géographie. Des méthodes participatives pour répondre aux enjeux de la surétude ? », Annales de géographie, n°6, vol.742, 2021, p.47-70.
[26] Il s’agit d’un organe fédéral chargé d’organiser les compétitions nationales de football au niveau départemental, dans lequel elle est bénévole depuis 2023.
[27]Selon Béatrice Barbusse, la notion de « dirigeant·es » est polysémique comprenant différents rôles dans l’institution sportive. Cf. Béatrice Barbusse, Dirigeantes sportives et plafond de verre. Une histoire inachevée, Les Sportives, 2024.
[28] La première est mixte tandis que la seconde est uniquement composée de femmes.
[29] Marie Goyon, « La relation ethnographique : une affaire de genres », Socio-anthropologie, n°16, 2005.
[30] Christophe Broqua, op.cit., 2009.
[31] Christine Mennesson, Etre une femme dans le monde des hommes. Socialisation sportive et construction du genre, L’Harmattan, 2005.
[32] Anne Monjaret, Catherine Pugeault (dir.), op.cit., 2014.
[33] Alban Bensa, op.cit 2025 ; Carantini Sophie, op.cit, 2012.
[34] Norbert Elias, Eric Dunning, Sport et civilisation. La violence maîtrisée, Fayard, 1994, p.369.
