Editorial n°2

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Selon Marc Ferro et Jean Planchais, pour le sens commun, l’histoire énonce « ce qui a eu lieu » ; elle est la connaissance du passé. Elle « s’arrête » au temps présent et devient l’actualité. Les faits d’aujourd’hui seraient l’apanage des journalistes, des sociologues. Mais d’autres définitions s’imposent. On observe déjà que pour Thucydide, « le père de l’histoire », l’analyse historique était bien le temps présent, ses origines et ce qui aidait à en rendre compte, à le comprendre. Ainsi, le passé n’était pas dissocié du temps présent […].

L’imbrication de notre passé et de notre réalité, de notre actualité, a parfaitement été comprise et appliquée par Christian Delporte, auquel le portrait de ce deuxième numéro est consacré. En effet celui-ci est un spécialiste notamment de l’histoire des médias, ou encore de l’histoire de la communication politique. Ainsi il n’est pas rare que les journalistes fassent appel à lui pour interpréter, donner des pistes de réflexion pour tenter d’expliquer des évènements relevant de l’histoire immédiate. L’historien d’aujourd’hui s’intéresse donc aussi à des thèmes très contemporains et touchant un public plus large qu’un simple cercle d’universitaires initiés. Vu Cong Minh le prouve dans sa contribution sur la prolifération des signes médiatiques dans les films de super-héros, ainsi que Nicolas Lahaye dans son enquête sur le film pornographique. Vous trouverez aussi dans notre nouvelle parution des articles se basant sur des sources plus traditionnelles, parfois rares ou inédites, comme celui de Coraline Rey sur les pratiques archivistiques de l’abbaye de Cîteaux du XIIe au début du XVIe siècle, ou bien encore la contribution de Sabrina Février sur la bibliothèque du pape Benoit XIII. Dans notre volonté d’interrogation, de renouvellement et de (re)découverte de l’historiographie, nous vous proposons également un article sur le concept de roi thaumaturge en Espagne par Roberto Quiros et Cristina Bravo Lozano, ainsi qu’un hommage à Alejo Venegas de Busto à l’occasion du 450eanniversaire de sa mort en 2012 par Marc Zuili. Enfin, à travers l’essai de Darouèche Hilali Bacar, vous pourrez vous plonger dans deux œuvres de littérature arabe contemporaine, œuvres centrées sur l’écriture autobiographique dans l’optique de fonder une mémoire collective.

Les articles que nous offrons à votre lecture illustrent l’essence même du travail de l’historien : l’enquête minutieuse, et parfois laborieuse, nécessaire à l’élaboration de thèses ou à l’extraction de faits oubliés, l’immersion du chercheur dans des sourc%s detots types, de toutes époques. Toutes ces démarches font de l’historien le fossoyeur d’un passé qui retrouve un présent, ou bien encore un mineur de fond qui va chercher les données au fond du sol et les ramène à la surface, selon Emmanuel Le Roy-Ladurie.

Le comité de rédaction tient à remercier l’ensemble de ces artisans de la mémoire, pour reprendre l’expression de Jacques Le Goff, auteurs et relecteurs qui contribuent à l’existence de Circé et à la vitalité de nos disciplines. Nous sommes aussi particulièrement reconnaissants envers Christian Delporte qui a bien voulu nous accorder du temps pour l’élaboration de son portrait. Enfin, nous vous témoignons notre gratitude, à vous lecteurs, qui nous permettez de partager et de diffuser l’actualité de la recherche en sciences humaines.

Le comité de rédaction