L’équipe de Circé se réjouit de vous proposer ce dix-huitième numéro en ce début d’année 2026. En tant que revue interdisciplinaire en sciences humaines et sociales, nous avons choisi de faire un pas de côté réflexif et d’ouvrir ce numéro avec un portrait croisé sous les auspices de l’édition scientifique. Si la question de la publication est centrale dans la recherche, le rapport qu’entretiennent les chercheur.e.s avec cette manière codifiée de diffuser leurs travaux est plus rarement interrogé.
Nous nous sommes entretenus avec deux d’entre eux, afin de mettre en lumière la nécessité de cette activité scientifique et la variété de formes qu’elle peut revêtir. Catherine Rideau-Kikuchi et Étienne Anheim, historiens médiévistes, se sont livrés à l’exercice d’explicitation de ce travail de l’ombre. Dans ce double-portrait explorant les coulisses de la production et de la diffusion des savoirs, nous examinons ainsi les spécificités de l’édition en sciences humaines et sociales et les enjeux qu’elle charrie. Catherine Rideau-Kikuchi et Étienne Anheim s’accordent à dire que l’une des missions de l’édition scientifique réside dans la garantie de la qualité et de la pluralité de la recherche. Elle doit toutefois s’articuler à son rôle dans l’évaluation des carrières et à la question de l’accessibilité des savoirs. Dans un paysage éditorial aux reconfigurations et mutations fréquentes, les enjeux intellectuels et démocratiques se mêlent à un enjeu politique. Fruit d’un travail éminemment collectif, le processus éditorial demeure un endroit de négociations complexes que nous vous invitons à interroger. Dans le binôme enseignement-recherche, avec la part croissante des tâches administratives, quelle place et quelle reconnaissance attribuer à l’édition de la recherche ?
Avec ce nouveau numéro varia, Circé propose également une livraison résolument ancrée dans le champ de la recherche historique. Les quatre contributions réunies couvrent un large arc chronologique, du bas Moyen Âge au XVIIIe siècle, et s’inscrivent toutes dans des terrains français. Elles invitent à réfléchir aux manières dont les sociétés du passé organisent, expriment et régulent les tensions qui les traversent, qu’elles soient matérielles, sociales ou symboliques.
L’article de Charles Viaut ouvre le numéro par une enquête consacrée à l’alimentation et à l’environnement végétal au château de Thouars au XVe siècle. À partir des sources comptables seigneuriales, l’auteur déconstruit l’image d’une table aristocratique exclusivement dominée par la viande et met en évidence le rôle central des productions végétales – céréales, vigne, fruits et herbes – dans l’économie, la vie quotidienne et les paysages castraux. Ce travail s’inscrit pleinement dans le renouvellement actuel de l’histoire environnementale et matérielle des élites médiévales.
Les trois contributions suivantes interrogent plus directement des situations de conflit et leurs modes de régulation. Yaël Caugne s’intéresse aux insultes dans les États savoyards à la fin du Moyen Âge. En exploitant un vaste corpus de registres comptables judiciaires, elle montre que ces violences verbales, loin d’être anodines, constituent des atteintes à l’honneur que les autorités princières cherchent à encadrer, sans pour autant faire disparaître des pratiques quotidiennes profondément ancrées.
Mathieu Nicati aborde quant à lui la question de la violence mortelle dans l’œuvre apologétique du prédicateur catholique Artus Désiré, au cœur des guerres de religion. Son article met en lumière les mécanismes de justification théologique de la mise à mort et la manière dont les discours contribuent à légitimer des violences confessionnelles extrêmes.
Enfin, Annonciade Bazot étudie les arbitrages rendus par des curés de campagne dans des conflits commerciaux au XVIIIe siècle. Cette enquête éclaire des formes de justice infrajudiciaire, fondées sur la conciliation et l’expertise locale, et montre le rôle central du clergé paroissial dans la régulation des tensions économiques en milieu rural. Pris ensemble, ces articles donnent à voir des sociétés confrontées à des formes variées de conflictualité, qu’il s’agisse de tensions économiques, d’affronts symboliques ou de violences ouvertes, et les dispositifs mis en place pour les contenir, les justifier ou les résoudre.
Nous tenons à adresser nos remerciements à l’ensemble des autrices et auteurs de ce numéro, ainsi qu’aux chercheuses et chercheurs qui ont relu attentivement leur travail. Nous vous souhaitons une agréable et enrichissante lecture de ce numéro. Enfin, pour entamer cette nouvelle année, nous vous proposerons très prochainement un appel à communications afin de découvrir et de partager de nouveaux travaux de jeunes chercheuses et chercheurs. Nous nous réjouissons de vous lire et de vous publier bientôt dans les pages de notre revue.
Le comité éditorial de Circé. Histoire, Savoirs, Sociétés
